XXVI PRÉFACE
tinue d'organismes depuis la Monade jusqu'à l'Homme, que le Cheval monodactyle avait un ancêtre tétradactyle, que l'Homme descend d'une forme inconnue, apparentée au Singe, apparue quelque part à l'époque tertiaire. Nous ne connaissons pas seulement les grandes lignes des descendances, maïs de nombreux détails sur leurs transformations successives ; nous ignorons toutefois les causes internes ; aucune des explications qui ont été tour à tour offertes depuis un siècle ne satisfait aux exigences de l'observation, de l’expérimentation et de la raison. Il est préférable de reconnaître franchement que les causes essentielles de l’évolution du germe héréditaire sont encore inconnues et que les recherches doivent à cet égard être reprises à nouveau.
Sur les causes de l'adaptation continue des organismes vivants, nous avons une interprétation raisonnable ; mais l'adaptation du corps n'est que la plus petite partie du problème. Les prédispositions du germe héréditaire sont tout à fait obscures; la merveilleuse convenance des formes et des fonctions reste encore pour la plus grande part inexpliquée et nous ne possédons aucun équivalent scientifique de ce développement interne que Bergson (6) appelle « évolution créatrice » et dont Driesch (7) a renoncé à trouver une explication naturelle en recourant à une entéléchie, à quelque pouvoir de perfectionnement intérieur.
Cet aveu d’insucces fait partie de l’honnéteté scientifique. Notre ignorance n'est d’ailleurs pas nouvelle. Kant, en 1790, dans sa Méthodologie du jugement téléologique, divise la nature en nature « inorganique », où les causes naturelles prévalent, et nature « organique », où un principe actif téléologique (c'est-à-dire intentionnel) d'adaptation prédomine. Il concevait un abîme entre la matière primordiale et la vie, qu'il douait d’un principe surnaturel, agissant en vue de certaines fins. Il exprimait ainsi sa pensée :
« Il faut toujours en définitive attribuer à cette mère universelle une organisation qui ait pour but toutes ses créatures; sinon, il serait impossible de concevoir la possibilité des productions du règne animal et du règne végétal (8).
« Il est absolument certain que nous ne pouvons apprendre à
(6) BERGSON (Henri), 1907, L'évolution créatrice.
(7) DrIESCH (Hans), 1908, The science and Are of the orgsanism. (8) Critique du jugement, S 79.