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CHAPITRE I

Premières impressions

Dans la « Vie de Mohammed, Prophète d’Allah », que nous avons publiée, nous nous étions guidés uniquement, sur la tradition arabe ; aussi nous a-t-il été reproché de n’avoir pas tenu compte des travaux de certains orientalistes, qui prétendent réédifier l’histoire de la naissance de l’Islam sur des bases toutes nouvelles, après avoir réduit la tradition ancienne presque à néant.

Le but de notre ouvrage était l’art religieux bien plus que la science orientaliste ; néanmoins, il nous semble impossible de laisser sans réponse les critiques qui nous ont été adressées, et nous voulons exposer, dans cette brochure, les rai-

sons qui nous ont amenés à négliger de pareilles découvertes.

La lecture de ces nouvelles biographies du Prophète nous causa une véritable stupéfaction : nous avions peine à reconnaître cette grande figure, tant la représentation en était altérée. Et souvent, sans les noms propres, il nous eût été difficile de nous douter qu’il s’agissait de personnages arabes, tant la mentalité qu’on prêtait à ces derniers était éloignée de celle que nous leur connaissons.

Les Arabes de jadis étaient-ils donc si différents de ceux du désert, parmi lesquels l’un de nous vit depuis sa naissance et l’autre, depuis plus de trente-cinq ans? Evidemment non puisque les récits d’Ibn Hicham et d’Ibn Sâad, datant de près de douze siècles, nous paraissent écrits d’hier. Nous voyons tous leurs personnages, nous les reconnaissons, pour ainsi dire, dans les moindres gestes et les moindres pensées (i).

(i) Bien que nous ayions été en relation avec des Arabes de tous pays, ce sont particulièrement ceux du Sahara algérien que nous avons étudiés. On pourrait donc nous objecter que cette étude se trouve en dehors de la question, puisque, suivant l’opinion de savants autorisés, l’élément arabe conquérant aurait complètement été noyé dans l’élément berbère autochtone, en Algérie.

A notre avis, chez nombre de tribus sahariennes, ce fut exactement le contraire qui se produisit ; chez ces tribus, en effet, il est difficile de trouver trace de ces éléments dispa-

A-t-on, du moins, découvert des textes plus anciens, infirmant ceux d’Ibn Hicham et d’Ibn Sâad? — Non, ces auteurs restent toujours les plus anciens et les plus surs parmi les biographes de Mohammed dont les œuvres sont parvenues jusqu’à nous (i).

Comment certains orientalistes modernes sontils arrivés à des résultats aussi différents de la tradition établie depuis des siècles? — Par la méthode critique, nous dira-t-on. Or donc, puisque la méthode critique est à l’ordre du jour, usons du droit de critique que nous avons nousmêmes, pour examiner ces surprenantes innovations.

Et, comme épigraphe, nous adopterons cette phrase d un auteur célébré, laquelle peut servir au traditionniste oriental comme réponse, lorsque le savant occidental, d’une mentalité si dis¬

rates que l’on a réunis arbitrairement sous le nom de Berbères. La question arabo-berbère, extrêmement compliquée et fort mal connue, nous entraînerait trop loin. Ce qui importe avant tout, ce sont les faits, constituant pour nous des preuves. Ces faits résident dans la ressemblance absolue entre toutes les façons de penser et d’agir des Arabês des tribus sahariennes et celles des Arabes décrits dans l’œuvre d Ibn Hicham et dans l’épopée d ’ Aniar. Les manières de s’exprimer elles-mêmes sont identiques ; les armes seules ont changé ; les fusils et les pistolets ont remplacé les flèches et les lances.

(1) Les rares documents nouveaux relatifs au Prophète, n’ont rien ajouté de véritablement intéressant à son histoire. En outre, ils sont souvent sujets à caution.

tante de la sienne, prétend cependant lui refaire son histoire : « Assurément, tu es dans une vallée, et moi, je suis dans une autre vallée » (i).

Résultats obtenus par la méthode critique APPLIQUÉE A L’HISTOIRE DU PROPHETE Mohammed.

L’erreur primordiale de certains orientalistes modernes est de chercher un sens littéral et des motifs prémédités, enchaînés suivant la logique européenne, aux paroles et aux actes des Prophètes, de ces géants de l’intuition, chez lesquels r inspiration remplaçait presque tout raisonnement. Et cette constatation serait suffisante pour démontrer a priori, combien l’emploi de la méthode critique devient illogique, dans l’étude de l’histoire des Prophètes. Quoi qu’il en soit, essayons de faire la critique d'une critique égarée dans cette voie, et notons d’abord, d’une façon générale, la médiocrité des résultats que cette méthode a obtenus, en s’attaquant à l’histoire du Prophète Mohammed. Nous préciserons ensuite les erreurs, par la discussion de quelques points des ouvrages les plus récents. Après trois quarts de siècle d’efforts, la méthode

(i) El Hariri, « Mequamate » (séance XXXIV, p. 12). C’est la même idée que Renan a exprimée de la façon suivante : « Ne croyons pas que l’Asie est l’Europe » (« La Vie de Jésus », préface de la 13e édition, p. xxin).

critique appliquée à l’étude du fondateur de l’Islam, aurait dû détruire, d’une façon définitive, certaines légendes et établir non moins indiscutablement les vérités destinées à les remplacer. Or, il n’en est rien ; si nous comparons entre elles les conceptions nouvelles de la personnalité de Mohammed, présentées par des orientalistes français, anglais, allemands, belges, hollandais, etc., nous n’y constatons qu’une désolante confusion ; toutes ces conceptions sont si contradictoires, qu’elles s’annihilent réciproquement.

Un proverbe arabe dit : « On ne casse une noix que contre une autre noix ». Il nous suffira d’employer ce procédé et de confronter ces diverses innovations, pour les « briser » irrémédiablement les unes contre les autres.

Exemple des réponses contradictoires faites

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