MERSENNE RAQUETTE
(vers 1625). (d'après Mersenne, vers lôSb).
* Plein-jeu du Grand Montre 16, Bourdon 8, Près- Montre 16, Bourdon 16 et 8, Orgue. tant, Doublette, Fourni- Jeuouvert de 8,Pr.,Doub.,
ture , Grosse Cymbale , Fourn., Tierce.
Cymbale.
Aux Pédales : Flûte et
Trompette.
Autre : Bourdon 8 , Pr.,
Doub., Nazard, Flûte d'allemand 4,Tromp., Clairon.
Tremblant.
Autre, « excellent » : (I-e
même, en remplaçant la
llûte par la Tierce, sans
Clairon, avec ou sans
T lin bJsnt.)
1. Voyez entre autres, les très belles « Allemandes » de Richard et de Mé/.engeaux publiées par M. Pirro dans la Revue Musicale de février 191M, avec d'autres pièces.
2. Aussi bien que la manière de registrer les anciennes œuvres.
* Plein-jeu du Positif.
Jeu doux
Jeu musical (sic).
Gros Bourdon.
Doublette.
Jeu du Flageolet.
Jeu du l-ARIGOT.
Gros Cornet.
* Cornet.
Petit Cornet (au Positif, pour jouer en écho).
Cymbale.
Nasard , au Grand Orgue.
Id.
Au Positif.
Montre S, Prestant, Doublette, Fourn., Cymbale.
Très doux : Bourdon lô et * 8 p. ouvert, Bourdon 8, 8, Tremblant. Prestant.
Très doux : Bourdon i6, 8, * ou : Bourdon, Prestant. Flûte allemande 4, Tremblant.
R. 8, et Doublette.
B. iG et 8, Flageolet, ou en ajoutant Nazard et Tremblant.
Ou :
B. 16, 8, Prestant, Flageoler, Cromhorne, Tremblant.
B. 16, Prestant, Flageolet (jeu aigu).
Ou, au Positif.
B, 8, Flageolet ; ou en ajoutant Cymbale et Tremblant.
B. 16, 8, Larigot, avec ou sans Tremblant.
B. 16 et S, Prestant, Doublette, Cornet : ou, à défaut de cornet, ajouter :
Nazard, Tierce et Larigot- (( Cornet entier ».
Ce dernier mélange a porté depuis le nom de Jeu de Tierce (voir plus loin).
B. 8, Prest.. Doubl., Flag , Tiercette ( Voir aussi au Nazard),
B. 16, 8, Cymbale, avec ou sans Tremblant.
- Gros Nazard, B. 16, 8, Prestanr.
— Gros Nazard, B. 8, Doublette, Prestant ou en izjoutjnt Flageoler, Tierce et Tremblant.
— Petit Nazard. B. 16, 8.
Prestant, Doublette, Larigot, c'est un « Nazard très fort ».
— Nazard, Bourdon S, Prestant, avec ou sans Tremblant.
— Nazard et Doublette.
« Fort Nazard en quarte »,
B 16, Prestant.
B. 16, 8 p. ouv., Prestant.
Id.
* B. 8, Flageolet; ou en ajoutant Nazard.
[Nivers mentionne encore ce jeu, en iG65, mais n'y emploie pas le Nazard
[Id. pour le Larigot.]
B. 16 et 8, Nazard, Tierce
et l'iag. I.
Ou :
B. 16, Prestant, Tierce (i).
* B, 8, Prest., Cornet avec
ou sans Nazard.
B. 8, Cymbale.
Ou Cymbale, Nazard, Flûte de 2 pieds bouchée (4,
— Nazard, B. 8, Fl. 2 bouchée ; P'I. i.
— Nazard, B. 8.
— Nazard, Fl. 2 bouchée;
Flag. I.
(V. ci-dessus à Flageolet.)
I. Cette regisiration de Raquette est destinée aux orgues où le jeu de cornet séparé ou indépendant n'existait pas : l'une de celles de Mersenne la rappelle. Ces registrations sont précieuses pour nous : elles font connaître les mélanges qui peuvent suppléer à la sonorité du cornet.
Gromorne.
Voix humaine.
Trompette.
Clairon.
Trompette et Clairon, * pédale de flute.
* PÉDALE d'anche.
« jeu renversé (sic) pour jouër quelque fantasie en façon de Cornet sur deux claviers ».
— Nazard et petit Nazard, B. 8, Prestant, Doublette, « Nazard fort ».
— Nazard, B. 8, Flageolet.
« Excellent ».
B. i6, 8, Prestant, Crom.
B. i6, 8, Prestant, Voix humaine.
Montre i6, B. 8, Prestant,
Tro.
B. i6, 8, Prestant, Nazard
(2 2/3), Clairon, avec ou
sans Tremblant.
M. i6, B. 8, Prestant, Dou-
blette.
— Nazard, B. 8, FI. i.
B. 8, Prestant ou Nazard
Crom.
B. 8, Nazard, FI. i, Crom.
* Voix humaine, avec B. 8 seul, ou.
* — B. 8, Prestant ou Nazard.
— B. 8, Nazard et Clairon.
Avec,
— Prestant.
* — B. 8, Prestant.
— B. i6 ou de 8.
— Nazard, Fl. 2 bouchée.
B. 8, Prestant.
* Fl. de 8 [bouchée], avec :
B. i6, Fl. 2 bouchée au G-
O. ou Nazard.
* Jeu d'anche de 8 , avec 8 p. B. 8, Prestant et Gromorne :
OM : 8 p. B. 8, Prestant, Fl.
2 bouchée. Clairon.
Mersenne, dans ses deux ouvrages, donne de plus un certain nombre d'autres « jeux composés », mélanges qui achèvent de nous faire connaître le goût des organistes du commencement du xvii*= siècle :
Au Grand Orgue :
M. i6, et B. 8, « fort harmonieux ».
M. i6, B. 8, Prestant, Doublette, avec ou sans Trompette, « robustissimus ».
M. i6, Prestant, B. 8, Doublette, Tierce, « jeu fort aigu ». (C'est en effet un Cornet sans la quinte du Nazard ni le i 1/2 p.)
Au Positif:
B, 8F1. ail., Trembl.
M. 8, Prestant, Fl. ail,, « jeu harmonieux»,
M. 8, B. 8, Prestant, Doublette, « bien fort ».
M. et B. 8, avec ou sans Tremblant, « fort mélodieux».
Enfin, si l'on joint le Cromorne au Nazard, on imite une excellente Musette; et Ton obtient un jeu très beau en joignant le Cornet à la Trompette ou au Clairon, avec Tremblant : ce jeu « imite plustost le Hautbois ».
Il est des plus curieux de constater qu'à la fin de notre période clas-
sique, Bédos, comme son lointain prédécesseur Mersenne, cherche à imaginer des mélanges rares ou singuliers, par exemple :
Pour imiter la flûte allemande, G. O. et Pos., tous les 8 p.
Pour imiter les petites flûtes, ou flûtes à bec : G. O.'et Pos., Prestants et fl. 4.
Pour imiter les fifres : G. O., B . 8, 4'^ de Nazard et Doublette ; Pos., deux 8 p., Pr., Larigot.
Pourimiter le flageolet : G. 0.4*"" de Nazard et Doublette; Pos., deux 8 p. pour l'accompagnement.
Pour imiter les petits oiseaux (!) : petits nazards du G. O. et du Pos., en touchant une quarte plus haut, ou une quinte plus bas.
Arrêtons-nous là !
C'est dans la période avoisinant i635 — Raquette mourut en 1640 — que se développent toutà couples duos, lestrios, les quatuors, les récits non seulement de cornet, mais de cromorne, de voix humaine, de trompette, les solis « en taille », les « concerts de flûtes » opposés aux « grands jeux d'anche », qui vont, créant des genres, enrichir la littérature de l'orgue, mais aussi fixer une registration quasi définitive dont les organistes, pendant trois cents ans, oseront à peine se départir. Les vieux mélanges décrits par Mersenne, et même certaines améliorations ou innovations de Raquette, ne seront plus désormais que des fantaisies auxquelles aucun artiste ne pensera plus : en particulier, les mélanges où dominent les jeux graves ou les jeux aigus disparaîtront totalement.
L'orgue classique est créé .
APPENDICE
APPENDICE
Un (( Traitté des orgues », du commencement du XVII« siècle
Un érudit de Bordeaux, Pierre Trichet, a rédigé un très intéressant « Traité des instruments de musique », où, parmi quelques confusions et avec certaines lacunes, il a écrit de fort suggestifs chapitres entre autres sur les orgues. Son œuvre, inédite, se trouve à Paris, à la Bibliothèque Sainte-Geneviève (ms. 1070), et mériterait les honneurs sinon d'une reproduction intégrale, du moins de ses parties principales. Correspondant de Mersenne, et paraissant avoir commencé ses recherches avant lui, il a, dans sa copie définitive, qu'il destinait à l'impression, « retranché beaucoup de choses expliquées par le mesme Mersenne afin d'éviter la rencontre du discours, et de n'user point de redites ».
Déjà, dans un chapitre d'introduction, il donne quelques détails utiles à notre sujet :
Fo 25 : Il y a quelques instruments pneumatiques qui ont besoing d'Anches, comme sont le Cleron ',1a Musette, le Basson, le Haubois et autres, tant polyphones que monophones ^, Il y a pareillement des tuiaux d'orgues ou l'on met des Anches, comme au jeu des Trompettes, aux Clerons, aux Regales, aux Voix humaines, aux Gromhornes, au jeu d'Harpe^, et a quelques autres : et il faut remarquer qu'aux tuiaux a anches les Languettes se meuvent, et qu'aux autres elles demeurent immobiles ». [Suit la description des Anches, de leurs rasettes, etc.]
Le chapitre 1 est intitulé : « De l'orgue pneumatique » ; il comprend deux parties, dont la première est une très bonne dissertation historique, qui témoigne d'une immense lecture et d'une grande sagacité. Elle renferme de curieux détails sur quelques orgues d'Italie, d'Allemagne, etc., de la fin du moyen âge et du xvi'" siècle. La description de l'orgue, de sa construction et de sa facture, de son jeu, commence au f" 9. Trichet établit encore sa description sur des orgues assez anciennes, et pour des instruments à un clavier :
F» 1 1 : Le diapason [c'est-à-dire l'étendue de roctave] y est quelquefois triplé, et quelquefois quadruplé, faisant commencer le plus souvent la première marche [touche] par F ut fa... Je ne dirai rien ici ni du second Clavier nouvellement adiousté a l'Orgue, et placé un peu plus haut que le clavier ordinaire : ni aussi du
1. On voit que les clairons cités par les anciens textes n'ont point de rapport avec ceux du genre trompette appelés ainsi au xix= siècle. L'ancien clairon, instrument à anche, est d'ailleurs le prototype de la clarinette, son diminutif.
2. L'auteur avait écrit d'abord, en donnant cet intéressant détail : «Comme aussi certains cornets et sifflets dont se servent aujourd'hui les chasseurs ». C'est le principe du saxophone.
3. Comparez plus haut, p. 70, le devis de i^3o d'un orgue de Troyes.
Clavier des Pédales ; sur tous lesquels on peut ioùer séparément ou conioictement comme on veut ; sur l'un avec les pieds, et sur les deux autres avec les doigts de l'une et l'autre main. [Jeu en trio ou quatuor.]
Sur la sonorité des jeux, description chatoyante et amusante :
Fo 9 : On y peut ouïr le chant de l'Alouette, le gringotement du Rossignol, le bourdonnement des Pédales, le bruit des Tambours, les fanfares des Trompettes, le retentissement des Clerons, le cliquetis des Cymbales, le tintement des Cloches, le nazardementde la Harpe, le crissement des Regales ou Voix humaines, bref le son de la pluspart des instruments de musique, comme le ieu des Flustes douces, des Fifres, Flageolets, Arigots, Haubois, Bassons *, Cornets, Cromornes, Musettes, Violons 2, avec les ieux de la Montre, du Prestant, de la Doublette, de la Tiercette, du gros Bourdon, du petit, et du fort Nazard, dit autrement jeu renversé: a quoi on peut adiouster le Tremblant qui n'est pas un ieu particulier, mais est tel que le noir et blanc qui ne sont vrayeinent couleurs, mais se peuvent mesler avec les autres couleurs, et leur donner un nouveau lustre en les diversifiant.
F"^ II et 12, l'auteur parle de l'accord et du tempérament : page très intéressante. J'en extrais ceci :
Les instruments de musique tant anciens que modernes ont les consonances tellement imparfaites qu'il est presque impossible de les réduire a leur perfection. Neantmoins pour faire qu'elles en approchent on a trouvé bon de rendre tous lestons esgaux tant qu'on peut, Tellement qu'on retranche quelque chose des tons maieurs, qui sont en raison sesquioctave, pour augmenter les tons mineurs, qui sont en raison sesquinone. Sans cet expédient on ne pourroit pas aisément faire des transpositions 3.
po 12 verso, il traite des ornements de la façade :
Je laisse à part les enjoliveures et divers ornements qu'on a inventé pour rendre les Orgues plus prisables : comme sont des anges qui sonnent de la Trompette *, des roues qui font tourner des estoilles, des testes de géant qui remuent les mâchoires ^, divers ouvrages entaillés tant au bois de la Montre ^ que du Positif, des portraits ou devises tant sur les [tuyaux de] Pédales que sur les autres gros tuiaux ''.
Les folios i3 et 14 sont consacrés à la Tabulature française et à la Tabulature espagnole, minutieusement décrite, avec un exemple tiré des œuvres de Gabeçon.
Le chapitre n est consacré aux « Orgues hydrauliques ». Trichet a toutefois le soin de faire remarquer que les instruments nommés ainsi
1. Aucun auteur ne cite de jeu de Basson à cette époque dans les orgues ; mais il est possible qu'il ne s'agisse ici que de la basse du Hautbois.
2. Le jeu de viole n'était pas usité en France, mais en Espagne ; voir p. 70 et 72.
3. Le passage est d'autant plus intéressant qu'un ouvrage un peu moins ancien, le Traité de l'accord de l'Espinette augmenté d'un chapitre sur les orgues dans l'édition de i65o, de Jean Denis, facteur parisien, nous apprend que, entre autres, l'orgue de la Sainte-Chapelle n'était pas encore tempéré. De telle sorte que lorsque le choeur chantait un Magnificat a cappella du. second ton finale /a dièse, l'orgue lui répondait de préférence en sol mineur, pour ne pas avoir des tierces fausses, le ton de fa dièse mineur étant impraticable sur les instruments « justes ».
4. Voir p. 45, et la note de la p. 7 1 sur l'orgue de Gisors en 1 578.