XVIII PRÉFACE
sentiment de lassitude en présence de cette illusoire vérité qui ne sert aujourd'hui qu'à excuser l'impuissance de l'invention, et borne l'art à la copie? Aussi bien m'est-elle odieuse, cette servitude de date et de fait ; la vérité vraie n'en a que faire, la vérité authentique est celle du génie expansif. Dans le roman plus qu'ailleurs peut-être, les événements sont le fruit du caractère, et je n'ai voulu ici qu'essayer de me libérer d'une vision qui borne à ce qu'elle voit autour d'elle rinfmi de la vie et de l'âme. De tels livres, je le sais, ne se réussissent pas souvent, mais ce qu'il faut, c'est tenter, et il y a des heures où la noblesse de l'art est moins de parfaire une petite chose que d'aller de tout cœur vers une grande. Il y a ici un rêve qui ne se contient point dans mon temps. Mais mon temps moraL ce n'est point le laps de ma naissance à ma mort, c'est ce qui a eu vie depuis les limbes, et je me sens contemporain de tous les êtres passionnés et intéressants, du premier siècle ou du suprême. Les autres peuvent me coudoyer, ils me semblent des cadavres, et l'art est absurde s'il ne s'adresse pas instinctivement aux figures surélevées, aux « hommes représentatifs ». Autrement, c'est le régal de la canaille.