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IV. Index autorum

Introduction.

Entre toutes les branches de l'ethnologie, la science comparée des religions a pris le plus grand développement; elle a atteint un tel degré d'autonomie qu'elle a presque perdu le sentiment de sa subordination à l'ethnologie générale. Ces allures d'indépendance ne tournent pas à son profit en tout égard, comme le prouve l'étude de plusieurs ouvrages écrits dans ce sens. 11 ne suffit pas de faire des études comparées de religions d'après la méthode et les principes de l'ethnologie — nous constatons que maintenant on s'y conforme presque généralement — mais il est nécessaire d'avoir toujours présent les autres branches de l'ethnologie générale, telles que l'ergologie, la sociologie, la psychologie, l'activité artistique et même les rapports qu'ont entre eux les peuples au point de vue anthropologique et linguistique, et d'en tenir compte dans ses recherches. Car la religion n'est pas un fait isolé mais une chose influencée de beaucoup de manières et de divers côtés et qui, à son tour, exerce une influence dans toutes les directions.

Le droit de la science comparée des religions d'être placée au rang d'iMic science autonome ne doit pas être mis en question par cette exigence. Son objet est d'une si iiaute importance et d'uii caractère si spécial, l'extension que les études comparées des religions ont déjà pris est si grande qu'on doit regarder comme justifiées ses prétentions à l'autonomie. Seulement dans ce cas il faut procéder vers une autre direction à une délimitation plus rigoureuse qu'on ne l'a fait jusqu'ici, du moins chez le plus grand nombre d'auteurs, je veux dire qu'il faut poser une limite nette et exacte de la science comparée des religions à l'égard de toutes les sciences qui s'occupent de la vérité soit de la religion en général, soit de quelques religions déterminées en particulier.

Les premiers conunenccmcnts de notre science, qui remontent au XVII* siècle, ont souvent outrepassé ces limites en ce sens qu'ils semblent être trop aisément sous l'empire de tendances apologétiques en faveur de la religion chrétienne. Mais au contraire, surtout depuis le milieu du XIX" siècle, on constate que beaucoup

2 H. G. Schmidl, S. V. D.,

d'auteurs s'appliquent ou bien à faire ressortir l'inanité de la religion en général et du christianisme en particulier, ou bien à prouver que toutes les religions, y compris le christianisme, n'ont qu'une valeur relative.

Quand on considère les choses du dehors, on dirait que dans ces derniers temps il y a eu sous ce rapport une amélioration. Mais ceci n'est le cas que pour la négation de toute religion, tandis que bien certainement le relativisme s'est étendu. Tout ce qu'on peut accorder c'est qu'une certaine accalmie des passions antireligieuses s'est produite. On se donne l'air d'une sereine impartialité, mais assez souvent, ce n'est autre chose que le calme d'une science sûre d'elle-même qui fait aujourd'hui tacitement les mêmes suppositions et négations qu'autrefois, qui cependant par ce procédé les élève au rang d'une espèce de dogme auquel il n'est plus permis de toucher. Cet état des choses se fait particulièrement sentir — et nous en apporterons des exemples frappants — en tant qu'on passe sous silence ou qu'on ne traite que superficiellement tout ce qui menace de contredire ces suppositions et ces négations, et qu'on se tourne avec prédilection et avec zèle vers tout ce qui semble propre à les corroborer. Un tel système ne peut exercer qu'une influence extrêmement fâcheuse sur les études comparées des religions, et puisque les abus dont nous parlons se retrouvent chez de nombreux adeptes de la science moderne, il faut avoir le courage de dire franchement qu'aujourd'hui la science comparée des religions est bien loin encore de la perfection.

Pour y atteindre, elle doit beaucoup plus que par le passé se pénétrer de ce principe qu'il n'est nullement de son ressort de prononcer un jugement sur la vérité ou la fausseté ou sur la valeur plus ou moins grande d'une forme quelconque de la religion. Ceci est plutôt la tâche de la philosophie de religion qui est tout à fait hors du cadre des sciences ethnologiques et en diffère essentiellement. La science ou l'histoire comparée des religions, comme on l'a nommée aussi pour la distinguer de la philosophie des religions, est une science ethnologique qui n'a d'autre but que d'étudier et de décrire un groupe de faits dans la vie des peuples, les faits religieux, dans toute leur étendue, leur origine, leur propagation et leur évolution.

Sur ce point une influence néfaste a été particulièrement exercée par l'application outrée ou, pour mieux dire, fausse du principe de l'évolution, qui place régulièrement au commencement de chaque évolution ce qui est plus bas, plus imparfait. Une telle conception force continuellement à prononcer, implicitement ou explicitement, des jugements sur les valeurs des formes religieuses que l'on étudie, parce qu'autrement on ne pourrait pas constituer la série des évolutions qui, dans de telles théories, n'est qu'une série de valeurs ascendantes. Une telle conception corrompt la science comparée des religions jusque dans ses racines. En même temps on se trouve ici en face d'une interprétation du principe de l'évolution qui est fausse en soi. Ce principe n'exige pas que la série des évolutions commence absolument par ce qui est plus bas et de moindre valeur. Il place plutôt au début ce qui est simple, ce qui n'est pas encore développé, c'est-à-dire quelque chose qui renferme en soi des puissances, des aptitudes vers des formes ultérieures. Etablir ces puissances, en poursuivre la réalisation graduelle, étudier les lois

de formation intérieures et les causes extrinsèques qui l'amènent, voilà la seule et vraie méthode de la science comparée des religions qui, en se restreignant dans ces limites, s'abstient de toute appréciation sur la valeur et la vérité des idées religieuses.

Elle ne procède pas ainsi parce qu'elle croirait de tels jugements inadmissibles, mais parce qu'elle est persuadée qu'ils sont du ressort d'une autre science, de la philosophie de religion, comme nous l'avons déjà dit, et en partie aussi de l'apologétique, qui pour cette tâche sont munies d'autres méthodes et d'autres principes. Elle ne se mettra pas non plus en opposition avec les intérêts de ces deux sciences. Au contraire: précisément en se rappelant toujours sa position de science partielle de l'ethnologie et en s'cfforçant de s'y conformer clairement et nettement, elle sera à même de rendre à ces deux sciences les services qu'elles peuvent attendre d'elle et uniquement d'elle, c'est-à-dire de leur fournir l'ensemble des faits religieux après les avoir soumis à un triage critique et en avoir fait un tout systématique, en tenant compte des sources d'où ils découlent et des relations qu'elles ont entre elles.

Si notre Revue se consacre aussi à la science comparée des religions, elle le fait dans le sens indiqué ci-dessus, en en distinguant la philosophie des religions et l'apologétique et en éliminant ces dernières. Elle reste donc même sur ce terrain une revue uniquement ethnologique. Naturellement ceci n'exclue pas que, dans des cas où elle n'est pas capable de présenter de son propre fonds quelque chose de sûr, elle cherche à obtenir une certaine orientation au moyen des résultats de ces deux autres sciences. Beaucoup moins renoncera-t-elle à préciser son point de vue vis-à-vis de ces résultats, en les soumettant en quelque sorte à une contre-épreuve. En tout cela, elle ne sacrifiera pas la méthode et les principes qui lui sont propres et elle n'oublie pas que ce n'est pas à une telle Revue de porter un jugement absolu et définitif sur la totalité de la religion.

En qualité de revue ethnologique, r<>Anthropos» publie avant tout des monographies sur la situation religieuse des différents peuples et tribus et il s'efforce d'y consacrer cette bonne mesure de critique des détails et cette richesse de documentation particulièrement nécessaires dans les circonstances présentes. Sur ce terrain principalement — nous croyons pouvoir le dire sans vanité — elle sera beaucoup plus à même que n'importe quelle autre revue de rendre à la science des services signalés. Car aucune revue n'a à sa disposition un si grand nombre de collaborateurs vivant dans les conditions les plus favorables à ce genre d'études comme les possède r<-AnthropoS'> dans la nombreuse phalange de missionnaires qui de tous les peuples et de toutes les parties de la terre lui envoient des rapports. Certaines imperfections, comme la connaissance insuffisante de la littérature respective et de l'état actuel des recherches, une conception défectueuse de certains faits particuliers etc., imperfections qui pourraient se trouver encore chez l'un ou l'autre des missionnaires et qui rcnipccheraient de profiter pleinement des occasions à sa portée, disparaîtront peu à peu grâce à notre Revue même, qui, à côté des études de détail, publiera de temps en temps des aperçus généraux, dont le présent travail ouvre la série.

4 P. G. Schmidt, S. \'. D.,

Dans le grand domaine de la science comparée des religions notre étude a choisi pour sujet la question de l'origine de la religion et du concept de dieu. Tant à cause de son importance fondamentale qu'en raison de l'ordre pour ainsi dire chronologique, cette double question s'impose en premier lieu. Nous étudierons d'abord, d'un esprit critique, l'histoire de la question, en examinant les diverses théories qui ont été déjà émises sur ce point. Pour rester pratique nous ne remonterons pas au delà du commencement du XIX" siècle. Car ce n'est qu'à partir de cette- époque qu'un mouvement ininterrompu a commencé qui se continue jusqu'à nos jours et que, par conséquent, il est indispensable de connaître pour se rendre compte de la situation actuelle de la science. Nous fairons remarquer en particulier que dans l'exposé historique nous nous sommes efforcé de mettre en relief les grands systèmes et les écoles qui, ici plus que dans n'importe quelle autre science, ont déterminé la marche des études et en comparaison desquels des auteurs isolés n'ont pas pu acquérir une importance durable. L'exposé historique et l'examen critique deviendront d'autant plus détaillés que nous nous approcherons davantage de notre temps, puisque l'actualité des différentes théories croît naturellement dans la même mesure. L'exposé historique et la critique fourniront l'occasion de faire connaissance avec un grand nombre des matériaux nécessaires à la solution de la question et l'ensemble des résultats négatifs de la critique fera ressortir aussi un certain nombre de résultats positifs. Nous passerons donc tout naturellement à la partie proprement positive de notre travail qui, après avoir recueilli les matériaux qui manquaient encore, procédera à l'essai d'une solution de la question dont il s'agit.

Dans un travail qui se sert si fréquemment du terme de religion, il est indispensable de déterminer, dès le commencement, quel sens on y attache. Sans nous engager dans une discussion approfondie, que nous reprendrons peut-être une autre fois, nous définissons la religion: La reconnaissance d'un ou plusieurs êtres personnels qui s'élèvent au dessus des conditions terrestres et temporelles, et le sentiment de dépendance vis-à-vis d'eux. Nous disons: êtres personnels et non: êtres [spirituels, comme on le fait souvent, parce que par là nous embrassons ' encore des formes et des périodes dans lesquelles l'idée de la spiritualité n'était pas encore développée. Le mot «personnel» pourrait nous être disputé par les hypothèses les plus récentes de la science comparée des religions qui s'efforcent de placer comme terme initial de l'évolution une force magique universelle et impersonelle. Dans les recherches détaillées du chap Vil nous montrerons que cette conception est fausse et qu'en tout cas dans son origine, la magie constitue le contraste le plus prononcé avec la religion'.

' En tout C.1S pour lus plinses primitives dont s'occupe cotte étude, on peut renoncer ;"i f.iire entrer dans i;i définition l'ordre inornl de l'univers dans son alistraction que M. le professeur L. V. Schroder voudrait voir mentionné à cause du liouddliisme (1,. v. Schrodcr, Wesen und Ursprung dcr Religion. Munich 1906. p. 5ss.). Mais même pour les phases ultérieures il est à remarquer que la grande masse des bouddhistes font entrer l'élément personnel dans la religion par le culte effectif de divinités et de s.iints someiit innomlirables et celui de Bouddha en

L'origine de l'Idée de Dieu. h

La simple reconnaissance de l'existence d'un être surnaturel cl ic sentiment de la dépendance vis-à-vis de lui ne constitueraient qu'une religion théorique, de laquelle l'homme, considéré abstractivement, pourrait se contenter. Mais précisément dans ces premiers temps de l'évolution humaine dont nous parlons, où penser, sentir et agir sont tout un, une telle religion purement théorique semble impossible a priori, la reconnaissance intellectuelle et affective se traduira ici aussitôt par des actions extérieures. Ce n'est qu'alors que nous aurons une religion entière et véritable, parce qu'elle est vivante. De quelle manière ensuite, dans ces temps primitifs, la reconnaissance extérieure se manifeste en premier lieu et le plus souvent, c'est difficile à dire exactement. Sera-ce par la soumission à des prescriptions morales ou sociales, par la prière, par le sacrifice, par l'observation de certaines cérémonies? Pour arriver à la perfection, l'ensemble de toutes ces manifestations serait nécessaire à la religion. Mais il nous parait qu'il y a aussi une religion réelle là où on ne peut constater qu'une seule de ces manifestations, et nous ne comprenons absolument pas l'opinion de quelques ethnologues récents qui doutent de l'existence de la religion là où ils ne rencontrent pas une prière bien caractérisée. D'ailleurs, en considérant notre connaissance bien des fois encore défectueuse de la situation religieuse de certains peuples, c'est une imprudence de nier trop résolument l'existence de l'une ou de l'autre de ces formes extérieures. Il faut de plus se rappeler que justement pour les périodes primitives, ces manifestations n'ont généralement. pas encore pris le caractèr." de formes fixes ou de cérémonies; elles sont plutôt spontanées et en corrélation avec les états d'âme et les événements extérieurs; et pour cette raison elles sont encore dans une large mesure sujettes au changement.

premier lieu. Pour cette r.iison le nombre peu consldcrablc des bouddhistes rigoureu.x ne méritent p.is plus que nos .ithées d'I^urope qu'on tienne compte d'eux en formulant une définition générale de la religion.

p. G. Sdmiidt, S. V. t)..

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