‹ L'origine et l'évolution de la vie /Chapitre 121 sur 180 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

seuls procédés de la nature inanimée et même de la nature vivante, qui puissent nous donner quelque indication sur l'hérédité, sont certains procédés d'interaction.

Certaines cellules des glandes reproductrices (29) ont uneinfluence profonde et directrice sur toutes les cellules du corps, y compris les centres cellulaires cérébraux de la pensée et de l'intelligence ; il y a là comme un flux issu de la région du germe héréditaire, une interaction centrifuge. Existe-t-il un mouvement inverse, un reflux, une interaction centripète, par laquelle des messagers chimiques somatiques agissent spécifiquement sur le germe héréditaire et par suite sur le nouvel organisme en provenance de ce germe ? C’est une des premières questions que les expériences futures devrontrésoudre.

Nous sommes encore au seuil du problème des causes dans l’évolution du germe héréditaire, problème qui a excité la curiosité et qui s'est dérobé aux recherches dans tout le cours des âges. Il serait donc vain d’essayer d'en former ou d'en présenter aujourd'hui une solution solide ; mais nous ne pouvons pas éviter d'exprimer, comme notre opinion actuelle, que les causes de l’évolution du germe héréditaire sont internes et externes, plutôt qu'exclusivement internes, qu'elles sont centripètes et centrifuges et qu'il existe quelque relation spécifique entre les actions, réactions et interactions de l'organisme et du milieu et celles du germe héréditaire. Nous croyons même que cette opinion est susceptible d'être démontrée ou infirmée expérimentalement,. |

Nous terminons par une pensée de François Bacon (30), le premier philosophe naturaliste qui ait conseillé de s’en rapporter à l’expérience et qui ait montré dans son Novum Organum (1620) que les objets vivants sont matière à expérimentation et que l’homme est capable d'y provoquer expérimentalement des variations :

Les déviations ou mutations de la nature diffèrent des cas singuliers en ce qu’elles sont beaucoup plus susceptibles d'expérience et d'expérimentation. Car, s'il est difficile d'engendrer des espèces nouvelles, il l'est moins de faire varier des espèces connues et de produire ainsi de nombreux effets rares et peu communs. Des

(29) GoopoLE (H.-D.), 1916 ; LiLL1E (Frank-R.), 1917. Voir l'état de la question dans G. Box et A. DRZEWINA, La Chimie et ia Vie, Flammarion, 1920, ch. V, Déterminisme des caractères sexuels. (Note du traducteur.)

(30) BAcoN (François, 1620, Livre II, parag. 29,

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miracles de la nature aux miracles de l'art, le passage est facile, car lorsqu'on aura saisi une fois la nature dans ses variations et dégagéla cause de ces variations, il sera facile de la conduire par l'art à telle déviation où elle a d'abord été amenée par hasard ; et non seulement de la conduire à cette déviation, mais à d'autres, ses déviations dans un sens conduisant et ouvrant la vote à d'autres

variations dans toutes les directions.

Dans les citations ci-dessous d'ouvrages récents, dont l’auteur n’a eu connaissance (sauf pour l'un d'eux) qu'après l'impression du présent volume, le lecteur trouvera des amplifications par Gies (Note I) et par Loeb (Notes III et IV) de certains passages, ainsi que des vues originales, exprimées antérieurement et indépendamment par Mathews (Notes V'et VI), analogues à celles que l'auteur a développées dans ses considérations sur l'interaction.

NOTEI

DIVERS MODES D EMMAGASINEMENT ET DE TRANSFORMATION DE L'ÉNERGIE DANS LES ORGANISMES VIVANTS (1).

Les éléments chimiques sont utilisés par les plantes sous forme de composés tels que l'eau, l’anhydride carbonique, les nitrates, les phosphates, etc... Lorsque ces composés, en provenance du sol ou de l'atmosphère, sont fixés dans les plantes, ils y sont désagrégés et leurs éléments se combinent en groupements nouveaux, avec accumulation d'énergie; l'énergie rayonnante du soleil se transforme ainsi en énergie potentielle dans les substances végétales. Ces substances sont assimilées par les animaux herbivores, qui les hydratent et les oxydent; elles « éclatent », en quelque sorte, pour constituer de nouveaux groupements, avec transformation d'énergie potentielle en énergie cirétique. Les animaux carnivores et omnivores les assimilent soit directement, soit sous forme de substances animales et herbacées et les désagrègent comme le font lesanimaux herbivores, avec formation d'énergie cinétique.

(1) G1Es (W.-J.), Lettre du 16 mai 1917.

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