‹ L'origine des animaux d'eau douceChapitre 1 sur 9 · HATEZ, IMPRIMEUR DE L* ACADÉMIE ROYALE DE BELGIQUE · texte numérisé non relu

HATEZ, IMPRIMEUR DE L* ACADÉMIE ROYALE DE BELGIQUE

rue de Louvain, 412

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Extrait des Bulletins de l'Académie royale de Belgique (Classe des sciences), n° 12 (décembre), 4905.

Depuis plusieurs années, l'un des derniers venus parmi les membres de cette Académie consacrait les loisirs que lui laissent ses devoirs professionnels à tenter l'acclimatation des larves d'animaux marins dans des eaux de moins en moins salées.

Un jour, quelqu'un qui le visitait au bord de la mer, dans le petit laboratoire où il exécutait ses expériences,

(4) Bull, de VAcad. roy. de Belgique (Classe des sciences), n° 42, pp. 699-744,4903.

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lui demanda à quoi pouvaient servir de pareilles tentatives. Telle est, en effet, la question que se pose habituellement le public à propos des diverses recherches d'ordre un peu spécial. Car, le plus souvent, considérées en elles-mêmes, elles ne révèlent pas immédiatement l'idée qui les a fait entreprendre, ni les conclusions éventuelles qu'il sera permis d'en tirer.

Aussi, toutes les études de ce genre, publiées dans les recueils académiques ou autres, vont-elles se ranger sans fracas sur les rayons des bibliothèques sérieuses; et là viennent seuls les consulter quelques collègues s'intéressant à des objets analogues.

D'ailleurs, — et bien qu'ils soient indispensables à l'édification progressive de la science, — ce n'est pas dans des faits isolés que réside le véritable intérêt scientifique : leur poursuite et leur constatation ne sont que les moyens d'arriver à la découverte des lois plus ou moins étendues.

Et il n'y a pas de doute que l'accumulation d'observations de détail constituerait, à la longue, un chaos inextricable si, de temps en temps, il ne s'en trouvait un certain nombre qui puissent être reliées entre elles par une idée générale quelque peu synthétique.

Il se fait ainsi qu'à côté des investigations particulières et des ouvrages d'érudition pure — accessibles seulement aux spécialistes — il y a encore des travaux d'allure un peu moins ardue. Ils sont naturellement plus rares : car souvent il faut des années de patiente analyse pour autoriser une heure de synthèse; mais le public général peut les écouter, sinon « avec un plaisir extrême » (comme le conte de Peau d'Ane), au moins sans trop d'ennui ou de fatigue.

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Ce sont des communications de cette nature que l'Académie réserve d'ordinaire pour les jours où elle ouvre ses portes et convie le monde profane à lui tenir compagnie.

Cependant, pour ce qui me concerne, redoutant d'aborder les sujets de l'ordre le plus élevé, je ne me risquerai pas à m'écarter beaucoup de mon domaine habituel. Et je suis amené ainsi à vous entretenir tout simplement de Yorigine des animaux d'eau douce.

Car c'est h cette idée plus ou moins générale que se rattachent les petites expériences auxquelles il a été fait allusion tantôt. En effet, en les combinant à l'examen de la population fluviale de certaines contrées et à la connaissance de la densité des diverses mers du Globe, nous arriverons à pouvoir proposer une solution de cette question, qui compte à la fois parmi les plus malaisées et parmi les plus attrajantes.de la géographie zoologique.

C'est un fait d'observation courante que les êtres vivants tendent à envahir et à peupler tout l'espace et tous les différents milieux qui se trouvent à leur portée.

Mais les modifications d'habitat et de genre de vie qui en sont la conséquence peuvent être plus ou moins sensibles et retentir pins ou moins profondément sur leur constitution.

Les organes, qui ont tous une certaine plasticité dans leur fonctionnement, peuvent s'adapter à ces changements en se modifiant eux-mêmes physiologiquement et anatomiquement. Parmi eux, il en est qui sont mis à la retraite et qui disparaissent plus ou moins vite, presque

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tout à fait, parce qu'ils sont utilisés pour d'autres rôles, et qui subissent ainsi, dans lahiérarchie physiologique, une promotion ou une rétrogradation.

De sorte que, fort souvent, par suite de ces adaptations et de ces transformations, les habitants des différents milieux sont aussi assez dissemblables entre eux.

Toutefois, si Ton considère — abstraction faite de toute préoccupation gastronomique — des animaux tels, par exemple, que la Truite de mer ou le Homard, d'une part, et la Truite de rivière ou l'Écrevisse, d'autre part, on ne peut s'empêcher de leur trouver un air de très étroite ressemblance, malgré que leurs domaines soient pourtant aussi différents que l'eau de mer et l'eau douce.

Et si l'on se reporte alors aux phénomènes évolutifs constatés dans la nature organique tout entière, c'est-àdire à la loi que toutes les espèces vivantes proviennent d'autres espèces qui ont vécu à une époque antérieure, on se posera naturellement la question de savoir si, parmi ces organismes voisins et proches parents, ce sont les habitants de la mer ou ceux des fleuves qui représentent le plus fidèlement, par le milieu où ils vivent, la souche généalogique des autres.

Car on a affaire, ici, à un cas naturel tout à fait comparable au cas social d'hommes blancs, parents entre eux, dont les uns sont fixés dans la vieille Europe, tandis que les autres se trouvent établis en Australie ou dans l'Amérique du Sud.

Or, on peut démontrer, par des preuves nombreuses, tirées tant de l'organisation même que de l'étude des

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embryons et de celle des fossiles, que les animaux lluviatiles sont des descendants d'une lignée d'ancêtres marins.

Et dans la suite des temps, c'est d'une façon pour ainsi dire ininterrompue que la mer a cédé des immigrants à l'eau douce. Les Océans ont existé., en effet, avant les fleuves; en outre, les mers d'aujourd'hui sont la continuation de celles d'autrefois. Mais la distribution des rivières a été bien souvent complètement renouvelée, sans qu'il y ait eu toujours des liens de parenté entre les cours d'eau d'une époque déterminée et ceux d'âge plus récent.

Gonséquemment, la population de ces derniers n'a pas été seulement le siège de modifications intrinsèques, par suite desquelles les habitants actuels de l'eau douce seraient l'exclusive postérité des faunes fluviales anciennes; elle s'est reconstituée continuellement par des apports d'origine marine. Et ici, encore une fois, tout se passe comme dans l'ensemble des habitants blancs de l'Australie ou de l'Amérique, constamment enrichi et modifié par l'adjonction de nouveaux immigrés d'origine européenne.

Dans ces conditions, deux questions se présentent surtout, auxquelles il convient de chercher une réponse :

I. — D'abord, comment se fait, principalement, cette colonisation des fleuves par les habitants de la mer?

IL — En second lieu, y a-t-il encore, dans la nature

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actuelle, certaines parties de la Terre où s'est effectuée plus que partout ailleurs une pénétration récente de formes marines? Et parmi les conditions d'existence particulières à ces régions, quel est le facteur qui est la cause essentielle de cette immigration plus facile et plus abondante?

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