DÉVELOPPEIÏIEHT DE L'ŒUF SPONTANÉ
« C’est lin des principes de la science positive, qu’aucune réalité ne peut être établie par le raisonnement. Le monde ne saurait être deviné. Ceci est vrai pour le monde des êtres vivants comme pour celui des êtres inorganiques, pour le monde moral comme pour le monde physique La science parviendi-a-t-elle un jour à
une connaissance plus claire des principes généraux qui paraissent régler l’harmonie et la forma*? tion des êtres vivants, de façon à s’emparer de leur loi génératrice, comme elle a réussi à s’emparer de la loi génératrice des êtres minéraux ? L’affirmation peut passer à juste titre pour témé-« raire ; mais peut-être la négation l’est-elle encore davantage, comme exposée à être renversée demain par quelque découverte inattendue. » Berthclot.
FORMATION DE l’œUF SPONTANÉ.
’cnsée profonde, bien digne du savant illustre l’a courageusement formulée. Tout un ensei- ;ment y est compris, toute une philosophie.
.,a loi qui préside à l’organisation est une. e la matière organique soit contenue dans un ps vivant, qu’elle soit le résultat de la mort ou elle provienne directement de la combinaison léments minéraux, les phénomènes qui déterlent sou jiassage à l’état organisé sont les mes. Ce qui se ]>asse dans ToAUiirc des animaux ir donner naissance à l’œuf d’où proviendra animal nouA'eau, est ce qui se passe dans la mbrane qui se forme à la surface des infusions, égalemeutce qui s’est produitlorsqu’à l'origine matière inerte a revêtu les caractères de la
ilette transformation est spontanée, indépenitc. Le lieu seul dilfèrc. Genèse sj)ontanée noijénique d’une part ; Genèse spontanée hétérottque de l’autre !
ihvre, c’est s’organiser et l’organisation est une s ])ropriétés immanentes de la matière. Il lui [fit d’ètrc dans des conditions spéciales pour quérir le mouvement et la pensée.
Chacun sait que nos tissus sont, en dernière alyse, composés de tous petits corps, vi.siblos ulement au microscope, et que l’on nomme inents anatomiques. Leur forme est très variable, irs propriétés aussi.
l’origine de la vie-
plus puissant ne révèle jamais aucune trace d éléments solides et il rencontre au bout de douze heures dans le liquide qui commence à perdre sa limpidité, des granulations et quelques leucocytes ou globules blancs du sang. Au bout de vingt-quatre heures, la sérosité beaucoup plus trouble, renferme un grand nombre de ces éléments anatomiques et au bout de trente-six heures elle présente l’apparence laiteuse et en est uniquement composée.
Cette admirable expérience sur les détails de laquelle nous ne devons pas nous étendre ici, mais dont nous ne saurions trop recommander la lecture dans l’œuvre même de l’auteur, (Expériences sur la genèse des Leucocytes et sur la génération spontanée), forme le véritable trait d’union entre la genese spontanée homogenique et la genèse spontanée hétérogénique.
« Dans la genèse (homogénique) des éléments anatomiques, dit le D' Ch. Robin, rien n’e,xistaut que des matériaux liquides, on voit ces matériaux se réunir presque subitement molécule àmolécule les uns aux autres en une substance solide ou demi-solide... La genèse des éléments est caractérisée ]iar CO fait que, sans dériver directement d’aucun des éléments qui les entourent, ils apparaissent de toutes 2nècos par génération nouvelle, a l’aide et aux dépens du blastème formé par ces
l'üliMATIOX DK l’œuK SPONTANÉ.
derniers... Ce sont, comme on voit, des éléments qui n’existaient pas et qui ajjparaissent : c'est une génération nouvelle qui ne dérive d’aucune autre directement. » Nous avons constaté dans l’expérience de M. Onimus la naissance, dans un blastème amorphe et extrait des tissus, d’éléments anatomiques semhlahlcs à ceux qui se forment normalement dans l’économie. Il ne nous reste plus qu’à démontrer cette même genèse spontanée s’accomplissant également hors de l’économie mais donnant naissance à des corps dissemblables à ceux dont ils dérivent.
Si chaque être produit un être distinct selon sa nature, chaque liquide en fermentation donne également naissance à un produit différent, selon sa composition, les conditions diverses dans lesquelles il se trouve; et, quand on a assisté à ce grand acte de l’ovulation spontanée, ou est en droit (le conclure que la science est en voie do conquérir la loi génératrice des êtres vivants à laquelle faisait allusion, au début de ce chapitre, le savant professeur du collège de France.
Il est facile, à l’aide du microscope, do suivre les dilférentes phases de la genèse spontanée hétérogénique, d’assister à l’oologic, à l’embrvogénie des infusoires. Le phénomène le j)lus curieux s’olfre aux regards de l’observateur. Il soulevé alors un coin du voile (jui juscpi’ici ca-
l’origine de la vie.
ehait l’origine de la vie. L’œnf et l’euibrj-on .se forment sous ses yeux. Il suit le groupement desgranules vitellins et l’apparition des enveloppe.^ de l’ovule dont la transparence lui permet bientôt de reconnaître l’embryon à ses mouvements gyratoires, aux battements de son cœnr et ensuite aux mouvements instinctifs, embryonnaires, qui ])récédcnt son éclosion. Les œufs ainsi produits, se développent donc sans avoir besoin du haptnnr semival, scion la spirituelle exjiression de M. Léon I) U four.
Pineau, Nicolct, MM. Pouebet, .Toly. Musset. Wymann, Mantegazza entre autres, ont vu cette genèse spontanée s’opérer sous leurs yeux ; nous même, nous l’avons plusieurs fois suivie dans toutes scs phases et nous pouvons, avec M. ScbaalThausen , affirmer qu’on peut voir les infusoires se jiroduire aussi si'lrcmcnt qu’on voit des cristaux se former dans une solution qui en contient les éléments.
Spectacle imposant, de voir sous ses a'cux un animal se former de toutes pièces, de voir ainsi le mouvement et la vie surgir delà matière morte et inanimée !
Passons chaque scène en revue.
Une matière organique, un tissu organisé quelconque, est-il mis au contact de l’eau dans les conditions sus-énoncées, des phénomènes de fermen-
rOKMATIOX DK l’œUF Sl’ONTANK. !j!>
tatiou ou (lo putréfaction sVitablissciil, un dégagement de gaz se produit et, au l)out de quelques
Moiiados.
iieures, un léger nuage Idandiàtre ciui s’éjialssit Incutôt en membrane, apparaît a la surface du
Bacleripi.
liquide. Ce nuage n'est qu’un amas .l’animaleules • b.mentaires ; des bactéries, des monades, de.s ^■ilirions. Tous infusoires non eilif-s.
l/ORIülNK DE LA VIE.
Les microzoaires sont loin, en effet, de présenter le môme degré de complication organique. Des
Vibrion! lournovanli.
différences tranchées les séparent. Il y a plus de distance entre un colpode et une bactérie qu’entre l’éléphant et le plus inlimc des mammifères. Les infusoires ciliés occupent le haut de l’échelle, les autres en forment le bas, et les premiers sont pour ainsi dire, aussi éloignés des seconds, que les vertébrés le sont des animaux sans vertèbres.
Colpoda cuciillui. Miill.
Cette pellicule qui apparait ainsi à la surface des liquides en putréfaction et à laquelle M. Pouchet a donné le nom de Membrane proligère, présente des aspects très divers suivant que les conditions de milieu ont fait ajiparaître des monades.
FORMATION DE l’cEUF SPONTANÉ 101
lies bactéries ou des vibrions. C’est ainsi que l’auteur de V Ilétérogéiue qui l’a étudiée à un grossissement de 400 à 420 diamètres en décrit quatre sortes : la pellicule proligère granulée, la pellicule enchevctrée, la pellicule pseudo-cellulaire et la pellicule mixte.
La membrane proligère granulée est entièrement composée de monades, et de bactéries. Le liquide qui primitivement contient la matière organisablc à l’état de dissolution et ne décèle rien à l’e.vamon microscopique, ]irésentc au bout d’une journée à sa surface, de toutes petites molécules rectilignes ou sphéroïdes qui, d’abord immobiles, s’animent ]k'u à peu et constituent des liactérios ou des monades.
Les liactérics se reconnaissent facilement à leur manière toute spéciale de sc grouper ; elles ont il’abord l’apparence do petits l)àtonnets rangés côte à cote comme des soldats en bataille et lorsqu’elles s’animent, leurs mouvements sont très rapides et s’opèrent en ligne droite.
M. Poucliet donne le nom de molécules girimaires mobiles au.x granulations qui forment le point de transition de la matière inerte A’crs la matière animée et dont le mouvement reconnu par O. F. Muller et M. Dumas a été bien à tort rapjiorté par J. iMuller et Dujardin au mouvement brownien, e.’est-a-dirn aux oscillations que présentent, mais
dans une sphère très limitée, les molécules inorganiques.
Ces infimes infusoires ont une existence fort éphémère ; a leur activité prodigieuse succède après quelques heures, une immobilité complète et ils s’agglomèrent à la surface pour constituer la pellicule granulée, véritable sable d’une finesse excessive.
Que les conditions dans lesquelles aiiparaissenl les monades et les bactéries soient un peu modifiées ; que la tcm])érature, par exemple, se soit un tant soit peu élevée, alors le liquide se peujile au bout de vingt-quatre heures de longs vibrions qui, après s’ètre agités pendant une journée ou doux, s’enchevêtrent, offrent au microscope l’aspect d’une toile d’araignée et constituent la membi-ane jiroligère dite enchevélrée.
Ces vibrions dont M. Pouchet a donné le premier la description, sont de deux sortes : les uns jirésentent de quatre à huit granules régulièrement disposés, on les nomme granifères pour rappeler cette disposition ; les autres sont lisses, aplatis et n’apparaissent ordinairement qu’après les premiers.
Mais, il arrive parfois que des infusoires un peu plus élevés en organisation , succèdent à ces vibrions et s’ajoutent en s’immobilisant comme eux, à la pellicule qu’ils forment à la surface du
FORMATION UE l/cKUF SPONTANÉ. 10;5
liquide. Ils lui cominuuiqucut alors uue disposition utriculaire toute spéciale qui lui a valu le nom de pseiulo-cellulaire.
En lin, les divers éléments qui forment les membranes ])récédeiites peuvent se trouver réunis, ils ■eoiistituent alors la pellicule jiroligère mixLe.
La formation des liactories a été décrite avec la plus grande exactitude par le professeur Mantégazza. Il ])rit un tube de verre à jiarois très min-' ces. ajiplati et fermé à l’une de ses extrémités ; il y introduisit un j)cu d’eau, un peu d’air et quebiues fragments de tissu cellulaire végétal ; il le ferma .alors à la lampe et, le plaçant sous le microscope horizontal île Chevalier, grossissant 400 fois environ, il observa ce qui suit. Au bout do deux heures, il aperçut un amas de linos granulations provenant de la désorganisation du tissu végétal et, pou à peu, il vit sc détacher sur les bords irréguliers do cet amas granuleux, do petites excroissances transparentes et immobiles. C’est le hacteriuiu termo en voie de formation. Trois ou quatre heures apres, les excroissances, devenues libres, entrèrent en mouvement, oscillèrent lentement d’abord et <;omme si elles s’essayaient à l’existence, puis s’élancèrent avec la rapidité d’un trait au sein du li- ([uide. Leur nombre augmenta insensiblement et devint si énorme, qu’au bout do dix heures, le li- .fpiidc était devenu trouble. « L’observation dura
loi
l’origine le la vie.
seize heures, dit Mantegazza, et pendant fout ce lemps, je ne me levai pas de mon siège, je ne quitfai pas le champ du microscope, regardant tantôt ■liée un œil, tantôt avec l’autre, puis les fermant tous deux pendant environ une demi-minute, dans le but de les reposer. J’aurais eu, le vif désir de continuer l’observation, mais la nature fut plus forte que ma volonté; mes veux commencèrent à se remjilir de larmes et à ne plus voir distinctement le cham]) du microscope ; je dus me lever, brisé de (atigiie, mais enchante d’avoir surpris la vio à son berceau. »
Hàtons-nous de dire, pour ceux qui voudraient répéter cette curieuse observation, qu’il n’e.st jias nécessaire de s’y fatiguer ainsi les yeux seize heures durant, il suflit. ainsi que l’a fait M. Joly, de placcrenfre (h'nx lames de verre un jieu d’eau dans laquelle aura macéré de la viande, eu ayant soin, liour emjiéchcr l’écoulement du liquide, de garnir les iiords des lamelles avec de la cire. Si la température est sutfisamment élevée, on voit a])paraitre au bout do quelques heures au sein du liquide, d abord transparent, une quantité prodigieuse île liacféries.
Los animaux sont tous, à l’origine, constitués par un simple amas de granulations. Les jdus élevés dans la série zoologique résultent de la concentration des molécules organiques du stroma de
FORMATION DE e’œuF SPONTANÉ.
l’ovairc ; certains mollusques, les Lymuées, entre autres, proviennent d’nn œuf qui n’est d’abord composé, ainsi que l’a démontré M. Pouchet, que d’une agglomération d’animaculcs élémentaires; les microzoaires élevés qui naissent spontanément dans les infusions, sont également produits
]>ar ragencenient des animaeules d’abord animés, puis devenus immobiles, tpii composent la membrane proligère.
f'(' fait est aujourd'hui de toute évidence et c’est encore à M. Pouchet que nous on devons In démonstration. Il avait déjà signalé, dans son remar(|uahle IMemoiri' sur le de veloppcmcut du vitcllus des lymuées. que les jiremiers linéaments de l’animalité se n-erutent à l’aide des débris d’une génération qui vient d’expirer; il comjiléta sa découverte (ui prouvant que les mierozoaircs proviennent d’fpuls résultant de la concentration des
l’ürigixe de la vie.
Gcvclavres de la génération éphémère de bactéries, de monades et de vibrions qui composent la membrane proligère. Au bout d’un temps très court, une pellicule régulièrement granulée change d aspect; de place en place et à distances sensiblement égales, ces granules se concentrent eu amas serrés, limites par une zone plus claire, transparente, et qui rapjielle la Zona 2>eUucida de 1 œuf ovarique des animaux supérieurs.
Ces amas constituent les granules AÙtellins de l’œuf des microzoaircs élevés, comme nous avons vu des agglomérations d’animalcules composer le vitellus de certains mollusques.
Les recherches de MM. Lereboullct, sur les œufs de la Perche üuviatile, et Dufossé sur le Serran, montrent egalement l’analogie du développemopt de l’œuf des infusoires avec celui des poissons.
Dans une troisième série de phénomènes, l’ovule spontané se délimite. Les granules, primitivement plus serrés au centre sous forme de noyau, se disséminent uniformément ; une membrane enveloppante, d’abord très mince, puis de plus- en plus éjiaisse et quelquefois un peu colorée, succède à la simple zone blanchâtre qui circonscrivait l’œuf. Lorsqu’elle est épaisse et translucide comme chez les vorticelles, par exemple, M. Pouchetlui donne, par analogie , le nom de zone transparente ou de chorion. L’apparition de ce chorion se fait au bout
rORM.VTlÜN DK l’œL'F Sl'ONT.VNlî. 107
uue viiigtiuuc d’heures et j)arfois moins , selon température.
Puis, le développement continuant, l'embryon iparait peu de temps après cet enkystement de jvule. On le reconnaît à ses mouvements gyra- ■ ires, aux j)ulsations de son coeur et à ses mou- Jîments instinctifs.
Cette gyration du vitcllus. cette apparition du (X'ur ou jmiictnin saUuns et des mouvements cmrvonaires , constituent les phénomènes quater- , aires de l’cmln-yogénie des infusoires.
Xüus appelons tout particulièrement l’attention U lecteur sur ces mouvements gyratoires du viellus, qui débutent jiar do simjdes oscillations Unis la masse dos granules j)our se traduire enuitc ]iar dos mouvements uniformes, réguliers, imulant une sjdiére qui tournerait lentenieni sous me membrane transparente. Le plus léger ébran-
Icment, le choc d’iiu infusoire qui passe, arrête iimnédiatemeut cette gyration. Peu de temps après l'apparition de ce phénomène, les granules vitellins présentent un point plus pâle. Le cœur est en train de se former et bientôt l’embryon manifeste les premiers actes vitaux par des mouvements alternatifs de contraction et de dilatation de cet organe.
En même temps, se développent les appareils plus ou moins compliqués, qui doivent composer l’organisme et cet embr^'on de microzoaire {À l'exemple de celui d’un certain nombre de mollusques, des lymnées entre autres,) s’agite enfin
|)our rompre la membrane qui l’emprisonne. Mais <■05 mouvements sont saccadés, irréguliers. Difiérents des mouvements gyratoircs que le plus faible (■branlement arrête , ils sont inslinciifs et redoublent d’intensité au jilus léger eboe d’un animal- •ule qui passe.
formation de l’iKUF Sl'ON'l'ANÉ. i09
Survient enfin Véclosioii du niicrozoaire sponfliné l^^ui s’agite dans le liquide environnant ou, comme tui, des millions d’animalcules resjiirent , se re- ?iierclient ou se combattent^ aiment et meurent.
La mort chez les infusoires se produit de plusieurs manières. Tantôt les éléments cpii les constituent se désagrègent subitement , entrent en diffluence; tantôt, raiiimalcule s’immobilise, se contracte peu à jieu en boule, son cœur cesse do • battre et son enveloppe cutanée finit par so déchirer.
Il importe d’insister sur ce changement de forme, cette contraction on lioulc de l’infiisoire qui va mourir. Sous col état , l’animal semble enlnjstc. c’est-à-dire recouvert d’une envelojipc adventivc ; ce n’est qu’une ajiparcnce que M. l’ouohet désigne sous le nom d'cnkijslemcnt morbide.
Mais il est certain aussi (jue , sous rinfluence d’agents extérieurs incompatibles avec l’excrcice
l/oiUGINE DE LA VIE.
régulier de leurs fonctions, la privation d’eau, par exemple, ces animaux peuvent se contracter prématurément, résister ainsi plus ou moins longtemps aux causes de destruction et reprendre peu à peu leur vie active lorsque l’eau leur est rendue.
Nous venons de passer successivement en revue les phases diverses de l’évolution des microzoairesj à môme une membrane proligère à granulation.s] serrées; des phénomènes presque ■ identiques se ' produisent dans une pellicule 7iioins dense. M. Pouchet, dans ses Nouvelles Expériences sur la génération spontanée, rapporte à ce sujet les observations suivantes :
« Après avoir laissé pendant une heure macérer vingt grammes d’ivraie, Loliiim temnlenhm. L., dans 500 grammes d’eau, ou filtra le liquide. Le ! lendemain, par une température de 25°, la surface • de la macération était envahie par une immense légion de Monas lermo, Mull. Le surlendemain, ces animalcules étaient presque tous morts, et leurs cadavres constituaient une pellicule proligère trè. s mince, à granulations très fines et peu serrées. . Le troisième jour, commencèrent <à apparaître, çà et là, dans cotte membrane, quelques ovules spontanés; et déjà ceux-ci s’y offraient môme sous divers degrés de développement. De place en place, la forme plastique, centralisant son action, avait condensé de petits amas dégranulés
FOKMATIOX DE l’œUF SPONTANÉ. 111
!’’im jaune A-crdàtrc, qui se dislinguaient parfaitenent dans la pellicule proligère, et y formaient ;0s groupes de granulalions que , pour l’aspect, )u pourrait comparer à celui de certaines Xéhn- "uses.
» Quelques-unes de ces espèces do ncbuleusex l’étaient constituées que ]iar un ]ictit nombre de granulations, et olfraient des formes encore indécises. D’autres étaient comjioséos d’un plus consilérablc amas de granules, et déjà ou y distinguait a tendance qu’avait l’onivrc à devenir sphéroïlalo. Le centre de celles-ci était occujié par les grains les jdus gros et les plus tassés ; vers la circonférence, ceux-ci étaient et jilus fins et moins serrés, ce qui y formait une espèce de large zone pcllucidc. Enfin, de jilacc eu place, dans la môme pellicule, on voyait des ovules d’un dévelopjieincnt encore plus avancé. I.cs uns étaient jircsqne totalement achevés. Déjà ils étaient tout à fait sphériques, et une zone jilus claire et de peu d’épaisseur, qui les circonscrivait, annonçait leur délimitation finale et le lieu qu’allait occujicr le (diorion. Sur d’autres, celui-ci est tout à fait formé; Tovnlc jouit de sa vie indéjicndantc , et déjà ou observe que le vitcllus est on gvration. f>e quatrième jour , presque tous les œufs sont totalement formés ; ils ont de 0"'’".0110 à de diamètre, et on y voit déjà battre le couir île
l’embryon. Enfin, le cinquième jour, il en sort des J Paramécies d’une longueur de 0“”‘,0455 à 0">“,05.»
De nombreux micrographes ont observé, vu et î décrit toutes les phases de l’embrymgénie des in- 1 fusoires. Pineau a suivi l’évolution de la Monade ■ lentille et des Oxylriques; Nicolet celle des Ami- 1 bes ; Pouchet celle de la Monade lentille, des Col- I podes et des Paramécies; Joly et Musset égale- " ment; Wymaun, Mantégazza, SchafThausen, nousmême enfin.
Nous avons avancé, avec M. Pouchet', que hi membrane proligère des infusoires était l’analogue des ovaires des animaux, et que les mêmes phénomènes embryogéuiques s’y manifestaient ; il suffit pour s’en convaincre de jeter les yeux sur les figures où Nelson, Lacaze Duthiers, lyoren , Danielssen, Quatrefages, ont représenté l’ovulatiou des animaux inférieurs dans le tissu ovarique ; elles pourraient presque servir à nos descriptions.
Les formes organiques qui se succèdent dans une même infusion ou macération sont multiples, mais toujours des infusoires élémentaires précèdent les microzoaires plus compliqués. Ce fait, ainsi que nous l’observait un jour, avec beaucoup de raison, M. J. Michelet, est à enregistrer parmi les arguments principaux en faveur de l’hétérogènie. Ajoutons que la possibilité où est l’observateur d’obtenir, a son gré, tels ou tels infusoires
FORIIATIOX DE l’cEUF SPOXTANÉ. 113
JB faisant varier les conditions de l’expérience, nous jjaraît une preuve non moins certaine.
Gruitbuisen rapporte, dans son Organozoonomic , [ue jamais, dans plus do mille cas, les infusoires :ie se sont présentés sous des formes identiques dans les infusions de substances diverses ou dans «.es mêmes matières, lorsqu’on les exposait dans lies circonstances différentes. Burdacb assure aussi, dans son immortel Traité de i^hijsiohijie, que es microzoairos barmonisent leurs formes avec le milieu dans lequel ils se trouvontj placés , et le célèbre ouvrage de M. Pouebet sur V Hétérogénie ourmille de faits semblables. Dujardin lui-même, Mariant des paramécies, dans son Histoire naturelle des Infusoires, dit tpie leur forme est tellement al- •érable et variable, que l’on sera fréquemment lisposé à méconnaître ces infusoires , quand les circonstances do leur développement auront été nodifiées. Comment, soit dit en passant, concilier :e fait avec la prétendue fixité des o.spèces, souenue encore par quelques représentants de la cience orthodoxe?
I Devant les faits que nous venons do signaler, 1 levant la vérification qu’en ont faite bon nombre irobservateurs et l’opinion do 11. Oveu qui dé- I daro que M. Pouebet a démontré d’une manière Mvidente l’cmbrvogénio des microzoairos, ilseinl)le [u’il n’y ait j)lus qu’à s’incliner. Un savant, co-
l’origine de la vie, pendant, a protesté, M. Costc; et nous devons tenir compte de ses objections. « Observations erronées », avait bien , avant lui , dit incidemment M. Pasteur, à la page 105 de son Mémoire sur les corpuscules onjanisés qui existent dans l'atmosphère ; mais il s’était contenté de cotte aflirmation ; il n’a jamais dit avoir regardé et n’avoir point vu; nous lui laissons toute la responsabilité d’un jugement lancé aussi légèrement.
Revenons à M. Coste, dont la parole acquiert une grande importance lorsqu’il s’agit d’une question de physiologie : « Les infusoires ciliés, dit-il, apparaissent dans l’eau d’une infusion bien longtemps avant la formation de la pellicule à laquelle on a cru devoir donner le nom de Stroma ou de membrane proligère, en lui attribuant une fonction qu’elle n’a pas. »
Le fait signalé par M. Coste est vrai, et il n’est point d’expérimentateur qui n’en ait été cent fois témoin. Le microscope de M. Pouchet l’a nombre de fois mis à même de constater le phénomène. M. Y. Meunier signala également la présence de nombreux kolpodes dans une macération de lichen d’Australie qui ne datait que de quelques heures et par conséquent ne présentait aucune trace de membrane proligère : nous-mêmc, nous n’avons pas souvent fait de macération de foin, sans vérifier l’exactitude de ce fait absolument étranger, on va le voir, aiuv phénomènes d'hétérogénie.
FORMATION DE l’œUF STONTANÉ. 115
Les infusoires dont parle M. Costc sont, en effet, introduits axec les herbes employées et reprennent, avec l’humectation, leurs manifestations vitales. Ils précèdent toujours, dans les macérations, les phénomènes de fermentation ou de putréfaction, mais ils meurent aussitôt leur apparition, jiuur coder la 2^1 ace aux microzoaires spontanés.
Ce sont, d’après M. Coste, ces microzoaires enkystés et apportés jiar la substance fermentescible que les hétérogcnistes prennent pour des œufs spontanés.
La discussion se réduit donc au diagnostic différentiel de l’ovule S])ontané et du Kyste; qu’on veuille bien ouvrir les yeux et regarder attentivement, il est impossible, en cll’et, de s’y méprendre et de confondre l’animal qui s’apju'ètc à l’existenco avec celui qui s’éteint et s’anéantit.
Le premier a, nous l’avons vu, une teinte pfde, transparente ; une enveloppe fine à iieiuc visible, régulièrement sjihérique ; il j)résente une gyration régulière et de longue durée ])arfois avant l’apparition du punctum salions, autrement dit du cœur, et jusqu’à cette apparition seulement ; il manifesto ensuite des mouvements instinctifs ])articuliers ; enfin, il est dépourvu de cils locomoteurs.
Le microzoaire enkysté , au contraire, ])résente des mouvements désordonnés , mais de quelques instants de durée seulement, et produits juir des
l’origine de la vie.
cils ; sou cœur va cesser d’agir et ses derniers battements accompagnent les dernières contractions de l’animal ; sa peau lui forme une coque épaisse, à contour irrégulier et munie de cils ; le kyste, enfin, présente une teinte plus foncée, beaucoup moins homogène, beaucoup moins transparente.
Que de différences! La confusion est cependant assez facile, au premier abord, pour que M. Coste lui-même ait pu avancer un instant que les caractères de l’œuf spontané s’appliquent au kyste ; mais un peu d’habitude suffit pour éclaircir tous les doutes. Quand on a étudié simultanément un œuf et un kyste, on ne les confond plus ; on discerne parfaitement à l’intérieur de ce dernier les organes contractés, on compte et mesure les poches stomacales qui ne rappellent en aucune façon les Unes granulations de l’œuf spontané.
Si comme le croit M. Coste, c’étaient les Kystes déposés à la surface des plantes que l’on fait macércr qui seuls se développaient en microzoaires ciliés, dans les expériences d’hétérogénie, d'où proviendraient les infusoires que l’on obtient avec des macérations ou des décoctions de cerveau, de crustacés ou de ténias? Nous avons vu en 1864 au Muséum de Rouen une macération de ténia du chien qui avait séjourné plus d’une année dans l’alcool et qui fournit une quantité prodigieuse
FORMATION DE l’(EUF SPONTANÉ.
de colpodes ; M. Poucliet a signalé dans un de ses mémoires cette curieuse particularité qui à elle seule infirme l’assertion du savant professeur du Collège de France.
Il est très A'rai que dans les macérations faites à froid, le foin y apporte avec lui les organismes qui s’y sont développés pendant sa végétation. Les phénomènes de genèse ^spontanée se produisent en effet, ailleurs que dans nos laljoratoires, et la ]>rairio notamment, où se trouvent réunis des corps putrescibles, de l’eau, de l’air et de la chaleur, est un immense champ de macération où pullulent les infusoires. Mais, nous le répétons, il ne faut point confondre ces derniers avec ccu.v qui se forment spontanément dans nos ajiparcils, dont nous venons de décrire toutes les jiliases de développement et qui d’ailleurs, ajjparaisseut à volonté dans l’air confiné, mis au contact d’un corps putrescible préalablement bouilli. L’observation de M. Coste est donc e.vacte, mais sa conclusion, fausse.
Les microzoaires e7ilnjsl(‘s ont joué un trop grand rôle dams les dernières discussions relatives à l’hétérogénie, pour que leur histoire ne nous arrête pas un instant.
O. -F. Millier, Luigi, Guanzati, et après eux MM, Glajiarède et Lackman observèrent que, sous l'influence <1 ayenis extéi-ieurs qui ont rendu
l’origine de la. vie.
clifficilG la libre manifestation de leurs phénomènes v'itaux, la privation d’eau par exemple, les infusoires se contractaient en boule, s’enkystaient, j etparaissaient, sous ce nouvel état, pouvoir résister ‘ aux causes de destruction et attendre que des conditions meilleures leur soient rendues.
Une autre cause d’enk^'stemeut, la préparation à la reproduc 1 1071 a. été signalée parStein et plusieurs autres naturalistes.
MM. Claparède et Lackmauu citent comme le plus curieux, l’exemple du Colpode, et ce fait, fort propre selon eux à être exploité par les partisans d’une génération spontanée, s’explique parfaitement par la facilité avec laquelle cet animal s’enkyste.
C’est cette opinion soutenue d’abord par Stein et reproduite par ces deux observateurs, que M. Coste est A'enu dernièrement reproduire devant l’Académie des Sciences dans un Mémoire sur le développcmei7t des infusoii-es ciliés, dans une macération de foin.
Une fois enkystés, les Colpodes devenus immobiles, «SC segmentent, dit-il en deux et quatre et quelquefois même en douze colpodes plus petits qui, une fois séparés et distincts entrent en gyration chacun pour leur compte, sous leur commune enveloppe. Les mouvements auxquels ils se livrent, finissent par user le kyste en un point quelconque.
FORMATION DE l’lEUF SPONTANE.
et, dès qu’uue fissure y est pratiquée, ou les voit sortir de leur prison et se mêler à la population <lont ils accroissent le nombre. » Le savant professeur du College de France, désigue ces kystes, sous le nom de l-ijsles de multiplication ; par opposition à renkystement qui se rattache à la conservation de l’individu, et il explique ainsi le peuplement des infusions.
M. Pouchet, qui nie cette scissiparité des Kol- 2'odes enkystés, explique d’une tout autre manière les faits précédents.
D’après lui, ces animalcules enkystés ne sont autres que des mères contractées en boule sur leurs «inifs ; et les produits du kyste de multiplication, que les petits parvenus à la liberté après avoir rompu l’enveloppe qui les tenait renfermés. Il n’admet ])as qu’un animal doué d’une organisation complexe jniisse ainsi se diviser jusqu’à l’infini ; il signale, au contraire, tout ce qu’a de naturel le ])hénomènc qu’il leur substitue, et nous croyons (ju’il est dans le vrai. Lu efl'et, lorsqu’on suit attentivement le développement de ces corps oviformes sous rcnveloj)pc qui les réunit, on les voit d’abord ojiérer des mouvements de gyration et no jirésenter de vésicules cardiaques que quelque temps après. Or, dans l’hypothèse de la scissiparité que défend IM. Costc., le punctum salie7is existerait dès l’origine.
l’origine de la vie.
A côté de Venkystement morbide que nous avons précédemment appris à reconnaître, nous devons donc enregistrer un enhjstement maternel.
A ces causes diverses d’enkystement chez les infusoires, MM Claparede et Lachman en ajoutent encore une autre, a savoir la protection contre les
injures extérieures pendant la digestion, et il cite spécialement a ce sujet un infusoire connu des micrograplies sous le nom à' Amphileptus meleagris.
Il est enfin une opinion relative au mode de peuplement des infusions et que nous ne pouvons passer sous silence.
Nous lisons on effet dans le Monde de la mer, de M. Moquin Tendon : « Deux infusoires se rencontrent dans leurs courses vagabondes, se réunissent, se greffent par leur partie antérieure, se fusionnent et no forment plus qu’une masse homo-