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LE MILIEU COSMIQUE PRIMITIF. LA TERRE AVANT L'APPARITION DE LA VIE

Examinons d’abord le milieu cosmique, le monde inorganique, tel qu’il pouvait se présenter avant l'apparition de la vie. Depuis le fameux Discours sur les révolutions de la surface du globe publié par Cuvier (7) en 1825, l’histoire ancienne de la terre, de ses eaux, de son atmosphère, et celle du soleil — les quatre $rands complexes du milieu inorganique — ont été écrites avec une précision suffisamment approchée. L’astronomie, la physique, la chimie, la géologie et la paléontologie ont développé leurs séries d’observations avec quelques concordances, maïs non sans de nombreuses divergences. Les idées fondées sur les données biologiques ne s'accordent pas toujours en effet avec celles qui sont fondées sur les données physiques et chimiques, surtout dans le problème de l’âge de la terre et de la stabilité de la surface terrestre.

L'étude de la formation de la surface terrestre est le prélude de celle du milieu inorganique dans son premier stade. D'après l'hypothèse planétaire de Chamberlin (8), la terre n'aurait pas été primitivement un globe en ignition, comme le postule l’ancienne hypo- ‘thèse laplacienne de la nébuleuse originelle (9), mais un noyau de

(4) HUTroN (James), 1795.

(5) LYELL (Charles), 1830.

(6) L'actualisme remonte à Buffon. Après la période catastrophique de Cuvier, de d'Orbigny, etc., il a été restauré par Constant Prévost et LG et a rallié la plupart des savants. (Note du traducteur.)

(7) CUVIER (Georges), 1825.

(8) CHAMBERLIN (Thomas Chrowder , 1916.

(9) Cette hypothèse reste à la base de toutes les grandes théories modernes, Sur ces théories : voir H. PoiNcARÉ, Leçons sur les hypothèses cosmogoniques, 2e édit., 1913; J. PERRIN, Atomes et lumière, dans Revue du mots, février 1920, p. 164166. (Note du traducteur.)

ET

matières solides, qui se serait accru par la chute ou l'agrégation de matières planétaires passant dans la sphère d'attraction de ce noyau. La température de ces matières agrégées à la terre primitive peut n'avoir pas été très élevée ; leur mode d’'agrégation progressive expliquerait l'extrême hétérogénéité et la multiplicité des poids moléculaires des corps qui ont formé les continents et les bassins océaniques. La forme actuelle de la surface terrestre est le résultat de l’action combinée de la lithosphère (les roches), de l’hydrosphère (les eaux) et de l'atmosphère (l'air). Des liquéfactions de roches se sont produites localement et occasionnellement sous l'effet de la chaleur, engendrée par des pressions croissantes, et par la radioactivité ; mais l’hypothèse planétaire présume que l’état de solide déformable, que présente actuellement la terre, a prévalu — tout au moins à la périphérie — pendant toute l'histoire de son développement, depuis le petit noyau primitif jusqu’à la masse actuelle ; elle explique la permanence des continents et des bassins océaniques. Ces conditions sont fondamentales pour l’évolution. D'après Chamberlin (10), la vie a pu exister sur la terre lorsque celle-ci avait atteint les dimensions actuelles de Mars (11).

D'après les savants (12) qui adoptent l'hypothèse traditionnelle du globe incandescent primitif, la terre a présenté d'abord une surface presque uniforme, déterminée par la densité de ses matériaux. Au cours du refroidissement de cette surface, une température a été atteinte, à laquelle les eaux de l'atmosphère ont été précipitées sur les roches superficielles et ont engendré un état liquide à haute température. Un refroidissement plus prononcé a été suivi d’une série de consolidations, qui ont produit les granites et les roches granitiques. Les portions qui étaient plus conductrices de la chaleur, et qui se sont refroidies plus rapidement, formèrent des bassins marins peu profonds, tandis que les portions mauvaises conductrices, refroidies plus lentement, émergèrent et formèrent des continents de faible altitude. La chaleur interne du globe en voie de refroidissement continue à faire son œuvre. Le cycle des transformations de la surface terrestre se complète par l'érosion des roches,

(10) Cité par P.RSSON (Louis-V.) et SCHUCHERT (Charles), 1915, p. 535.

(11) Le volume de Mars est six fois et un quart plus netit que celui de la Terre ; sa surface est le quart de celle de la Terre. (Note du traducteur.)

(12) Parmi lesquels BECKER (George-F.), Icttre du 15 octobre 1915.

par l'accumulation des sédiments et, en conséquence, par l'affaissement des portions surchargées par ces sédiments. Il semble que le système calorifique interne soit beaucoup plus actif dans les régions continentales à refroidissement lent que dans les régions sous-océaniques à refroidissement rapide, comme le montre l'écoulement continu des roches ignées, qui, surtout à l’époque la plus ancienne de la terre — avant ou pendant l'apparition de la vie, — couvraient la plus grande partie de la surface terrestre ; le lit des océans, qui a été moins soumis à l’action calorifique interne, a toujours été relativement plan ; sauf près des côtes, il n'a subi aucune érosion.

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