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ÉVOLUTION VISIBLE ET INVISIBLE CHEZ LES VERTÉBRÉS

Erreurs et vérités des théories lamarckienne et darwinienne. Caractère adaptatif des actions, réactions et interactions externes et internes, p.130. — L'évolution des caractères est plus importante que celle des espèces. Caractères visibles et déterminants invisibles, p.133. — Lois de l’évolution morphologique dans l’adaptation à la locomotion, à l’attaque, à la défense et à la reproduction, p. 138. — Loi de convergence ou de parallélisme des formes dans les adaptations locomotrices, offensives et défensives, p. 140. — Ramifications ou divergences morphologiques. Loi du rayonnement adaptatif, p. 145.

Simon Newcomb (2) considérait la translation rapide du système solaire vers la constellation de la Lyre comme la plus grande idée qui soit entrée dans l'esprit de l’homme. « Si l’on me demande, écrivait-il, quel est le plus grand fait que l'intelligence humaine ait dégagé, je dirai que c’est celui-ci : depuis l’origine de l’homme, bien plus, depuis l’époquela pluslointaine que nous puissions découvrir, depuis l'enfance des temps, notre système solaire — soleil, planètes et satellites — vole à travers l’espace vers la constellation de la Lyre...

(1) Voir sur ce chapitre : À. GAUDRY, Animaux fossiles et $séologie de l’Attique, 2 vol., Savy, 1862-1869, Les enchainements du monde animal, 3 vol, Masson, 1878, 1883, 1891, Les ancétres de nos animaux dans les lemps géologiques, Baillière, 1888, Essai de paléontologie philosophique, Masson, 1896; Fr. HoussAy, La forme et la vie, essai de méthode mécanique en zoologie, Schleicher, 1900; La morphologie dynamique, Hermann, 1910; Le DANTEC, Lamarckiens et Darwiniens, Alcan, 1889, La crise du transformisme, Alcan, 1910 ; A. GIARD, Controverses transformistes, C. Naud (Masson), 1904 : Ch. DEPÉRET, Les transformations du monde animal, Flammarion, 1908 ; Y. DELAGE, conclusions de son grand ouvrage L'Herédité et les grands problèmes de la biologie générale, Schleicher, 2e édit., 1903, p. 772-870 ; Y. DELAGE et M. GoLDsSMiTH, Les théories de l'évolution, Flammarion, 1909, 2e édit., Le mendélisme et le mécanisme cytologique de l’hérédité, Lhomme, 1919 ; L. CUÉNOT, Les moyens de défense dans la série animale, Gauthier-Villars et Masson, La genèse des espèces animales, Alcan, 1911; FÉLIx BER- NARD, Eléments de paléontologie, Baillière, 3° éd., 1895 ; M. BOULE, Conférences de paléontologie, Masson, 2° éd., 1910 ; E. RABAUD, ments de biologie EÉRÉTANE Alcan, 1920. (Note du Rue eur )

(2) NEwcoMmB (Simon), 1902, p. 325 de l'édit. de 1904.

Pour préciser cette notion, le lecteur n’a qu'à contempler cette belle constellation et à se représenter qu'à chaque seconde marquée par l'horloge, nous nous en rapprochons d’une vingtaine de kilomètres. »

L'histoire des animaux vertébrés, expression visible de l’évolution invisible de la chromatine microscopique, ne présente pas une moindre image des énergies potentielles de la matière dans ses . dimensions infiniment petites.

De ce point de vue l'étude de l'évolution des Vertébrés se ramène à deux grandes lignes parallèles de recherches et d'hypothèses, qui ne peuvent jamais être disjointes et qui doivent toujours être suivies dans les observations et les inductions :

ÉCHELLE MACROSCOPIQUE ÉCHELLE MICROSCOPIQUE DE DU SOMA LA CELLULE GERMINATIVE Évolution de la forme et des fonc- Évolution de la chromatine héré-

tions somatiques (c'est-à-dire du | difaire, telle qu'elle peut être induite corps), telles qu’on les observe en | à partir de l’évolution ince:sante des anatomie, en embryologie, en paléon- | formes et des fonctions observables tologie et en physiologie. Appari- | Apparition et déclin des prédisposition, différenciation, transformation | tions et autres caractères invisibles des fonctions dans les caractères | du germe. | somatiques.

I1 y a pour l’expérimentateur une distinction très nette entre la chromatine héréditaire ou germen, stable, à évolution lente, et la cellule somatique instable. Le soma est instable, parce qu'il est directement sensible à toutes les variations du milieu, de la croissance, des habitudes, tandis que la chromatine ne se modifie que très lentement. Le caractère propre de la chromatine, considérée dans la grande perspective des temps géologiques, est sa stabilité, combinée à son incessante plasticité et à son pouvoir d'adaptation au milieu environnant ainsi qu'aux formes nouvelles que revêt l’action du soma. La chromatine est beaucoup plus stable que la surface dela terre. Dans tous les changements de proportions, dans les gains et les pertes de caractères, dans la genèse des caractères nouveaux, elle conserve toujours des traces importantes de formes et de fonctions antérieures. L'évolution de la chromatine se réfléchit chez les Vertébrés dans de nombreuses séries continues de formes et se manifeste dans le mécanisme minutieusement approprié des êtres de taille gigantesque et de complexité biologique inconcevable,

tels que les Dinosauriens parmi les Reptiles, les Baleines parmi les Mammiferes, qui peuvent être mis en parallèle avec le Sequoia

parmi les plantes.

ERREURS ET VÉRITÉS DES THÉORIES LAMARCKIENNE ET DARWINIENNE. CARACTERES ADAPTATIFS DES ACTIONS, RÉACTIONS ET INTERACTIONS EXTERNES ET INTERNES

Les causes de ce merveilleux mécanisme évolutif de la chromatine (3) ont été expliquées par deux théories historiques, qui avaient déjà été entrevues par la pensée hellénique :

La plus ancienne, l'explication lamarckienne (4), exprimée en termes modernes, est que Les causes de la genèse de nouvelles formes et de nouvelles fonctions doivent étre cherchées dans les cellules somatiques (cellules du corps). Elle repose sur l'hypothèse que les actions réciproques des cellules entre elles et avec le milieuenvironnant s'inscrivent en quelque sorte dans la chromatine, qui en transmet l'héritage. Cette conception est due à l'observation exacte, faite par les premiers naturalistes anatomistes, que les fonctions du corps, non seulemeut gouvernent et perfectionnent sa forme, mais qu'elles ont en général sur cette forme des actions adaptatives convergeant vers certaines fins. Conformément à cette explication de Lamarck, de Spencer et de Cope, un changement du milieu, des habitudes et des fonctions doit toujours précéder les changements de formes dans les générations successives ; bien plus, si cette explication était exacte, les changements successifs dans les séries évolutives se comporteraient comme une croissance, ils suivraient la direction des variations individuelles et les descendants devraient, dans leur jeune âge, ressembler de plus en plus aux adultes des générations précédentes. C’est ce qui arrive souvent ; mais, malheureusement pour l'explication lamarckienne, ce n'est pas énvariablement le cas.

(3) Cette conception du « pouvoir directeur » de la chromatine est liée à la théorie de la préformation des caractères dans le germe. (Note du traducteur.) (4) Voir plus haut Préface, p. XXIV, XXVIII-XXX.

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