X AVANT-PROPOS
Cette dénomination de Byzantins est d'autant plus rationnelle, que les mahométans ont toujours défendu aux chrétiens de ce pays, qui sont pourtant les quatre cinquièmes de la population de cet empire en Europe, de prendre celle de Turcs ou Ottomans, qui ne convient d'ailleurs qu'à ceux qui la portent.
Voilà pourquoi nous avons adopté la qualification â'empire byzantin^ que nous proposons à tout le monde comme la seule véritable et la seule convenable, à la place de celle û'empire turc ou empire ottoman^ qui ne répond à rien.
Pour une raison analogue, nous avons préféré le nom de mahométans à celui de musulmans pour désigner les sectateurs de l'islam : parce que ]e moi musulman, nom que les mahométans se donnent, qui signifie littéralement résigne à Dieu, correspond à ceux de fidèles, de catholiques ou d'orthodoxes, que nous nous donnons.
Jusqu'à ce jour l'empire byzantin gémissait sous Toppression du vieux système turc; mais ce système, tout mauvais, tout arbitraire, tout barbare qu'il était, ressemblait du moins à un gouvernement.
La proclamation d'une réforme radicale l'ayant aboli de fait et de droit, sans avoir pu le remplacer par l'application de la nouvelle organisation, a fait disparaître de cet empire toute ombre de gouvernement et d'administration. Aussi notre malheureux pays est-il tombé dans la confusion, le désordre et l'anarchie qui le déchirent actuellement.
Un tel état de choses ne peut durer; l'intérêt de l'équilibre européen exige que l'empire byzantin recouvre son ancienne civilisation, se reconstitue sur des bases solides, devienne capable de repousser par lui-même toute attaque ultérieure, et rentre enfin dans la grande
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famille des puissances civilisées, par l'application des principes des gouvernements chrétiens et l'établissement détinitif de l'égalile religieuse, civile et politique entre tons les habitants de ce pays. Pour atteindre ce but, qui n'est autre que celui du congrès de Paris, nous le disons hautement, il n'est pas d'autre moyen que celui que nous proposons aujourd'hui.
Le but donc de notre livre est de rectiher les idées du public, égarées par une foule de relations mensongères, et de montrer l'empire byzantin tel que l'ont fait l'impéritie, la rapacité, le mauvais vouloir des gens qui ne cherchent que leurs propres intérêts, et tel que l'esprit du siècle et la force des circonstances l'obligent de devenir.
Notre livre aura peut-être aussi pour résultat d'éclairer Abdul-Medjid sur l'excès des misères de tous ses peuples, chrétiens et mahométans, et sur les causes qui paralysent toujours ses efforts pour les surmonter.
L'Europe est placée sous un faux point de vue pour l'appréciation des affaires de l'Orient. Les contrées occupées par les Turcs, malgré leur proximité et les anciennes relations de plusieurs peuples européens avec elles, ne sont pas encore connues. On prend toujours pour un grand État ce corps délabré qui projette une ombre mortelle sur le berceau des arts et de la civilisation. Une crise terrible est inévitable et prochaine; tout ce qui se passe en Orient en offre la preuve, et cependant des hommes politiques, ou soi-disant tels, sont encore convaincus de l'existence d'un conservateur des intérêts européens en Orient. On ne voit pas que tout se meurt chez les mahométans, et qu'il n'y a de vie que chez les chrétiens. Les esprits, encore frappés des relations pompeuses des prétendues réformes inaugurées