‹ L'Orient. Les réformes de l'empire byzantinChapitre 29 sur 36 · CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV

iHtéréto poUlIqnes des gmaëies pvlsMUBceSf statn ^wim,

évéacBMttC» Èmtpréyrmm,

Dans les luttes mémorables auxquelles donna lieu la question d*Orient, lorsque TËurope 8*armait à la voix de Pierre THermite, de Saint-Bernard et de la papauté, l'intérêt des puissances croisées était le même pour toutes , il s'agissait alors uniquement de défendre la civilisation chrétienne contre la barbarie des sauvages disciples de Mahomet.

La chute des dynasties chrétiennes du malheureux em- .

pire bysantin , la dévastation et la ruine des provinces conquises par Mahoitiet II et ses. successeurs, l'oppression dés peuples vaincus, témoignaient hautement du sort dont rOccident était menacé si, combinant ses forces, il ne parvenait à élever pai' sa gloire et le triomphe de ses armes, une infranchissable barrière entre lui et ces hordes envahissantes; mais aujourd'hui, autres sont les intérêts de TEurope civilisée : ce n*est plus la conquête que l'on a à craindre, les préceptes du Koran : « l'islamisme doit être propagé sur toute la terre par le glaive... tous les infidèles qui ne consentent pas à embrasser l'islamisme doivent être exterminés... » et tutti quanti courent. Dieu merci, asses de risques de rester pour jamais à l'état de lettre marte.

Mais si ce danger qui armait naguère la chrétienté n'est plus à craindre, d'autres l'ont remplacé...

Loin de nous la pensée de rechercher quels peuvent être aujourd'hui, en dehors du grand intérêt de l'équilibre européen qui hier encore armait l'Occident, les intérêts privés et en quelque sorte personnels que chacune des grandes puissances signataires du traité de Paris, peut avoir à ce que rOrient emprunte ou non, plus ou moins, à la civilisation chrétienne. Ces puissances n'ont jamais voulu en avouer d'autres que l'intérêt général ou une sympathie légitime pour les chrétiens des malheureuses contrées opprimées par les descendants des hordes turques; et ce n'est pas dans les circonstances actuelles que nous voudrions nous laisser aller a suppléer à leur prudente réserve, cela pourrait nous entraîner malgré nous à des observations trop délicates, à des révélations peut-être , dont l'énoncé pourrait bien n'être pas aujourd'hui sans danger pour une paix qui ne date que d'hier.

Nous nous bornerons donc à constater que Tétat actuel de rOrient ne convient aucunement aux intérêts de ces puissances, quels que soient d'ailleurs ces intérêts ou la

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manière dont elles les enyisagent. Led inqUiétddes qu'elles ont toujours eu sur la réglemeutatiaD des affaires de ee pays constatent asseE qu'elles étaient convaincues que la situation de TOrient était contraire à leurs intérêts^ et que ces intérêts étaient de la plus haute importance.

C'est également au point de vue de ces intérêts que les pessimistes sont entraînés à blâmer hautement la conduite étrange en apparence que les grandes puissances ont tenue en Orient depuis le congrès de Paris.

Le but de la guerre ^ disent ces censeurs superficiels^ était de consolider Téquilibre européen^ de détruire Tin^ fluence russe en Orient, d'assurer aux chrétiens de ee pays leurs droits reUgieux et poUtiques^ de consenrer Pintégrité des États du Sultan ^ de faire entrer cet empire dans la grande famille du monde civilisé, d'appliquer enfin les principes des gouvernements chrétiens à celui de Gonstantinople^ pour le mettre en état de faire le bonheur de tous ses peuples et de résister à toute attaque ultérieure.

Les conférences de Vienne et de Constantinople et la proclamation du hatti-houmayoun furent les bases de l'œuvre gigantesque que le congrès de Paris sanctionna et dont il décréta la stricte exécution.

Mais l'équiUbre européen en fut-il consolidé?

L'influence russe en Orient a-t-elle été anéantie et peutelle l'être parce que la Russie a signé sur une feuille de papier qu'elle renonçait dorénavant à la protection spé^ ciale à laquelle elle prétendait en faveur des chrétiens d'Orient?

Cette renonciation peut-elle rempUr le but qu'on s^est proposé d'atteindre, si les chrétiens d'Orient, abandonnés des autres puissances, sont forcés de recourir enooreexclusivement à la Russie pour la défense de leurs intérêts?

Les droits religieux et politiques de ces chrétiens sont-ils par le fait exercés par eux ?

L'intégrité des États du Sultan est-elle vraiment assurée?

L'empire de Byzance est-il véritablement renti'é dans la grande famille du monde civilisé par le seul fait qu'on a placé trois ou quatre grandes croix sur la poitrine du Sultan et de ses ministres?

Les principes des gouvernements chrétiens ont-ils été appliqués à celui de Constantinople?

La situation déplorable des peuples de cet empire, tant chrétiens que mahométans, a-t*elle été améKorée, et ce grand corps délabré présente4-il autre chose qu'une confusion d'intérêts ennemis?

Les populations chrétiennes et mahométanes ont«*elIes un seul lien social, un seul de ces sentiments communs qui partout ailleurs constituent une nationalité ?

Ce pays pourra-t-il résister dorénavant à une attaque de l'entérieur ou à une commotion intérieure?

La dynastie turque a-^t-elle aujourd'hui plus que par le passé des bases d'existence qui lui soient propres, ou em** prunte-t-^Ue de l'étranger le peu de consistance apparente qui lui reste?

Les décisions des grandes puissances, en ce qui regain dait les réformes de ce pays, déclarées indispensables par les puissances et acceptées et proclamées par le Sultan, ont« elles reçu la moindre application?

Une parcelle de l'esprit qui anime toutes les branches de l'administration en Europe existe-t-elle dans le squelette que les ministres turcs disent lui avoir emprunté ?

Pour quelle raison, ajoutent les censeurs, les grandes puissances se sont-belles donc exposées à une guerre aussi ruineuse que périlleuse, et que tout le monde désirait éviter, si elles n'avaient pas l'intention de soutenir jus» qu'au bout leurs prétentions?

Pourquoi se sont-elles empressées de conclure une paiK précipitée dans un moment où elles étaient encore en état

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de continuer la guerre, si cette paix ne doit amener aucun résultat sérieux?

Pourquoi ont-elles fait tant d'efforts diplomatiques et se sont-elles résignées à tant de sacrifices pour combiner, définir et décréter la réforme de l'empire byzantin et résoudre par ce moyen la question qui était la cause de toutes leurs inquiétudes, si elles devaient reculer aussitôt après devant l'exécution de leurs propres décisions? ,

Les grandes puissances auraient-elles pris le premier jour de leurs travaux pour le septième, et croient-elles pouvoir déjà se reposer sur leurs lauriers?

Si le but de ces puissances était d'attendre qu'une éventualité tranchât d'une manière quelconque cette question, ou que le temps opérât la restauration d« l'Orient, ne pouvaient-elles pas attendre également sans bouleverser le monde, sans provoquer de si fortes secousses et sans compromettre aux yeux de tous les peuples le prestige de leur grandeur, de leur propre autorité et de leur dignité? Et, sans récriminer sur les mécomptes du passé, peuvent-elles rester indifférentes en présence des éventualités menaçantes de l'avenir?

Serait-il possible qu'elles comptassent pour rien les périls qu'elles courraient en cas d'explosion d'un seul de ces événements qui, comme autant d'épées de Damoclès, se trouvent suspendus par un fil au-dessus de leur tétc ? Il faudrait évidemment n'avoir pas le sens commun pour admettre de pareils raisonnements! )1 faudrait ne pas être, initié dans les mystères de la diplomatie du siècle pour juger si superficiellement toutes ces grandes œuvres! il faudrait enfin se contenter des seules apparences de ces combinaisons politiques sans se soucier d'en sonder le fond, pour supposer que le but que les grandes puissances se sont proposé ne sera pas atteint ! Non ! . . . ces censeurs superficiels se trompent'grandement!... Un

examen sérieux et impartial de tout ce qui a été fait et de tout ce (|ui se passe actuellement prouve jusqu'à Tévidence que les grandes puissances connaissent très-bien la gravité des circonstances ; qu'elles pressentent que des événements imprévus pourraieut en résulter, et qu'elles ne comprennent que trop la nature des obstacles qui ont retardé l'application des décisions qu'elles avaient combinées. Les efforts de tout genre que leurs représentants ne cessent de faire dans ce but à Constantinople en sont la preuve éclatante.

Mais la partie de la question qui nous parait ne pas avoir été prise en considération, autant du moins que sa gravité le comportait, est ce statu quo dans lequel on a Tair de vouloir laisser cet état de choses en Orient. Les événements imprévus , qui pourraient tout compromettre par une subite explosion, ne paraissent pas non plus être entrés dans les calculs de la diplomatie ; nous souhaiterions donc qu'on examinât un peu plus sérieusciment les points suivants :

i"* S*il convient aux intérêts des grandes puissances que cet état de choses en Orient se prolonge ;

2'' Si le statu quo^ cet état qui est contraire à la nature de toutes choses morales, car il y a décadence dès qu'il n'y a plus de progrès dans un État, si cette chimère, à laquelle la diplomatie continue d'attribuer une force politique bien supérieure peut-être à celle qu'une nonchalante temporisation devrait avoir dans notre siècle d'orgasme et d'élasticité, suffit maintenant pour sauvegarder les intérêts des grandes puissances ;

3» Si la question d'Orient, qui a pris depuis le traité de Paris de si gigantesques proportions, pourra être dorénavant comprimée dans cette boite étroite d'où une foule d'autres questions hétérogènes et hétéroclites débordent dqa;

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4^ N'estp-il pas à craindre que cette botte vermoulue n'éclate au premier jour et qu'elle ne répande sur la terre, comme celle de Pandore, tous les maux qu'elle renferme, sans qu'il reste dans son fond ténébreux même le vain espoir des optimistes? .

5"^ Le statu fuoestril assez garanti contre les événements imprévus, ordinaii*es et extraordinaires, dont notre siècle est si fécond , et qui pourraient éclater subitement d'un moment à Tautre, pour qu'il encourage les puissances à attendre patiemment toute éventualité?

6"* N'esWil pas à craindre que les coalitions politiques, les ententes cordiales et les alliances offensives et défensives qui paraissent régler aujourd'hui le sprt du monde entier, mais qui menacent à tout moment de se dissoudre et qu'on est obligé de renouer et de replâtrer continuellement, que ces frêles liens du statu quo enfin, ne soient un jour irréparablement brisés?

7"^ Et si la Russie, profitant de l'impossibilité, ou du moins des immenses difficultés d'une nouvelle guerre d'Orient, ou se basant légalement sur la non-eicécution, de la part du Sultan, d'un traité solennel, se jetait à l'improviste sur Constantinople , pour se dédommager des dégâts que les Occidentaux ont fait à ses jardins de Grimée;

8" Et si encore cette même puissance du Nord, dans le revirement général qu'on la voit en train d'opérer de sa vieille politique, prenait le parti de rendre aux Polonais le droit de se gouverner et fitcilitait leur réunion en un seul État indépendant; si l'empereur Alexandre, se faisant de cette nouvelle puissance une sincère aUiée , appelait dans la coalition les Hongrois, les Slaves, les Grecs, et allait avec eux à Constantinople , trancher pour toujours ce nœud gordien, par l'élabligsemeBt d'une grande confédération des puissances de l'Orient et du Nord , cette confédération

ne seraiMlle pas bientôt en position de dicter la loi au reste du monde?

0* Et si TAngleterre, après les graves leçons qu'elle vient de recevoir aux Indes, pensait à employer des moyens plus convenables que ceux dont elle a fait usage jusqu'à présent pour s'entendre avec les chrétiens de Tempire byzantin, ne s'assureraitr-elle pas pour toujours une prépondérance exclusive sur les trois parties de l'ancien monde ?

iO"" Et si la France, se rappelant le système de Louis XI Y, se persuadait que ses intérêts exigent impérieusement son intervention en Orient d'une tout autre manière, que celle dont cette puissance en a fait usage dans la question des lieux saints ;

li'' Et si les socialistes ou les républicains universels mettaient à exécution le projet conçu par l'un d'eux (Fouxief) y de faire de ConsianHnople la métropole universelle du mande, et d'y placer le point d'appui d'Archimède pour remuer de là tout l'univers;

i2o Et si l'Allemagne, dans ses rêveries métaphysiques, concevait quelque projet original et bien téméraire, en faveur de l'ancien berceau des idées philosophiques;

13** Et si les chrétiens d'Orient s'entendaient particulièrement avec quel(}u'une des grandes puissances, comme ils s'entendirent naguère avec Napoléon P' par Rigas, puis avec Alexandre I" par Capo-d'Istrias, mais sur des bases plus solides et mieux calculées qu'alors ;

14* Si ce^ mêpies chrétiens, liasses de ces internîiifables temporisations , finissaient par croire que les grandes puissances ne veulent pas ou ne peuvent pas s'occuper sérieusement de leur sort, et prenaient la résolution d'agir euxrmémes et par leurs propres moyens ;

IS*" Et si les populations chrétiennes de l'Orient fraterinisaient d'une manière quelconque avec celles des maho-

IM LES RtFORMES

métans, également mécontentes de leur triste position, et se portaient ensemble à quelque grand coup de tête ;

lô*" Ou si au contraire les chrétiens et les mahométans, au lieu de se mettre d'acoord, réveillaient leurs anciennes haines et rallumaient de nouveau entre eux une guerre civile des plus effroyables ;

^^^ £t si un Skender-Bey ou simplement un Méhémet- Aly, un Ghioulcka, un Rigas, ou tout autre homme de talent ou de génie sortait de nos jours de TOrient, cette immortelle fabrique de grands hommes, comme disait Napoléon I" ;

N'est-il pas à craindre que Texplosion subite d*un seul de ces événements, ou de tout autre de ceux dont notre siècle abonde, ne fasse sauter en éclats la vieille boite du statu quo et ne bouleverse tout à fait le prétendu équilibre européen, qu'il n'y ait plus alors qu'une seule puissance du premier ordre, celle qui aurait l'adresse de se placer à la tête du mouvement, et que toutes les autres ne passent à l'état de puissances subalternes?

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