‹ L'origine et l'évolution de la vie /Chapitre 53 sur 180 · OLIVE (E.-W · texte numérisé non relu

OLIVE (E.-W

(26) MINCHIN (E.-A.), 1906, p. 32.

(27) La protistologie est l'étude des prolisies, êtres vivants unicellulaires, de dimensions microscopiques, appartenant soit au règne animal, soit au règne végétal, Sur la chromatine, voir plus haut, p. XXI, note 16. (Note du traducteur.)

telle qu’elle a été déterminée par les recherches de Hertwis, Strasburger, Kôlliker et Weismann, qui, indépendamment et presque simultanément (1884-1885), ont été amenés à conclure que le noyau de la cellule est le fondement de l’hérédité et que la chromatine est son élément constitutif essentiel (28). Dans le passage des organismes unicellulaires (Protozoaires) aux organismes pluricellulaires (Métazoaires), la chromatine se distribue dans les noyaux de toutes les cellules somatiques ; mais, d’après Boveri, toutes les cellules somatiques perdent une partie de leur chromatine, les cellules germinatives conservant seules tout l'héritage ancestral.

Le caractère chimique distinctif de la chromatine (fig. 11) par rapport au protoplasme est de renfermer du phosphore (29).

La chromatine se distingue par un fort pou-

F1G. 11. — Les deux composes constitutifs du monde vivant.

Le protoplasme ou cytoplasme représente la forme visible essentielle ou substance de la cellule dans son état de croissance. La chromatine est le centre visible essentiel de l’hérédité ; il existe certainement d'autres centres visibles et invisibles impliqués dans l'hérédité.

Protoplasme : Surfaces grisätres pointillées ;

ments, croissants, doubles fuseaux, dans des cellules isolées (A-C) et dans des agglomérations de cellules (D, E).

A, Achromatium, organisme d'aspect bactérien, avec un réseau de filaments et de sranules de chromatine.

B, C. Ovules unicellulaires d’un ovaire d'Oursin (état de repos) ; la chromatine est concentrée dans une petite sphère noire à l’intérieur du petit noyau (cercle intérieur).

D, Agglomération de cellules de l'extrémité de la racine d'un Oignon. La chromatine (état de mitose) est en noir. lignes ondulées et filaments.

E, Agglomération de cellules dans l'embryon de l'arbre rouge géant (Sequoia) de Californie. La chromatine (état de mitose) est en noir, bätonnets ondulés, filaments, croissants, et Jfuseaux. Les limites de la cellule figurées par de fines lignes noires et le protoplasme en pointillé sont bien visibles. D'après LAWSON.

(28) Wizson (E.-B.), 1906, p. 403.

(29) MiNcHIN (E.-A.), 1916, p. 18, 19.

Chromatine : Surfaces noires, bäâtonnets ondulés, fila-

ne Lt ns

voir fixateur de certains colorants, qui font ressortir en teinte sombre intense ses particules éparses ou agglomérées (fig. 11, A-E).

La nucléine, qui est probablement identique à la chromatine, est une substance albuminoïde complexe, riche en phosphore. La constitution chimique de la chromatine dépasse infiniment en complexité celle de toute forme de matière connue. Comme nous l'avons indiqué plus haut (p. 5), il n'est pas improbable qu'elle contienne des éléments chimiques encore inconnus. D'après les expériences d'Oskar, Gunther et Paula Hertwig (1911-1914), le siège des lésions, qui se produisent dans des cellules exposées à un rayonnement de radium, est essentiellement, sinon exclusivement, dans la chromatine (30).

Ces expériences montrent les propriétés spéciales et distinctes de la constitution chimique de la chromatine.

Le principe, formulé par Cuvier, que le caractère propre de la vie est la conservation de la forme spécifique individuelle, à travers les changements incessants de la matière, acquiert une portée plus large dans la loi de la continuité du plasma germinatif (chromatine), énoncée par Weismann en 1883; car c'est dans la chromatine héréditaire (31) que la forme potentielle est non seulement conservée mais transmise par division cellulaire aux cellules germinatives de toutes les générations présentes et futures.

Dans notre interprétation, la continuité de la vie, depuis son apparition aux temps archéozoïques, serait la continuité des propriétés physicochimiques de la chromatine ; le développement de la vie individuelle serait le développement des propriétés corporelles sous l'action directrice de la chromatine; le développement de la vie serait essentiellement l’évolution de la chromatine.

C’est dans la complexité physicochimique presque inconcevable des masses microscopiques de chromatine (32) que la vie offre le contraste le plus frappant avec les phénomènes observés dans le monde inorganique.

(30) RICHARDS (A.), 1915, p. 291.

(31) « Chromatine » et « chromatine héréditaire » sont des termes équivalents à ceux de « plasma germinatif » de Weismann et de « stirpe >» de Galton, La chromatine est le centre visible du complexe énergétique de l’hérédité, dont la plus grande partie est invisible; quoique se trouvant dans la limite de vision microscopique, elle doit être conçue comme une manifestation grossière du complexe énergétique de l’hérédité, qui est lui-même tout un monde,

(32) Cette conception a été combattue par Y. DELAGE, L'Æérédité et les srands problèmes de la biologie générale, Schleicher, 2° édit., 1903, p. 802 et suiv. Elle

Chaque organisme possède sa constante spécifique de masse de chromatine, mais la grandeur de cette constante a peu de rapports avec la taille de l'individu.

Le fait est bien illustré par la comparaison entre le contenu en chromatine du noyau cellulaire du Trillium, une plante qui mesure environ 40 centimètres de hauteur, et celui du Sequoia sempervirens, l'arbre rouge géant de Californie, qui atteint 60 à 100 mètres (33) et dont l’âge est de plusieurs milliers d'années : la masse de chromatine de la cellule du Sequoia est sensiblement moindre que celle du Zrillium.

Le contenu en chromatine de l’un de ces noyaux est mesuré parla masse des chromosomes qui la composent.

Chez l'Oursin, la dimension du noyau de la cellule germinative, où la chromatine est plus compacte que dans toute autre cellule, a été évaluée à environ un cent-millioniène de millimètre cube, soit 10 microns cubes (34). Dans cette petite masse de chromatine, il y a place pour un nombre incalculable d’atomes et d'électrons. Rutherford (35), dans sa première Conférence de Hale, évaluait le diamètre de la sphère d'action de l'atome à environ un cent-millionième de centimètre ou un dix-millionième de millimètre, soit un dix-millième de micron. La masse des électrons libérés des atomes est le dix-huit centième de la masse de l'atome d'hydrogène, le plus petit des atomes que l’on connaisse ; son volume serait ainsi

au plus de l’ordre de 1800 est liée à la théorie préformationniste, qui n’est qu’une hypothèse. Quant à la nature chimique de la chromatine, terme d'histologie, voir plus haut, p. XXI, note 6. L'état de la question des relations entre le protoplasme et le noyau est résumé par E. Rabaud, dans Eléments de biologie générale, p. 41-46. (Note du traducteur.)

(33) JEPsoN (Willis Linn), 1911, p. 23.

(34) WizsoN (E.-B.), lettre du 28 juin 1916.

(35) Il est nécessaire, observe Rutherford, d'être circonspect lorsqu'on parle du diamètre d'un atome, car la masse de l’atome n’'occupe pas, à beaucoup près, tout le volume dans lequel les forces atomiques restent appréciables. L'’atome d'hydrogène, qui est le plus léger qui soit connu, a un diamètre d'environ un cent-millionième de centimètre ; mais la masse des électrons (particules chargées négativement) est la dix-huit centième partie de celle de l’atome d'hydrogène... Ces électrons se déplacent avec l'énorme vitesse de 16 à 160 kilomètres par seconde... Les particules alpha détachent des molécules neutres un £$rand nombre de particules chargées négativement qu'on appelle des ions. L'ionisation due à ces particules alpha est mesurable... Dans la phosphorescence de l’émanation pure du radium, les atomes projettent des particules alpha à la vitesse de 16 kilomètres par seconde, à raison de 5 billions de particules par seconde. RUTHERFORD (Sir Ernest), 1915, p. 113, 128.

(36) Sur ces dimensions de l'atome, les travaux sont très nombreux; voir surtout J. PERRIN, Les atomes, Alcan, 1913, et Les preuves de la réalité moléculaire, dans

Ces chiffres nous aident à concevoir la chromatine comme un microcosme, constitué par un nombre presque illimité de particules en interactions mutuelles.

Mais, si nous savons que la chromatine héréditaire est le fondement de l'hérédité et comme le génie qui préside au développement de tout l'organisme, il nous est impossible de concevoir d'aucune façon comment la parcelle de chromatine de la cellule germinative commande les destinées du Sequoia gigantea et gouverne toutes les lois de son être à travers sa longue vie de 5 000 années. Le tronc de cet arbre géant, qui est l'être le plus enorme et le plus vieux que l’on connaisse, présente encore les signes d’une régénération active de son écorce et de ses couches ligneuses, qui répare les cicatrices produites par un incendie datant de plusieurs siècles. Cette régénération est attribuable à l'action directrice de la chromatine héréditaire sur chacune des cellules vivantes dont ses tissus sont composés (37).

Nous ne sommes pas certains, dans l’état actuel de nos connaissances, que les cellules germinatives répondent aux actions, réactions et interactions des cellules somatiques et à celles du milieu vivant et physique environnant et qu'elles puissent acquérir ainsi de nouveaux caractères d'adaptation (38), en d'autres termes qu'il existe une interaction spécifique entre les cellules germinatives et les cellules somatiques, par l'intermédiaire d'un système infiniment complexe de véhicules chimiques ou d’autres agents catalytiques (voir plus haut, p. 68).

Nous devons cependant, dans notre revue de l'évolution de la vie sur la terre, avoir constamment présent à l'esprit le principe biologique fondamental (39), d’après lequel les causes de l’évolution résident dans quatre complexes d'énergie :

Les Idées modernes sur la constitution de la matière, Gauthier-Villars, 1913; et plns haut, p. IX, note 2, (Note du traducteur.)

(37) C'est là une hypothèse, qui n’est pas prouvée. Il semble au contraire, d'après des travaux récents, que la cicatrisation, étant activée par les actions extérieures, n’est pas un phénomène d'hérédité, mais un phénomène d’épigenèse, Voir P. LEGOMTE pu Noûüy, Application des méthodes de mesure et de calcul à un phénomène biologique : la cicatrisation, Gauthier-Villars, 1917, et les travaux de A. CARREL et et P. LECOMTE DU Noûüy dans The Journal of experimental medicine, nov. 1916avril 1919, (Note du traducteur.)

(38) Wizson (E. B.), 1906, p. 434.

(39) Ossorn (H. F.), 1912, 2.

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