LIVRE PREMIER
D où sont venus les habitants de Madagascar (1)? A quelle race appartiennent-ils? L'étude comparée des caractères anthropologiques et physiques, des mœurs, des croyances, des institutions, de l'industrie, de l'architecture, de la langue des Malgaches (2), nous permet aujourd'hui de répondre à cette question.
Ils proviennent du mélange de races très diverses, d'autant plus difficiles à déterminer et à classer qu'il n'existe de traditions relatives à leur
l1) Il ne semble pas douteux que Madagascar a été habile dès les temps les plus éloignés, mais, n'ayant aucun document qui nous permette d'établir l'histoire ancienne de cette ile, nous ne pouvons pas nous occuper des habitants primitifs, qui ont été absorbés , submergés par les habitants actuels et dont il ne reste aucune trace (voir les Considérations sur les Sakalaves, par le Col. Prudhomme, dans les Notes, Reconnaissances et Explorations du 3i mars 1900, p. &).
W Ce nom de Malgaches, sous lequel nous désignons les habitants de Madagascar, à quelque tribu et à quelque race qu'ils appartiennent, est d'origine européenne; c'est à tort que, sur la foi des anciens auteurs, on a admis sans discussion que les indigènes s'appelaient eux-mêmes Malagasy. Divisés jadis en un nombre considérable de tribus indépendantes les unes des autres, cantonnées chacune dans les limites étroites qui bornaient leur petit territoire et n'ayant entre elles aucun lien politique ni commercial,
ils n'avaient pas de terme collectif pour désigner l'ensemble des habitants de l'Ile; les Antimerinâ (vulgo Ho va) emploient, depuis qu Ândrianampoinimerinâ les a groupés en une grande nation, le mot Ambanilanitrâ (litt. : ceux qui sont sous les cieux), parce que, pour eux, les bornes de l'Univers se confondent avec celles de leur ile. Les premiers navigateurs, Portugais et Hollandais, qui ont abordé à Madagascar, appelaient simplement ses habitants Noirs ou Maures; quelques anciens auteurs les ont nommés Bouquet, d'après les Arabes de la côte d'Afrique qui, pour les désigner, se servaient et se servent du mot Oua-Bouki(&\i singulier M-Boukï), c'est-à-dire habitants du pays Bouki, par opposition aux colons musulmans et aux métis sémites qu'on appelle Silamo (\ii[. : les sectateurs de l'Islam) ou Antalaotrâ (litt. : les gens d'outremer), lorsqu'ils sont établis à demeure sur la côte Nord-Ouest , H Arabô, lorsque ce sont des Arabes d'Asie ou de la côte orientale d'Afrique,
ITHHOGRAPHII.
MADAtiASClR.
arrivée dans l'île que pour trois petits groupes ethniques : i° les Andriana(1) de llmei'ina (dénommés rHovtï* par erreur); a° les Zafy Raminia et les Anlimorona d'origine arabe, qui habitent la rote Sud-Est: 3° les Antalaotrâ de la cote Nord-Ouest. Aussi , n\ a-t-il pas lieu do s'étonner que les opinions les plus diverses aient été émises sur leur origino. Si, en effet, tout le monde est à peu près d accord pour rattacher à la race malaise les habitants de la province de l'Imerinâ auxquels ou a donné et on donne encore, à tort, le nom de Hovâ et dont, sinon tous, au moins une classe, celle des nobles et conquérants, présente des caractères physiques qui ne laissent aucun doute sur leur origine inongolique, les uns, et
qui \ viennent trafiquer passagèrement. Los Anglais disaient au x\nr sit'de, en parlant
dVux : les Naturels ou les Indigènes. I^s Français les ont «l'ahon! appelés Madagascarins ou Madagascarois , noms dérivés de celui de Madagascar, puis Modérasses. Malégasses, Malégaches ou Malgaches; ce dernier nom est aujourd'hui adopté par tou> les Européens et, sous la forme, adoucie et appropriée à la langue du pays, do Malagdzj. par ceux des indigènes qui sont en rapports constants avec nous. — Le I\ Lui/ Mariano, dit, en îOto, que le |>etit pays sur lequel régnait le roi antanosv Tsiamban^, et qui u<» comprenait (pie quelques lieues carre'es, s'appelait Matacassi v. D'autre part, Gauche, dans sa Relation de Madagascar (i65i ), écrit que le royaume (!) d'Andriand'Ramakâ, le fils «»t l'héritier de c«»Tsiamban$. «est dit Madegacke et par d'autres Modegasse*. Il est très vraisemblable que c'est ce nom d'un des cantons de la province d'Anosy qui, appliqué un peu légèrement par Fiacourt à toute l'ile (Hist. Mai., i6.r>8, p. 1),
est l'origine du nom Malrgassc que tant d'auteurs ont cru à tort être celui sous lequel les habitants de Madagascar h« désignaient . et cependant, dès if'u.'t. le l\ Lui/. Mariano écrit a il : «Les naturels ont un nom pour chaque province, mais ils n Vu ont pas pour désigner V\\v entière; le nom de Madagascar est dmigiue él rangerez (Boht. du .W. dr Geogr. dr lishoa , i SS-. p. l\ t ."> ).
(l Le mot \m)Ri\n\, qui se prononce souvent Sdian . est depuis longtemps employé dans tout Madagascar pour désigner les nobles et les chefs ou seigneurs de race étrangère {h'. D'ordinaire, ou le fait dériver du mot malgache Andry. qui signifie un poteau . un soutien (II. F. Standing, The tribal divisions of the Lova, Antananarivo Annual, 1887, p. 355); mais je crois plutôt que c'est un terme honorifique qui n la même racine que les mots indonésien^ Dain et Dien. qui signifient chefs chez les Roughis des Célèbes. chei les Benkoulen, etc., et peutêtre que le mot Andayn ] qui, it Java, s'applique aux grands personnages.
"-' Faria y Sou^a, Asia portngueza , t. III , 3" part. , 1 6-5 , ch. un , p. 3 1 1 . Dans le manuscrit de ta Bibliothèque de Madrid, qu'a publié, en 1 887, la Société de géographie de Lisbonne, ce nom ♦•>! iWil (p. 33 '1 ) un pu différer» ment, Mitacasù. Ce royaume, minuscule» corami- tous ceux d«* rois antanoM, était situé sur le tard du Fanjahirà.
(k) A Ampalaz), en 1695, les Mahafbly «notumaient leurs princes Amirtn^ (l*rmmier lin-e de l'iHuoirr de ta Navigation aux Indes orientale* par Us Hollandais, ch. iv, rorlo, p. 7). Le P. Lui/ Maii.nio, t*n it»i3, a cons t. -»té que les noms des chefs de l'Ouest étaient précédés du tiln* iitdna , «•( lloolhln. <mi 1 (i'i 'i , dit aussi que rem de la baie de Saint-Augustin s*appell«»nt Andrean.
{r) Ce mot Andaya précède te nom d'un généralissime dans une inscription de 1 hH* . trouvée à Jata.
a MADAGASCAR.
d'autres, se fondant sur leur croyance et certaines particularités de leurs mœurs sans tenir compte de leur aspect physique, les font descendre
(i868)(');Wake(t8C8)>;A.Maun(iH61,)/; Ri'»i.Daliififi 883)0; J. Audebert (iSSSJW;
Bordier(i878)(J);Hildpbrandt(i88o-83)-; Capt.OliYcr^:))^; Jorgensen(t885) W;
Zannetti (1880) r; Baron (1881)^; Coman Gérard de Ri allô (188 S)C); Debierre( 1 886y>;
(i88a)(hi; Quatrefages et Hamy (188a) U ; Hartmann (i886)'J>); MaxLeclerc (1887)^;
<■> rLct Antankaranâ peuvent, pour leur forme et leur couleur, être compares aux Zonloosi» (NmrreUion dm voyage, p. s36 ).
<*> Dans Chaptert on Mon, p. 160, St. Woke ne met paf en doute l'origine commune des Malgaches H des Bechuanas, mais l'année suivante, en 1KG9 , dans I** Journal Anthrop. Soc. (On the Race Eléments of ibe Madecasses), il dit que la Lésobii, qui réunissait l'Afrique A l'Océaiûc et dont Madagascar est un témoin, était habitée par deux races, Tune foncée (les Mélanésiens), l'autre plus claire (les Malgache et les HoltentoU), et que les Malgaches ont dos aflinités avec les peuples de l'Afrique méridionale, mais qu'ils ne sont point, à 1 exception des Yazimbâ, de sang africain.
('> «Les naturels de Madagascar appartiennent à la race cafre* (La Terr$ et V Homme, 1869, p. 63 1).
<4) «Les Sakalavâ et les autres tribus des eûtes ont le type et les usages des Africains» (BulL Soc. AntkropoL de Parié, 1878, p. 18-ao).
(°) «r II n'y a aucune différence entre les nomades africains et les Sakalavai (ZeiUrhr. Cee. f. Erik, Berlin, 1880). L'élément nègre est prépondérant dans la population malgache, et, s'il y a unité de langage dans toute I ile, c'est que les guerriers venus de l'Afrique se sont mariés a>ec des femmes ho va et que les enfants ont parlé la langue de leur mère. Les Yazimbd de Madagascar sont identiques aux Waziiuba de l'Afrique et les Sakalava* ressemblent aux Cafres (1 883).
(f) La professeur A. Zannctli rattache toutes les peuplades maladies au tronc nègre ou éthiopiqoe, à l'exception des Hovâ qui sont de race inaJaUe (Arch. Anthropvl. di Mantegazia, 1H80, p. s5<|).
(ï) Le Rév. Baron admet à Madagascar la présence de deux races, les \uliinerini, d'origine malaise, et toutes les autres tribus d'origine africaine (Antananarito Annuai, 1881 , p. 1 s3).
<k) «Les Betsileo, les Barri, les Tanal.1, les Sakalavft sont, comme toutes les autres tribus aborigènes de Madagascar, de purs Africains. Seuls, les Hovâ sont des Malais.»
(,) MM. de Quatrefages et Hamy (Cranta etlmica, 188s , p. 383 et 9) regardent les Sakalava et les Sihanakl comme très proches parents des Bantous (Cafres de Moxambique.) et les Bctsimisarakà et Antankaranâ comme d'un type encore plus franchement nègre. ffLes Sakalava sont de* Africain** (lltvi.Nc. et Mat., is jnnv. ifcH'i ».
(y> Les premiers habitants de Madagascar sont venus de l'Afrique et appartiennent à la grande tribu des VatimbA. Plus tard, des immigrants, partis de diverses lien de l'Extrême-Orient, se sont mêlés a ces nègres. Les Malais n'ont abordé dans l'Ile que plus récemment (Antananarivo Annuai, i883, p. i3).
(k) «Tous les Malgaches, à i'eiception des Hovâ, sont d<^ \fricain>*> (Tram. Berlin Gecgr. Soc., i883).
(l) Le Capitaine Oliver, qui avait dit , dans YAnthropological Beriew de juillet 1 86 K , p. eux , que les Malgaches ne sont pas de trais nègres, quoique noirs, et qu'ils n'ont pris dans le continent africain ni leurs idées ni leurs vêtements, exprime nne opinion différente en 1 885, dans son ouvrage Madagatcar, 1 1 , p. 3 : «Tandis que les aborigènes, y écrit-il, ont des affinités avec les races inférieures de l'Afrique, la masse actuelle de la population est composée d'immigrants venus de la côte Sud-Est du continent voisin*).
("*) Pour le Rév.Jorgensen, les Vazimbâ sont des Africains, mais venus plus récemment que les immigrants malayo-polynésicns qui, quoique moins nombreux, les ont subjugués et leur ont imposé leur langue: les immigrations, tant de l'Afrique que de l'Extrême-Orient, ont dû être nombreuses et se succéder i de courts in lervalles (Antananarivo Annual, i885, p. 55).
(n> M. Girard de Rialle (Les Peuplet de l'Afrique et de V Amérique, p. 77) dit que ries Oua-Zimbas, qui habitaient autrefois Madagascar, appartenaient à la grande famille Ba-ntou ou Cafre-.
w M. Debierre rattache les Sakalava aux nègres de l'Afrique et les Hovfl aux Polynésiens (Bull. Soc d'Anthropologie de Paris, 1886, p. aa3).
<*> D'après M. Hartmann, tous les Malgaches sont de purs nègres africains, à l'exception des Hovft, qui sont des Malais (Madagascar).
(q) M. Max Leclerc (Revue d'Ethnographie, 1887,0. i&) attribue une origine africaine non seulement à ce qu'il croit être la population la plus ancienne de Madagascar, les Yazimbft, mais aussi à une seconde immigration venue après ces premiers occupants.
ETHNOGRAPIIIE.
d'une colonie soit juive, soit arabe11', ou d'immigrants mongols*-', enfin j'ai émis, en 1879, l'opinion, acceptée aujourd'hui par beaucoup d'anthro-
René Basset (i888)('î; II. Jouan (1890) W; Me Mahon(i89a)(e); G. A. Sbaw (i893)CJ); Zaborowski (1897) M.
(I)Boothby(i6à4)n;Flacourl(i658)W; ÉpidarisleColin(i8n)(b);Cameron(i877),i).
Quelques auteurs ont même émis ridée que la colonisation de Madagascar était due à des Phéniciens (Court de Gebelin)^ ou à des Carthaginois (Guët)W.
(2) Pyrard de Laval (1603) C1); Luiz Ma-
<"> Pour M. IL Basset, les Vazimba sont des Bantous (Cafres) [Bull. Soc. Geogr. de VEsl, 1888, p. 337].
{bJ <r L'origine africaine [des Yazimbâ, les premiers habitants de l'ile] ne doil pas être mise en doute» (Mém. Soc. Se. nul. et mathvm. de Cherbourg , t. XX VI ( 1 89 0), p. 1 7 1 , et Bull, de la Soc. Géogr. du Havre , 1 89 1 , p. 33 5 ).
;e; Les tribus de l'Est de Madagascar, écrit le itév. Me Mahon (Antanan. Ann.f 1899, p. 385), sont de vrais nègres dont le type est un peu supérieur à celui des Africains par suite de leur métissage avec les peuplades du centre et les Européens. Quant aux Sakalavâ, ce sont des Zoulous.
(d> Le llév. Shaw, qui a d'abord dit que les Malgaches étaient très proches parents des nègres africains (Antan. Ann., n° m, 1877, p. 79), a modifié son opinion et il a écrit en 1893 : «Personne ne peut nier qu'il existe à Madagascar un élément nègre; mais il n'y a pas une seule tribu assez franchement africaine par le langage et l'aspect physique pour ne laisser subsister aucun doute sur son origine occidentale» ( Antan ^ Ann., 1893, p. 99).
<") M. Zaborowski attribue aux Africains le premier peuplement de Madagascar et, dans les Malgachesnoirs, il croit reconnaître le caractère bantou (Bull. Soc. Anthrop. de Parié, 1897, P* 85).
lfj rr Suivant les uns, les Malgaches sont musulmans; suivant d'autres, ils descendent d'Abraham» (A briej Discovpry or Description oj Madagascar, London, i(>'i(i; Copia de la Bibliothèque Grandidier, p. 34).
/ * Les Malgaches frn'ayans eu aucune communication ni commerce avec les habitants des terres fermes de l'Ethiopie à cause de l'ignorjnce de la navigation, n'ont point reccu les changements des Loix et des Cousin mes qui s'y sont introduites de temps en temps; mais ils ont seulement conservé celles qui ont été en usage dans les pnïs d'où ils sont venus, qu'ils ont apportez avec eux quand ils ont pas*é dans celle i*)e. Ceux que j'estime y eslre venus les premiers, ce sont les ZaJfe-HtbiaJUm, ou de la lignée d'Abraham, habitans l'ile de baincte-Marie et les terres voisines, d'autant qu'ayant l'usage de la circoncision, ils n'ont aucune tache de mahométisme, ne connaissant Mahomet ny ses Caliphcs, et, réputant ses sectateurs pour Cadres et hommes sans loy, ne mangent point et ne contractent aucune alliance avec eux. Ils célèbrent et chomment le saine ly. non le vendredy comme les Maures, et u'ont aucun nom semblable à ceux qu'ils portent. Ce qui mu fait croire que leurs ancestres sont passez en cette isle dès les premières transmigrations des Juifs ou qu'ils sont descendus des plus anciennes familles des Ismaélites avant la captivité de Bahylone, ou de ceux qui pouvaient estre restez dans l'Egypte environ la sortie des enfants d'Israël. Ils ont retenu le nom de Moyse, d'isnac, de Jacob et de Noé. Il en peut eslre venus quelques-uns des costes d'Ethiopie, mais les blancs nommés Zaferamini y sont venus depuis cinq cens ans et les Zafecasimambou des Matalanes, qui sont les escri vains, n'y sont que depuis cent cinquante nus» (Histoire de Madagascar, avant-propos, p. 3).
th> «11 y a à Madagascar des tribus de nègres africains, des Malais et même des Juifs, des Arabe* et de» Indiens» (Ann. des Voyages, t. XIV, 1811, p. 99).
O Les Malgaches sont les descendants d'une colonie juive, venue à bord de navires phéniciens, ou tout au moins ont été en relations constantes avec les Juifs depuis les temps d'Iiiram et de Salomon (Antan. Ann., 1877, p. 3 à 10). Dahle fait remarquer que les coutumes juives, sur lesquelles Cameron étaie son opinion, existent également chez les Polynésiens (voir Tlrxkii, Ten Years in Polynesia) [Antan. Ann., i883, p. i3].
M «Il y a un rapport étroit des langues de Madagascar avec la phénicienne. On ne saurait jeter les yeux sur l<*s Dictionnaires de ces langue* sans y reconnaître une prodigieuse quantité de mots phéniciens, même dans l<>s noms de lieux et en particulier dans ceux des chiffrer». trTout dépose la communication la plus étroite entre toutes les îles du Midi de notre globe et tout nous ramène à cet égard aux Phéniciens» (Le Monde primitif : Dissertation, Essai d'histoire orientale, 1781, p. 5a, 538 et 553). — H y a lieu de remarquer que, dans le dictionnaire de Flacourt et autres qu'a consultés Court de Gebelin, les mots malgaches sont si mal écrits qu'ils sont le plus souvent méconnaissables et ne peuvent pas servir à une étude sérieuse de linguistique comparée.
f' <r Madagascar a été visité et colonisé par les Carthaginois» (Origines de V(U Bourbon , 1 888, p. 3â et suivantes ).
(l> <rL'isle de Saint-Laurent a été peuplée autrefois par les Chinois, estans en un navire qui se perdit en cet endroit (à Saint- Augustin), qui s'y habituèrent : aussi retirent-ils en quelque chose du visage aux Chinois* fors qu'ils sont bazanés» (Voyages de Pyrard de Laval en 160a , t. I, cil. 111, p. a'i).
6 MADAGASCAR
pologistes, que Me de Madagascar a été peuplée par des immigrations successives, remontant à des temps fort éloignés (l), de nègres indo-océaniens ou orientaux (2), que je désignerai sous le nom général d'Indo-Mélanésiciis pour rappeler que la branche orientale du Ironc nègre existe non seulement daus les îles de l'Asie et de TOréanie. mais aussi sur le» continent.
riano(i6i3)t*); Henras.(i8ot) b'; Mullens (i875)W; Wake (1882W et .885U).
O II esl 1res \raisemblable que les premières immigrations de nègres indoocéaniens à Madagascar ont eu lieu bien des siècles avant Jésus-Christ.
"*} Les nègres orientaux, cVt-à-dire les nègres asiatiques et océaniens appartiennent à plusieurs types, dout les dillérences de taille et de caractères physiques sont très marquées, mais qui ont une grande uniformité de coutumes et un étal sorial.
des traits intellectuels et moraux à peu près identiques; ces divers typrs se sont du reste croisés en maints endroits, soit entre eux, soit avec les Indonésiens, les Malais et autres individus de race mongolique, soit avec les Polynésiens, produisant des métis d'aspects 1res divers. Quelques anciens auteurs, frappés par ccrlains caractères extérieurs, tels que la couleur de la peau et la chevelure, qui sont plus ou moins communs
aux nègres occidentaux et aux nègres orientaux, ont attribué à ces derniers une origine africaine; Lesson, notamment, qui rapprochait les Malgaches au teint noir des Africains, dit, dans le lomeIprdc la Zoologie du Voyage autour du Monde de" Im Coquille "• , 1826^.87, que ries Papous ont la plus grande ressemblance avec les nègres rafn-madécasses, et que cette analogie se retrouve dans plusieurs de leurs habitudes et de leurs traditions; ils paraissent provenir d'une migration (africaine) postérieure à celle des Océaniens *, cl plus loin, p. 101, il place à la suite des Papous, comme une tu ronde variété du rameau Cafro-Madécastc, les habitants de la terre de Diemen. Les différences entre les races nègres africaine et mélanésienne sont beaucoup plus grande.** que ne le supposaient ces auteurs, et on ne peut admettre que des migrations partielles de l'Afrique aient peuplé l'Asie et l'Océanie; ce sont, au contraire, les njjies indo-océaniens
') L. Mariauo, qui dit (Ta boni que les premiers habitants de* Madagascar sont venus de la (lafi crie •»! qu'il en est ensuite arrivé de Maîacra (Kxpior. de M.ulag. cm iGi3, llol. Soc. Ùeogr. l,i$(.oa, 1887, p. 3if>\ exprime plus loin l'opinion que Pile a été peuplée d'abord par des immigrants venus de M lacra, -ce que prouve d'une manière presque sure la langue des Malgaches, différente de 1* langue eafre et très semblable au malais 1.
b' Les habitants <!e Madagascar descendent do Malais venus de l'Inde:/,* «/;u«jm/*« A «'/»/if *<<>/*//* •,'»/»«. I.H.p. Vi •.
'r) La colonisation de Madagascar esl due aux Malais (Twelve Mnnths in Madafj., 1R70, p. 173 cl 176).
(d) M. Wake (Journ. Anthrop. Soc. of Lomlon, déc. 1869) a d'abord cherché à établir que le* Papous et le> Cafres ont la même origine et que les Malgaches sont des Cafres, mais p! us tard il écrit :r <)uoique le«> Malgarh- •» aient de nombreux points de ressemblance avec les Africaius, leur parenté est avec les peuples mongols de l'Indo-Chinc, avec les Siamois. Les Yazimlia' sont probablement des Indo-Chinois, et les llova sont le résultat du mélange do ces Yazimbâ avec une colonie arabe venue peut-être aussi de l'Archipel Indien». Quant aux Malgaches pré-hova, M. Wake les croit apparentés aux habitants de Java et de Sumatra et originaires du Sud de l'Asie; leur langue, qui est, dit-il, grammaticalement plus proche du malais que des languis océaniennes, malgré un grand nombre de mots océaniens, se rapproche en tout cas plus du papou que du polynésien (Race éléments of the peoplc of Madagascar, Journal Anthropol. Intitule, 188a, p. 3o, et Antatian. Ann. , 1 88a , p. 1 1).
<*) Les Malgaches, dit M. Wake, appartiennent i la grande famille indo-chinoise, et, s'ils parlent une langue ma layo- polynésienne, c'est qu'ils ont subi les mêmes influences que les Malais, qui, suivant M. Kcane, ont été amenés à accepter un langage différent de celui de leurs ancêtres mongols, parce qu'ils ont trouvé le pays déjà occupé par une population malayo-polynésienne (Antananarivo Annuel, i885, p. 1*»).
ETHNOGRAPHIE