‹ L'origine et l'évolution de la vie /Chapitre 22 sur 180 · XXXII PRÉFACE · texte numérisé non relu

XXXII PRÉFACE

nous pouvons dire que le problème de beaucoup le plus difficile est celui des relations entre l’évolution du germe et les trois autres évolutions. Alors que la connaissance de l'énergie physique a été sans cesse approfondie et a révélé l'existence d’une infinité de particules douées d'énergie, les atomes, dont les noyaux sont euxmêmes les centres de tout un monde de particules plus petites encore, notre connaissance, dans la recherche des causes de l'apparition et de l’évolution de la vie, n'a fait qu'aboutir à un nouveau point de départ : la recherche physicochimique. Nous conduirat-elle à de nouvelles découvertes ? C'est ce que nous révéleront des observations et des expériences à poursuivre pendant de longues

années.

Le lecteur peut suivre ainsi pas à pas ma propre expérience et le développement de ma pensée dans la préparation de ce travail. Si je l'ai commencé par le problème de l'énergie et terminé par celui de l’évolution morphologique, c'est que les leçons dont il est sorti ont été préparées et exposées dans des séries de Conférences sur l'évolution cosmique, qui ont été inaugurées par une série de Sir Ernest Rutherford (17) sur « La constitution de la matière et l’évolution des éléments » et poursuivie par celles du D' William Wallace Campbell (18) sur « L'évolution des astres et la formation de la terre » et du professeur Thomas Chrowder Chamberlin (19) sur «L'évolution de la terre ».

Mon ami, George Ellery Hale, qui a organisé ces Conférences, m'avait chargé de traiter un sujet partiellement connu, mais cü la part de l'inconnu est bien plus considérable : celui des relations entre les formes d'énergie et de matière existant dans le soleil et les astres avec celles que nous observons dans l'organisme de nos ancêtres mammifères ; car il n’est pas douteux que l’homme a hérité du soleil quelques-uns, sinon la totalité, de ces caractères physico-

(17) RUTHERFORD (Sir Ernest), The Constitution of matter and the evolution of the elements, première série de conférences de la fondation William Ellery Hale, faites en avril 1914; Popul. Sci. Monthly, août 1915, p. 105-142.

(18) CAmPBELL (William Wallace), The evolution of the stars and the formation of the earth, deuxième série de conférences de la fondation William Ellery Hale, faites les 7 et 8 décembre 1914; Popul. Sci. Monthly, sept. 1915, p. 209-235 ; Sex. Monthly, oct. 1915, p. 1-17 ; novembre 1915, p. 177-194; décembre 1915, p. 238-255.

(19) CHAMBERLIN (Thomas Chrowder), The evolution of the earth, troisième série de conférences de la fondation William Ellery Hale, faites les 19 21 avril 1915: Popul. Sc. Monthly, mai 1916, p. 417-437; juin 1916, p. 536-556,

PRÉFACE XXXIIT

chimiques ; à ce degré nous pouvons nous prévaloir d'une parenté avec les étoiles. Plusieurs de nos fonctions et de nos caractères distinctifs sont effectivement des propriétés de nos ancêtres stellaires. Physiquement et chimiquement, nous sommes les descendants du grand astre qui nous éclaire, qui nous fournit indubitablement tous les éléments chimiques et toutes les propriétés physiques qui relient ces éléments entre eux.

Un jour, une constellation de génies, un physicien, un chimiste et un biologiste s’associeront dans un laboratoire et résoudront le problème de la vie. Mais ces temps ne sont pas encore venus. Je me suis efforcé depuis deux ans (20), dans l'intérêt de mon propre travail, de me rapprocher par correspondance, par des conférences et des discussions, d'un certain nombre de spécialistes ; les mérites qu'on pourra reconnaître à cet ouvrage sont dus en partie à la générosité avec laquelle ils ont répondu à mon appel. J'ai indiqué dans les notes les concours que je leur dois.

Dans le domaine de la physique, je suis particulièrement obligé à mon collègue le professeur Michael I. Pupin, de l’Université de Colombia, qui m'a fait connaître ses vues personnelles sur les relations des lois dynamiques de Newton avec les lois modernes de la thermodynamique et m'a rendu claires les notions physiques d’action, de réaction et d'interaction. Sans son aide, je n'aurais pu mettre en œuvre ce qui me paraît être la nouvelle conception biologique exposée dans cet ouvrage : l'application à la biologie de la notion physique d'interaction (21), qui ne m'était apparue que dans le domaine de la vie.

Pour la physicochimie de l'organisme vivant, j'ai spécialement mis à contribution l'ouvrage de Loeb, La Dynamique de la matière vivante, et aussi le livre très suggestif de Henderson, Z’Adaptabilité du milieu, qui m'a suggéré l’idée que l’adaptabilité est antérieure à l'apparition de la vie. Le professeur Hans Zinsser, de l'Université de Colombia, m'a aidé dans l'étude de la théorie d'Ehrlich et des théories les plus récentes sur les anticorps, et le professeur Ulric Dahlgren, de l’Université de Princeton, m'a fourni des données pré-

(20) J'ai commencé à prendre des notes sur la question en avril 19i5, sur l'invitation que m'a adressée le Docteur George Ellery Hale d'entreprendre la préparation de

ces conférences, (21} L'auteur fait allusion à la notion de catalyse, phénomène plutôt chimique que

proprement physique. (Note du traducteur.)

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