CONDITIONS DE LA GENÈSE SPONTANÉE
Fray et Burdach, ont annoncé' qu’il ne sc produit pas d’animalcules distincts lorsque la substance qui macère est surmontée d’une trop haute colonne de liquide, et M. Pouchet a mis ce fait hors de doute par une expérience fort curieuse. Ayant pris deux longues éprouvettes remplies de liquide, il suspendit dans l’une le corps solide près de la surface et le maintint dans l’autre au fond du vase ; la première lui donna une énorme quantité d’infusoires élevés tandis qu’il n’obtint dans la seconde que quelques rares organismes d’un ordre inférieur.
Lorsqu’à l’exemple de Wrisberg, on recouvre ses infusions d’une couche d’huile, on n’y voit rien apparaître ; si quelques gouttelettes seulement surnagent à la surface, on voit des protoorganismes SC former dans les intervalles. Cette expérience démontre que le contact de Pair est également nécessaire pour que l’hétérogénie puisse se manifester. Gruithuiscn reconnut la vérité de cette assertion et Spallanzani démontra que le vide de la machine pneumatique rendait toute production impossible.
L’air vicié par l’acide carbonique et les gaz méphitiques résultant de la fermentation putride, est devenu impropre aux phénomènes de l’hétérogénie. C’est un fait que M. Pouchet a démontré et que Spallanzani, sans en pénétrer la cause
l’origine de la vie.
reolle, avait déjà reconnu. Ou ne .saurait trop i appeler cela aux adversaires de la génération spontanée, leurs résultats négatifs n’ont pas souvent d’autre explication.
Mais, l’air ne peut-il pas être remplacé par un autre gaz ? Fray et Burdach croyaient que l’iiydrogène et l’azote pouvaient lui être substitués, contrairement à M. Poucliet qui prétend ce fait inexact et ne recoimait qu’à l'oxyijciie seul et à l’an- arif/îc/e/ le pouvoir de remplacer l’air atmosphérique.
La présence simultanée de l’eau, de l’air et d’un corps putrescible ne remplit point les conditions exigées par l’hétérogéiiie ; une certaine température est de toute rigueur, la lumière cl l’électricité la favorisent.
L’auteur des Opuscules 2)lnjsi(pies, avait déjà reconnu l’importance de la température dans la production des infusoires et Lamarck donne mémo à la chaleur le nom de mère de toutes les générations. Les observations jiostérioures de Gruithuisen, de Gros et de M.Pouchet n’ont fait que confirmer ees assertions. Pour ce dernier, la ehaleur est tellement indispensable à la Genèse spontanée qu’au-dessous do 5 degrés centigr, il ne la croit plus jjossible. Selon lui, v l’action du calorique influe iion-seulemout d’une manière manifeste sur l’abondance avec laquelle apparaissent
CONDITIONS DE LA. GENÈSE SPONTANEE. 87 ■et se développent les microzoaires, mais il est certain aussi que le degré d’activité qu’il suscite dans les phénomènes de décomposition putride, réagit sur les organismes qui en sont le produit ; il en augmente ou en diminue le perfectionnement, de manière que, sous une température opposée, avec le même corps, on obtient des espèces différentes. Ainsi, si une même substance est mise à macérer à une température de 10 à 12 degrés et à celle de 2o à 28 degrés, souvent, dans les deux cas, elle produira des protozoaires d’une espèce particulière.»
C’est pour avoir méconnu ce fait, en apparence du moins, que la Commission académique devant laquelle M. Pasteur et ses adversaires devaient répéter leurs expériences contradictoires, en avait primitivement fixé l’époque dans la première quinzaine de mars. Les hétérogénistes ayant protesté •et déclaré que ce serait compromettre gravement leurs résultats, l’époque fût, il est vrai, ajournée
au mois de juin suivant, mais on sait le
reste !...
Si une certaine température est nécessaire à la formation des protozoaires, ils ne s’engendrent plus au-dessus d’une certaine limite. Toutefois, Spallanzani reconnut dès 1787 qu’une fois formés, les organismes inférieurs peuvent facilement supporter des températures extrêmes ; c’est ce que nous
l’origine de la vie.
avons reconnu nous-mêmes ainsi que MM. Poucliet et Tinel sans toutefois nous laisser entraîner aux exagérations des successeurs du savant de Pavie.
Il n est pas inutile d’ajouter ici qu’une chaleur humide, est beaucoup plus favorable qu'un temps sec a la production des microzoaires.
La LUMIÈRE semble favoriser également la genèse spontanée. Suivant Morren, elle lui est même indispensable et plus elle est vive, plus aussi elle est active au dire de Bürdach. M. Pouchet, au contraire, préfère une lumière diffuse et admet qu’avec les mêmes conditions de chaleur, cet acte se produit également dans l’obscurité absolue. Dans tous les cas, ainsi que l’a parfaitement reconnu le physiologiste rouenuais, la couleur des rayons lumineux influe sur l’abondance, le développement et la nature même des animaleules en voie de formation. « La lumière blanche, dit-il, paraît être la plus favorable au développement des microzoaires ; après elle, vient le rouge, puis le violet, le bleuet enfin le vert. Il est cà remarquer , cependant, que cette action des éléments de la lumière est absolument inverse lorsqu’il s’agit des protoorganismes végétaux, ainsi que de la matière verte de Priestlay, qui semble se raprocher de ceux-ci par quelques caractères.
Il résulte de nos observations, que le rayon vert
CONDITIONS DE LA GENÈSE SPONTANÉE. 89 St pour eux le plus favorable de tous ; le bleu et 3 violet viennent après, et ensuite la lumière lanclie. Le rouge, au contraire, en entrave le ‘éveloppement, lui qui est si favorable à la prouction des animalcules. »
L’influence de l’air et de la lumière est tellement apitale que Mantegazza voit se manifeste rdes hénomènes chimiques et biologiques différents uivant qu’il expose les corps à l’air libre ou à .air limité, à l’obscurité ou à la lumière !
Mais, si ces agents jouent un rôle important ans l’apparition des proto-organismes, I’élecaiciTÉ possède une influence non moins remaruable sur les phénomènes primaires de la vie. •réviranus vit, sous l’action du galvanisme, des ''issus apparaître sur des infusions qui ne produi- 3nt ordinairement que des moisissures. M. Pouhet, de sou côté, reconnut que sous l’influence e l’électricité et surtout de l’électricité atmosphéque, le développement des animalcules estbeauoup plus rapide. Il rapporte qu’en trois jours eulement et par une température de 25 degrés
obtint des Icolpodes offrant une dimension qu’ils lettent six jours à acquérir par la même tempéiture lorsque l’air n’est pas surchargé d’élecricité.
Les agents extérieurs ont une telle influence ur les phénomènes de l’hétérogénie, que l’heure
l’origine de la. vie. I
même de la journée peut avoir sur eux une action 1 manifeste. C’est ainsi que le Cercaria major naî- I trait constamment à dix heures du matin et le i Cercaria éphemera vers midi suivant les observations de Nitzsch et do M. Boudin.
Mais, ce qu’il y a de plus curieux, c’est que les moindres détails, jusqu’à la forme du vase, influent sur l’apparition des animalcules. La population zoologique est, dans les expériences de M. Pouchet, differente dans les vases de configuration dissemhlable. Nous avons nous-même vérifié plusieurs fois cette assertion.
On a enfin soutenu que les vapeurs mercurielles et l’air qui avait traversé de l’acide sulfurique étaient impropres à la vie des infusoires. C’est une erreur ; les résultats obtenus par Faraday,
A. Colsou et M. Pouchet le prouvent suffisamment.
Les conditions dans lesquelles se produisent les phénomènes de Genèse spontanée hétérogénique, sont donc multiples et beaucoup échappent encore à notre investigation.
Toutefois, celles qu’il nous faut ordinairement réunir pour les provoquer dans nos expériences de laboratoire, peuvent se résumer ainsi : Un corps putrescible, de l’eau, de l’air ou de l’oxygène, une certaine température, de la lumière et de l’électricité. Ajoutons enfin que le développement des infusoires dans nos macérations semble sou-
CONDITIONS DE LA GENÈSE SPONTANEE, 91 Ht favorisé par l’addition de certaiues substaus telles que le carbonate et le phosphate de nde ; les phosphates, nitrates et oxalates d’amjniaque, etc
'Mantegazza démontre parfaitement dans ses Hes expérimentales sur les générations spontanées, .e les êtres produits, varient selon que le liquide itrescible est acide ou alcalin. Dans le premier 'S, ce sont généralement des végétaux qui ap- .raissent ; lorsqu’au contraire le milieu est neutre i alcalin, on détermine la genèse de inicro- •aires.
:Avant de tenter la plus sim^ile expérience rela- 'e à l’hétérogénie, il est absolument important avoir présentes à l’esprit toutes les conditions vorables ou contraires à ses manifestations, est pour n’en avoir pas tenu un compte suffisant avoir fait, eux-mêmes, des conditions aux phéimènes, que certains observateurs ont comprois le résultat de leurs expériences et la justesse ; leurs conclusions.