DES IMMIGRATIONS INDIENNES
Les Portugais qui ont atterri à Taolanarà (notre Forl-Daupbin actuel) en 1 5o8, avant la venue des ZafindRaminia dans l'extrême Sud de Madagascar, y ont trouvé de nombreux métis indiens, descendants de matelots goudjerats qui, longtemps auparavant, probablement dans la première moitié du xive siècle (2), avaient été jetés sur cette côte par une tempête.
(1) Les migrations indiennes en Afrique remontent h la plus haute antiquité. De la cote de Malabar au Yémèn et à l'Afrique orientale, les traversées sont faciles à cause des moussons qui, pendant six mois, poussent les navires vers l'Ouest et qui , pendant les six autres mois, les ramènent à leur point de départ. — Ëpidariste Colin dit que la langue malgache doit beaucoup à celle des Indiens, comme à celle des Malais, des Arabes et des Européens (Nouv. Annales des
Voyages, t.X, 1821, p. a 9/1, 99G et 999). et, d après le capitaine Jourdain, qui va un peu loin, « la grande majorité de* Malgaches ressemble aux Indiens et aux mulâtres* (Xouo. Annales des Voyages, t. LXXXIV, i83g, p. 198).
W Au xive siècle, des marchands arabes et Persans établis à Cambayc <*' ont envoyé de ce port plusieurs navires qui, après avoir visité Malindi et d'autres villes de la rote d'Afrique jusque vers le Cap de Bonne-
{*> Ces marchands, après avoir fait pendant longtemps le commerce à Cambayc, se sont emparés de cette >il!c on i3oo. C'est le deuxième sultan de la dynastie musulmane de Goudjerat qui a envoyé cet navires.
ETHNOGRAPHIE
L'amiral Diogo Lopes de Sequeira que le Roi de Portugal Don Manuel avait chargé d explorer i'ile de Madagascar, raconte qu après avoir longé la côte Sud, «il arriva à un port que les naturels appellent Turubaya(l), du nom du capitaine d'un navire de Gambaye qui s y est perdu, et dont les habitants descendent des matelots de ce navire (2)*. Ni le R. P. Luiz Mariano, ni Fiacourt, ni du reste aucun autre auteur des xyiic et xvfii* siècles ne parlent de ces Indiens; il me semble toutefois que la première caste des Noirs, les Voajirï {3), que les ZafindRaminia ou métis arabes reconnaissent comme lompontany, c'est-à-dire comme les maîtres du pays avant leur arrivée, est formée de leurs descendants.
Si, en effet, Ton se reporte h l'organisation sociale des habitants de Madagascar avant les immigrations étrangères, il n'est pas douteux que la seconde caste des Noirs, les Lohavohitsa, c'est-à-dire les chefs de village ou chefs de famille, ont pour ancêtres les chefs des premiers occupants de l'île, c'est-à-dire des Indo-Mélanésiens qui l'ont peuplée à une époque très ancienne. Les VoAJiirî sont, au contraire, issus d'étrangers arrivés ultérieurement et qui, plus civilisés que les premiers venus, ont rapidement pris la prépondérance sur eux. Quoique ce ne soit probablement qu'une simple coïncidence, je ferai remarquer qu'il y a dans la vallée de 1 Indus, au nord du Goudjerat, une tribu mi-afghane, mi-indienne, dont le nom est également Voajiry w.
Diogo Lopes de Sequeira, ayant, au sortir de Taolanarà, mouillé dans
Espérance, furent surpris par une lempêle et jetés entre i3a5 et i35o sur la côte de Madagascar, où les matelots demeurèrent, leurs navires étant hors d'état de reprendre la mer {Commentarios do Albuqucrque , parl.1V, ch. xxiii, p. 199). Ce naufrage a dû avoir lieu dans lu Sud, loin des ports où fréquentaient continuellement des boutres indiens ou arabes, car autrement ils se seraient rapatriés, et, d'autre part, comme c'est en allant au Cap que leurs navires ont été surpris par la tempête, il n'est pas improbable que l'un d'eux au moins ait atterri dans les parages de Fort-Dauphin.
(1) Ce port est celui que nous appelons aujourd'hui Fort-Dauphin. Le nom de Turubayaou plutôt Toulouaya (pour Toulouara), comme l'écrit Castanheda (Hist. descubr.
de los Portuguezes, t. II, i55a, ch. evi, p. 36 i) est non pas celui d'un homme, mais, comme nous l'avons déjà dit plus haut, une simple corruption du nom local Taolanarà , qui se prononce en réalité Toulanarâ.
W Barros, Dec. II, liv. IV, ch. m, p. 3g3.
^ Flacovut, Hist.Madag., 1 658, p. 6 et 47.
W L'orthographe adoptée par les Anglais est Waziri, mais le nom malgache Voajiry, qui se prononce Ouadziri, est eu réalité iden-
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la baie de Sainte-Luce, envoya par terre de cette baie à Matitananà deux matelots avec la mission de recueillir des renseignements sur les productions du pays ; ces matelots rencontrèrent sur leur route deux Indiens, qui étaient les derniers survivants de l'équipage d'un navire de Gambaye naufragé sur cette cote trente ans auparavant (1). Le naufrage d'Indiens sur la côte orientale de Madagascar n'a pas lieu du reste de nous étonner, puisque, dès le xivc siècle et même bien avant, il venait fréquemment des navires de Surate et de Gambaye non seulement à la côte orientale d'Afrique, surtout à Malindi où, en i&<)5, Vasco de Gama trouva établis de nombreux marchands du Goudjerat et des Banians de Gambaye (1), mais aussi à la côte Nord-Ouest de Madagascar (3).
Les chefs et les nobles de la petite tribu d'Isakà , qui habite la côte Sud-Est de Madagascar entre a 3° et 9 3° i/a de latitude, sur les bords du grand fleuve Mananarà et du Mananivo, sont probablement les descendants de naufragés indiens poussés dans ces parages par la tempête et les courants, soit de ceux dont Lopes de Sequeira a rencontré les deux derniers survivants en i5o8, soit de ceux qui, partis de Gambaye vers le milieu du xivc siècle, ont échoué dans le Sud-Est de Madagascar après avoir visité les principaux ports de l'Afrique orientale ^ soit d autres, car il n'est pas douteux que, des nombreux navires allant de
tique. La province du Waziristan vient du reste d'être le théâtre d'une révolte d'un clan de Waziri (les Mashud Waziri) qui, d'après une dépêche datée de Simla le 7 août 1901, a attaqué un poste anglais à Kashmir Kar, dans la passe de Gomal. — Il existe dans le Hadhraraout une famille de chefs dont il y a des membres un peu partout dans cette province de l'Arabie méridionale et qui s'appelle Ba Wazir^J^U (Landberg, Hadhramout, p. 99), mais comme les Voajiry malgaches ne sont pas reconnus par les descendants des immigrants arabes comme étant de leur race, il n'y a certainement pas lieu de rechercher leur origine de ce coté.
fl) Castakheda, Hutoria de los descubrimientoi portuguezes, t. I, i55a, p. s 06.
(*) Faria y Sousa , Aiiaportug. , L I, p. 3o.
(3) fr Les Musulmans de l'Inde et de l'Arabie ont suivi les Malais et les Cafres k Madagascar *> (P. Lu» Mariauo, Exploraçao portugueza de Madagascar em 1 G 1 3 , Boletm da Sociedade de Gtographia de Lisboa, 1887. p. 3if>, et traduction française d'ALran» Grandidiir. Bulletin du Comité de Madagascar, 1898, p. 601). En 1775, Mayeur dit que les Indiens de Surate faisaient le commerce avec le Nord-Ouest et avec TAnkova (ou rimorinâ).
(*) Commentarios do AUmquerque (voir la note a de la page 1 56.)
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Kanbalou (Anjouan) des cargaisons de nègres l,). Quant aux chefs, ils ne sont point de race jaune, mais de race indienne, comme nous l'avons marqué au chapitre précédent. Il n y a pas du reste un grand intérêt à étudier cette question, sur laquelle on possède si peu de documents.