LES IGUANODONS
A l'apogée de l'évolution des Sauropodes apparaît sur toute la terre une souche tout à fait différente de Dinosauriens bipèdes herbivores, dont le pelvis est du type des Oiseaux (Ornithischia de Seeby). Ces bipèdes agiles remontent sans doute (von Huene) au Naosaurus triasique. La partie antérieure de leur mâchoire a perdu de bonne
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FiG. 93. — Iguanodon primitif Camptosaurus du Jurassique supérieur du Wyoming. — Contemporain de l’Apatosaure et du Diplodocus; bipède sans défenses, ne comptant que sur son agilité pour fuir ses ennemis. Muséum Américain d'Histoire naturelle.
heure sa dentition et a évolué en forme de gaine cornée ou de bec,
semblable au bec des Oiseaux ; de l'os (prédentaire), qui s'est déve-
loppé dans ce bec, dérive leur nom de Prédentés. Entièrement sans défenses à ce stade (Camptosaurus), de taille relativement petite, ils se sont répandus dans tout l'hémisphère septentrional et ont atteint un développement remarquable dans letype des Dinosauriens
« à bec de canard », vivant dans les fleuves ou sur leurs rives, les
Iguanodons du Crétacé (fig. 94). Le rayonnement adaptatif de ces ani-
maux n'a été complètement déterminé que depuis peu. On rencontre
trois grands types morphologiques, tous sans armure : 19° les types
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du Jurassique inférieur, notamment dans le fameux Iguanodon de Bernissart en Belgique ; les Kritosaures du Crétacé de l'Alberta (Canada), à tête relativement étroite, dont la protection a été favorisée par une longue épine postérieure saillante, leur sont apparentés; 2° les Dinosauriens Zrachodon, à large bec de canard, vivant dans l'eau, dont le corps est haut sur pattes et les membres développés pour la chasse à l'affût ; 39 les types plus complètement aquatiques, nageant librement, dont le crâne est en forme de crête (Corythosaurus),
L'exploration, entreprise par le Muséum américain dans l'Alberta du Canada et dirigée par Barnum Brown, a fait connaître récemment l'anatomie et les habitudes de toutes ces formes fossiles.
Les Dinosauriens à armure partielle, connus sous le nom de Stégosaures, sont apparentés aux Iguanodons et appartiennent au groupe des Ornithischia à pelvis
les moins spécialisés, qui conservent plus ou moins les structures
Fi. 91. — Deux Iguanodons du Crétacé supérieur du Montana.
Au bout de 500000 ans, dans Le Crétacé, le Camptosaurus (fig. 93) évolue en Dinosaurien géant à bec de canard, Trachodon, décrit par Leidy et Cope d’après les spécimens du Crétacé inférieur du New Jersey et du Dakota.
En haut : deux squelettes de Trachodon annectens découverts dans le Montana, tels qu'ils sont montés au Muséum américain d'histoire naturelle. En bas: leur reconstitution par OsBoRN ef KNIGHT (voir fig. 69).
d'Oiseaux. Les petits ancêtres triasiques de ce grand groupe de Dinosauriens herbivores ornithischiens ont également donné naissance à un grand nombre de formes secondaires quadrupèdes, lourdes, où divers types d'armures défensives et offensives se développèrent. Parmi ces formes, les Stégosaures du Juras-
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F1G. 95. — Rayonnement adaptatif, en trois groupes, des Dinosauriens Iguanodon.
En haut : trois types caractéristiques : A. Trachodon à bec de canard ; B. Corythosaurus à tête encapuchonnée comme celle du Casoar a bec de canard, probablement aquatique ; C. Kritosaurus, Dinosaurien à crâne en forme de créte et à bec de canard. Reconstitution par BROWN et DECKERT.
En bas : Squelette du Corythosaurus, monté au Muséum américain d'histoire naturelle, découvert récemment dans le Crétacé supérieur de l'Alberta (Canada) avec les impressions tégumentaires et les lignes du corps bien conservées.
sique (5) ont présenté une évolution régressive de la locomotion du type bipède au type quadrupède, avec une armure de plaques dorsales tranchantes. et d'épines défensives, dont la disposition exacte a été récemment déterminée par Gilmore. Lorsque cet animal était attaqué, il devait sûrement courber la tête et les membres
(5) Décrits par Marsh. (Note du traducteur.) \
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sous son ventre, comme le Tatou et le Porc-épic, il était protégé par son armure dorsale et tenait ses ennemis à l'écart par les mouvements latéraux rapides de ses grandes épines caudales. Les Stégosaures s'éteignirent au cours du Crétacé.
Au début du Crétacé moyen, deux autres types d’herbivores se sont détachés de la souche des Prédentés.
Les premiers de ces types sont les Cératopsia à cornes frontales offensives et défensives, dont deux ou trois évoluèrent progressivement, en même temps qu'une grande collerette osseuse protégeant le cou. Cette évolution suivit pas à pas celle du mécanisme prédateur des Dinosauriens carnivores, de telle sorte que les défenses des Ceratopsia atteignirent leur apogée (chez les Triceratops) en même temps que les armes offensives du Z'yrannosaurus. Il y a là un exemple de l’évolution opposée des adaptations offensives et défensives, analogue à l'évolution que nous observons aujourd'hui chez les Lions, les Tigres et les Léopards, qui vient contrecarrer celle du bétail cornu et des Antilopes d'Afrique, ainsi qu'a l’évolution simultanée des Loups, des Bisons à cornes et des Daims dans l'hémisphère boréal. Elle s’est produite dans des circonstances où la lutte pour l'existence a été très dure à tous les stades de l’évolution et où des dispositions avantageuses ou désavantageuses de la chromatine ont été soumises à la loi de sélection. Cetantagonisme entre les Reptiles carnivores et les Reptiles herbivores préfigure d'une façon complète l'antagonisme plus récent entre les Mammifères carnivores et les Mammifères herbivores.
L'évolution extrême des défenses a été atteinte dans une autre lignée de Prédentés, chez les Dinosauriens herbivores Ankylosaurus, qui offrent une analogie parfaite avec les Mammifères Tatous et Glyptodons, dont la tête et le corps tout entier étaient recouverts d'une épaisse armure os°euse. Non seulement l’agilité disparaît comme mode de défense, mais les dents s’amoindrissent et s'affaiblissent, ainsi qu'on l'observe chez la plupart des Reptiles et des Mammifères à armure pesante. La fonction herbivore des dents est remplacée par le développement de becs en corne. Ces Reptiles acquièrent ainsi l'existence alourdie et sédentaire d'animaux pesam-
ment armés.
ADAPTATION AÉRIENNE. PTÉROSAURIENS
I1 n’est pas douteux que les Ptérosauriens, Reptiles volants, étaient adaptés à voler au loin, en haute mer; car on en trouve des restes, mélangés à ceux des Mosasaures, dans des sédiments très éloignés de l'ancienne ligne des côtes. Il n’y a aucune espèce de relations entre les Oiseaux à plumes et ces animaux, dont les modes de vol ressemblent à ceux des Chauves-Souris parmi les Mammifères.
Ces Reptiles volants sont peut-être les plus extraordinaires des espèces d'animaux éteintes. Quelques-uns étaient à peine plus grands que des Moineaux, alors que d’autres dépassaient tous les Oiseaux actuels par l'extension de leurs ailes, quoique le volume de leur corps ait
été inférieur à celui de
MW." nombreux volatiles. Il est
70 probable que le vol était | Î : presque leur seul mode de & locomotion. La tête, dans
F1G. 96. — Reconstitution d’un Ptérodactyle. les types les plus grands D'après l'Aeronautical Journal de Londres. (Pteranodons), avait la forme d’un grand aïleron
vertical, qui servait sans doute de gouvernail, prolongé à l'arrière par une longue crête osseuse saillante, qui équilibrait le bec allongé et aplati. Le faible développement des muscles du vol est compensé dans ces anciennes formes par l'extrême légèreté du
corps et les cavités des os.