DIRECTION A DONNER AUX EXPÉRIENCES ET AUX RECHERCHES FUTURES
Nous avons cherché à esquisser dans leurs grandes lignes l'apparition et l'évolution de la vie sur la terre, à la lumière de nos connaissances actuelles, très imparfaites, qui nous offrent peu de certitudes pour nous guider et un nombre considérable de probabilités et de possibilités parmi lesquelles nous devons choisir,
La conception énergétique des origines et de l’évolution de la vie, qui est un excitant nouveau pour les recherches et qui renouvelle nos espoirs de résoudre l'énigme de l’hérédité, est encore dans l'enfance. Mais la vision qu'elle nous apporte sera certainement amplifiée par l'expérience.
La distance qui sépare le monde vivant du monde inanimé paraît un abîme, lorsqu'on songe à l'organisme supérieur qu'est l'Homme, résultat d’une évolution qui se poursuit depuis peut-être un million de siècles. Mais la différence qui sépare la terre, les eaux et l'atmosphère primordiales des organismes les plussimples, tels que l'Amibe, n’est pas un abîme ; nous n'avons aucune raison de désespérer, nous résoudrons un jour l'un au moins des problèmes qu'implique la connaissance de la vie et dont la solution sera le pont qui réunira les deux mondes : celui de savoir si l'énergie physicochimique qui constitue la vie est de même nature que celle du monde inanimé, ou si elle est une forme distincte de l'énergie, ou un élément physicochimique particulier, propre à la vie dès son apparition.
En cherchant les causes de l'adaptation déjà si complexe chez les plus simples des organismes décrits dans les chapitres III et IV, nous nous sommes trouvés bien vite aux confins de l'inconnu, confins que l'imagination humaine ne réussit pas à franchir, car les opérations de la nature ne sont pas celles que l’homme s'attend à rencontrer. La nature est pleine de surprises et de contradictions et les insuccès de philosophes en chambre, tels que Herbert Spencer, nous apprennent que l'imagination humaine est elle-même strictement réduite à des recombinaisons d'idées qui lui ont été fournies par l'expérience.
On peut dire que toutes les expériences qui ont été faites jusqu ici appartiennent au domaine des échanges d'énergie entre l'organisme et le milieu environnant, actions et réactions qui comprennent tous
les processus de croissance, d'usure et de réparation, d'usage et de désuétude, d'activité circulatoire, musculaire, digestive et nerveuse.
Mais les lamarckiens et les néo-lamarckiens ont cherché en vain jusqu'ici des preuves de la transmission héréditaire par les cellules germinatives des actions et réactions acquises par les tissus somatiques (28).
Dans le champ encore mal connu de l'interaction, les expériences sur la forme, la croissance et la coloration de l'organisme sont relativement nouvelles. Elles commencent seulement à être poussées avec plusde précision par les expérimentateurs. Il existe des analogies encourageantes, indiquées à plusieurs reprises dans ce volume, entre les effets, que les sécrétions internes et les messagers chimiques produisent dans l'organisme, et certaines données sur l'évolution du germe, surtout dans les changements de proportions des différentes parties du corps (voir plus haut, p. 243-244), qui constituent un type d'adaptation d’une grande importance chez tous les animaux. Si ces analogies entre l'interaction et l’évolution du germe héréditaire peuvent être une simple coïncidence, sans signification plus profonde, il est possible aussi qu'elles présagent une réelle analogie dans la causalité.
La conception de l’action, de la réaction et de l'interaction, développée et illustrée dans les chapitres IT et IIT (qui traitent de l’évolution biochimique et de l'évolution des Bactéries et des Algues) ainsi que dans certaines parties des chapitres consacrés à l'évolution des Vertébrés, a pourelle de serrer de plus près la conception physicochimique des opérations premières de la vie. Si elle est encore loin de nous offrir une explication de l’hérédité et des causes de l'adaptation supérieure dans les organismes les plus élevés, elle répon 1 au besoin de donner à l'imagination, aux expériences et aux observations, une direction qui conduira sans doute à des résultats modestes, mais certains, dans un domaine jusqu'ici inconnu.
Ainsi que nous l'avons dit dans la Préface et l'Introduction, les
(28) DELAGE distingue les variations individuelles faibles, qui ne conduisent jamais à la formation d'espèces nouvelles ; les variations individuelles fortes, qui n'y conduisent que très exceptionnellement ; les variations générales de toutes les cellules somatiques sur des groupes entiers pendant une période prolongée, qui se transmettent aux cellules germinatives (L'hérédité, 2e édit., p. 843-:56). Sur l'état actuel de la question : E. RABAUD, Eléments de biologie générale, p. 236-269. (Note du traducteur.)
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