‹ L'OrientChapitre 4 sur 28 · XII AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

XII AVANT-PROPOS

parle sultan actuel, se laissent aller à la pensée qu'elles amèneront infailliblement, dans un temps donné, la régénération de la dynastie mahométane, tandis qu'elles ne peuvent avoir d'autre résultat que de hâter sa décomposition. Ces vérités affligeantes, déjà constatées par tous les fails qui se sont passés dans l'intérieur de l'empire byzantin, ainsi que dans les relations internationales des grandes puissances chrétiennes avec la Sublime Porte, depuis le traité de Paris et jusqu'à ce moment, acquerront la plus notable évidence par la publication du présent livre.

La domination de l'islamisme sur les points où les Turcs sont encore établis jure avec les progrès du siècle. Interposés comme ils le sont entre les trois grandes divisions de l'ancien continent, occupant de riches contrées auxquelles la chrétienté demande une partie des produits qui lui sont nécessaires, et gênant la circulation de ceux qu'on ne peut extraire qu'en passant par leur territoire, ils font obstacle aux progrès des peuples. Le moment est venu de rendre à la civilisation les contrées qu'ils occupent. L'intérêt général réclame donc impérieusement l'abolition de la suprématie politique de l'islamisme, tout en conservant la dynastie d'Abdul-Medjid.

Il est vrai que cette impérieuse exigence est aujourd'hui pleinement reconnue par toutes les puissances et par le sultan lui-même, et hautement avouée par tout le monde; que c'est même là la raison qui obligea le congrès de Paris de décréter l'application des principes des gouvernements chrétiens à celui de l'empire byzantin, et l'admission de cet État dans le droit public et le concert européen. Mais ces deux grandes œuvres peuvent-elles se réaliser tant que le souverain de ce pays professera l'islamisme, religion inséparable de la poli-

AVANT-PROPOS. xm

tique de tout gouvernement raahométan, et qui n'accorde des droits civils et politiques qu'à ses seuls sectateurs exclusivement? Voilà toute la question!...

En mettant au jour nos idées à ce sujet, nous nous attendons à rencontrer des antipathies dans une partie de la presse occidentale. Il en coûte trop de convenir que l'on s'est trompé et que l'on a cru trop légèrement aux récits de gens qui avaient leurs raisons pour dissimuler la vérité.

Et cependant, si les faits que nous exposons sont reconnus exacts et sincères, il faudra bien que les organes du public finissent par en tirer la conclusion. Si la solution que nous indiquons est la seule pralicable, il faudra bien aussi que la diplomatie s'y arrête.

Nous ne demandons que l'imparlialilé pour les révélations consciencieuses que nous livrons au jugement du public, et nous rappelons aux diplomates que la combinaison exigée par la force des circonstances et par l'esprit du siècle l'a toujours etnportè sur toutes les autres, et que ce serait la plus grande imprudence politique que de lutter contre elle.

Page 1