L'OltlENT
Rialto, d'une seule arche toute de marbre, avec deux rangs de boutiques, et des basreliefs représentant des sujets religieux, par Girolamo Campagna, est un des plus connus ; beaucoup d'autres ne lui sont pas inférieurs en hardiesse, en élégance.
Parmi ses trois cents églises, il y en a une foule dont on ne parle pas, et qui méritent cependant qu'on en fasse mention : — La Madonna-de-Miracoli, dont la façade est ornée de porphyre et de serpentine, et oii l'on Yoit l'image de Notre-Dame, sculptée par le célèbre Pirgotèle. — San-Giacomo-di-Rialto, une des plus anciennes de Venise : il y a cinq autels ; sur le plus grande fait de marbre blanc, est placée une statue de saint Jacques, par Alessandro Vittoria ; lautel de saint Antoine est embelli de colonnes de marbre de couleur, et l'image du saint en bronze est de Girolamo Campagna. — San-Rocco : /a statue du saint est de Bartolomeo Bergamano ; deux autres, de saint Sébastien et saint Pantaléon, de Mosca. Le tableau d'autel représentant l'Annonciation a été peint
par Francesco Solimeno, de Naples. Les autres peintures sont de Pordenone, du Tintoret. de Titien, de Yivarini et d'Antonio Firmiani. — San-Geniiniano : la Maddalena, Santa-Maria-Zobenigo sont dignes d'attirer l'attention de l'artiste et du voyageur. San- Giovanni-et-Paolo, près la scuola di San- Marco, possède quinze autels ; le principal est un des plus beaux et des plus majestueux de la ville ; il est fait de marbre fin, avec un tabernacle élevé sous un arc, porté par dix grandes colonnes, et deux anges sur les côtés, qui ont chacun dans la main une cassette dorée contenant les reliques de saint Jean et de saint Paul. La chapelle de Notre- Dame du Rosaire vaut qu'on y fasse attention. L'autel est isolé, avec une coupole soutenue par quatre colonnes de marbre précieux ; la statue de la Vierge est d'Alessandro Vittoria ; quelques autres, de Girolamo (utmpagna. Les bronzes de la chapelle de Saint-Dominique ont été fondus par Mazza, de Bologne. Il faudrait une page rien que pour écrire les noms des artistes célèbres
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dont on y admire les ouvrages, et des personnages illustres dont les mausolées et les épitaphes couvrent les murs et le pavé.
Le palazzo Ducale, les scuole, les palais Griraani, Pisani, Rezzonico et Grani renferment, en tableaux et en statues, d'innombrables richesses. Nous ne parlerons pas de l'escalier des Géants, avec ses deux colosses de Sansovino ; des statues d'Adam et d'Eve, d'Andréa Riccio ; des deux puits de bronze ornés d'arabesques et de figures, par Niccolo dei Conti, et de toutes les merveilles du Cortile, ni de la gueule de lion, qui, dépouillée maintenant de ses terreurs mystérieuses, ressemble à s'y tromper à une boîte aux lettres, ni du conseil des Dix, ni des seigneurs de la nuit, ni de tout cet attirail de francsjuges et d'inquisiteurs dont la République sérénissime aimait à s'entourer; d'ailleurs, la domination autrichienne a remplacé tout cela, et, maintenant, c'est un officier allemand, un tedesco, qui épouse la mer. Et pourtant rien n'est changé à Venise ; car, c'est une chose digne de remarque, en Italie,
on n'a rien bâti depuis trois cents ans ; la \ille a conservé sa physionomie du quinzième siècle; pas une construction nouvelle ne vient faire dissonance. Ce luxe des habitations fait un singulier contraste avec la misère des habitants. Ce sont des résidences rovales occupées par des gueux. C'est comme si une famille ruinée était forcée, faute de se pouvoir loger ailleurs, de garder la maison de ses pères jadis riches, et de courir en guenilles et nu-pieds par les beaux appartements dorés et couverts de tableaux. Le confort est ce qui manque absolument à Venise, ville bâtie dans un autre temps, pour d'autres mœurs et d'autres usages. Les mœurs et les usages s'en sont allés ; la ville reste ; et ceux qui y sont n'ont pas de quoi la refaire. Venise, maintenant, n'est plus qu'une admirable décoration, un beau sujet de dio rama; tout y est sacrifié a l'extérieur.
Artistes ! pendant qu'elle est encore debout, — et, dans quelque temps d'ici, ce ne sera plus qu'une ruine immense au milieu d'un marais méphitique, praticable tout au
plus pour les poissons, — allez, copiez toutes ces façades, dessinez ces statues , faites des croquis d'après ces tableaux; puis, quand votre mémoire sera pleine, et votre album couvert d'un bout à l'autre, si vous voulez garder votre illusion, suivez mon avis, partez vite, et ne revenez plus, et vous croirez avoir tait un beau rêve!