‹ L'orgueilChapitre 2 sur 9 · CHAPITRE XXVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVIII

Herminie, a la vue du duc de Senneterre qui lui

était absolument inconnu, rougit de surprise et dit a M. Bouffard avec embarras :

— Je ne m'attendais pas, monsieur, à avoir le plaisir... de vous revoir.,, sitôt. — Ni moi non plus, ma chère demoiselle, ni moi non plus... c'est monsieur qui m'a forcé... de revenir ici... — Mais, dit Herminie déplus en plus étonnée, je ne connais pas monsieur... — En effet, mademoiselle, reprit Gérald, dont les beaux traits exprimaient une pénible angoisse, je n'ai pas r honneur d'être connu de vous... et pourtant je viens vous demander une grâce... je vous en supplie... ne me refusez pas.

La charmante et noble figure de Gérald annonçait tant de franchise; son émotion paraissait si sincère, sa \oix était si pénétrante, sa contenance si respectueuse, son extérieur a la fois si élégant et si distmgué, qu'il ne vint pas un instant à la pensée dHerminie que Gérald pût être l'inconnu dont elle avait lant a se plaindre; rassurée d'ailleurs par la présence de M. Bouffard et n'imaginant pas quelle gi^âce venait implorer cet inconnu , la duchesse dit timidement a M. Bouffard :

— Veuillez vous donner la peine d'entrer, monsieur...

Et, précédant Gérald et le propriétaire^ la jeune fille les conduisit dans sa chambre.

Le duc de Senneterre n'avait jamais rencontré une femme dont la beauté fût comparable à celle d'Herminie, et, à cette taille enchanteresse, se joignait le maintien le plus modeste et le plus digne.

Mais lorsque Gérald, suivant la jeune fille, pénétra dans sa chambre et qu'il reconnut à mille indices les habitudes élégantes, les goûts choisis de celle qui ha- Jjitait cette demeure, il se sentit de plus en plus confus.

l'okgukil. 17

Dans son cruel embarras, il ne put d'abord trouver une seule parole.

Étonnée du silence de l'inconnu, Herminie interrogea du regard M. BoulTard qui, pour venir sans doute en aide a Gérald, dit a la jeune fille :

— Il faut, voyez-vous , ma chère demoiselle, commencer par le commencement... Je vas vous dire... pourquoi monsieur... — Permettez, reprit Gérald en interrompant M. Bouffard.

Et, s'adressant a Herminie avec un mélange de franchise et de respect :

— 11 faut l'avouer, mademoisehe , ce n'est pas une grâce que je viens vous demander, mais un pardon...

— A moi, monsieur?... et pourquoi? demanda ingénument Herminie. — Ma chère demoiselle, lui dit M. Bouffard en lui faisant un signe d'intelligence, vous savez... c'est le jeune homme qui avait payé... je lai rencontré... et... — C'était vous,., monsieur! s'écria Herminie, superbe d'orgueilleuse indignation.

Et regardant Gérald en face, elle répéta :

— C'était vous? — Oui, mademoiselle... mais, de grâce, écoutez-moi... — Assez, monsieur... dit Herminie, assez, je ne m'attendais pas à tant d'audace... Vous avez du moins, monsieur, du courage dans l'insulte, ajouta Herminie avec un écrasant dédain. — Mademoiselle... je vous en supplie, dit Gérald, ne croyez pas que... — Monsieur, reprit la jeune fille en l'interrompant encore, mais, cette fois, d'une voix altérée, car elle sentait des larmes d'humiliation et de douleur lui venir aux yeux, je ne puis C'ue vous prier de sortir de chez moi... je suis femme... je suis seule...

En prononçant ces mots, je suis sente... l'accent

d llermiiiie fut si navrant, que Gérald, malgré ui, en fut ému jusqu'aux pleurs; et lorsque la jeune fille releva la tète en tâchant de se contenir, elle vit deux larmes contenues briller dans les yeux de Tinconnu, qui, attéré, s'inclina respectueusement devant Herminie, et fit un pas vers la porte pour sortir.

Mais M. Bouffard retint Gérald par le bras , et s'écria :

— Un instant, vous ne vous en irez pas comme ça! Nous devons dire que M. Bouffard ajouta mentalement :

— Et mon petit appartement du troisième^ donc!

L'on saura tout a l'heure l'explication de ces paroles; elles atténuaient sans doute la généreuse conduite deïfwimne, mais elles témoignaient de 1 intelligence du proprié taiî^e.

— Monsieur, reprit Herminie, en voyant M. Bouffard retenir Gérald, je vous en prie... — Oh! ma chère demoiselle, reprit M, Bouffard, il n'y a pas de monsieur qui tienne... Vous saurez au moins pourquoi j'ai ramené ici ce brave jeune homme... Je neveux pas, moi, que vous croyiez que c'est dans l'intention de vous chagriner. Voila le fait : le hasard m'a fait rencontrer monsieur près de la barrière. Ah! ah! mon gaillard, lui ai-je dit, vous êtes encore bon enfant, avec \osjaunets; les voilà... vos jaunets, et n'y revenez plus, s'il vous plaît; et, là-dessus, je lui raconte de quelle manière vous avez reçu le joli service qu'il vous a rendu... et combien vous avez pleuré; alors monsieur devint rouge, pâle, vert, et me dit, tout bouleversé de cequeje lui raconte : « Ah! monsieur, j ai outragé, sans le vouloir, une jeune personne que Sun isolement rend plus respectable encore; je lui dois

i/or.GUi'iL. 19

des excuses, une répuration; ces excuses, cette réparation, je les lui ferai devant vous... monsieur, qui, involontairement, avez été complice de cette olFense. Venez... monsieur, venez. » Ma foi, mademoiselle, ce brave jeune homme m'a dit ça d'une façon... enfin d une façon qui m'a tout remué; car, je ne sais pas ce que j'ai aujourd'hui... je suis sensible... comme une faible femme. J'ai trouvé qu'il avait raison de vouloir vous demander excuse, ma chère demoiselle, et je l'ai amené... ou plutôt c'est lui qui m'a amené, car il m'a pris par le bras et m'a fait marcher d'une force... saperlotte, c'était le pas gymnastique accéléré, ou je ne m'y connais pas.

Les paroles de M. Boufîard avaient un tel accent de vérité, qu'Herminie ne put s'y tromper; aussi, obéissant à l'équité de son caractère, et déjà touchée des larmes qu'elle avait vues briller un instant dans les yeux de Gérald, elle lui dit avec une inflexion de voix qui annonçait d'ailleurs son désir de terminer la cette explication pénible pour elle.

— Soit, monsieur, l'offense dont j'ai à me plaindre... avait été involontaire, et ce n'est pas pour aggraver cette offense que vous êtes venu ici... je crois tout cela, monsieur... vous êtes satisfait, je pense... — Si vous l'exigez, mademoiselle, répondit Gérald d'un air triste et résigné, je me retire à l'instant... je ne me permettrai pas d'ajouter un mot à ma justification... — Voyons, ma chère demoiselle, dit M. Bouffard, ayez donc un peu de pitié, vous m'avez bien laissé parler... Écoutez monsieur...

Le duc de Sennelerre, prenant le silence d'Herminie pour un assentiment, lui dit :

■ — Voici, mademoiselle, toute la vérité : Je passais

tantôt dans cette rue... comme je cherche à louer un petit appartement, je me suis arrêté devant la porte de cette maison, où j'ai vu plusieurs écriteaux... — Oui, oui, et tu le loueras, mon petit troisième! va, je t"en réponds... pensa M. Bouffard, qui, on le voit, n'avait pas ramené Gérald sans une arrière-pensée locative très-prononcée.

Le jeune duc poursuivit :

— J'ai demandée visiter ces logements... et, précédant la portière de cette maison qui devait, m"a-t-elle dit, bientôt me rejoindre, jai monté 1 escalier. Arrivant au palier du premier étage, mon attention a été attirée par une voix timide, suppliante, qui implorait... Cette voix, c'était la vôtre, mademoiselle... vous imploriez monsieur... A ce moment, je lavoue, je me suis arrêté, non pour commettre une lâche indiscrétion, je vous le jure... mais je me suis arrêté, comme on s'arrête, malgré soi, en entendant une plainte touchante... Alors, continua Gérald, en s'animant dune généreuse émotion, alors, mademoiselle, j'ai tout entendu et ma première pensée a été de me dire qu'une femme se trouvait dans une position cruelle dont je pouvais à l'instant la sauver, et cela sans jamais être connu d'elle; aussi, voyant presque aussitôt du haut du palier où jetais resté, monsieur sortir de chez vous... et monter vers moi... je l'ai abordé,.. — Oui, continua M. Bouffard, en me disant très-brutalement, ma foi : voila de lor, payez-vous, monsieur, et ne tourmentez pas davantage une personne qui n'est sans doute que trop 'a plaindre... Si je ne vous ai pas raconté la chose ainsi tout a l'heure, ma chère demoiselle, c'est que d'abord j'ai voulu faire une drôlerie. . . et puis qu'après. . . j'ai été tout ahuri de vous voir si chagrine. — '\'oilà

mes forts, mademoiselle, reprit Gérald; j'ai obéi h un mouvement irréfléchi... généreux peul-être, mais dont je n'ai pas calculé les fâcheuses conséquences ; j'ai malheureusement oublié que le droit sacré de rendre certains services n'appartient qu'aux amitiés éprouvées... jai oublié enfin que, si spontanée, si désintéressée... que soit la commisération, elle n'en est pas moins quelquefois une cruelle injure... monsieur, en me racontant tout à l'heure votre juste indignation, mademoiselle, ma éclairé sur le mal qu'involonlairement j'avais fait... j'ai cru de mon devoir d'honnête homme... de venir vous demander pardon en vous exposant simplement la vérité, mademoiselle... Je n'avais jamais eu l'honneur de vous voir, j'ignore votre nom, je ne vous reverrai sans doute jamais... puissent mes paroles vous convaincre que je n'ai pas voulu vous offenser, mademoiselle, car c'est surtout à cette heure que je comprends... la gravité de mon inconséquence.

Gérald disait la vérité (omettant nécessairement d'exphquer la destination du petit appartement qui devait lui servir de pied-à-terre amoureux, ainsi qu'il l'avait confié 'a Olivier) .

Ainsi donc Gérald disait vrai... et sa sincérité, son émotion, le tact, la convenance parfaite de ses explications, persuadèrent Herminie.

La jeune fille, d'ailleurs, avait dans son ingénuité, été surtout frappée d'une chose... puérile en apparence, mais significative pour elle, c'est que l'inconnu cherchait un petit appartement; donc l'inconnu n'était pas riche, donc il s'était sans doute exposé à quelque privation pour se montrer si malencontreusement généreux envers elle, donc c'était presque d'égal à 3 2

égal qu'il avait youIu lendrc service à une inconnue.

Ces considérations, renforcées peut-être, et pourquoi non? de linfluence qu'exerce presque toujours une charmante figure, remplie de franchise et d'expression, ces considérations apaisèrent le courroux d'Herminie; et cette orgueilleuse, si hautaine au début de cet entretien, se sentit d'autant plus embarrassée pour le terminer , que , loin d éprouver dès lors la moindre indignation contre Gérald, elle était vraiment émue de la pensée généreuse à laquelle il avait obéi, et dont il venait de donner une loyale explication.

Herminie, trop franche pour cacher sa pensée, dit à Gérald avec une sincérité charmante :

— Mon embarras... est grand... à cette heure, monsieur. . . car j'ai à me reprocher d'avoir mal interprété. . . une action... dont j'apprécie maintenant la bonté... Je n'ai plus qu'à vous prier, monsieur, de vouloir bien oublier la vivacité de mes premières paroles.., — ^^ Permettez-moi de vous dire qu'au contraire, je ne les oublierai jamais, mademoiselle... répondit Gérald, car elles me rappelleront toujours qu'il est une chose que Ton doit avant tout respecter chez une femme... c'est sa dignité.

Et Gérald, saluant respectueusement Herminie, se préparait à sortir.

M. Bouffard avait, bouche béante, écouté la dernière partie de cet entretien, aussi inintelligible pour lui que si les "mterlocuteurs avaient parlé turc. L'ex-épicier, arrêtant Gérald qui se dirigeait vers la porte, lui dit, croyant faire un superbe coup de partie :

— Minute, mon digne monsieur... minute... Puisque mademoiselle n'est plus fâchée contre vous... il n'y a pas de raison pour que vous ne preniez pas mon joli

petit troisième, composé, je vous lai (lit, d une entrée, de deux jolies chambres, dont lune peut servir de salon, et d une petite cuisine... charmant logement de garçon.

A cette proposition de M. BouHard, Herminie devint très-inquiète : il lui eût été pénible de voir Gérald loger dans la même maison qu elle.

Mais le jeune duc répondit k M. Bouffard :

— Je vous ai déjà dit, mon cher monsieur, que ce logement ne me convenait pas. — Parbleu! parce que cette chère demoiselle était fâchée contre vous... et que c'est ennuyant d'être en bisbille entre locataires; maintenant que cette chère demoiselle vous a pardonné, vous êtes cl même d'apprécier la gentillesse do mon petit troisième? Et vous le prenez? — Maintenant... je le prendrais encore moins, répondit Gérald, en se hasardant de regarder Herminie.

La jeune fille ne leva pas les yeux, mais rougit légèrement; elle était sensible à la délicatesse du refus de Gérald.

— Comment! s'écria M. Bouffard abasourdi, maintenant que vous êtes raccommodé avec mademoiselle, vous pouvez encore moins loger chez moi? Je ne comprends pas du tout... Il faut donc cju'en revenant vous ayez trouvé des inconvénients dans ma maison?. .. ma portière a dû pourtant vous dire... — Ce ne sont pas précisément des inconvénients qui me privent du plaisir de loger chez vous, mon cher monsieur, répondit Gérald; mais... — Allons, je vous lâche le logement à deux cent cinquante francs, un compte rond... c'est donné... dit M. Bouffard, avec une petite cave... par-dessus le marché!... — Impossible, mon cher monsieur, absolument impossible. — ^lettons

deux cent quarante et n'en parlons plus. Je vous ferai observer, mon cher monsieur, dit a demi-voix Gérakl à M. Bouffard, que ce n est pas chez mademoiselle que nous devons débattre le prix- de votre appartement, débat d'ailleurs absolument inutiie...

Et s adressant à Herminie, le jeune duc lui dit en sinclinant devant elle :

— Croyez, mademoiselle... c^ue je conserverai toujours un précieux souvenir de cette première et dernière entrevue...

La jeune fille salua gracieusement sans lever les yeux.

Gérald sortit de chez Herminie. opiniâtrement poursuivi par M. Bouffard, bien décidé a ne pas ainsi lâcher sa proie.

Mais malgré les offres séduisantes du propriétaire, Gérald fut mflexible. De son côté, M. Bouffard sopiniâtra, et le jeune duc, pour se débarrasser de ce fâcheux, et peut-être aussi pour rêver plus à loisir à rétrange incident qui l'avait rapproché d'Herminie, le jeune duc hâta le pas et dit à ce propriétaire aux abois, qu il dirigeait sa promenade du côté des fortifications.

Ce disant, M. de Sanneterre prit en effet ce chemin, laissant M. Bouffard au désespoir d'avoir manque cette belle occasion de louer son charmant petit troisième.

Gérald ayant atteint le chemin stratégique des fortifications, qui, à cet endroit, coupe la plaine de Monceau, se promenait profondément rêveur...

Le souvenir de la rare beauté d'Herminie, la dignité de son caractère, jetaient le jeune duc dans un trouble croissant... Plus il se disait qu'il avait vu cette ravisçantecréature pour la première et pour la dernière fois,

cette pensée l'attristait... plus il se révoltait contre elle

Enfin, analysant, comparant pour ainsi dire à tous ses souvenirs amoureux, ce qu'il ressentait de soudain, de profond pour Herminio, et ne trouvant rien de pareil dans le passé, Gérald se demandait avec une sorte d'inquiétude :

•*~ Ah çà'... mais... est-ce que, cette fois... je serais sérieusement pris?

Gérald venait de se poser cette question, lorsqu'il fut croisé par un officier du génie militaire, portant une redingote d'uniforme sans épaulettes, et coiffé d'un large chapeau de paille.

— Tiens, dit l'officier en regardant Gérald, c'est Senneterre?...

Le jeune duc releva la tête , et reconnut un de ses anciens compagnons de l'armée d'Afrique, nommé le capitaine Comtois; il lui tendit cordialement la main.

— Bonjour, mon cher Comtois, je ne m'attendais pas à vous retrouver ici... quoi que vous soyez chez vous , ajouta Gérald en montrant du regard les fortifications.— IMa foi oui, mon cher... nous piochons ferme; l'ouvrage avance... je suis le général en chef de cette armée de braves manœuvres et de maçons que vous voyez là-bas... En Afrique, nous faisions sauter les murailles, ici nous en élevons... Ah çà! vous venez donc voir nos travaux? — Oui, mon cher... une vraie curiosité de Parisien... de badaud. — Ah çà! quand vous voudrez... ne vous gênez pas... je vous conduirai partout. — iMille remercîments de votre obligeance, mon cher Comtois... un de ces jours je viendrai vous rappeler votre promesse. — C'est dit, venez sans façon déjeuner à la cantine, car je campe, là-bas.. . ça vous rappellera nos bivacs... vous retrou-

verez d'ailleurs au camp quelques Bédouins... Eli! mon Dieu! j'y pense ! vous vous souvenez de Clarville, lieutenant des spahis, qui, par un coup de tête, avait donné sa démission, afin de pouvoir, un an après, avoir la facilité de se couper la gorge avec le colonel Duval, auquel il a coupé en effet, non la gorge, mais le ventre? — Clarville?... un brave garçon?... je me le rappelle parfaitement. — Eh bien! une fois sa démission donnée, il n avait quune petite rente pour vivre... une faillite la lui a enlevée, et si le hasard ne me lavait fait rencontrer, il mourait de faim... Heureusement, je l'ai pris comme conducteur de travaux, et au moins, il a de quoi vivre... — Pauvre garçon... tant mieux. — Je crois bien ; d'autant plus qu'il s est marié... un mariage... damour... c est-a-dire sans le sou... deux petits enfants par-dessus... vous jugez... Enfin il met a peu près les deux bouts... mais à grand'peine. J'ai été le voir; il demeure dans une petite ruelle au bout de la rue de xMonceau. — Au bout de la rue de Monceau? dit vivement Gérald, pardieu! il faudra que j'aille aussi le voir, ce brave Clarville. — Vrai! eh bienl vous lui ferez un fameux plaisir, mon cher Senneterre, car, lorsqu'on est malheureux, les visites sont rares... — Et le numéro de la maison? — Il n'y a que cette maison dans la ruelle. Dame, vous verrez. c'est bien pauvre, toute la petite famille occupe la deux mauvaises chambres... Mais, diable! voici le second coup de cloche, dit le capitaine Comtois en entendant un tintement redoublé, il faut que je vous quitte, mon cher Senneterre, pour faire l'appel de mon monde... allons, adieu... n'oubliez pas votre promesse... — Non, certes... — Ainsi je puis dire a ce brave Clarville que vous Tirez voir? — J'irai... peut-être de-

i/o RC.UF.IL. 27

main. — Tant mieux... vous le rendrez bien heureux... Adieu, Senneterre. — Adieu... mon cher... et a bientôt... — A bientôt donc. xNoubliez pas l'adresse de Clarville. — Je nai garde de loublier, pensa Gérald, la ruelle où il demeure doit borner le jardin de la maison où je viens de voir cette adorable jeune fille.

Pendant que le capitaine doublait le pas afin d'aller gagner une espèce d'agglomération de cabanes en planches, que l'on voyait au loin, Gérald, resté seul, se promena encore long-temps avec une sorte d agitation fiévreuse.

Le soleil déclinait lorsqu'il sortit de sa rêverie.

— Je ne sais pas ce qu'il aviendra de tout ceci, se dit-il; mais, cette fois... et c'est la seule, je le sens... je suis pris... et très sérieusement pris.

Page 1