CHAPITRE VI
DBS IMMIGRATIONS AFRICAINES.
Nous avons dit dans le chapitre ier que, contrairement à la croyance générale, le fond de la population de Madagascar n'était pas d'origine africaine, mais provenait de l'Indo-Mélanésie, et nous avons donné les preuves anthropologiques, ethnographiques et linguistiques sur lesquelles nous nous appuyons pour soutenir cette opinion, qui est acceptée aujourd'hui par beaucoup de savants et d'auteurs. Il y a cependant à Madagascar un grand nombre d'Africains de sang pur et surtout de métis d'Africains et d'indigènes d'origine indo-mélanésienne, mais la venue de ces Africains ne remonte pas à une époque très éloignée. En effet, tandis que les Arabes, les Persans, les Indiens ont fondé depuis longtemps des colonies en Afrique, aux Gomores et à Madagascar, les nègres d'Afrique, qui ne sont nullement marins et qui n'ont pas de bateaux capables de tenir la haute mer, n'ont jamais colonisé volontairement des pays d'outre-mer (2). Ceux qu'on trouve h Madagascar ont été, sinon tous, au moins presque tous, apportés comme esclaves par les Arabes négriers, d'abord en petit nombre, h partir du xc siècle, pour les besoins des colons musulmans établis sur les côtes Nord-Ouest et Est et tout récemment, depuis le xixe siècle seulement, en plus grand nombre pour les Malgaches; jusque vers le commencement du dernier siècle, en effet, les Malgaches de l'Ouest, comme ceux de l'Est ou du Centre, étaient trop pauvres pour acheter des nègres; au contraire, ils vendaient leurs prisonniers de guerre ou leurs
W Traduct. Van dbr Lith, 1886, p. 17&. difficile à cause des courants qui sont (2> La traversée de la côle Sud-Est d'Afri- contraires; elle est facile dans l'autre que aux lies Comores et h Madagascar e-t sens.
MADAGASCAR
nouer des relations avec des Blancs, qu'elles regardaient comme des êtres d'une race supérieure et dont elles appréciaient fort les cadeaux.
G est en i5oo que l'ile de Madagascar a été découverte et il y a tout lieu de croire que, peut-être même dès cette première année, il y a eu des métis de Malgaches et de Portugais, Diogo Dias ayant séjourné quelque temps dans une des rades du Nord-Ouest où il était en bons termes avec les naturels. Depuis cette époque, il ne s'est guère passé d'années où des navires d'Europe n'aient mouillé pendant un temps plus ou moins long dans quelques-unes des rades de l'île, soit pour se ravitailler, soit pour y faire le commerce, et où des naufrages, qui ont été si fréquents dans ces parages au début de leur navigation dans l'océan Indien , n'aient jeté sur ses côtes de nombreux Européens de toutes les nationalités. Ces matelots et ces naufragés ont fait un peu partout dans l'ile souche de métis. Pendant le xvi6 siècle, les Portugais sont presque les seuls qui ont atterri à Madagascar*1*, mais, dès 1090 et pendant les
(1) Dans les Histoires des conquêtes portugaises de Correa, de Barros, de Diogo do Couto, de Castanheda, de Faria v Sousa, d'Osorius, de J080 dos San los, de Galvâo, etc., ou trouve le récit des principaux atterrissements et naufrages des navires portugais à Madagascar fa> :
i° Diogo Dias, qui a découvert Die de Madagascar en i5oo, a fait un séjour assez long dans une des rades du Nord-Ouest (CoiRBA, As lendas da India, t I, p. 1 53) ;
a° Diogo FernandezPeteira,qui a longé la côte Est de Madagascar en i5o3, a passé la mauvaise saison dans une rade de la cote Nord-Est, d où il est parti pour l'Inde en août i5o4, lorsque les vents sont devenus favorables (Corrka, t. I, p. 4 18);
3° Les navires de Jean Rodrigues Pereira et de Ruy Mendes, qui accompagnaient Tristan da Cunha à Madagascar en i5o6,
s'étant échoués sur un récif de corail dans le Nord-Ouest de File , une partie des naufragés a construit des embarcations avec les bordages des navires et s'en est allée à Mozambique; il en est resté quarante à terre pendant trois à quatre semaines, jusqu'à ce que Jean Pinheiro soit venu les chercher, eux et les marchandises dont ils avaient la garde (Correa, t. I, p. 666) 'b);
4° En i5o6, Jean Gomes de Abreu, qui avait mouillé à l'embouchure de la rivière Matitananâ et était allé à terre avec vingtquatre matelots, ne put regagner son bord à cause d'une tempête qui, s étant élevée tout d'un coup, força son navire à dérader; il mourut peu après de la fièvre dans la maison du chef qui lui donnait l'hospitalité. De ses vingt-quatre compagnons, huit furent aussi enlevés par les fièvres, treize partirent en 1607 avec la chaloupe pour tâcher de
(K> Les Portugais ont envoyé aux Indes, de i5oo à i55o, 507 navires (dont 3o en i5o5) et, de i55o à 1600, ati'i. Pendant les premières cinquante années, il s'en eat perdu A3 et 35 pendant les cinquante autre*. (b) D'autres historiens disent qo il n'y a eu que quiose hommes sauves en tout.
16'j MADAGASCAR.
aux Moluques qu'en en revenant11*, et quelques années plus tard les Français ont apporté un fort contingent w. En effet, les établissements fondés par la Société de l'Orient et par la Compagnie orientale des Indes dans le Sud-Est et dans l'Est de Madagascar, ainsi que les nombreuses expéditions faites de Fort-Dauphin dans la région australe, ont amené des croisements nombreux entre les traitants et les soldats, d'une part, et, d'autre part, les habitants de l'Est et du Sud : les Antanosy, les Antifasina, les Anlisaka, les Betanimena, les Betsimisaraka, les Antankaranà, etc. Les navires de la Compagnie anglaise des Indes ont aussi fréquenté en grand nombre et pendant beaucoup d'années la côte Sud-Ouest, surtout la baie de Saint-Augustin où ils venaient se ravitailler et faire de l'eau; il y en avait quelquefois jusqu'à dix et douze ensemble sur cette rade. Les marins de ces navires y ont même, à diverses reprises, bâti des fortins pour y déposer leurs malades. Naturellement les métis de Malgaches et d'Anglais ont été nombreux au xvne siècle dans cette région où toutes les femmes se disputaient l'honneur d'un mariage temporaire avec les matelots, comme c'est encore le cas aujourd'hui lorsqu'un bateau européen vient à y mouiller.
Il y avait avec ces colons plusieurs moines, do Colto, Dec. VII, liv. vin, cb. i, p. 179).
et leur chef était connu des indigènes sous 1 1° Don Joq;e de Mencses fit établir un
le nom de Mawiorbé (par corruption de poste à Maliajamlm vers 1087, mais, la dis-
Monsenbor be ou Grand Monseigneur); ils corde sYtant mise parmi les soldais, ceux-
furent traîtreusement massacrés par les ci rctournî'renl à Mozambique (J0Â0 00s
indigènes ù l'exception de cinq d'entre Samos, tiad. Charpy, iC84, p. 167).
eux (Fi.acourt, Histoire de Madagascar, M L Maria>o. Bol. Soc.Geogr.de Lisboa,
i658 p. 3a); 1887, p. 335. — Les matelots d'un navire
io° En i559, Don Luiz Fernandes de hollandais qui s'est perdu dans la baie de
Vasconcellos, obligé d'abandonner son na- Suinte Luce vers 1G00 \ ont eu beaucoup
vire qui faisait eau de toutes parts à la suite d'enfants, puis ils sont allés à Bantam après
d'un violent cyclone, côtoya la côte Est de avoir construit une embarcation ( Bairos,
Madagascar et trouva dans une des baies t. VII, p. 36a) [voir p. 1 63, note d].
du Nord-Est (la baie de Vohémar?) une W Un navire français de Dieppe, qui
galiote portugaise, allant de l'Inde à Mo- atterrit en 1637 à Madagascar, y séjourna
zambique, que les vents contraires avaient assez longtemps et y laissa un matelot que
forcée à y relâcher et avec laquelle il hi- Diogo do Fonseca recueillit en i53i (C01-
verna en attendant la saison favorable (Diogo rea, As lendas da India, t. III, p. aa5)W.
(>) Correa (As lendaê da India, t. III. p. s 38) raconte que de trois naviivs corsaire*, qui partirent de Dieppe on 1 f» q G pour les Indes, un accosta Madagascar et cnlra dans une haie où il resta longtemps, les indigènes étant doux cl leur faisant Loti accueil. Après y avoir fait un petit commerce, ces Dieppois retournèrent en Franco, fi l'exception d'un de leurs camarades qui resta à larre.
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coloniser Madagascar en 1 644 , on s'inquiétait fort en Angleterre des pertes énormes que subissait le commerce dans l'océan Indien du fait des pirates qui avaient leur refuge aux îles Gomores et à Madagascar. Il ajoute que c est pour pirater à son aise plutôt que pour faire un commerce honnête que ce prince voulait se rendre dans cette ile. D'après un ancien manuscrit11', les pirates, qui auparavant étaient en grand nombre dans tout Madagascar, étaient peu nombreux en 1 668 , ayant été détruits et n ayant plus de navires. Mais, à partir de 1686, ils recommencèrent à faire parler d'eux; cette année-là, en effet, un corsaire danois, Wilken, ayant capturé deux navires de Surate qui avaient àbodr pour £00,000 écusde marchandises et d'argent, cette riche prise éveilla la convoitise des flibustiers des Antilles qui, ne trouvant plus aussi facilement à s'emparer dans l'océan Atlantique des galions espagnols, lesquels avaient pris l'habitude de se bien armer et de se défendre, s'empressèrent de changer de champ d'opération. Read et son lieutenant Teat vinrent écumer la mer des Indes et le canal de Mozambique; on les trouve, en 1688, sur la côte orientale de Madagascar, aidant un roi du pays dans une guerre contre ses voisins, et, en 1 689 , dans la baie de Saint-Augustin , où le Cyfinet que commandait Teat, coula bas au retour d'une course dans la Mer Rouge. En cette même année de 1689, on a signalé aussi la présence dans la baie de Saint- Augustin, où ils ont séjourné longtemps, de trois vaisseaux corsaires, deux anglais et un hollandais, qui étaient richement chargés de soieries, d'une valeur de 9 millions et demi de livres, prises dans la Mer Rouge (2). Un matelot, David Williams, qui fut abandonné vers 1690 à l'embouchure du Mangorô, sur la côte orientale de Madagascar, par un vaisseau
t1) Description des ports et baies de Madagascar, 1668, Carton 842 [n° 1, p. û] du Dépôt des Cartes et Plans de la Marine : «rOn peut caréner à Hle Marosy (qui est située au fond delà baie d'Antongil), mais il faut y être sur ses gardes pour les gens du pays et les forbans dont il y avait un grand nombre de répandus à Madagascar, mais peu à présent (en 1668), ayau* *té détruits et étant sans vaisseaux. i>
W Jeaîi Ovixgtoh, A voyage to Suratt in 168g, p. 109 ; traduction du P. .Niceron, 1. 1, p. 100. Ovington ajoute que la baie de Saint-Augustin est un port très fréquenté par les pirates d'Europe qui croisent sur ces mers, où Ton voit souvent une vingtaine d'Anglais ou de Hollandais attaquer sans crainte les plus grands vaisseaux arabes et faire, grâce à leur audace extraordinaire, de riches prises.
ETHNOGRAPHIE
de la Compagnie anglaise des Indes revenant du Bengale, vécut sur cette île pendant six à sept ans, traité avec égard par les différents rois dont il fut successivement l'hôte (1); le pirate Achen Jones ayant mouillé dans ces parages, il partit avec lui et s en alla à la baie de Saint-Augustin, où, en abattant le navire en carène, ils brisèrent le gaillard d avant et le perdirent. Ils y demeurèrent assez longtemps avec leur équipage, jusqu'à ce que, en 1 70 1 , un autre pirate, North, les y trouva et les emmena aux Indes. Ayant fait une croisière dans la Mer Rouge avec Culliford, ils revinrent partager le butin dans Tile de Sainte-Marie, d'où David Williams repartit avec le navire The Speaker et s'en fut à Matitananâ ; le roi, qui avait été autrefois son hôte, l'importuna de ses demandes et, n'obtenant rien de lui, finit par l'expulser. Il retourna à Sainte-Marie
(1) Le navire de la Compagnie des Indes sur lequel David Williams était embarqué comme matelot, et qui revenait du Bengale, mouilla, Yers 1690, sur la côte Est de Madagascar par le travers de l'embouchure du Mangorô afin d'y faire de l'eau. La chalouj>e ne pouvant aborder à cause du ressac de la mer, Williams et un autre matelot, qui étaient tous deux d'excellents nageurs, gagnèrent la plage à la nage pour se mettre en quête d'une aiguade. Mais la brise ayant fraîchi, l'embarcation regagna le navire qui, sans les attendre, mit à la voile pour Saint-Augustin où il prit de l'eau. Les deux abandonnés furent bien accueillis par le chef du pays. L'un mourut peu après; quant à Williams, il prit part aux escarmouches qui avaient continuellement lieu entre les tribus voisines, tour à tour prisonnier des unes ou des autres suivant les hasards des combats , mais toujours bien traité.
II demeura longtemps dans cette région , jusqu'au jour où, à la suite d'une guerre malheureuse, il tomba entre les mains du roi de la province de Matitananâ qui eut pour lui les plus grands égards et avec lequel il passa plusieurs années; le roi d'un État éloigné d'environ 76 lieues, Andrianampoinâ('), ayant entendu parler de cet étranger qui était déjà depuis cinq ans dans l'île et désirant le voir, l'envoya quérir vers 1 695 ; le roi du Matitananâ ne voulut pas le laisser partir; Àndrianampoinâ envoya 6,000 hommes qui , tombant à l'improviste sur la ville où il résidait, le forcèrent à remettre son hôte entre leurs mains. Chez Andrianampoinâ, Williams fut très honorablement traité et reçut en cadeaux de beaux lamba et de nombreux esclaves ; il resta avec lui jusqu'à la venue du pirate Achen Jones qui l'emmena à Saint-Augustin (Ch. Johnson, Gen.
Hist. ofPyrates, 173/1, t. II, p. 268).
W Ce nom est orthographié par Johnson (loc. cit., p. 979) Dempaino, mais il est certain que ta première syllabe est une mauvaise transcription dWndrianà; il y a doute pour les deux autres, mais je crois qu'on peut les écrire sous la forme iïampoinà. — J'avais pensé tout d'abord que Williams faisait allusion à l'un des rois de rimerinà, Andrianamponimerinà, maisTananarivc est à plus de 3oo kilomètres de Matitananâ, et les distances dans ces pays montagneux, sans routes, sont toujours estimées beaucoup plus grandes qu'elles ne le sont réellement; en outre, le souverain merinà a régné après et non avant 1700, probablement vers 1750; enfin il gouvernait un pays au loin dans l'intérieur et non sur la côte comme le roi chez lequel a été Williams, puisque celui-ci l'a quitté à l'arrivée d'un navire pirate, le Bedford, sur lequel il s'embarqua.
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et, en 1709, il s'enrôla à bord du Pivsperotis que commandait Howard; ayant attaqué avec plusieurs de ses compagnons un Hollandais, Ort van Thyle, qui avait des plantations dans cette île, il fut appréhendé par ce colon et, réduit à la condition d esclave, il fut obligé de travailler à la terre sous les yeux de cet homme vindicatif qui ne le ménagea pas; au bout de six mois il s'échappa et s'en fut sur la grande terre chez un chef malgache avec qui il vécut six mois, puis il s'installa chez un ancien pirate, John Pro, qui avait un petit établissement dans les environs. Arrêtés tous deux par l'amiral Richards et mis aux fers à bord de son vaisseau, ils réussirent à s'évader pendant une relâche à Mohély et ils gagnèrent la baie de Mahajambâ; trois mois après, White les prit à son bord et les conduisit à Foui pointe, d'où ils partirent pour une croisière dans la Mer Rouge, qui fut fructueuse, et où ils revinrent faire le partage du butin. Un an plus tard, Williams alla en course avec le pirate Halsey à bord du Charles; au retour, vers 1705, ils atterrirent à Matitananâ et s'installèrent à terre, prenant part aux guerres que se faisaient continuellement les petits rois de cette région. Une chaloupe qui vint du Nord-Est à Manankara les mena à Foulpointe, où Williams séjourna quelque temps; puis partant de nouveau avec dix hommes d équipage pour croiser de côté et d'autre, il mouilla dans la baie de Mahajambâ, où il hala à terre son sloop et demeura une année; le roi du pays, excédé par ses exactions et par ses méfaits, le contraignit à partir. N'ayant pas réussi à doubler le cap d'Ambre à cause des vents et des courants qui étaient contraires, il vint mouiller dans le port de Boinà vers 1709; les Arabes qui y étaient établis se saisirent de lui et de trois matelots qui étaient descendus sans défiance à terre et les mirent à mort; ils s'emparèrent ensuite du sloop et assassinèrent les deux blancs et quelques nègres et négresses qui étaient restés à bord ; le roi du pays Gt peu après sagayer le cheik arabe qui avait commis cette lâche trahison et remit les marchandises et objets volés entre les mains des Européens qui habitaient ses Etats.
James Avery(1), l'un des forbans les plus célèbres de cette époque, prit
,]) C11. Johnson, A General HUtory ofthe Pyrates, 172/1, Ll, p. 45-63. — Daniel Defoe, le célèbre auteur de Rohmson Crtuoé a <Vrit la vie dWvery sous le titre deKing ofthe Pirate* (17 1 9).
chefs du pays qui étaient continuellement en guerre les uns avec les autres , car k cette époque les Malgaches ne possédaient pas encore d armes à feu, et les pirates qui en étaient munis étaient, à leurs yeux, formidables, si bien qu'il suffisait que deux ou trois d'entre eux se rangeassent du côté d'un de ces chefs, pour que ses ennemis prissent aussitôt la fuite sans même tenter le combat. Tous les prisonniers qu'ils firent dans ces guerres, et ils furent nombreux, devinrent leurs esclaves: ils épousèrent les plus belles femmes du pays et ils ne se contentaient pas d'en prendre une ou deux, ils en avaient autant que bon leur semblait, de sorte que chacun d'eux avait un harem bien garni et beaucoup d'enfants. Ils ne vécurent pas longtemps en bonne harmonie et leurs disputes aboutirent à des luttes sanglantes, si bien que chacun s'en alla de son côté avec ses femmes et ses esclaves; mais leur dureté ou, à mieux dire, leur cruauté souleva contre eux les indigènes qui les eussent facilement exterminés, si l'un d'eux, avisé du complot par une de ses femmes, n'eut eu le temps de prévenir et de rassembler ses compagnons qui purent ainsi échapper au massacre. Pour ne plus être exposés à l'avenir à un semblable danger, ils s'ingénièrent k fomenter la guerre entre les tribus voisines afin de les affaiblir, et ils fortifièrent leurs habitations qu'ils entourèrent de larges fossés et de palissades élevées i; et où ils donnèrent asile à tous les gens sans foi ni loi, qui étaient chassés de leur clan et qui
(*) <r Leurs habitations ressemblaient pins à des citadelles qu'à des maisons de particuliers. Ils choisissaient des endroits boisés, situés près d'une rivière; ils les entouraient de fossés et de remparts si escarpés et si élevés que des nègres qui n'avaient pas l'usage des échelles n'y pouvaient monter. En dedans de ces fossés, il y avait un sentier conduisant à l'habitation, qui était une simple hulte bâtie en l'endroit du bois que celui qui y faisait sa demeure avait jugé le plus convenable; elle était si cachée qu'on ne la pouvait découvrir à moins d'en être tout près. Leur habileté se montrait dans la manière dont ils avaient pratiqué le passage
qui menait à cette hutte , lequel était si étroit qu'il n'y pouvait passer qu'une seule personne k la fois et tellement coupé par d'autres petites routes que c'était un vrai labyrinthe, où, à moins de bien connaître le véritable chemin, il n'était possible de trouver la maison qu'après avoir longtemps erré de côté et d'autre. En outre, ils avaient bordé ces passages de certaines grandes épines qui croissent dans ce pays-là sur les
arbres C'est ainsi que ces bandits,
tout redoutables qu'ils étaient, vivaient euxmêmes dans une perpétuelle appréhension»
(Ch. Johnson , Histoire des ptratoanglau , trad. française, 17*6, p. 61).
172 MADAGASCAR
assassiné par les Arabes dans un guet-apens sur la côte orientale d'Afrique (I); James Culliford, qui, malgré ses hauts faits comme flibustier, fut amnistié en i7o3(i); l'Américain Samiel Birgess, qui vécut à Madagascar pendant une vingtaine d'années, tantôt à terre, tantôt en mer à la recherche de riches prises'3'; John Bowen, qui, au
W Johnson, loc.cil., t. H, p. 1*3-1*9^. P) Cu. Johnson, loc. cit., t. H, p. a65-
(*î Captnin Charles Johnson, foc. cit., 979, et Robert Dury, Journal, \n édition t. II, p. 75 et 38a-386 W. (1729), p. 3*5<<>.
200,000 francs. Revenu à Madagascar, il y trouva Culliford, qui commandait un vieux navire, la Rtwlution; une partie de son équipage le quitta, les uns allant avec Culliford, les autres s'établissant à terre, en sorte qu'il ne lui resta plus que quarante hommes. Il partit toutefois pour Amboine et de là s'en fut a New- York, ignorant qu'il était, ainsi qu'Avery, exclu de l'amnistie que le Roi d'Angleterre accordait aux forbans faisant leur soumission avant le 3o avril 1699. Appréhendé au corps dès son arrivée par ordre du même gouverneur, lord Bellamont , qui lui avait jadis donné sa commission royale, il fut pendu en mai 1 701, avec six de ses compagnons. Ses aventures ont été chantées dans des complaintes populaires.
(*> Booth, qui était un ancien canonnior du navire corsaire le Dolphin , réussit avec l'aide de dix forbans à capturer sur la rade de Bombétoke un petit bâtiment qui était venu d'Amérique pour acheter des esclaves aux pirates de Madagascar, et que commandait un nommé Fourgetle qu'il mit s terre avec ceux qui ne voulurent pas s'enrôledans sa troupe. Les autres restèrent à boni du bateau . sur lequel s'embarquèrent aussi les matelot* du Dolphin qui étaient à Bombéloke. Us allèrent d'abord a Sainte-Marie, où ils trouvèrent le navire de Misson. dont tout l'éauipage avait été massacré à l'instigation d'un planteur hollandais, Ort van Tyle, qui était venu de New-York s'établir dans cette lie. Après y avoir pris une bonne provision de vivres et d'eau, ils retournèrent à Bombétoke pour y faire des salaisons; ils y rencontrèrent le vaisseau pirate de Williams Read, que commandait depuis sa mort un nommé Joncs, et , après avoir caréné leurs bateaux , ils se disposaient à partir en croisière , quand parut le Speaker, navire qui venait chercher des esclaves pour la Jamaïque. Li* capitaine du SpeaLer voyant ces deux vaisseaux fit, à tout hasard, tirer sur eux une salve de coups de canons qui effrayèrent les piralos, si bien qu'ils fileront leurs ancres et allère.it s'échouer sur un banc de *;ise; puis il envoya quelques bouleU à l«*rre; le roi, furieux, défendit à ses sujets de trafiquer avec oui, mai* les pirates, qui avaient leur p'an. lui persuadèrent qu'il n'y avait là qu'un malentendu et des relations commerciales s'établirent entre le Sjtvakei- et tes Malgaches. Les pirates purent alors se renseigner sur l'cfleclif de ce navire, qui n'avait que Ao hommes à bord, et, ayant obtenu de l'un d'eux qu'il mouillât les amorces des canons, ils profitèrent de ce que le capitaine du Speaker dînait un soir avec Bowen et que la plupart des matelots étaient à terre pour accoster le navire et s'en emparer. Booth en prit le commandement et s'en fut à Saint-Augustin 011 il embarqua 80 matelot* de YAlexander ainsi que son artillerie (voir note a, p. 17/1), de sorte que le Speal.er fut armé de 54 pièces de canon et eut a5o hommes d'équipage. Pei.dant qu'il croisait sur la côte du Zanguebar, le capitaine Booth fut attiré dans un guet-apens par les Arabes et massacré avec 90 hommes qui l'accompagnaient.
tb' Culliford, à bord du Moka qui était anné de 60 canons, prit dans la Mer Rouge (vers 1701 ou 1709). r.vec l'aide de Shivers, capitaine de la Soldada cl de N. Nortli, capitaine du Pélican, un jp"os vaisseau arabe qui portait un millier de personnes et de nombreux chevaux. Culliford et Shivers frustrèrent North de sa part et allèrent déposer leurs prisonniers et les chevaux dans l'Indo, puis ils se rendirent à Sainte-Marie de Madagascar, où eut lieu le partage du butin; il y avait 35o hon.mcs d'équipage et ehacin reçut 9Ô,ooc francs. Le navire fut ensuite coulé. — Culliford, Shivers et quelques autres acceptèrent à Sainte-Marie l'amnistie que leur apporta le commodore Littleton en 1703.
(e) Envoyé par M. Phillips, armateur de New }ork, pour trafiquer avec les pirata établi* ù Madagascar, Samuel Jlurgess perdit son navire dans le Sud-Ouest de l'île vers 1G98; il était depuis dix-huit mois dans la baie de Saint-Augustin avec ses matelots, lorsque des pirates anglais y ayant atterri l'emmenèrent ainsi <| te quelques-uns de ses compagnons. Après une croisière fructueuse dans la mer des Indes, ils vinrent prendre des provisions à l'ilc Sainte-Marie, où plusieurs d'entre eux demeurèrent, laissant Burgcss et les autres retourner à New York. Burgess revint peu après, à bord d'un nouveau navire le Pcmbrokt, a Saint-Augustin où il retrouva quelques-uns de .«es anciens matelots, puis dans la baie de Bombétoke et à l'île Sainte-Marie où il fit un grand commerce avec les pirates. Ce voyage ayant été lucratif, il en fit un second avec une cargaison devins, de bière, etc. , s'arretant à Matitananâ, puis à Bombétoke; le profit fut de a5o,ooo franc» et de 3oo esclaves. Un troisième, en 1703, le mena mrore à Bombétoke, puis à la bais de Saint- Augustin et enfin à l'ilc Sainte-Marie; partout il fil de bonnes affaires avec les forbans établis en ces divers points.
ETHNOGRAPHIE. 173
milieu de sa vie de courses , s'établit tour à tour à Matitananâ en 1701, puis plus tard & Fort-Dauphin, à Saint- Augustin et à Bombétoke (l); ri r landais John Cornélius, qui mourut à Bombétoke vers 1705^; l'Anglais Thomas White, qui resta un an et demi à Saint-Augustin et séjourna aussi assez longtemps à Bombétoke et à Foulpointe(3);
W Captain Charlbs Jonsoii, History of Robert Drurt, Journal, 1* édition (1799),
tkePyrates, t. II, p. &9-6/1, a&8 et 371 H p. 43t, &/jo, 45i, et Introduction, dans
W Johnson, foc. cit., t. M, p. 259-367^. l'édition cTOliver (1890), p. a3; Mail-
W Johnson, toc. cit., t. II, p. 119-138; lard, Histoire de Vtle Bourbon, p. 335(').
Appréhendé comme pirate, puis relâché, il retourna a Madagascar on 1710 à bord d'un navire écossais qui, arec sa connivence, lut pris par le pirate Halsey en rade de l'Ile Sainte-Marie. 11 y demeura cinq mois, puis alla acheter des esclaves dans la baie de Bombétoke où it séjourna plus de deux ans. S'élant embarqué sur un navire hollandais, il fit naufrage sur la côte Ouest, à l'embouchure du Moroodava; au bout de dix-huit mois, il obtint du roi de ce pays, qui était l'oncle d«i celui du Ruina, la permission de retourner à Bombétoke, où il mourut après cinq années de séjour, pendant lesquelles il ««lait allé de temps en temps à bord d'un sloop, de concert avec un autre pirate, Robert Arnold, acheter des esclaves tout le long de la côte Ouest jusqu'à la baie de Saint- Augustin , esclaves qu'ils vendaient au navire arabe qui venait chaque année à Bombétoke.
(*) Après une croisière fructueuse le long de la côle de Malabar, John Bowen, qui avait succédé ù Booth dans le commandement du Speaker, atterrit devant l'embouchure du Matitananâ en mars 1701 et, laissant son sloop dans une anse voisine, il s'établit avec ses matelots au bord de la rivière, dans une plaine fertile où ils construisirent deux forts, commandant l'un la nier, l'autre la terre, afin d'être en sûreté contre les ennemis du do h ors aussi bien que contre ceux du dedans, la vie calme qu'ils y menaient commençait à leur peser, lorsqu'au commencement do 170a deux bateaux de la Compagnie écossaise d'Afrique et des Indes mouillèrent sur la rade dans le but d'y acheter des esclaves; profitant d'un jour où une partie des équipages éiail à terre, ils s'en emparèrent par trahison et partirent en quéle d'aventures. N'osant s'attaquer aux navires qu'il trouva sur la rade de Maurice, Bown se rendit avec le Speedy Heturn à Fort -Dauphin, où il laissa White et quelques hommes, puis à la baie de Saint- Augustin, où il rencontra un vieux navire pirate faisant eau de toutes parts, dont l'équipage se joignit au sien. Howard avait rapturé à Saint -Augustin, peu auparavant, un vaisseau de l'Inde, The Protperout , qu'il avait emmené dans la baie de Bombétoke; Bowen le suivit pour se joindre à lui; il le trouva à Moyollc en décembre 170a. Là ils capturèrent le Pembroke, puis regagnèrent la baie de Bombétoke. Le Speedy Rctuni, ayant besoin de réparations, alla se caréner à Saiut-Augustin , puis rejoignit le Proeperoiu dans les parages de Surate, où ils firent des prises importantes. Bowen débarqua à l'Ile Bourbon où il mourut peu apivs; mu qui voulurent continuer la piraterie se rendirent à Madagascar sous la conduite de Norlh. — Bowen est le pirate dont parle Drury sous le nom de Boon (Robert Drury'i Journal, 1799, p. 8).
(b) Cornélius, qui faUail une croisière sur la côte de Guinée à bord du Stornitig Slar, prit le commandement de ce navire après la mort de son capitaine que se« compagnons avaient assassiné; il doubla le Cap de Bonne-Espérance et mouilla en 1703 dans la baie de Bombétoke ou régnait Tsimanalo, le deuxième fils d'Andriandahifolsy et le frère cadet de Tsimanompû, qui le reçut à merveille et auquel il vendit des fusils. Dans celte rclâcbe, soixante-dix de ses hommes moururent à la suite d'excès de toutes sortes. Lorsqu'après une croisière dans le golfe Persique Cornélius revint à Bombétoke, Tsimanatô n'ciistait plus et était remplacé par son (ils Tsimavô. 11 abandonna alors son navire qui faisait eau de toutes parts et s'établit à terre où il mourut cinq mois après.
(') Pris sur la côte de Guinée par des pirates français, Tliomas White fut amené à Madagascar, où le vaisseau à bord duquel il était prisonnier avec Boreman, Bowen et quelques autres, se perdit sur la côte Sud de cette ile, aux environs de la baie des Masikorô, par la faute de l'équipage qui était ivre; les Anglais gagnèrent Saint-Augustin, où ils furent bien accueillis par le roi Baba , cl ils y restèrent un an et demi jusqu'à la venue de William Read qui s'empressa de les prendre à son bord et côtoya le pays Mahafaly pour s'enquérir des Français qui n'avaient point paru à Saint-Augustin, mais en vain, car ils avaient tous été massacrés ; puis il alla croiser dans le golfe Persique où il mourut. Joncs, qui lui succéda dans le commandement, alla ravitailler son navire à Bombé-
Pen" dant les croisières subséquentes, tant à l'entrée de la Mer Rouge où ils capturèrent un navire arabe qui donna
à chaque pirate un bénéfice de ia,5oo francs, que sur la côte de Malabar; lorsque l'équipage se dispersa, il
revint à Bombétoke et y vécut chez le roi jusqu'à l'arrivée du vaisseau pirate The Proêperom que commandait
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l'Anglais Thomas Howard, qui, après des péripéties nombreuses, vécut entre ses croisières tantôt k l'île Sainte-Marie, tantôt dans le Sud-Est, k Matitanana, ou dans le Sud-Ouest à Saint-Augustin lâ); 1* Américain Halsev,
M Cap tain Charles Johnsos,!?!* tory ofthe Thomas Howard est l'un des pirates qui a Pyrateg; t. H, p. q'io-<i5o et p. i3o '■). — eu la vie la plus mouvementée.
Howard et à bord duquel il s'embarqua romme quartier-mai Ire. Us allèrent à Fort-Dauphin, main, une tem-
ÊHe ayant forcé le navire à dérader pendant que White était a terre avec vingt-six matelots, ceux-ci, jugeant que un compagnons avaient dû se rendre a Saint-Augustin, n'hésitèrent pas à contourner le Sud de Madagascar avec leur chaloupe et ils demeurèrent daas cette baie huit jours, attendant vainement la tenue du Prospérons; expulses par le roi du pays, ils gagnèrent la baie de Bombé toke , où White était bien connu et où il fut accueilli avec faveur. Après quinze jours, ne voyant toujours rien venir, ils tentèrent de doubler le Cap d'Ambre afin de gagner Hle de Sainte-Marie, mais sans succès, et ils se réfugièrent dans une des criques du Nord; la moitié de l'équipage partit par terre pour gagner la côte Est; Whitc s*eii revint avec les autres à Bombétokc où il ponta son embarcation, puis il mit de nouveau a la voile pour le Nord et, profitant d'un jour où le vent était favorable, il réussit k doubler h» rai> et gagna la bouche du Mananaramasay (par environ i5 degrés de latitude Sud), résidence du roi Rahenmlrt, riiez lequel devaient se rendre les pirates oui avaient pris la voie de terre, mais qui n'en avait encore aucunes nouvelles. Il alla alors à J'ile de Sainte-Marie, puis à Olumbak (Orontany?j, pointe de terre formée par la mer et une rivière, où douze forbans demeuraient dans une grande maison fortifiée, armée de 20 canons. White et ses matelots reçurent leur part de prise que leurs compagnons avaient mise de coté à leur intention. Ayant acheté un bateau, il retourna à Bomhétoke, où il trouva un petit navire français dont le capitaine Hérault, ancien compagnon de piraterie de Rowen à bord du Speaker, avait été dépossédé a Matitanana par des pirates anglais et quelques matelots naufragés du Degrave; il l'emmena avec lui pour une croisière dans la mer Rou«e. Passant par le Sud de Madagascar, ils gagnèrent Foidpointe où ils embauchèrent soixante hommes, puis, après un radoub à Mayntle, ils voguèrent vers le détroit de Bab-el-Mandeh où ils firent de riches prises; le partage, qui se lit à Foulpointe, laissa entre les mains de chaque pirate une somme de 3o,ooo francs. Ils s'établirent tous aux environ* de cette ville et White y fit construire une maison; mais, Halsey ayant peu après mouillé sur rade, l'amour des aventures le reprit et il s'engagea k son bord comme simple matelot. De retour de cette croisière, il mourut de la dysentene en quelques jours, eu 1719. H avait eu avec une Malgache un fils auquel il laissa sa fortune et qui, suivant ses instructions, fut élevé en Angleterre. ta> Après avoir exerce pendant quelque temps la piraterie dans l'océan Atlantique, Howard, qui était un ancien batelier de Londres, doubla le Gap de Bonne-Espérance en 1701 sur VAlexander, dont il était quart ier-maitre. Ce navire s'étant perdu sur un Ilot entouré de récifs situé à 'io milles au Nord de Tuléar et à trois lieues de la terre ferme, il prolita, avec dix matelots qui étaient restés à bord, de ce que la haut* mer empêchait momentanément les autres pirates, qui étaient occupés à débarquer les vivres et les marchandises sur l'îlot, de revenir au navire, pour mettre l'argent et les objets précieux dans la chaloupe et s'en aller. Ils longèrent la côte Ouest avec l'intention de doubler le Cap d'Ambre et de gagner l'île de Sainte-Marie. Pendant ce temps , le reste de l'équipage, qui comprenait des Anglais, des Hollandais, des Français et des Portugais, continua le déchargement du navire; ces derniers s'en allèrent ensuite à la terre ferme sur un radeau, tandis que les autres se mirent à construire un bateau avec les épaves; mais, avant de l'avoir terminé, ils furent recueillis par des pirates qui les aperçurent en passant. Quant à Howard et à ses compagnons qui longeaient la côte Ouest, ayant vu à l'horizon trois grands «aisseaux qu'ils entrent être des corsaires, ils allumèrent des feux ; mais ils se cachèrent quand ils reconnurent que c'était la flotte du commodore Littleton. Quelque temps après, pendant qu'Howard était à la chasse, ses compagnons, sous la direction d'un nommé Johnson, s'en forent sans bruit, l'abandonnant en plein pays sauvage, et, après avoir doublé le Cap d'Ambre, ils entrèrent dans la baie de Lokia (à 95 lieues nu Sud de ce cap), où ils furent bien accueillis par le chef Masomangâ (,). Johnson y fut à son tour laissé à terre avec trois matelots, pendant que les autres s'enfuirent avec l'argent; mais il se mit à leur poursuite et les rejoignit à ManantsahaU. Ils restèrent là quelques mois jusqu'à ce que le navire de Fourgettc les prit et les mena sur la côte Nord-Ouest , dans la région d'Ankoatâ où ils se retrouvèrent avec Howard qui embarqua à leur bord. Il parait que le roi ne voulant pas leur rendre deux négrillons qui s'étaient sauvés à terre, les forbans envahirent son village et emmenèrent ses femmes, qu'ils ne lui rendirent qu'après être rentrés en possession de leurs mousses. Iioward les quitta pour naviguer sur le Speaker , mais, ce navire ayant fait naufrage en rade de Maurice, il retourna à la baie de Saint- Augustin ; il y fit un assez long séjour, et en 170a il s y empara du Prospérons avec la connivence du maître d équipage ; il s'en
{1 Ce Masomangâ ou plutôt ses ancêtres étaient partis l'Ile, s'étaient établis dans le Nord-Est C'était probabletintiefois de la baie de Saint-Augustin et, ayant traversé ment un Voiameo* (ou Maroaeraniol du Boini).
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épuisées, et où, après une année passée à Matitananà, il revint et fut assassiné en 1712 ; le Hollandais John Pro, qui a fort longtemps résidé
vaisseau qui portait 96 canons, ils abandonnèrent en pleine mer le Pélican qui était vieux et vinrent croiser entre les Iles Mascarcignes et Madagascar. Un cyclone ayant demalé leur nouveau navire, le Dolphin, ils se rendirent avec une mâture de fortune A file de Sainte-Marie, 011 ils retrouvèrent Culliford et Shivers et. en outre, trois vaisseaux américains, notamment le Pembrokt (capitaine Samuel Burgess), qui venaient de New- York faire le commerce avec les pirates établis à Madagascar (voir note r, p. 174), et dont profitèrent quelques hommes de l'équipage du Dolphin, y compris le capitaine tonnelier, pour retourner en Amérique; ce fut un nommé Samuel Inless, fixé depuis longtemps à Madagascar, qui prit le commandement du Dolphin A alla dans le détroit de Malacca où il fit peu de prises. Un mois après leur retour à Sainte- Marie, en 1703, arriva sur rade la flotte du Commodore Littletou, composée de YAngletea, du llattingê (capitaine YVhite) et du Lizard (capitaine Ramsey); les pirates cherchèrent à lialer leur navire à terre, mois, 11 y (iouvant réussir, ils y mirent le feu. Le commodorc Littteton apportait le pardon à ceux qui en voudraient profiter. Culliford, Shivers et d'autres acceptèrent. North fit aussi sa soumission , mais après réflexion , craignant quelque trahison , il embarqua ses biens sur un canot pour aller à la Grande-Terre, où beaucoup d'autres pirates s'étaient déjà réfugiés; une lame sourde fit chavirer ce canot qui se perdit corps et biens, à l'exception de North et d'une femme malgache
3ui réussirent à se sauver à la nage. Il résida une année chez un des cliefs du pavs, jusqu'à ce que le vaisseau e Fourgelte l'y recueillit avec les compagnons d'Howard et le déposa à Bomliétoke, ou il s'empara par surprise du Speaker. Bovvcu le prit comme quartier-maître à bord du Speedy lieturn et l'emmena successivement à Rourbon, à Fort- Dauphin, à Saint- Augustin, à Boina, à Mayolte, pub sur les cotes de l'Inde où il retrouva Howard à bord du Protperouê. Lorsque Bowen se retira , North fut appelé au commandement de la Défiance et il alla se ravitailler à Fort-Dauphin ; une tempête le força à dérader, abandonnant à terre 3o hommes et une embarcation; il se rendit à Foulpointe, 011 plusieurs de ses matelots s'établirent à terre, vivaut en seigneurs, ayant des bestiaux, des cultures et beaucoup d'esclaves. Mais les prisonniers arabes qui étaient a bord, profitant de ce que l'équipage était peu nombreux, mirent une nuit à la voile et s'enfuirent, bissant à terre les pirates qui durent y séjourner cinq ans. Ceci se passait en 170a. Ils vivaient en lionne intelligence, car North leur avait fait comprendre que, s'ils se mettaient en hostilité les uns avec les autres, ils seraient promptement exterminés par les indigènes. Trois ans après, vers 1707, North alla avec 5o blancs et 3oo noirs chercher des bœufs et des esclaves au Sud de Foulpointe; il en acheta beaucoup à l'embouchure du Mangoro, en échange de fusils et de poudre. Les habitanb de cette région ayant réclamé son aide contre leurs voisins avec lesquels ils étaient en guerre, il s'empara, grâce à d«>s grenades et à une mine, d'une ville réputée inexpugnable; mail, lorsqu'il demanda les cent esclaves qu'on lui av;tit promis en pavement de ses services, on lui donna des vieillards et des infirmes; il se fâcha et, tombant sur ses alliés de la veille, il les força à s'exécuter; après quoi» ils se quittèrent les meilleurs amis du inonde. Ayant rencontré 5oo Anlimorona qui avaient quitté Matitananà à la suite d'une guerre avec des voisins, il se fit frère de sang avec leur chef et les emmena à Foulpointe, où ils établirent leur village auprès de celui des pirates. Deux années plus tard, en 1709, North, White et leurs compagnons, ayant épuisé leurs ressources, reprirent la mer à boni du brigantin qu'amena a cette époque Halsey sur la rade de Foulpointe et qui partit faire une croisière dans la mer Rouge; Halsey y captura un navire dont il prit le commandement et il laissa le brigantin à North. Surpris par une tempête, les deux navires durent fuir devant le temps; l'un se réfugia à Foulpointe, tandis que North, dont le bateau était tout rongé aux vers, atterrit à Matitananà. où il lui fallut l'abandonner et où il demeura toute une année avec ses compagnons. Ils y furent, du reste, très bien accueillis; mais le roi du pays, ayant appris qu'il avait des relations intimes avec sa sœur, en fut fort fâché, car les chefs de Matitananà, qui sont d'origine arabe, ne permettent pas aux femmes de leur race de se conduire au gré de leur fantaisie, comme c'est l'usage dans tout Madagascar, et il lui imposa mie amende. Ayant réussi à construire un petit bateau de i5 tonneaux, les pirates gagnèrent l'embouchure du Mangoro; ils y rencontrèrent quelques camarades, tenus sur une embarcation du Neptune, qui les aidèrent à gagner Foulpointe où North retrouva sa femme et ses enfants. Ayant reçu l'information, du reste fausse, que les Anlimorona qu'il avait amenés avaient comploté de tuer tous les Blancs, il leur déclara la guerre et les força à quitter le pays. Il construisit un sloop et s'en fut dans la baie d'Antongil, où il acheta 90 esclaves qu'il alla vendre à Bourbon (vers 1711); il profita de cette occasion pour demander l'autorisation d'y amener ses enfants afin qu'ils fussent élevés dans la foi chrétienne, autorisation qui lui fut accordée. Revenu à Foulpointe , et apprenant qu'un navire français avait abandonné quelques hommes à une centaine de lieues dans le Sud, il partit à leur recherche ; il n'en retrouva qu'un seul qu'il ramena avec loi. Quatre mois après, il alla de nouveau chercher des esclaves dans la baie d'Antongil, mais, en deux mois, il n'en put réunir que 6o; il s'en fut ensuite à Bombétoke, puis aux lies Comores, où il punit les habitants de Mayottc qui avaient, à diverses reprises, maltraité des pirates. De retour à Foulpointe, il trouva les indigènes en guerre avec les Blancs et se mit à parcourir le pays, brûlant les villages et faisant de nombreux prisonniers; les Malgaches se soumirent, mais ils lui gardèrent rancune et le firent assassiner. Ses camarades pour le venger massacrèrent une foule d'indigènes.
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apparurent tout à coup Kdward Enclaind, Taïlor, La Buse et Cordent^1', qui dépassèrent leurs devanciers par la hardiesse de leurs coups de
plutôt Thomas White) et d'une princesse malgache de la famille des Zafindramisoa , Rnliena. NV vers 169^, il réunit en 171*» tous les habitants de la côte entre Fouipointe et la baie d'Antongil et les mena à la guerre contre leurs voisins du Sud, qui avaient envahi la région entre Tamatave et Fén«»rive; victorieux, il les soumit à son autorité et fut reconnu roi des Betsimisa-
raka sous le nom de Ramaromanompo. Il mourut vers 175/1, a Yàge de 60 ans; c'est l'un de ses fils, Zanahary, dont la mère était une princesse sakalavâ, qui lui succéda (Histoire de la fondation du royaume des Betsimisarakà par Glillaime Grajdidieb, Bull, du Comité de Madagascar, 1898, p. Q75). 'v> Edward Kngland (a) et surtout Taylor M, qui était un ancien lieutenant de la
i*' Edward England, quoiqu'avaut profité du pardon accordé aux pirate*» par le Roi d'Angleterre le 5 septembre 1717 et fait, on 1718, sa soumission entre le* mains du gouverneur des Bermude*, n'en continua pas moins sa carrière de flibustier et, après une excellente croisière sur la côte de Cuiuée, il fit voile pour .Madagascar où il arriva à la fin de 1719 sur la Victory (ancien Petrrftorough), et d'où, après avoir fait des provisions, il s'en alla pirater avec un grand succès dans l'océan Indien; il revint à Madagascar, sur la cô!e Nord- Ouest, ayant capturé la Omandra en rade d'Anjouan; à l'instigation dp Tavlor qui avait à tx>rd une grande influence, il fut déposé de son commandement par ses compagnons, qui lui reprochaient son humanité et sa modération, et il fut misa terre sur l'Ile Maurice avec trou matelots. lis v construisirent une embarcation avec quelques épaves et gagnèrent Madagascar, où ils vécurent longtemps misérables, sans autres ressources que les dons qu'ils recevaient des pirates (Ch. Johisox, A Gen. flist. ofPyrates, 1 79 A , 1. 1, p. 1 17-1 rio).
(B) Chassé de la marine royale anglaise où il était lieutenant, Taylor voua une haine implacable à ses compatriotes et s'enrôla sur un corsaire; il était suj?l à des fureurs insensées et sa cruauté était légendaire parmi les pirates; mais, en face du danger, il avait un courage, un calme, une présence d'esprit qui lui gagnaient l'admiration de tous. Sur la côte de Guinée,. -qu'il nettoy;i à fond*», il captura ia navires et pilla un fort français. Passant ensuite dans l'océan Indien, il navigua sur la Vtctory, que commandait Eugland, et participa, en août 1790, à la prise de la Cnstandra sur la rade d'Anjouan; en celte occasion, il devint le favori de l'équipage et prit le commandement du navire à la place d'En;;land, auquel on reprochait sa bonté. Taylor écuma alors la mer de l'Inde, mais, pourchassé par MacLray, l'ancien commandant de la Cassandra auquel England avait laissé la vie et que le gouverneur de Bombay avait chargé de protéger la navigation dans ces parages, il dut se réfugier à Madagascar, où ses matelots se livrèrent à de telles orgies et à de tels gaspillages qu'ils furent rite à bout de ressources. Ils allèrent radouber leur navire à Maurice du i5 février au f> avril 1791 et, en retournant à Madagascar, ils eurent la fouine fortune de s'emparer sur la rade de Saint-Denis, avec l'aide de La Buse, du gros vaisseau portugais, armé de 70 canons, qui portait le vice-roi comte d'Ericeira et l'archevêque de Goa et qu'ils conduisirent à Sainte-Marie de Madagascar; ils avaient aussi capturé, en avril 1791, un navire d'Ostende qui leur échappa, pendant que les pirates étaient ivres, et qui put gagner Mozambique. Les hommes de l'équipage eurent chacun, pour leur part de prise, 4 9 diamants et une somme d'argent considérable; il y eu eut qui s'établirent à terre à côté des nombreux pirates qui y avaient dès longtemps élu domicile: d'autres, sous la conduite de Taylor, après avoir brûlé la Victory qui faisait eau de toutes parts, travaillèrent pendant dix mois à mettre le vaisseau portugais en état de tenir la mer, afin d'aller à Cochin ou en Chine pour y vendre leurs diamants: après quoi, Taylor partit à son bord, accompagné par La Buse qui était sur un autre navire armé de 69 canons, et, contournant la pointe Sud de Madagascar, il s'en vint dans l'Ouest où il captura, en 1721, la Duche$$e dp \oaille», de la Compagnie française des Indes, qui était à l'ancre, attendant le retour d'un roi sa La la \ a parti en guerre pour lui fournir des esclaves; sur ce navire se trouvait Bobert, l'auteur d'un intéressant mémoire encore manuscrit sur Madagascar (Archirm nationale» et Copie Bibl. Grandidipr). C'est en vain qu'ils tentèrent de doubler le Cap d'Ambre afin de gagner l'ile de Sainte-Marie, et, la discorde s'étant mis1 parmi eux, ils échouèrent volontairement le vaisseau portugais dont ils retirèrent tout ce qu'ils purent; le partage fait, les uns passèrent sur le second vaisseau, dont Taylor prit le commandement qu'il enleva à La Buse, et ils s'en allèrent à Sofala. Les autres, en moindre nombre, presque tous Anglais, se trouvant suffisamment riches, s'établirent sur la côte de Madagascar en attendant que le roi de France leur accordât l'amnistie que Bobert se chargea d'aller demander en leur nom et promit de leur apporter. Mais leurs exactions et leur conduite dissolue indisposèrent contre eux les indigènes, et le roi du pays en fit tuer 60 dont il prit tous les biens.
Bucquoy fait un récit différent; d'après lui, après la capture du navire portugais, Taylor qui avait
de Sainte-Marie où Ton en signale dès 1698 et où l'on en comptait 'ioo en 171 2 et 1,200 en 1720; Foulpointe, où il \ en avait plus de 100 établis à terre en 1705 et dont les environs étaient garnis d'habitations fortifiées, quelquefois armées de canons, dans lesquelles ils vivaient par groupes de 12 à 10 individus de la même nationalité (Anglais, Français, Hollandais, etc.), et 1 îlot Maros\ au fond de la baie d'Antongil. Ces ports offraient à leurs navires un excellent abri et ils pouvaient y procéder en toute sécurité au carénage et y faire toutes les réparations nécessaires ; aussi est-ce la partie de la côte orientale comprise entre la baie dAntongil et Foulpointe que le plus grand nombre des flibustiers de toutes nationalités a fréquentée et habitée de préférence. Néanmoins, il y en a eu aussi qui se sont installés sur la cote Sud-Est, à Matitananà et à Fort-Dauphin, et sur la cote occidentale, au fond de la baie d'Ampasindava ( dans les ilôts nommés Ambariotelo ou Nosy niamokô), dans les baies de Mahajamba et de Bombétoke et surtout dans la baie de Saint-Augustin (,).
De l'ensemble des faits que nous venons d'exposer, il résulte que l'île de Madagascar a été peuplée à une époque très éloignée par des Indo- Mélanésiens et que des colonies successives d'Arabes et de Persans, d'Indiens de Cutch et de Malabar, de Javanais et peut-être de Chinois ou de Japonais, venues volontairement ou jetées sur ses côtes par les courants et les tempêtes, ont introduit de nombreux et importants éléments étrangers dans cette population de nègres orientaux, qui. en outre, a reçu depuis trois à quatre siècles un apport considérable de sang blanc dû aux traitants et forbans européens et de sang africain par suite de l'introduction des esclaves amenés du continent noir. En réalité, les Malgaches sont tous, pour ainsi dire, des métis dlndo-Mélanésiens et des races les plus diverses.
W Ant. de Fontmichel a entendu dire à p. 297), et lout récemment on a prétendu
Madagascar, en i8a3, « qu'il existait dans que, dans le Sud, il y avait une colonie
Tintérieur de Hle une peuplade de Mal- d'Auvergnats venus vers 161 5 (Meyniard,
gâches blancs, parlant entre eux le patois Marine de France, 1896). Il n'est pas besoin
languedociens (Nouv. Ann. des Vay., i83o, de dire que ces récits sont de pure fantaisie.
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