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LES BACTÉRIES DANS LA RÉGULATION DE LA VIE

Les Bactéries annoncent ainsi le monde végétal des Algues, des Diatomées, ainsi que le monde animal des Protozoaires et des Mollusques, en jouant un rôle important dans la formation de la nouvelle croûte terrestre. C’est le cas pour les dépôts calcaires primitifs (carbonate de calcium) formés par l’action des Bactéries sur divers

sels de calcium en solution dans l’eau de mer; on en trouve un

exemple actuel (17) dans les grands bancs du Bahama, où la boue calcaire est accumulée de nos jours par l'action du Bacteria

(15) Ilest admis que les Bactéries du fer jouent un rôle important dans de nombreux petits dépôts de minerai de fer des marais. Il est possible que des dépôts sédimentaires plus étendus leur soient attribuables. En outre, le fait que des Bactéries du fer ont été trouvées dans des mines souterraines permet de supposer que certains dépôts souterrains de minerai de fer leur sont également dus. HARDER (E.-C.), 1915, p. 311.

(16) Jusqu'à présent cette opinion ne s'appuie sur aucun fait. (Note du traducteur.)

(17) DREW (George-H,), 1914, p. 44

calcis. Ces Bactéries devaient sans doute pulluler dans les mers continentales peu profondes des temps primitifs, comme elles le font aujèurd'hui en bordure des côtes, où elles exercent leur double propriété de sécréter et de précipiter le calcaire et, en même temps, de transformer les composés azotés. La quantité de calcaire déposée est plus considérable dans les eaux des océans et la variété des formes vivantes y est plus grande; mais le nombre des formes vivantes, qui dépendent des Algues pour leur nutrition, est moindre, parce que les Bactéries dénitrifiantes, qui prospèrent dans les eaux chaudes tropicales, privent les Algues des nitrates si nécessaires à leur développement. Là où la croissance des Algues est plus rare, la faune marine unicellulaire et pluricellulaire (plankton) (18) est nécessairement moins abondante. Nous avons là un excellent exemple de la grande loi de la régulation du milieu par l'équilibre des ressources en énergie, qui est un des aspects de l'interaction entre les organismes et le milieu environnant. Les Bactéries dénitrifiantes empruntent à l’eau l'énergie nécessaire aux formes végétales les plus primitives, qui ne sont pas utilisables pour les formes animales inférieures. C’est ainsi que dans les eaux marines plus froides, où les Bactéries dénitrifiantes n'existent pas, le nombre des formes vivantes est beaucoup plus considérable, mais leur variété est beaucoup moindre (19).

Les Bactéries lumineuses annoncent aussi les végétaux et les animaux photogènes (20), chez qui la production de lumière paraît liée à l'oxydation d'une substance phosphorescente en présence de

l’eau et de l’oxygène libre (21).

EVOLUTION DU PROTOPLASME ET DE LA CHROMATINE, LES DEUX ÉLÉMENTS CONSTITUTIFS DU MONDE VIVANT

Existe-il à l'époque actuelle des Bactéries qui aient atteint le stade

(18) On distingue : le benthon, masse des êtres dont l'habitat est lié au fond de la mer ; le nekton, réunion des animaux qui nagent librement dans la mer, indépendamment des mouvements ordinaires de l'eau ; le plankton, masse des êtres qui flottent à la surface ou dans l'épaisseur des eaux, jouets des vagues et des courants, (Note du traducteur.)

(19) PrRsSsON (Louis-V.), et SCHUCHERT (Charles), 1915, p. 104,

(20) HARVEY (E.-Newton), 1915, p. 230, 238. |

(21) Sur les phénomènes photogènes de la vie, voir : R. DuBois, La lumière et la vie ; L. JOUBIN, La vie dans les océans, Flammarion, 1912. (Note du traducteur.)

COSBORN.

d'une cellule complète avec son support de protoplasme, sa forme nucléaire distincte du protoplasme et la substance interne de son noyau : la chromatine ? La question reste douteuse. (22). Certains bactériologistes, tels que Fischer, pensent que les Bactéries n'ont ni noyau ni chromatine ; d'autres admettent l'existence de la chromatine, mais nient celle d’un véritable noyau; d’autres soutiennent

F1G. 10. — Protoplasme et chromatine de l’Amibe,.

Six spécimens d'Amœæba limax, agrandis 1 000 fois en diamètre. p — protoplasme,

chr — substance chromatique du noyau,

v — vacuoles.

1 à 5. — Deux Amibes avec noyau a chromatine (chromatine à l’état de repos).

2. — Une Amibe avec noyau à chromatine se divisant en deux noyaux à chromaline.

3. — Amibe du même groupe avec deux noyaux à chromatine complètement séparés.

4. — Noyau dont le protoplasme et la chromatine se sont séparés pour former

deux jeunes Amtbes.

D'après une photographie de GARY N. CAILKINS.

que l'organisme bactérien tout entier a un contenu de chromatine, ou même un noyau nettement différencié contenant de la chromatine ; la plupart cependant s'accordent sur la présence dans la Bactérie de granules, contenant une substance de la nature de la chromatine, et laissent ouverte la question de la présence ou de l'absence d'un noyau de structure distincte. Cette opinion traditionnelle

(22) KLIGLER (I.-J.).

s'appuie sur la présence dans toutes les Bactéries ordinaires de la nucléine, protéine nucléaire spécifique. L'existence de noyaux de chromatine chez les Cyanaphyceæ a été affirmée par Kohl (23) en 1902, par Phillips (24) et par Olive (25) en 1904.

Une autre question controversée en biologie est celle de l'ancienneté relative du protoplasme et de la chromatine. Les histologistes (Boveri, Wilson, Minchin) sont d'accord pour repousser toutethéorie aui admettrait l'existence de formes vivantes exclusivement formées de protoplasme à l'exclusion de chromatine (26). D'après Minchin, tous les résultats des investigations modernes en cytologie et en protistologie (27) paraissent démontrer que les éléments formés de chromatine sont constitutifs des individus vivants primordiaux et que le protoplasme représente un produit secondaire. Quant à l’ancienneté relative du protoplasme et de la chromatine, Boveri suggère que les véritables cellules sont nées de la symbiose du protoplasme avec la chromatine et que les éléments doués de chromatine étaient primitivement indépendants. La conception la plus probable est celle de Wilson, d’après laquelle la chromatine et le protoplasme ont coexisté dès leur stade le plus primitif dans les cellules, dans les Bactéries visibles et même probablement dans

les Bactéries ultramicroscopiques.

CHROMATINE ET CHROMOSOMES PRINCIPES DE L'HÉRÉDITÉ

Les recherches sur la théorie de la cellule, depuis Schleiden et Schwann, en 1838, ont porté d'abord sur la différenciation du protoplasme dans les tissus (histologie). Elles ont pris depuis 1880 une nouvelle direction en s'appliquant à la séparation chimique et fonctionnelle de la chromatine. De même que le protoplasme est l’expression de l’'hérédité, la chromatine, dont Nægeli (1884}a étéle premier à reconnaitre le caractère physicochimique, en est le siège. L'idioplasma de la théorie de Nægeli répond à la structure de la chromatine

(23) KouL (F.-G.), 1903.

(24) Paizzirs (O.-P.), 1904.

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