P. G. Sclimidt, S. V. D
si simple représenterait cependant une phase relativement tardive de l'évolution de l'esprit (p. 47).
Tout cet exposé fait l'impression d'une pauvreté indescriptible. L'auteur n'examine pas si la totalité des forces naturelles, ou l'une d'elles en particulier s'est imposée à la connaissance iiumaine, et dans ce dernier cas, quelle a été dans la suite la marche de l'évolution. Naturellement il pose encore moins la question s'il n'était pas concevable, au point de vue psychologique, que l'homme ait pu comprendre un être puissant, supérieur à tous les phénomènes de la nature. Mais il est impossible d'être plus arriéré quand, dans toute cette discussion, l'ethnologie proprement dite est entièrement exclue. C'est bien cependant un axiome de la science moderne de l'homme, que les peuples non civilisés nous offrent encore l'image la plus fidèle des conditions primitives dont l'humanité entière est sortie. Il est vrai que Guyau lui aussi parle assez souvent du sauvage, mais c'est toujours le sauvage «selon nous», le sauvage tel que se le représente l'imagination de M. Guyau, très peu préoccupée par des connaissances détaillées en ethnologie. Pour le reste, des chats et des chiens, des bébés et de vieilles paysannes jouent un plus grand rôle que ce «sauvage-, les deux premiers dans la conception de la psychologie animale la plus vulgaire, tandis que les anecdotes parfois très amusantes sur les deux dernières approchent souvent de bien près des contes de bonnes femmes.
Somme toute: l'ouvrage de Guyau est à peu près l'antipode de l'ouvrage de Tylor: «Primitive Culture». Pendant qu'ici le raisonnement se borne au strict nécessaire et est presque écrasé par la foule des faits positifs sur lesquels il s'appuie, chez Guyau on ne rencontre que ça et là — rari natites in giirgite vasto — quelques faits soi-disant psychologiques et beaucoup plus rarement encore des faits ethnologiques; tout le reste est — «selon nous». Par des ouvrages de ce genre, une théorie aussi bien établie que l'animisme ne pouvait être vaincue. Elle fit, en effet, d'abord des progrès plus grands dans les milieux strictement scientifiques de France et on doit y voir presqu'avec satisfaction une preuve que dans ces milieux l'ouvrage de Guyau n'a guère trouvé d'écho. Si néanmoins il trouva une si large diffusion dans la grande masse du peuple sans jugement, cela s'explique suffisamment par certaines tendances en vogue déjà alors en France, mais c'est aussi un indice que ce courant n'eut aucune relation avec l'état actuel de la science moderne et doit être ramené à d'autres causes.