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XXIV PRÉFACE

ditaire, de grands progrès (2) ont été accomplis depuis l'époque de Lavoisier. Nous savons observer aujourd'hui un grand nombre de modes d’accumulation de l'énergie et quelques-unes des méthodes compliquées qu'emploie la matière vivante pour la capter, la conserver et la transformer. Nous verrons que les organismes les plus évolués, tels que les grands Reptiles, les Mammifères et l'Homme présentent pour l'anatomiste et le physiologiste une complexité inconcevable d'énergie et de forme. Cette complexité se dissiperait peu à peu si l’on parcourait ce volume en le feuilletant à la façon chinoise, des dernières pages aux premières, en suivant l’évolution à rebours, du Mammifère (3) jusqu’à la Monade, où nous atteignons un stade de simplicité relative. L'organisme, conçu comme siège de l'énergie et de la matière, comme un complexe d'actions enchevêtrées, devient ainsi, dans une certaine mesure, concevable, Le germe héréditaire, au contraire, échappe encore à l'analyse dans ses trois modalités : l'organisme qui en est issu, les cellules germinatives qui en dérivent et sa propre évolution au cours du temps.

Tel est l'objet essentiel de ce travail. Les pages qui suivent passent en revue quelques-unes des phases historiques de la biologie, en commençant par les questions les plus connues et abordant ensuite des questions un peu plus difficiles et plus nouvelles.

Il est inutile de consacrer du temps et de la place à fournir de nouveaux arguments en faveur de l’évolution. Il est inutile aussi de lier l’idée d'évolution à l’œuvre d'un savant unique, fût-ce Darwin lui-même, qui en a été le plus $grand promoteur (4). Darwinisme et évolution sont sans doute synonymes à bien des égards, mais il convient de distinguer clairement l’évolution, qui est une loi générale énoncée pour la première fois, à titre d'hypothèse, par Lamarck, et

(2) Parmi les ouvrages(américains)les plus importants dans cette direction est celui de Jacques Lorz : Dynamics of Living matter, qui est une synthèse des recherches physicochimiques sur les actions et les réactions des organismes vivants, poursuivies par l'auteur depuis de nombreuses années, Voir aussi l'ouvrage plus récent de Lorg : The Orgsanism as a Whole, publié postérieurement au présent ouvrage.

(3) La question de l’origine et de l'évolution de l'Homme n'est pas traitée dans ce volume ; elle est réservée pour la dernière série des Conférences de Hale.

(4) Voir From the Greeks to Darwin (Londres, Macmillan, 1894), par l’auteur de ce volume, où l’histoire de l'idéz d'évolution a été exposée depuis son origine jusqu’à l'époque de Darwin.

Le même sujet avait été traité en France par Ed. Perrier, La philosophie zoologique avant Darwin, Alcan, 1884. [1 a été approfondi par Y. Delage dans son grand ouvrage L'hérédité et les $rands problèmes de la biologie générale, Schleicher, 1895. (Note du traducteur.) |

PRÉFACE xXV

la conception darwinienne de la sélection naturelle, qui n’est qu'une des façons d'interpréter l'application de cette loi.

La démonstration que l’évolution est une loi universelle de la nature est le triomphe intellectuel du XIX® siècle. Cette loi a conquis un rang, qui, dans la science de la nature, est celui de la loi de gravitation de Newton et qui en un sens est même prééminent : car l'évolution gouverne tout l'univers, tandis que la gravitation n’est qu’un cas particulier.

Si la Loi d'évolution règne sans conteste, les causes de l’évolution ont soulevé une large diversité d'opinions; elles sont aussi indéterminées qu'est certaine la loi d'évolution. Les uns prétendent que les principales causes sont connues, d’autres qu’on les connaît très mal ou qu'elles sont complètement inconnues. Dans cette cour ouverte des conjectures, des hypothèses et des controverses plus ou moins ardentes, les grands noms de Lamarck, de Darwin et de Weismann dominent, comme ceux de chefs d'école ; d’autres hommes de science, tels que moi-même (5), ne se réclament d'aucune école, ne défendant pas plus le lamarckisme que le darwinisme ou le weismannisme, ou la forme la plus récente du weismannisme :la mutation de de Vries.

Depuis la plus ancienne époque de la pensée grecque, l’homme s'est montré impatient de découvrir quelques-unes des causes naturelles de l’évolution et de l'adaptation et d'abandonner l'idée d’une intervention divine dans la nature. Entre l'apparition de l'Origine des espèces, en 1859, et l’époque actuelle, on a vu de grandes vagues de croyance s'élever, tantôt en faveur d’une explication, tantôt en faveur d'une autre. Elles ont amené des déceptions, et un état très général de scepticisme s'est accrédité. Ainsi la longue période d'observations, d'expériences et de raisonnements, qui a été inaugurée par le philosophe naturaliste français Buffon, il y a cent cinquante ans, aboutit aujourd'hui au sentiment prédominant que la recherche des causes de l’évolution et de l'adaptation, loin d’être achevée, ne fait que commencer.

Notre opinion à cet égard est essentiellement la suivante : nous savons dans une certaine mesure comment les plantes, les animaux et les hommes évoluent, mais nous ne savons pas pourquoi. Nous savons, par exemple, qu'il a existé une chaîne plus ou moins con-

(5) OsBoRN (H.-F.), The Hereditary Mechanism and the Search for unknown factors of Evolution, dans The Amer. Naturalist, mai 1895, p. 418-439.

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