‹ L'Origine des MalgachesChapitre 4 sur 10 · IMMIGRATIONS INDO- MÉLANÉSIENNES · texte numérisé non relu

IMMIGRATIONS INDO- MÉLANÉSIENNES

Comment ai-je été amené à relier les Malgaches, hormis les Andrianà de llmerinâ et des familles des chefs des principales tribus, aux nègres de l'Extrême-Orient plutôt qu'à ceux du continent africain, comme le faisaient tous les auteurs et même les anthropologistes? C'est que, pendant mes voyages à travers h»s différentes peuplades, j'ai été non moins

qui ont abordé à Madagascar ot s'y sont de cette ile. — A. Grandidier (1879) ('s élnblis, formant le fond de la population W. E. Cousins (1878) M; J. Sibree (1879

<*> ffLa race que j'appellerai autochtone, sans vouloir préjuger son mode de diffusion, est bien certaine* ment, par ses traits, par ses mœurs et par sa langue, du groupe des populations négroïdes de fOcéanie. Tête grosso, cheveux en tête de vadrouille, figure plate et ronde, lèvics épaisses, nex aplati à la naissance, tout rappelle les nègres orientaux» (Revue scientifique, 1 1 mai 1879, p. io85). Celle opinion a été reproduite avec les preuves à l'appui dans plusieurs mémoires que j'ai publiés subscquciuuicnl, notamment dans la Notici sri ■es taavaux scieutifiques (188A, p. 96-97); dans Madagascar et ses habitants, discours prononcé à la séance publique annuelle des cinq Académies du 95 octobre 1886, p. i3 et suivantes; dans les Vazihià (Ment, publié» par la Soc. philomathique , 1888, p. 1 55 et 160); dans les IlovX (Rev. fjén. Sciences, 3o janvier i8g5, p. 5o), etc. Dumont d'Urville a remarqué que certains mots communs au malgache et aux dialectes polynésiens ne se retrouvent pas dans le malais ou s'y présentent très altérés et il en conclut que l'analogie des langues polynésiennes avec le malgache n'est point due a l'intermédiaire du malais; de cette intéressante et véridique constatation, il n'a tiré aucune conclusion au sujet de l'origine des Malgaches (Phibl. du voy. de rrL' Astrolabe r . i83&, p. 976). Quatrcfages dit, dans VIntrod. à l'étude des race* humaines (1889, p. 3ot>), que v Froberville a, comme Grandidier, signalé la ressemblance entre les Mélanésiens et certains Malgaches n; mais, tout en signalant cette ressemblance, M. de Froberville n'a jamais émis l'idée que les nègres de Madagascar descendaient des nègres de l'Océanic, il a, au contraire, écrit qu'on peut considérer sans témérité la race indigène ou Vazimba comme uns (franche des Galla (Bull. Soc. Géogr. Paris, 1839, p. 969), et que la constitution physique de la race noire de Madagascar indique assez qu'elle est originaire de l'Afrique, ce que confirme l'examen des mots et des usages qui lui sont propres (Notice en tète du Voy. à Madag. de Leguevel de La combe, 1860, p. 11). C'est dans un travail analysé par M. Serres (Compt. rend. Ac. Sciences, i85o, p. 68a et 683) qu'il divise, d'après le prognathisme de la face, les peuplades de l'Afrique orientale ou ostro-nègres, en trois groupes : l'un apparenté aux noirs de la Guinée, un autre rappelant les Cafrcs-Béchuancs, et le troisième ayant le type négro-océanien ; il y a, ajoute le rapporteur, dans l'Ouest de l'Afrique, la tribu des Nagas, qui ressemble à des Papous, mais nulle explication n'est possible à ce sujet; car il n'y a pas de trace qu<» des navigations aient été effectuées de l'Afrique en Océanie ou d'Océanie en Afrique. — Au commencement du m* siècle, le ch*r de Froberville cite dans son Dictionnaire (ms.) l'opinion suivante d'un anonyme : «Les habitants de l'Afrique et ceux de l'Ouest de Madagascar, qui ne sont séparés que par le canal de Mozambique, sont très différents; les uns sont de vrais (bâfres, les Sakalavâ ne le sont pas; ces derniers ont en effet les cheveux extrêmement frisés et crépus, mais beaucoup plus longs; ils ont une plus belle prestance et la jambe mieux faite; ils sowt moins stupides et plus industrieux, ils sont plus propres, plus délicats sur le manger; leur langue, leurs croyances, leurs mœurs, leur caractère n'ont pas plus de rapports que leurs traits; leur couleur est moins foncée, tirant plus sur le rouge». Ce que dit cet auteur est exact, mais il n'en n tiré aucune déduction au sujet de l'origine probable des Malgaches. — Aug. Billiard a écrit, en 1891 (Ms. Ârch. Col.), que, du Cafre au Malgache, la distance est grande, tandis qu'elle est à peine sensible du Malgache a l'Asiatique et même à l'Européen (!), et qu'il faut rechercheriez causes des dissemblances entre deux peuples que sépare seulement le canal de Mozambique dans la différence de leur origine et de leur organisation ; il n'a pas non plus émis d'opinion au sujet do la race à laquelle il faut rattacher les Malgaches.

<b) «La conformité qui existe entre le malgache et les langues des archipels asiatique et polynésien, autant sous le rapport du vocabulaire que sous celui de la grammaire , quelquefois même où il n'y en a pas aver

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frappe de l'imité de la langue parlée dans Tile entière que de la grand*» uniformité des mœurs et des traits physiques de la masse de sa population.

et 1883) W; Codrington (188s) M; Wake 11. 1\ Maliac (Irakâ, 18^7, u* 6, p. 53,

(i883)''>;ParreU(i886)<a);Rev. G. Cousins et Tantara*' wy Andrianà. 1899, p. 7) 'lh

(i886)W; de Quatrefages (1889) '*) ; Si- Mullcns dit (Journal of Anthropol. Society

brec et Baron (1899)^; Ha m y (1895) M; 1870, p. 181) qin» Ions l«»s Malgaches

le malais, semble indiqner que la première immigration de P Extrême-Orient date d'une époque antérieure k celle où les langue* cultivée* ont pris leur forme actuelle.'» De o» que : «t* il n'y a pas de traditions musulmanes à Madagascar; «j* que les mots san»crils ? sont très peu nombreux, et 3* que le malgache est beaucoup plus riche en formes dérivées que le malais», le R<»v. W. E. Cot*i\s conclut que la langue malgache e*l une très ancienne forme de la langue primitive parlée jadis dans le Sud de l'Asie et dans POcéanie et n'etf millemciil dérivée du malais tel qu'on le parie à présent (Rév. W. K. Coisins, The Malagasy language, Philolog. Soc.. 1878; reproduit par Sil»ree dans The (Jreat AJrican Island , 1K80, p. laa).

O Le Itév. J. Sibrec, qui, dans Madagascar and Us peuple (1870), p. 969, attribue aux Malgaches une origine asiatique (malaise), comme Pavait déjà en partie suggéré Ellis eu i83b (Hist. of Madagascar, p. 6). >e range à mon opinion dans The Grcat Afriean Itland (1880), p. 116. «*ll est en effet possible, dit-il, que les deux races des archipels Malayo-Polynésiens soient représentées à Madagascar : la rare d'un bruu clair, qui est répandue dans la Pohuéiie orientale, des Iles Sandwich à la Nouvelle-Zélande, et la rare noire, qui habite la Polynésie occidentale depuis les lies Fidji jusqu'à la Nou\clle-Guinée. L'unité si remarquable du langage dans tout Madagascar donne à penser que les ancêtres des Malgaches sont originaires de divers poinl* de l'archipel Malais et qu'avant de fe disperser ils ont vécu ensemble en un point quelconque de Pile pendant assex longtemf<s pour que leurs langues Fe .soient fondues et unifiée*. l^»ur immigration remonte a une é|K>que très ancienne». Il ajoute (Anlanannriro Annunl, 188a, p. a3 I : rll semble probable que les Malgaches sont aussi bien apparentés aux races noires de POcéanie (Négritos ou Papous) qu'aux races malayo-pohnésicnncs au teint plus clair».

**' Le Ilé\. R. S. Codrington, missionnaire aux lies de Banks (au Nord des Nouvelles- Hébrides), ayant constaté que plusieurs des mots malgaches tenus à sa connaissance ont non seulement une origine commune incontestable avec ceux du dialecte mélanésien de ces îles, mais ni outre une structure grammaticale identique (ana'ogue à celle des langues ma'ayo-melano-poK miennes qui ont toutes sous le rapport de la syntaxe, la plus grande affinité), confirme mon opinion en concluant (pie les habitants de Madagascar sortent de la néme souche, aujourd'hui disparue, que ceux des Tes Fidji, des îles de ISanks, etc. (Anton. .1mm. t 1*8», p. 26).

W M. Wake, qui, en 1 8C9 (note d précédente), attribuait aux Yazimbâ une origine africaine, a, depuis, changé d'opinion; il dit (Autan. Ann.t iSK5, p. i.">) qu'on sait m peu de choses <ur eux qu'il y a tout autant de raisons de les rapporter aux Négritos ou aux Papous qu'an* Nègres d* Afrique, et il fe ronge i mon opinion que les Nègres océaniens ont précédé à Madagascar la tenue des Malayo-Polynésiens et forment le fond do ta population , quoique , pour lui, l'élément principal actuel de cette population soit mongoloïde (noie e précédente).

M Pour M. Parrelt, il va, parmi les habitants du Nord-Ouest de Madagascar, trois types : l'un foncé (ou Papou?) avec la barbe bien fournie; l'autre analogue, à celui des Malgaches ordinaires (!) ou Sakala\â,et le troisième africain (Olmf.r, Madagascar, t. H, note de la p. 5o).

(*> «Les Malgaches peuvent aussi bien étic des Papous ou des Malais noirs que des Africains t» (note, p. 6 du t. I de Madagascar, Oi.ivkr, 1886).

W Qualrefages, qui, en 188a, regardait les Saka!a\â comme appartenant a la race Banloti, les met, d'après mes indications, dans le rameau papou ( ïntrod. à l'étude des Races hum. . p. 343, 35o, et 39.") à 3f)8).

w rll est beaucoup plus probable que les habitants de la côte orientale de Madagascar sont des Négritos ou des Mélanésiens que des Africains?) (note de la page 385 do VAntananarivo Annuai, 1 89a).

^ Le DrHamy( Les Races m maires, /fer. teientijique , 1895) dit, en s*appu\ant sur mes tra\aux et sur les co'lections du Muséum d'histoire naturelle, que Madagascar tout entier possède un fond commun ethnographique et linguistique qui n'a rien d'africain et qui reproduit les langues, les mœurs et les usages des Indonésiens (c'est-à-dire de ces peuples qui forment dans le vaste ensemble malayo-polynésien un groupe aux contours nettement arrêtés et dont les limites s'étendent du pied de l'Himalaya oriental aux dernières Iles de la Sonde). Toutefois, ajoutc-t-il, les rroiseineuts opérés pendant des siècles avec des peuples d'origines diverses masquent eu partie les caractères asiatiques, qu'on ne retrouve que péniblement, en particulier chez les Sakalavâ.

t*) «rLes îles de POcéanie sont habitées par un groupe de peuples qui ont une singulière analogie avec ceux

de Madagascar, au triple point de vue des trait:* extérieurs, îles u<ages et de la langue M. (îrandidier a

montré qu'on trouvait à Madagascar les trois mêmes classes d'habitants que dans l'Indo-Océanie : nègres orientaux. Indonésiens et Malais De la similitude des langues malaise et malgache, on a le droit de conclure

a la parenté des populations. Il nous parait donc très probable que non seulement les Hovâ, mais encore le fond de la population malgache vient de la Malaisie.i

ETHNOGRAPHIE

Il y a longtemps que les marins et les voyageurs ont constaté que les habitants de Madagascar parlent une seule et mémo langue, d'origine malayo-polynésienne(1), mais ils n'ont pas attaché à ce fait, cependant si remarquable, l'importance qu'il a, et ils ont cru l'expliquer en en attribuant l'introduction à la poignée de Malais venus il y a quelques siècles. L'existence dans cette grande île d'une seule et même langue, purement malayo- polynésienne ou plutôt indo-mélanésienne(3), par conséquent de provenance orientale, aurait dû cependant fixer davantage leur attention. N'est-il pas en effet extraordinaire que des peuplades ou plutôt des familles, qui n'ont eu jusque tout récemment aucun lien politique ni commercial, qui ne se connaissaient même pas de nom au commencement du xi\c siècle, qui vivaient dans l'isolement le plus

sont de race malaise, môme les Yazimbâ, qui, ajoute-t-il, no ut rien d'africain!

(j) Don Luis Fcrnandes de Yasconrcllos on i .").■>() 'a\ les premiers navigateurs hollandais venus à Madagascar en 1095, Frédéric de Houtman on i6o3, le R. P. Luiz Mariano'b) et Gothard Arthusius en 161 3, Reland en 1708, etc. , ont signalé ce Tait intéressant (c).

W Je ne crois pas que l'appellation de langues malayo- polynésiennes soit juste.

Je pense que les éléments primordiaux de ces langues sont d'origine indo-mélanésienne et que les Polynésiens et les Malais ont adopté, en les perfectionnant, les langues des peuplades négroïdes aborigènes iu milieu desquelles ils se sont implantés, ou plutôt avec lesquelles ils se sont croisés. Il est probable que ces Indo-Mélanésiens, dont une branche a peuplé Madagascar, avaient déjù accompli d'importants progros en agriculture, connaissaient le fer et sa-

vaient le travailler ainsi que l'or, tissaient des étoffes avec les fibres des plantes, élevaient des poules, des canards, des bœufs, etc., et que, partis soit de l'Inde et de f Indo- Chine, soit des grandes lies de l'archipel asiatique , ils ont pu, grâce a leur habileté dans la navigation, se disséminer dans les lies de l'océan Indien et de l'océan Pacifique, ot répandre dans toutes ces mers leur langue, leurs mœurs ot leur industrie. Les Rév. Codrington (Anlanan. Annual, 1882, p. 36) et J. Richardson (Antanan. Annual, 1887, p. 3î)3) font remarquer que, si Ton trouve dans le malgache plus de quatre cents mots malais, la construction grammaticale du malais est très différente do celle du malgache, qui, au contraire, en ce qui concerne les articles, les pronoms, les noms, les particules, les formes verbales, les prépositions, les nombres, etc., a des liens très étroits avec les langues mélanésiennes.

* <rPor algumas bahias acbârara pessoas que pareciam Jâos : por onde vierara a cuidar que jà fora aqueila costa pela banda da fora povoada de Jâos , por que fallavam a tua lingua* (Diogo do Colto, Da Atia, Dec. VII. ii\. vin, ch. i, p. 177).

h «Les gens de l'intérieur, comme ceux des côtes Ouest et Sud, parlent une langue semblable au Malais» (\oir p. i5o, note 9).

r< «Les habitants des archipels et iles du Midi de notre globe parlent tous une langue ayant le plus grand rapport avec le malais et le malgaches (Court de Gebelik, Le monde primitif, 1780). — Les peuplades de l'Est de Madagascar prétendent que leurs usages leur ont été apportés de l'Orient dans une vaste coquille [Chapelier, Lettres manutcrttêt, 1800 (Foxds Fabqchar, Mutée britannique)].

ETHNOGRAPHIE

MADAGASCAR

complet et n'avaient entre elles d'autres relations que les razzias et les pillages auxquels elles se livraient sans cesse entre voisins immédiats, parient toutes la mémelangue(1) et que les invasions nombreuses et successives des Arabes et des nègres africains ne l'aient que peu ou même point altérée. Je ne sais vraiment pas coin ment on a pendant si longtemps accepté, sans discussion, l'assertion, qui eût dû paraître à tous inacceptable, comme elle lest en réalité, qu'en quatre ou cinq siècles quelques milliers ou plutôt quelques centaines d'étrangers aient imposé leur langue à tous les anciens habitants du pays, d'autant plus qu'emprisonnés dans un petit canton au milieu des montagnes et honnis de tous leurs voisins jusqu'à

f1' (Test un fait tri»? remarquable et bien digne d'attention que cette unité de la langue dans un pa\s aussi grand , d'autant plus que, dans l'archipel asiatique comme dans TOceanie, les divers dialectes n'occupent que des surfaces très restreintes. - - Il y a toutefois des différences de prononciation entre les différentes tribus: Yn simple des Antimerina est sou\ent pour les autres habitants de file soit mouillée ,soitgutturale ; Ys simple des Antimerina est mouillée chez les Àntanosy ; dans certaines provinces, le tt devient f. le d devient /, la syllabe demi-muetle ira se change en Uâ dans l'Ouest et en tchâ dans l'Est; les vovelles finales â et i/ sonnent souvent comme un é demi-fermé et la syllabe terminale demi -muette nd n'existe pas chez, les SakalavS, etc. On trouve aussi chez chaque peuplade dos mots qui, à première vue, semblent différer complètement de ceux usités chez les autres pour désigner les mêmes objets. Les chefs et seigneurs de ces peuplades, étant presque tous d'une nationalité différente de la masse du peuple, ont introduit des mots provenant de leur langue maternelle, et il existe en outre, a Madagascar, la coutume de tabouer, c'est-à-dire de ne plus prononcer,

après la mort de leurs chef-, les mots qui entrent dans la composition du nom do ces chefs ou même ceux qui ont à peu prv* la même consonance : le roi .saknlava Vi natif étant mort un peu avant mon arrivée au Ménnbé, le mot Yilany, qui est uui\ersellement employé à Madagascar |K)ur désigner une marmite, a été supprimé de la langue des Antimenn du jour au lendemaiu et remplacé par le mot JLrtrthaiià (lill. : objet où l'on a l'habitude de faire* bouillir [les aliments ] ) forgé de toutes pièces pour la circonstance avec la racine universellement usitée dans toute l'ile Letrikâ, qui impliqua

Tidée de bouillir. Il v a aussi lieu de tenir

compte de la différence de \ie des Malgaches pasteurs ^ et des Malgaches agriculteurs ^, qui a apporté des modifications dans certaines parties de la langue. — Toutes ces différences et ce> Migrations peuvent surprendre un étranger t|tii ne connaît bien ni les mœurs, ni le ;;;iue malgaches, mais elles ne touchent point au fond de la langue et n'ont en réalité aucune importance pour les linguistes. Il n'y a aucun doute que, au double point de vue des racines et des règles de la syntaxe, la langue est une dans toute l'ile.

w Le» Malgache» qui habitent le Nord, l'Ouest et le Sud de Pile sont presque «'xriu«ivorocnt pasteur». (W) Tes Malgaches qui occupent le Centre et l'Est de Madnfça*rar sont surtout aj;rii tiltotirs.

ETHNOGRAPHIE. 11

la fin du xviii0 siècle, ils n'avaient et ne pouvaient avoir aucune autorité ni aucune influence sur les autres tribus, avec la plupart desquelles du reste ils n ont point eu jusqu a ce jour de relations.

La langue malgache existait certainement, telle qu'elle est aujourd'hui, longtemps avant la venue des Malais qui sont les ancêtres directs des Andrianâ ou nobles de ilmerinâ, et il n'est pas douteux qu'elle a été apportée par les nègres indo-mélanésiens, dont les immigrations successives ont peuplé Madagascar.

Si le caractère malayo-polynésien , ou plutôt indo-mélanésien, delà langue malgache a été reconnu dès la découverte de l'île, la parenté de la masse de ses habitants avec les nègres orientaux, qui ressort aussi pleinement de l'étude de leur aspect physique et de leurs mœurs que de celle de la linguistique, n'avait jamais été affirmée, ni même soupçonnée jusqu'à mes voyages. Il n'est pas facile en effet de débrouiller le chaos des races qui se sont accumulées et croisées à Madagascar : Nègres indo-mélanésiens, Malais et surtout Javanais, Makoas, Arabes, Soahilis, Indiens, peut-être même Chinois et, plus récemment, Européens; les individus de race pure y sont très rares et on peut dire qu'à quelques exceptions près tous les Malgaches sont, à des degrés divers, des métis. Néanmoins, à travers ce mélissage très complexe, les caractères fondamentaux de la race qui a originellement formé et qui forme encore aujourd'hui le fond de la population, et sur laquelle se sont successivement greffées les autres races ci-dessus nommées, nous révèlent, comme l'étude de la langue, l'origine indo-océanienne des premiers immigrants.

En effet, si, dans la population de Madagascar, nous laissons de côté, d'une part, les Andrianâ de Ilmerinâ, dont l'origine malaise est incontestable, et leurs nombreux métis qui habitent cette même province, et, d'autre part, les chefs des principales tribus tant des côtes que de l'intérieur et leurs familles qui, tous, sont d'une race différente de celle de leurs sujets (l), il n'est pas douteux que les Malgaches sont

(1) Ces sujets . comprennent les Vohitrâ mis par les immigrants étrangers de venue ou libres (lesquels sont les descendants des plus récente) et les Andevo, ou esclaves, qui anciens chefs des premiers occupants, sou- sont un ramassis des races les plus diverses.

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noirs et méritent l'appellation de Nèfirr*. sous laquelle les anciens navigateurs les ont désignés. Mais la couleur noire de leur peau n'implique pas nécessairement une origine africaine, comme l'ont admis tous les auteurs qui, jusqu'à mes voyages et même depuis, ont parle des habitants de Madagascar1'1. Il existe, en effet, comme nous l'avons dit plus haut, des nègres en Asie et en Océanie tout comme en Afrique, mais très différents les uns des autres. Or, les traits physiques et les mœurs et coutumes des diverses peuplades malgaches, toujours abstraction faite des familles de leurs chefs ainsi que des Andriana de l'Imerinâ et de leurs métis, ont une grande uniformité, que cachent à la première vue les modes de coiffures si variées d'une province à l'autre, leur différence de vie et les mélanges très fréquents qu'elles ont eus avec les immigrants des différentes races, venus postérieurement, mais qui n'en existe pas moins et qui démontre leur origine orientale1*'.

Une des raisons principales, oulre la couleur, qui ont amené tous les auteurs à admettre que ce sont les nègres africains qui ont peuplé Madagascar, c'est, d'une part, la proximité du continent noir, qui n'en est distant que d'une centaine de lieues et, d'autre part, le grand éloignement des terres orientales, qui en sont séparées par une étendue de mer de plus de mille lieues. Mais les nègres de la cote Sud-Est d'Afrique sont et ont toujours été peu adonnés à la navigation (3;, et les courants, qui sont contraires pour venir du continent à la grande ile, rendent difficile la traversée du canal de Mozambique de l'Ouest vers l'Est, tandis que les nègres indomélanésiens sont d'excellents marins et que le grand courant équatorial w

(1) Voir, pages 3, A el 5, la série des no- W Sans rechercher avec Elisée Reclus si

tules oùsonl analysées les opinions des prin- les bancs des Chagos, que Darwin croit avoir

cipaux auteurs qui ont écrit sur Madagascar. élé immergés a une époque récente, of-

W M. de Quatrefagcs, à qui j'ai fait part fraient aux praat un lieu d'étape favorable

du résultat de mes recherches, a adopté entre Hndo-Mélanésie et Madagascar, ni si

mon opinion, qu'il a exposée dans son livre d'autres terres ont disparu, qui facilitaient

intitulé : Introduction à V étude des races hu- la navigation de l'Orient vers l'Occident,

maines, 1889, p. 3g5-39G. nous savons : i° que le colonel Nicolas

(3) Edrici, en i 1 53, dit que les Zendj. Coutanceau W, chargé d'un message pour le

ou nègres africains, n'ont pas de navires. gouverueurde l'Ile-de-France, s'échappa, en

M Voir le dossier Coutanceau, Ârch. colon. — Guet relaie ce fait dan? Le* Origines de Vue Bourbon, p. 7.

ETHNOGRAPHIE

leur est favorable. Du reste, si l'opinion du baron cTEckstein(1) sur le paysd'origine des nègres océaniens (Mélanésiens et Ne'gritos) est exacte, si l'Inde primitive et la presqu'île malaise ont été le point de départ d'où ils se sont répandus en Océanie, comme semblent l'attester les îlots ethniques qu'on trouve encore dans les montagnes de l'Himalaya et de Vindhya, dans les Nilghiri et le Dékhan, ainsi que dans Tlndo-Chine, il est tout naturel qu'une branche se soit portée vers l'Ouest, pendant que d'autres sont allées dans l'Est, fuyant les invasions mongolique et caucasique qui eurent lieu dans le Sud de l'Asie plus de a5oo ans avant Jésus-Christ. Il est en tout cas certain que l'immigration des nègres indo-mélanésiens a précédé l'ère chrétienne, car le malgache, contrairement aux langues de l'archipel asiatique^, ne contient pas de mots d'origine sanscrite; il

1762, de Pondichéry qui venait de tomber nu pouvoir des Anglais et, se confiant sur une mauvaise chaloupe avec deux Français et six Indiens h la seule action des courants, r.niva en deux mois ù Port-Louis ; 2°que plusieurs jonques malaises , qui avaient perdu de vue leurs terres à la suite d'une tempête, ont atterri à la côte Nord-Est de Madagascar au commencement de ce siècle W ; 3° que des pécheurs des îles Maldives, pris par le mauvais temps, ont aborde, il y a quelques années, abord de calimarans non pontes, à Lamou,surla côte orientale d'Afrique, où ib ont fondé une colonie, ne pouvant regagner leur pays à cause des courants^); 4°qu aux premiers jours de septembre i884 il est arrivé sur la plage de Tamatave des pierres ponces provenant de l'éruption du Krakatoa et qu'à la suite du cyclone du

a5 février i885 il en est venu sur toute la côte Est une quantité considérable; qu'en 1887 on a trouvé, sur la côte d'Afrique, à Port-Elizabelh, mêlé à des ponces ayant la même provenance, un fruit du Barringtonia specio&a qui a été planté et qui a germé (c), etc. Ces faits démontrent que la venue à Madagascar des praos ou navires indomélanésicns et malais, sous la seule action des courants, est non seulement possible, mais facile.

M Voir le Journal Asiatique du mois de décembre 1857, p. 49a.

(2) M. Aristide Marre a appelé l'attention sur ce fait, important au point de vue historique, dans le Muséon (Lou vain, 188G) et dans les Atti délia R. Acad. Scienze di Torino (adunanza del 26 diccrabre 1899)^; mais, comme il attribue l'importation de la

(A> Barthélémy Hugon a assiste à l'arrivée des Malais qu'ont amenés ces jonques, et dont Sylvain Roux a incorporé quatre dans sa milice en août 1808 (voir les Manuscrits des Arch. colon., au verso de la page 3o des Lois, Polices et Coutumes de Madagascar, 1818). — Du reste, les historiens portugais rapportent qu'au xvi* siècle leurs marins ont, à diverses reprises, trouvé sur la côte orientale de Madagascar des Javanais que des tempêtes y avaient jetés, notamment vers i5o5 (Barros, Asia portugueza, Dec. II, liv. iv, chap. m, p. 3q&) et vers i555 (Dioco do Cooto, Da Atia, Dec. VII, liv. vin, chap. 1, p. 177).

(b) Mgr Le Roy a visité cette colonie pendant son séjour sur la côte orientale de l'Afrique, vers 1890.

(e) H n'est pas douteux que les Barringtonia speciosa de Madagascar, comme plusieurs autres plantes, ont une origine analogue, et que ce sont les courants qui en ont apporté les graines.

M Van der Tuiick(Grammar of Malagasy language, Journ. AsiaL Soc., 1 865) rite deux mois qu'il rapporle au sanscrit (fa/a, scorpion [en malgache, hala], ci dosa, péché [en malgache, trosa = délie]), et on pourrait

i& MADAGASCAR.

est à remarquer qu'il n'y en a pas non plus dans les langues de la Polynésie (1).

Les premiers nègres indo-mélanésiens que les courants ont amenés sur les cotes de Madagascar, et dont les descendants forment le fond de la population de toute iiie, ont-ils trouvé cette ile occupée par des habitants d'une autre race, issue d'immigrants africains? C est ce que Ton ne saurait dire dans l'étal actuel de nos connaissances. S'il y avait des aborigènes, ils devaient être en Lien petit nombre et dans un état de civilisation très inférieur, puisque, ni dans les mœurs ni dans la langue des Malgaches actuels, on ne trouve de traces de leur influence. 11 n'est pas malaisé de voir que les mots d'origine étrangère, africaine, arabe ou autre, qui surnagent au milieu des mots méhmo-poUnésiens, ont été greffés sur la langue au fur et à mesure des besoins et de l'introduction d'objets inconnus, de connaissances nouvelles ou de coulunies étrangères.

En plusieurs régions de File, on a trouvé, mêlés à des ossements d'animaux aujourd'hui disparus, des fragments de poteries qui ne sont pas l'œuvre des habitants actuels, mais probablement celle d'anciennes colonies, de race inconnue, qui ne devaient plus, du reste, exister à Madagascar lors des premières immigrations indo-mélanésiennes, car ces poteries dénotent un état de civilisation assez avancé, et les peuplades capables de les fabriquer n'eussent certainement pas été absorbées par les nouveaux venus que leurs praos ou jonques amenaient en petit nombre, à moins que, d'abord cantonnés dans une région, ceuj-ci ne s'y soient multipliés et aient ensuite fait la guerre aux premiers occupants et les

langue malgache aux Malais, c'est-à-dire lieu, au contraire, beaucoup plus récem-

aux Andriana de llmerinâ , ses conclusions ment. Ce sont, comme nous lavons dit plus

ne sont pas exactes en ce qui concerne haut, les immigrants indo-mélanésiens, ou

Timmigration à Madagascar de ces der- nègres orientaux, qui ont ap[K>rlé avec eux

niers, qui n'a nullement précédé Tintroduc- la langue qui est parlée de tout temps dans

tion de l'Hindouisme dans Java (laquelle File entière, date du ier siècle de notre ère), et qui a eu O Voir Crawfurd et Humboldt.

peut-être y ajouter celui de umdry, jointure (en malgache, umdry- bras). Au cas même où l'origine de ces mots serait indubitablement sanscrite, leur présence dans la langue malgache ne changerait rien aux conclusions qu'on peut tirer de l'étude de M. Marre où est énumérée une foule de mots qui se rencontrent dans les divers idiomes de l'archipel oriental et qui n'existent pas à Madagascar.

ETHNOGRAPHIE. ÎS

aient détruits. Toutefois, il est difficile de concevoir la disparition totale d'une population déjà civilisée et, si cette population a été réduite à l'esclavage ou au servage, elle aurait, dans une certaine mesure au moins, marqué de son empreinte les mœurs et le langage des conquérants; il n'est pas douteux qu'il eût survécu quelques tribus que la différence de leurs mœurs et de leur langage eût signalées dès longtemps à l'attention des voyageurs.

Telles sont, en résumé, les notions que nous possédons aujourd'hui sur l'origine des Malgaches. H y a certes encore beaucoup à faire au point de vue anthropologique et ethnographique; néanmoins nos connaissances, sur ce sujet, se précisent chaque jour.

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