I. — POTERIES NON VERNISSÉES
Nous connaissons parmi la diversité des types céramiques de l’Orient Musulman, une série de fragments de grandes jarres et leurs supportsbases, en terre cuite non vernissée, non émaillée, dont la décoration en reliefs modelés ou appliqués en pastillages sur les surfaces à la façon « barbotine », ont un caractère archaïque souvent mêlé à des caractéristiques musulmanes très nettes. Des personnages de face, sortes de pantins à longs visages, à nez démesurés, à bras en anses, à jambes torses, rappellent étonnamment les statuettes de bronze hittites; des lions de face dégageant les avant-corps des panses du vase, ou des têtes humaines avec des colliers au cou, rappellent la basse antiquité classique. Ce sont là des influences, longtemps subies par des artisans entourés aux premiers temps de l’hégire d’une grande quantité de monuments anciens aujourd’hui détruits, auxquels sans effort ils demandaient des motifs décoratifs. Quand ils firent intervenir en plus grand nombre des représentations islamiques de personnages à visages ronds assis à l’orientale tenant des coupes à la main, ou des oiseaux affrontés parmi des entrelacs ajourés, il semble qu’on s’éloigne un peu plus des origines, qu’on se trouve devant un art déjà émancipé des traditions archaïques qui l’entravaient.
De plus, une série de petits vases et d'aiguières en terre cuite, n’ayant jamais reçu de couverte vernissée, qui furent découverts en Perse, à (Reï), et à Samarra, et récemment à Alep sur les confins persans de la Mésopotamie, portent aussi des motifs décoratifs modelés ou appliqués sur les panses à la barbotine, soit d'épigraphie coufique, soit de médaillons ou de frises d’animaux
d'un caractère qui les apparente bien à tout ce que nous connaissons des petites dynasties merwanides et bouiydes qui ont laissé de si beaux monuments sur le haut Tigre. La date précise et si importante de 1216 relevée sur une de ces aiguières, ne peut que nous assurer d'une fabrication qui s’est poursuivie pendant longtemps encore après ses premières manifestations.
22. (PI. 9) Jarre (fragment de) et sa base en terre cuite crue, sans couverte émaillée, décorée en relief d’ornements tréflés ou en forme d’S; la base porte en fort relief des masques humains, des têtes de lions, des représentations de personnages de face très stylisées et archaïsantes, très probablement influencées par l’Art hittite.
Art de Mésopotamie, avant le xne s.
haut. : de la jarre : o m 36. — base. : o m 35.
Bibl.- — Sarre-Herzfeld, Reise im Euphrah III, pl. CXI V ; IV, pl.CXLIV. — F. Sarre,
I sla mise be Tongefasze ans Afesopotanuen (Jahrbuch XXIV, II, 1906). Dans cette publication où se trouvent reproduits les fragments de poteries analogues, il est évident que les supports du Louvre et de Berlin, très analogues, sont, avec leurs figures raides et disproportionnées, de caractère très hittite, bien plus archaïques, plus proches de cet art antique qui les inspirait, que le support du Victoria and Albert Muséum, ou le fragment du vase de la Collection de la Comtesse de Behague, attribués par M. Sarre au XIIe siècle. — Deux autres fragments de jarres analogues, l’une avec tête humaine, tête de lion en fort relief ou rinceaux, l’autre décorée d’une figure humaine de face — ont été rapportées de Bagdad.
23-24. (Pl. 10) Plaquettes (quatre) de terre cuite décorées en relief : a. de deux lions inversés, la queue ramenée au-dessus du dos en fleuron ; b. d’un lion passant de même, sur un fond pointillé, trouvées à Kermanchah ; c. de deux oiseaux affrontés de chaque côté d’un arbre
stylisé; d. d’un félin sur le dos d'un bovidé.
Les plaquettes de ce genre ont toutes été trouvées dans les ruines de bains publics, où elles devaient servir de grattoirs de la peau, analogues auxstrigiles des Anciens. Art persan, xi'-xif siècles, haut. : o m 10 et o m 07 larg. : o m 07 et o m 09.
a . Don de M. Stora.
25. Médaillon rond de terre cuite, non émaillée, ajouré d’un décor d’oiseau de proie attaquant un canard sur le dos duquel il s’est abattu — peut-être élément décoratif d’un grand vase où il était fixé en barbotine.
Art persan, xii* siècle, o m o5 cm
Bibl. — Un médaillon semblable est au Musée Frédéric de Berlin. — F. Sarre, Amlliche benchte, XXXIII, Octobre, 1911, fig. 11. — Sarre-Herzfeld. Reise im Eupbrat, III, pl. CXV.
25bis Médaillon rond en terre cuite, moulée en relief d’un oiseau marchant tenant un ruban au bec, élément de décoration murale.
Art persan ou seldjouk d’Asie Mineure, xme siècle, diam. : o m 17 cm.
26. (Pl. 26) Etoile de stuc, décorée en relief d’un cavalier entouré de rinceaux.
Art persan des Seldjouks, xm* siècle, diam. : o m 14.
Cf. Sarre, Amllicbe Benchte, XXXV, mar9 1914, fig. 97, 106.
27. Vase (petit) privé d’anse, (col brisé) en terre cuite, à décor moulé en léger relief d’une frise circulaire de bêtes se poursuivant et s’attaquant, au-dessous d une frise à inscriptions de bénédictions au possesseur.
Art persan, xn'-xin' siècles, haut. : o m 18.
B'dtl. — Sarre-Herzfeld, Reise un Euphrat, III, pl. CXV, donne les cruches analogues pour cette série.
28. (Pl. 10) Cruche à anse en terre cuite, décorée sur la panse d’une large inscription coufique d’eulogies, de bénédictions, d’incantations, de souhaits de bonheur, et indication « œuvre de Mohammed », assimilables paléographiquement aux inscriptions des Merwanides ou des Inalides à Amida(Diarbekir). La frise de tresse audessus de l’inscription se retrouve à la grande mosquée de Diarbekir.
Art persan, vers 1100.
haut. : o m 21 cm.
29. (Pl. 10) Vase à anse, dont la panse à sa partie supérieure porte finement moulés des médaillons ronds séparés par les rosaces, renfermant adossés des
sphinx ailés à têtes de coqs, ou griffons à têtes de femmes, ou chimères, souvenirs des harpies grecques, comme on en trouve au tombeau de la princesse Seldjouk Khawend à Nigdé, en Asie Mineure. Le style de ces chimères rappelle beaucoup plus encore l’art de la dynastie Bouivde, avant les petites dynasties qui ont précédé sur le haut Tigre l’occupation des Seldjouks au milieu du xi' siècle.
Art persan, xi* siècle, haut. : o m 16 cm.
30. (PL 10) Vase privé de col et d’anse décoré en relief modelé de cigognes affrontées au-dessus desquels court avec interruption une inscription en netslci : « fait par Môkri (Amalé Môkri) en l’année 612/ 1216 ».
Art persan, xm* siècle.
Don de M. Ch. Vignier.
haut. : o m 10 cm,
31 . Grenade en terre cuite de forme ovoïde décoré de petits médaillons d oiseaux en relief entre deux frises d’inscription arabes déformées.
Art de Mésopotamie, xm' siècle.
haut. : o m 10 cm.