CHAPITRE II
Rois carlovingiens. — Pepin-le-Bref. — Louis-le-Débonnaire. — Traité d'Orléans. — Invasion des I>îorniands. — Sièges de Chartres et d'Orléans. — Eudes, comte de Blois. — Le roi Robert. Concile de Beaugency. — Le châtelain du Puiset. — Concile d'Orléans. — Croisade de Louis VII ; il répudie la reine Éléonore avec l'autorisation des prélats réunis à Beaugency. — Boigny, chef-lieu de l'ordre de Saint-Lazare de Jérusalem. — Le Petit-Cîteaux.
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752.1 Sous les Carloviiigieiis , 1 histoire (le rOiléaiuiis se confond avec celle de la monarchie, et nous ne parlerons pas avec détail de tous ces princes cjui se succédèrent sur le trône pendant deux siècles. L'établissement destiefs, mesure généralement adoptée, nous rappellera quelques faits particuliers à la province.
Les maires du palais, usurpateurs de l'autorité royale, souffrirent cjue les jgrands seigneurs se partageassent le royaume en états presque indépendants, niais assujettis nicort^ à des l'edevances et à des actes
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dv scvMi^v einci's la ((mi'iniiic. j^c ildiuitaiie d un tiet" eugag'eait sa foi au seigneur (|ui le concédait; et, du baron au comte, de celui-ci au niai(|uis ou au duc, il s'établissait une hiérarchie remontant jusqu'au duc, (jui lui-même jurait obéissance et devait hommage au roi. Le ^■assal promettait de suivre son seigneur à la guerre et de l'aider lie ses troupes et de son argent. 11 contractait diverses obligations , pai'Ibis bizarres , sous peine de perdre son fief et même la vie. Malgré les prétentions dangereuses des feudataires. Pépin ne voulut point changer ce que les faibles Mérovingiens avaient laissé s'établir; il augmenta même le nombre de fiefs. Telle est l'origine des grands vassaux et. la seule apparence de décentralisation du pouvoir politique qui permette de reconnaître les passages relatifs à l'histoire de chaque province.
On \oit sous les rois de la seconde race un Samson , duc d'Orléans, qui vivait du temps de Pépin ; il transmit cette dignité à son fils Ernest. Ce dernier, héritier par sa mère du duché de Normandie, reiusa l'hommage à Louis-le-Débonnaire , s'appuyant sur des subtilités qui n'avaient pas grande influence à cette époque où la véritable loi était celle du plus fort. Ses espérances allèrent plus loin , et il se rendit à Reims pour s'y faire couronner. Guillaume de Narbonne , connétable de France, le tua d'un coup de poignard. Raho, second fils de Samson , fut maintenu par Charlemagne dans son titre de comte d'Orléans , et eut pour successeur Mainfroy , dont la fille , Engeltrude , épousa Bozzon , roi de Provence.
Nous arrivons à l'époque de l'invasion des Normands. Ces pirates belliqueux étaient originaires du Danemark et de la Suède. Leur première descente en France eut lieu sous le règne de Thierry. Battus par Théodebert, ils regagnèrent leurs navires , mais le Franc les poursuivit et en fit un grand carnage dans une bataille navale où leur chef, nommé Cochiliac, fut tué. Après un long intervalle, ils reparurent sous la conduite de Béer , surnommé Cosie-de-Fer , pirate sans foi ni merci. Ils descendirent sur les côtes, remontèrent les flevives , rava-
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géant et' (ju ils m- l)rûlaient pas. Trop faibles pour se heurU-r à la puissance de Charlcmagno , ils manifestèrent , sous son règne , leur présence par des coups de main si hardis , que le vieil emj)ereur, iVappcd'un secret pressentiment , s'écria : Que sera-ce après moi / Que de calamités ne feront-ils pas souffrir à la France!
Dans les dernières années de la vie de Charlemagne, une armée de Normands , grossie des bandes de Saxons qu'il a^ait dispersées , débarqua sur les côtes , et fut repoussée. Mais jiour pi(''venir de nouvelles attaques, l'empereur fit avec eux un traité peu digTie de sa puissance et de son caractère. Une politique plus jeune et plus vigoureuse eût mieux seni les intérêts du pays ; et d'ailleurs les côn\entions acceptées par l'un des chefs de ces aventuriers ne liaient pas les autres. Les désastres de la bataille de Fontenay, où jiérit presque toute la noblesse française, enhardirent les Xornianfls. ils crurent 1 instant propice, et recommencèrent leurs incursions. Une flotte composée de deux cent cinquante barques vomit sur la plage, non loin de Nantes, ces rapaces ennemis. Ils tuent, le samedi saint, l'évêque, au moment où il bénissait les fonts baptismaux. Après cet horrible sacrilège, ils remontent le cours de la Loire , bmlent et saccagent Angers , qu'ils abandonnent pour se porter sur Orléans. (An 856.) La ville, prise d'assaut , fut le théâtre des plus cruels excès. Tandis que les chefs partageaient le butin en donnant eux-mêmes l'exemple du pillage, un parti normand alla dé^ aster la riche abbaye de Saint -Benoît , fondée par cet Alboin , lieutenant de Vaniachaire , qui avait traiii Bmnehaut .
L'incendie compléta la ruine d'Orléans; mais, au dire des chroniqueurs, l'église de Sainte-Croix ne put être endommagée par les llammes. Cette cité vit une troisième fois les ])arbares menacer ses murs; elle se racheta en leur payant une rançon.
Trois ans plus tard ils mirent le siège devant Chartres , et commencèrent ])ar saccager les faiihourgs. L'évêque Gousseaume demanda du secours à Richard, duc de Bourgogne, qui arcourut et
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liM'i» halaillc à RdlKni. l^a \i(i(iirc lut cliaudeiiiciit dispuU'c. Au plus l'oit (le l'action, le jin-lat , sui\i du clergé et des habitants, s'a\ança vers les Normands , (|ui se retirèrent dans la praii'ie sui'noininée le pré des Reculés.
Malgré ces tristes é\ énenients , les Bretons de Dol crurent préser- ^•er les reliques de saint Samson en les transportant dans l'église de Saint-Symphorien d'Orléans.
Occupé de ses luttes avec les Saxons et de ses conquêtes d'Italie , Charlemagne a laissé peu de scnnenirs se rattachant directement à notre province. Sous le règne de Louis-le-Débonnaire , Blois Ait , non loin de ses murs, s'accomplir un acte étrange c|ui prouAe la puissance de l'Église et la dégradation morale des descendants de Charles- Martel. Un fils impie, Lothaire, impatient de posséder sans contrôle l'autorité souveraine, à laquelle il était associé , déclara la guerre au \'\e\\ empereur, qu'il fit prisonnier. Perdant tout espoir de l'amener à faire une abdication volontaire, il résolut de l'avilir, afin de le détrôner plus sûrement. A cet efîet, il rassemble un concile d'évêques, dont Ebbon, archevêque de Reims, est le président. Une confession pleine d'aveux indignes de la majesté royale est par eux dictée à Louis, qui, ti'eml)lant sur le sort de sa femme et de ses autres enfants, paraît dans l'église, s'agenouille en face de l'autel, et lit d'une voix entrecoupée de sanglots cet infâme écrit.
A cette nouvelle les frères de Lothaire prennent les armes, délivrent l'empereur et lui rendent son sceptre. Il le saisit d'une main si débile que son indigne fils renouvelle ses tentatives. Louis, près de succomber, implore le secours de Pépin d'Aquitaine et de Louis de Bavière. Ils volent vers lui, attaquent Lothaire et l'enveloppent, près de Blois , avec une armée supérieure à la sienne. Après avoir essayé de séduire les troupes de ses frères, le mauvais fils, abandonné de ses meilleurs soldats, se rend à discrétion. Les vainqueurs lui imposent une pénitence publique , en représailles de celle qu'il avait exigée de Louis. (An 843.) Un trône s'élève sur un monticule qui
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domine la plaine; lemperéur s'assied sous une tente ouveitc de tous côtés aux regards de l'armée; Lothaire s'approche, lléchit le genou, et entend les reproches du vieillard, i\\ù lui tend les bras, et lui accorde, avec son pardon , la permission de se retirer en Italie.
Vers la même époque huit l'Heptarchie anglaise. Les sept royaumes dont se composait l'Angleterre furent réunis en un seul.
Louis , en mourant , laissa son titre d'empereur et l'Italie à Lothaire; Charles IV, dit le Chauve, gouverna la France; Louis de Bavière eut les pays d'outre-Rhin . Lothaire prétendit exiger de ses frères le serment et l'hominage, et il envoya à Charles des ambassadeurs pour qu'il eût à accepter son protectorat. Irrité de ses refus, il l'attaque au moment où il était occupé à soumettre les Bretons. Charles vient à sa rencontre , et les deux armées se trouvent en présence dans les plaines d'Orléans. Outre les soldats qu'il avait levés en Italie, l'empereur attendait de jmissants renforts (|ue Pépin, ennemi de Charles, amenait d'A(juitaine. Charles, peu sûr des dispositions de ses généraux, les réunit autour de lui, et d'un ton énergique leur expose ses inquiétudes en leur demandant un a^is. Les plus fidèles entr^nent ceux qui chancellent , et tous s'écrient : " Nous sommes prêts à mourir pour vous. Mieux vatit un trépas glorieux qu'une lâche défection ! •• Informé des apprêts que Charles faisait pour engager la bataille , Lothaire se ravise. Comptant sur l'effet des dons et des promesses plus que sur le sort incertain de la guerre , il entame de perfides négociations. Plusieurs des généraux de Charles se laissent gagner, et le traité, qui pouvait lui devenir fimeste, ne lui enlève qu'une très-faible partie de ses domaines.
Les deux frères signent à Orléans les préliminaires d'un arrangement provisoire, et indiquent im second congrès à Attigny. Tandis que Charles reprenait la route de Bretagne pour y continuer la guerre, l'empereur, sans respect pour le traité d'Orléans, faisait rompre les ponts et dégrader les chemins, s'efîorçant ainsi d'empêcher son retour. Ses troupes assaillirent les flancs de larméc! français(\ afin de retarder
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sa niarche. Charles, trioiuphaiil de tous les obstacles, taisait porter à la tête de ses troupes la croix sur laquelle avait été juré le traité. Après plusieurs escarmouches sans importance, une Ijataille s'engagea près de Fontenay. Le carnage fut si épou\ autable que les vain- ([ueurs lirent répandre par la voix des prêtres qu'il fallait attribuer ce massacre à la volonté de Dieu, et que les princes en étaient innocents.
Les trois frères , en signant la paix de ïhionville , mirent un terme à leurs sanglants démêlés. Charles y reçut en partage la France, Louis la Germanie, Lothaire l'Italie, la Provence et le pays nommé plus tard la Lorraine. Les deux fils de Pépin, héritiers de l'Aquitaine,
\oyant que cette province était concédée à Charles-le-Chauve , se défendirent avec courage pendant plus de cinq ans. Vaincus et trop faibles pour continuer la guerre, ils eurent recours aux Normands, et
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cette alliaiu'O impie hâta leur ruine. Le plus jeune, ])ris dans une embuscade, fut conduit à son oncle, qui l'abandonna à un trihunal formé de seigneurs et de prêtres, et siégeant à Chartres. Il fut condamné à être rasé , et finit ses jours au monastère de Corbie.
Charles-le-Chauve confirma et laissa \'olontiers grandir la puissance des fiefs; on vit les ducs de Gascogne, d'Aquitaine et de Bretagne, les comtes de Flandre, de Champagne et de Bourgogne entrer en lutte avec les rois. Robert-le-Forl, descendant de Charles-Martel , reçut le titre de duc de France, et eut ])oui' apanage les pays situés entre la Manie et la Loiiv. 11 était marcpiis de Bourgogne et comte d'Orléans, et se signala dans les guerres avec les Normands; il fut tué par un de leurs chefs nommé Hasfings. On rapporte que ce chef de brigands , après avoir pillé Vendôme et Châteaudun , s'arrêta aux en- A irons de Chartres, ville trop bien fortifiée pour qu'il osât l'attaquer. Il usa d'un stratagème et fit répandre le liruit que le chef des îSTormands, atteint d'une maladie mortelle, s'était converti, et avait demandé , comme une grâce dernière , que son corps fût déposé dans la cathédrale de la ville, suivant la pompe et les rites chrétiens. On ajoutait que ses lieutenants désiraient eux-mêmes se con^•ertir. Les Chartrains, trompés par cette ruse, accédèrent à leur demande. Ils entrèrent à la faveur de la nuit , portant des torches allumées autour d'un cercueil qui renfermait le corps d'un soldat, et se jetèrent tout à coup sur l'évêque Frobold . sur les prêtres , les moines , massacrant les femmes et les enfants ' . Eudes , fils de Robert -le-Fort , héritier de ses seigneuries, fut comte d Orléans, et devint roi de France. Robert, frère d'Eudes, eut les titres de comte et d'abbé de Saint-Aignan ; il fut tué par Charles-le-Simple , dans un combat près d Orléans.
Les ténèbres dont est enveloppée l'histoire de France sous les derniers Carlovingiens s'étendent à plus forte raison sur l'histoire spéciale de chaque province.
Nous arrivons flonc promptemerit à la (hnastie fondée par Hugues-
' ClIEVART, Hisinire de Charlrpa, t. I, p. 303.
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Capot, lils c!c T luoues-le-Gnuul. Lorsque ce prince monta, sur le troue, il II a\ait eu pleine et entière jouissance que le duché de France, dont Paris t'-tait la cajjitale, et (|ui coiiiprenait l'Orléanais. Le titre de comte d'Orléans si^ perdit dans le titi'c de roi. Sous ce monarque, la France, bornée par la mer de Gascogne, la Manche, le Rhin, la Suisse, les Alpes et la Méditerranée , obéissait aux grands vassaux , les ducs de Flandre , les comtes de Vermandois , les ducs de Bourgogne, de Loi raine, de Gascogne et d'Aquitaine. Le roi n'avait sur eux d'autres signes d'autorité que les droits d'hommage, souvent contestés. Ils devaient amener des troupes pour le service du roi ; ils les guidaient eux-mêmes et les entretenaient à leurs frais. Ils avaient aussi leurs feudataires , soumis aux mêmes obligations envers la personne de leur seigneur. Tous ces possesseurs de fiefs , grands et petits , formaient une sorte de famille groupée autour du souverain , et qu'on appela la noblesse. A côté de cette puissance, dont l'action devait s'affaiblir faute d'un principe stable, se plaçait celle du clergé. Unis par une communauté de privilèges et d'intérêts, ses membres tiraient leur autorité du respect accordé à la religion. Le peuple , que la dévotion attachait au clergé , se laissa éblouir par sa grandeur et sa richesse , et lui obéit aveuglément.
Les rois cherchèrent à se concilier l'affection de ce coi'ps si puissant. Hugues Capet fut libéral envers les monastères-, et donna aux évêques de nombreux témoignages de confiance. Les événements ne tardèrent pas à justifier cette politique. Charles , oncle du jeune Lothaire , et héritier direct de la couronne de Lorraine , ayant sollicité l'appui d' Adalbéron , archevêque de Reims , reçut de lui une réponse froide et décourageante. Non content de ce premier succès , Hugues Capet désira que les prélats et seigneurs assemblés à Orléans déclarassent Robert, son fils, roi en même temps que lui. Il le fit couronne)' dans cette ville , et c'est là que fut adoptée la formule qui s'est conservée jusqu'à nos jours. A défaut d'élection , elle exprimait le pacte et le consentement d'où découlaient les droits du prince à l'obéissance
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des sujets. L archevêque le présentait aux seigneurs et au peu[)le rassemblé dans l'église , en disant : " Vultis hune regc-m ? Le voulez- \ous pour roi? et tous répondaient : Laiidainus. rohimi/s, fiaf ; Xous le\()ulons, nous le saluons roi. •• Charles n'acci'pta ])oint la d('i'isiori des évoques , et ne leur reconnut pas le pouvoir qu'ils s'étaient attribué. Les grands vassaux, irrités des empiétements de Hugues, voulurent y mettre obstacle. Audibert , vicomte tle Périgord , arbora le premier le drapeau de la r(''\'olte, et commença le siège de Tours. Les deux rois lui reprochèrent son ingratitude en lui disant : Qiif vous a fait (-(nnicf II leur répondit fièrement : Et vous , qui vous a faits roi fi f L'armée de Charles était com])osée d'Allemands, alors connus sous le nom de Lorrains. 11 s'empara de Laon et de Reims, défit Hugues dans une bataille ; mais, trahi par l'évêque Ascelin, il fut pris et renfermé dans la tour d'Orléans, où il ^•écut ])lusieurs années. Deux de ses fils, qui y étaient nés, ]iarvinrent à s'échapper; ils se réfugièrent d'abord en Aquitaine, puis en Germanie, où ils moururent. Avec eux s'éteignit la race de Charlemagne.
Hugues Capet , que sa politique a fait surnonuner le roi des prêtres , laissa le sceptre à Robert , qui était plein de dévotion et de bonté. Un acte de désobéissance au clergé troubla sa vie. Il a\ait épousé Berthe, sa cousine, veuve d'Eudes I", comte de Blois. Pour favoriser le mélange des races, l'Eglise avait interdit les alliances entre parents jusqu'au septième degré. Le pape Grégoire V déclara le mariage du roi nul , et lui ordonna de se séparer de Berthe. Robert refusa, et fut excommunié. Mais, après une longue résistance, le malheureux prince, forcé de céder, répudia Berthe et épousa Constance, fille du comte de Toulouse, Guillaume Taillefer. On prétend que de cette époque, où les femmes exercèrent une certaine influence dans les cours , date le goût des Français pour les modes , les riches vêtements et les frivolités.
Le roi soutint plusievu's guerres en essavant de ré])rim(n' l'esprit d indt'iiendance des grands vassaux. Un de ces ])uissants seigneurs,
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Eudes de Blois , rrclanuiit riu'-iitM^c de la Champagne; Robert lui ]n-op()sa de soumettre se^s ])rétentions au jugement de ses pairs. <- Je • suis, par la grâce de Dieu, comte hcrcklitaire, répondit le vassal , •• voilà ma condition. Quant à la succession de mes ancêtres, elle ne " te regarde pas. Ne me force pas à rien " faire pour la défense de mon honneur, •• car Dieu m'est témoin que je préfère ■ l'honneur à la vie. "
Sous le règne d'un monarque si doux et si pieux , on vit pour la première fois en France une exécution pour crime d'hérésie. Deux prêtres d'Orléans et onze de leurs sectateurs furent brûlés vifs, L'un de ces prêtres a^ait été le confesseur de la renie Constance, qui le vit marcher au supplice, et lui cre\a un œil avec sa baguette de fer.
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Les terres soumises à la ])uissance absolue du roi de France ne
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s'étendaient point alors au delà du 1 Orléanais. La tounjnne passa sur le front de Henri, second tils de Robert, mais la reine-mère lui suscita divers embarras. Elle prétendit obtenir pour son (quatrième iils Ir duché de Bourgogne , et força le roi à deniander des secours au duc de Normandie, qui lui en accorda. Un traité, qui concédait le titre de duc à Robert , mit fm à cette guerre. Eudes , comte de Blois , se signala par son humeur ambitieuse et turbulente , mais il rencontra dans Foulques d'.Vnjou un ad\ersaire aussi renmant et aussi belliqueux que lui. Pendant Irurs luttes, on vit le comte d'Anjou brûler l'église de Saint-Florent-sur-Loire , et crier au saint dont il redoutait la juste colère : " Laisse-moi brûler ton temple , je t'en élèverai un autre dans Angers. >• Affligeant témoignage de la barbarie et de la superstition de ces temps , où la force brutale perpétuait les misères et 1 anarchie ! Le peuple appartenait aux seigiieurs, qui le regardaient tantôt eonune une proie, tantôt comme un auxiliaire, dont le sangversé dans des querelles impies inondait les terres dévastées. L'Église même avait perdu ses droits au respect des vilains. Oublieux des devoirs qu'impose la continence , les prêtres acceptaient les liens du mariage ou vivaient avec des femmes sans pudeur. Les rois trafiquaient des dignités ecclésiastiques , de sorte que le clergé , dévoué aux caprices des princes , était simoniaque et plongé dans les plus déplorables excès. Grégoire YII pamt, et avec lui s'opérèrent de sages réformes. Il remit en vigueur les anciens canons, et l'Église se rappela sa mission de paix et d'amour. La trêve de Dieu donna des bornes à ces combats sans cesse renaissants ; le \o\ et le brigandage connurent la répression et le châtiment. Les chevaliers prirent la défense des opprimés ; les femmes eurent une part et des droits dans la vie sociale. Avec la liberté et l'espoir de conserver le fi"uit de ses peines , le laboureur, le marchand se livrèrent à des travaux qui firent renaître dans le royaume l'aisance et la prospérité. La poésie modifia les idiomes; les trouvères répandirent une langue nou\elle, pleine de grâce et d'harmonie. Les peuples de l'Orléanais , du Blésois, delà
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l'oiuainc épinvrcnt cette lancine, et l'on \(tit encore le paysan île cette contrée parler a^■ec éléi^ance, sans nul niélaiif^o de ces grossiers patois répandus dans les autres ]M'<»\inces , li' véritai)le français.
Ainsi , le lè^ne de IJenri V fut une ère de progrès moraux et intellectuels. Noble souvenir que l'histoire doit à ce prince, qui se fit respecter par sa fermeté et son courage. Intrépide dans les batailles, il se montrait généreux a])rès la \ ictoirc. Le sort des armes lui ayant livré le comte de Blois, il lui assigna la tour d'Orléans pour prison, et ne tarda pas à lui rendre la liberté (1039). On raconte que le vassal , plus sensible à l'affront de la défaite qu'à la magnanimité de son suzerain, désola les environs d'Orléans, à la tête d'une bande d'aventuriers. Un jour qu'il avait pillé le monastère de Saint-Benoît, il s'aii'êta pour passer la nuit dans un ^•illage qui était sous la protection du saint. 11 établit dans le cimetière et ordonna qu'on servît un repas. Le cierge pascal fut allumé et éclaira une orgie, mais le sacrilège , saisi d'un mal violent , expira aussitôt : " Tant il est vrai , " ajoute 11 chronique, que personne, prince, gentilhomme ou roturier, •• ne peut toucher impunément aux biens de saint Benoît. "
(106L) Philippe l" monta sur le trône. Dans les commencements de sm règne eut lieu la conquête de l'Angleterre par Guillaume-le- Bâtard. Un grand nombre de seigneurs français des provinces voisines delà Normandie prit part à cette expédition. On a reproché à Baudoin , qui gouvernait le royaume pendant la minorité du jeune prince , d'avoir aidé le duc de Normandie à accroître sa puissance et à ceindre ime couronne qui lui fit mépriser les droits de son seigneur; mais il est présumable que le régent ne croyait pas au succès de cette tentative , et qu'il pensait seulement éloigner un voisin dangereux. La réussite du duc de Normandie apprit aux grands vassaux leur force et leur importance. Dès cet instant l'édifice féodal , dont le roi de France occupait le faîte , menaça ruine ; et ce fut dans toute l'Europe le premier symptôme d'une ri^olution sociale.
Baudoin ('>1ant mort , Phili])pe se disposa à soutc^nir les droits de
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Rkhilde , sa veuve , que le comte de Frise voulait priver de la tutelle de ses tils , dont il convoitait les biens , situés dans la Flandre et le Hainaut. Mais séduit par les eharmes de Berthe, fille adoptive du comte, et gau^né , dit-on , par la promesse qu'on lui céderait de vastes domaines au centre de l'Orléanais, le jeune prince abandonna la cause de Richilde, qui ne tarda pas à succomber. Le mariage du roi et de Berthe sembla maudit de Dieu. Ils vécurent pendant plusieurs années sans avoir d'enfants, et quand la reine mit au monde un fils, et plus tard une fille, w fut précisément l'heure que son époux choisit jKHir la répudier. 11 se trouva un évêque complaisant qui prononça le divorce, fondé sur des liens de parenté , et Berthe fut exilée à Montreuil-sur-Mer. Brûlant d'une flamme adultère , le roi avait enlevé Bertrade , épouse de Foulc|ues-le-Réchin , comte d'Anjou. Pour étouffer le scandale , il demanda aux gens d'église la ratification de son divorce avec Berthe et l'annulation du mariage de Bertrade avec Foulques d'Anjou (an 1104.1 Beaugency fut le lieu choisi pour le concile , que présida Hugues , archevêque de Lyon et légat de France Le concile excommunia Philippe, Bertrade, les évêques approbateurs de leur mariage et celui qui l'avait béni. Les conséquences de cet acte , dont l'Église se montrait déjà prodigue , ne furent pas aussi graves qu'elles l'avaient été pour Robert , coupable d'une révolte pareille à l'autorité du pape. L'affaire du divorce jugée à Beaugency fut appréciée de la même manière par le concile de Clermont, où vint Urbain II. Les peines furent même aggravées dans plusieurs assemblées tenues successivement et formées de l'élite des prélats. La résistance du roi se prolongea vingt années. Enfin il manifesta un repentir sincère , fit appeler Hugues , abbé de Cluny, et lui exprima dans une lettre son désir d'embrasser la vie monastique.
Ce monarque , qui fut témoin de 1 é^"énement le plus extraordinaire de l'histoire moderne, n'est guère connu que par ses faiblesses et ses amours. On oublia son nom en répétant ceux de Godefroy de
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Bouillon , lie Taiurrde , tic Biiiuiouin, conile de Flandres, de (Juillaume-le-Conqiiéiant , de C.'réyoire VII et de Pierre l'Ermite. Tel est le sort de ceux (jui ne font (jue ixjssédci' la force matén(41e et se laissent dnnijner par les grandes intelligences d(! leur temps Pierre, simple prêtre du diocèse d'Amiens , ayant fait un pèlerinage dans la Palestine , fut navré de douleur à la vue des maux qui affligeaient la ville sainte. Il vint trouver Urbain II , lui traça Je tableau de ces misères , et le quitta avec la conviction que Dieu le rendait désormais interprète de ses volontés. Il se mit à parcourir l'Europe, monté sur un âne, un crucifix à la main , les pieds nus, la tête découverte , les flancs ceints d'une corde grossière et affublé d'un froc d'ermite. Ses discours embrasaient tous les cœurs du feu qui le dévorait. Partout il fut reçu comme l'envoyé du ciel. On s'estimait heureux de toucher ses vêtements. L'enthousiasme devint tel que le souverain pontife assembla un concile à Plaisance , puis à Clermont. Pierre y parla avec force et véhémence : l'indignation et la pitié remplirent tous les cœurs. Le pape proclama la croisade. Les seigneurs de l'Orléanais se levèrent en masse et firent partie de cette multitude qui s'avança vers l'Asie. Avec les croisés marchait une suite nombreuse de femmes, de vieillards, d'infirmes même qui croyaient fermement voir se renouveler les miracles dont le Dieu d'Israël dota les Hébreux. Les bannerets et vavasseurs du Vendomois , du Blaisois et de la Beauce se rangèrent sous les ordres de Gauthier-sans- Avoir , gentilhomme bourguignon , qui prit le commandement d'un corps d'armée , laissant l'autre suivre les pas de Pierre. Ce dernier, capable d'émouvoir les croisés par son éloquence, n'eut point assez de force pour empêcher leurs déprédations. Les Hongrois les attaquèrent et en tuèrent un grand nombre devant Semlin. Les troupes de Gauthier, mieux disciplinées et mieux chrigées , eurent moins à souffrir. Après avoir traversé le Bosphore , elles arrivèrent sous les murs d'Antioche , oîi Godefroi de Bouillon leur amena des renforts en leur offrant l'appui de son expérience. Avec
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lui ^'avançaient plusieurs chevaliers lenonunés, tels que Geofroy Jourdain, cunile de Vendôme, inventeur des tournois, dont les sanglants démêlés avec les sires de Beaugency avaient affligé la chrétienté.
Antioche prise , les vainqueurs se virent à leur tour entourés par liinionibrable armée du sultan Kerbogah, qui se tiattait d'exterminer une multitude épuisée par la misère et la faim. Il fallut des miracles pour ranimer les courages et donner aux chrétiens la force de livrer hataille. Un prêtre marseillais retroina la sainte lance, et ce fut pour les croisés un gage d'espoir. Ils sortirent de leurs retranchements , attaquèrent l'ennemi et le mirent en déroute. La victoire rendit
libres les routes de Jémsalem. Bientôt le siège commença. Le duc de Lorraine et un chevalier banneret des environs de Blois escaladèrent les premiers les remparts , et la ville fut emportée. On s'occupa (le rhnUn un maître pour ce nouveau royaume. Godefroi , nommé
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par acclamation , ivlusa le diadème et les insignes de la royauté , se contentant du titre de baron et défenseur du Saint-Sépulcre. Les musulmans , consternés , rassemblèrent toutes leurs forces. Les hordes de l'Arabie , les fantassins de la Perse , les cavaliers d'Egypte s'élancèrent vers Jérusalem. Godefroi se porta à leur rencontre avec le petit nombre de croisés qu'avaient épargnés le fer et les maladies, et la bataille s'engagea dans les plaines d'Ascalon. Là périrent les comtes de Bourgogne et de Blois et le sire de Vendôme. Accablés par le nombre , ces caillants chevaliers furent pris ' et conduits dans les murs d'Ascalon , où , la trahison d'un écuyer les ayant fait reconnaître , ils furent tués à coups de flèches.
Dès lors , et pendant une longue suite d'années , tous les regards , toutes les pensées se dirigèrent vers la Palestine. Sur cet étroit théâtre de faits d'armes et d'exploits fabuleux se fondaient les grands noms , les réputations guerrières , les saintes renommées. La croisade éclipsait tout. S'abstenir était pour un prince un gage d'oubli. Tel fut le sort du roi Philippe I", plus occupé des affaires de son royaume et de ses querelles avec l'Eglise que de l'espoir hasardeux de relever dans la Terre-Sainte les croix brisées par le Prophète de l'Arabie.
Ami des plaisirs et peu soucieux de la gloire , il s'était débarrassé du fardeau des affaires publiques en le confiant à son fils. Dès qu'il se vit atteint d'une maladie mortelle , il témoigna de grands sentiments d'humilité et voulut que ses restes fussent portés dans l'église de Saint-Benoît-sur-Loire , soit qu'il se jugeât indigne de reposer à Saint-Denis , soit qu'il eût confiance dans les prières de ces bons religieux. Fidèle à son dernier vœu , Louis VI ordonna qu'on lui élevât , entre la balustrade du grand-autel et le chœur, un tombeau formé de pierres d'Apremont.
Louis , prince d'un grand jugement et d'un rare courage , sut apprécier son époque avec sagacité. Remarquant le progrès des idées
■ Art de vérifier les (laïcs, t. .\II, p. 190.
chevaleresques, il résolut de s'en faire une arme contre les excès de la féodalité. Les rois, protecteurs nés du peuple, devaient restreindre le ])()u\()ir des seigneurs qui déchiraient l'Etat par des ((uerelles sans cause et sans lin, opprimaient les pauvres, se jouaient de 1 honneur des femmes et maltraitaient les gens consacrés à Dieu *. Les principes généreux de la chevalerie condamnaient ces coupables abus du droit de la force et pouvaient , en se répandant parmi les guerriers, rendre plus facile la mission qu un prince vertueux s'imposa II fiit récompensé de ses efforts en faisant triompher une réforme que lui seul, honnne de tête et d'exécution, osa concevoir. 11 xoulut présenter la royauté comme une puissance politique en dehors de la suzeraineté et n'ayant d'autre égale que l'Eglise. Ce que le pape obtenait par des brefs ou des menaces d'exconmiunication , le monarque avait le droit de l'imposer par la force des armes. Du moment où les grands vassaux acceptèrent cette espèce de juridiction, l'étendue des domaines du roi , le nombre de ses armées n'étaient rien en comparaison d'un principe qui dominait tout, rassurait les faibles, imposait aux superbes : ce principe était l'unité nationale et la légitimité du droit substituée au gouvernement de fait.
' Louis trouva les barons rebelles à ces idées d'ordre et de civilisation. Les plus petits vassaux , qui regardaient le peuple et le territoire comme leur proie , se montrèrent les plus opposés à une réforme de cette nature. L'un d'eux , le sire de Montlhéry, dont la haute tour commandait la route d'Orléans à Paris , se défendit avec opiniâtreté et fit tant de mal au pays d'alentour que, renonçant à le vaincre, Louis lui demanda sa fille poui' épouse du prince son fils. Le châtelain du Puiset, qui exerçait rudement ses droits féodaux sur le pays entre Chartres et Orléans, fut sommé de rendre compte de ses méfaits. Il répondit avec hauteur et brutalité. Thibaut, comte de Chartres, sommé d'abattre une forteresse qui lui senait de repaire, appela le roi , son seigneur, à un combat singulier. Andn'' de Bor-
' Vie de .■irihit Lniiis, par Siiger.
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dereux, geiitillioiunic chnitraiii, devait être le chaïupion du comte, et Anseau de Garlande accepta au nom de Louis. Ce duel, outrageant pour la majesté souveraine, fut empêché par des circonstances indépendantes de la volonté de Thibaut. De telles luttes, cette insolence des vassaux témoignent de la faiblesse des moyens coërcitifs du roi.
En effet son domaine direct n'embrassait pas alors quatre de nos départements ' , tandis que les ducs de Bretagne et de Normandie en avaient cinq dans leur apanage. Mais Louis eut pour alliés fidèles les ("vêques , qui aspiraient au même but que lui , à la paix générale. Le clergé de l'Orléanais lui fut particulièrement dé\oué. On vit des prêtres le suivre dans ses expéditions , bannières déployées à la tête
' Seine, Seine-et-Oise , Oise, et Loiret. Sismon'IH.
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de leurs paroissiens. Lorsqu'il assembla son armée à Reims pour repousser les Allemands , les évoques de Chartres et d'Orléans lurent les premiers à répondre à son appel , tandis que les comtes de Blois et de Champagne n'obéissaient qu'à des sommations réitérées.
Un des plus grands hommes qu'ait eus la France, Suger, fut prieur de Thoury en Beauce , où il est né , sui^ ant quelques auteurs '. L'église de Chartres ayant eu à se plaindre des brigandages du sire du Puiset , Suger , négociateur habile , fut pour elle un énergique protecteur. Il engagea la comtesse de Chartres , victime ellemême des spoliations du farouche baron , à se joindre aux prêtres du diocèse pour porter au tribunal du roi leurs commîmes plaintes. Louisle-Gros les autorisa à résister et cita Hugues , sire du Puiset , à comparaître devant le parlement. Suger leva une petite armée et se mit à guerroyer en attendant que le roi vînt lui-même châtier l'audacieux rebelle. Enfin Louis parut , et le sii'ge du château commença. Deux fois l'assaut fut livré sans succès. A une troisième attaque un prêtre mêlé aux combattants rompit la palissade , cria : Victoire! et fraya le passage à ceux qui le suivaient. Fait prisonnier après un horrible caniage , le vassal rebelle fut conduit à Château-Landon . Le jeune Thibaut , fils de la comtesse de Chartres, reconnaissant mal un tel sen'ice, se jeta dans le parti que le roi d'Angleterre entretenait en France. Louis rendit la liljerté à Hugues pour le mettre en lutte avec Thibaut ; mais , obéissant au désir de satisfaire ses vengeances personnelles contre les gens d'église , Hugues se hâta de relever son château et commit divers actes qui demandaient une prompte répression. Le monarque accouiiit avec sa noblesse et rangea son armée en bataille sous les yeux des assiégés , qui répondirent bravement à son défi. Au moment où le combat s'engageait , Raoul , seigneur de Beaugency, allié du sire du Puiset , démasqua un corps d'infanterie caché derrière l'église et mit en déroute les troupes de Louis. Le roi , qui
' Biogrrrphic flr Michaud.
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11 ;i\;iil pas cess6 de combattre avec \aleur, saisit sa bannière et la planta sur une hauteur jiour rallier autour d'elle ses escadrons dispersés. Le comte de Chartres , croyant le moment favorable , se prcci})ite pour le charger ; mais les soldats du jeune rebelle plient , et il est blessé dangereusement. Louis , touché de ses remords et prenant en pitié le sort de sa mère , permit qu'on le transportât à Chartres , où il expira peu de jovu's après. Le château se rendit , et Hugues obtint une capitulation avantageuse. Malgré sa double défaite , le hardi seigneur recommença mie troisième fois ses vexations contre les moines de Thoury, qui , par l'organe de Suger, sollicitèrent encore la protection du roi. Hugues, résistant avec son audace accoutumée , tua le sénéchal Ansau de Garlande ; puis , forcé de se rendre , il alla se mêler aux croisés c]ui partaient pour la Terre- Sainte.
Les bernardins obtinrent de Louis la permission de fonder, aux environs d'Orléans , l'abbaye de la Cour-Dieu , qui devint une des plus opulentes de leur ordre. Les évêques avaient coutume d'aller coucher dans cette abbaye l 'avant-veille de leur entrée dans la capitale du diocèse,
La lutte entre le principe pacifique , représenté par l'Eglise , et le prhicipe de la force brutale , aux mains des possesseurs de fiefs , n'était point terminée. Archambaut , sous-doyen de l'église d'Orléans , ayant voulu s'opposer à l'élévation d'un nommé Jean à la dignité d'archidiacre , fut en butte aux attaques de ceux du clergé qui cherchaient leurs motifs dans des exemples étrangers au culte. Parmi ces derniers , un chanoine nommé Algrin soulève quelques gentillâtres et saccage la maison de campagne d' Archambaut , qui meurt assassiné.
(1127.) Le dixième concile d'Orléans fut présidé par Humbault , archevêque de Lyon et légat du Saint-Siège Godefroi , abbé de Vendôme , refusa d'y assister en se fondant sur les privilèges de son monastère. Nous n'entrerons ])as dans de longs détails sur ce
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concile. 11 v en eut à la même épo(|ue plusieurs dans l'Orléanais. On (^ite celui de Saint-Benoît-sur-Loire , où le pape Innocent II , réfugié en France , vint accompagné de Louis , de la reine , Adélaïde de Savoie , et des deux fils du roi Le pontife fut conduit avec cérémonie à Orléans , où il résida (juelque temps.
Louis YII signala le commencement de son règne par sa résistance aux volontés d'Innocent II , qui prétendait donner un pasteur à la ville de Bourges. Suger défendit les droits du roi , et eut pour adversaire saint Bernard, réformateur de l'ordre de Cluny. Le pape lança les foudres de l'excommunication , et le comte Thibaut s'arma pour forcer le roi à oliéir. Dans cette guerre religieuse Louis se souilla par le massacre de Vitry en Champagne , et crut étouffer la voix du remords en partant pour la conquête des Saints-Lieux. A sa suite marchait une armée que les historiens évaluent à quatre cent mille combattants. Le fer, les maladies , la trahison des Grecs amenèrent sa destruction . Dix mille hommes purent à peine toucher les rivages de la Palestine, guidés par Louis, dont la valeur s'était montrée avec éclat , et que tant de re\ers n'avaient pas découragé. Raymond de Poitiers , oncle de la reine de France Éléonore et roi d' Antioche , accueillit les Français comme des alliés capables de repousser les attaques dont le menaçait sans cesse Noureddbi , sultan d'Alep. Mais Louis voulut. a\ant de rien entreprendre pour une cause mondaine, visiter le saint tond)eau. Les fêtes qui célébrèrent la présence des Français furent le signal de ces discordes fameuses qui amenèrent plus tard le divorce de la reine et du roi. Éléonore, " légère, " imprudente, néghgeait la dignité royale et oubliait jusqu'à la foi " due au lit conjugal*. •• La faiblesse d'esprit de Louis, sa dévotion étroite apparurent aux yeux de l'épouse infidèle , qui , oubliant sa chevaleresque intrépidité , ne vit plus en lui qu'un moine , inférieur même à ces brillants Arabes et Sarrasins , admis parfois dans les jeux et les joutes de la cour d'Antioche. Raymond , jeune encore
' 0\iillaume do Tvr, lir. .\vi.
L'UKLKANAIS
t't plein duiu' roupaltlc vanité, encouiagca. des doutes (jui se glissèrent dans le cœui' du vo\. Les instances que fit Éléonore pour déterniinei' son («poux à joindre sans retaid ses troupes à celles de Raymond excitèrent d'autres sou])(;ons , (jue l'humeur galante du souverain d'Antioclu^ n'était pas propre à dissiper. Tout à coup , sans }'icn dire et sans prendre congé , Louis quitte la ville au milieu de la nuit , se retire dans son camp , et part pour Jérusalem. On connaît l'issue de cette entreprise, qui fut la moins glorieuse de toutes celles que les croisés avaient tentées. A son retoui' en France, Louis laissa éclater son mécontentement. Vainement Suger
lui fit envisager les suites dangereuses d'un di\'orce que suivrait la restitution de la Guienne. La mort de ce sage ministre hâta la
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marche de ces événements, tiui aHiiiblircnt la Fiance et acnuieiit les forces de l'Angleterre. La reine désirait le (li\H)r((>, et il n'était |)as d'expression méprisante dont elle n'usât envers son époux'. (1152 I Un concile est enfin . assemblé à Beaugency. Le prétexte ordinaire , la ])arenté , est légèrement discuté par les évoques , qui prononcent la dissolution du mariage. Prévoyant un résultat auquel il se soumettait , pour ainsi dire , à l'avance , Louis avait retiré ses garnisons de tous les châteaux d Aquitaine, (piil l'endit loyalement à Eléonore. — •• S il eût été moins moine , dit Mézerai , il l'eût châtiée d'une autre façon , et n'eût pas été si consciencieux que de lui rendre la Guienne et le Poitou . " Six semaines après son divorce , Fléonore devint l'épouse de Henri Plantagenet , comte d'Anjou , du Maine et de Touraine, héritier du duché de Normandie v.t futur roi d'Angleterre. De cette époque datent les guerres entre le roi de France et son vassal.
La bonne foi de Louis VIT et son obéissance aux décrets de l'Eglise ne peuvent le faire accuser d'un manque de fermeté. 11 en fit preuve dans la révolution des communes , commencée sous le règne précédent. Cet envahissement progressif des manants et des bourgeois sur les droits de la noblesse lui parut chose bonne à encourager dans les domaines des grands feudataires et à toujours empêcher dans ses propres états. L'un de ses jiremiers sohis fut " d'apaiser •• 1 orgueil et la forsennerie d'aucuns musards de la cité d'Orléans, " qui , pour raison de la commune , faisoient semblant de soi rebel- " 1er et dresser contre la couronne ; et il en fit détruii'e ]>lusieurs de " mâle mort''. •• Cependant il punit les excès des gouverneurs de la ville , y abolit la servitude , et garantit aux habitants leurs biens et leurs franchises. De toutes parts, et surtout dans 1 Orléanais, on \ it s'élever des villes neuves , sorte d'asiles ouverts par un seigneur et qui avaient pour premiers habitants les serfs échappés des terres du seigneur voisin.
' Guill. Neubrig., liv. i.
•* Chroniques He France.
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Orléans fut témoin du mariage de Louis avec Constance , fille du loi d'Espace. Pom* calmer les répugnances que le spectacle de ces unions si promptement contractées faisait naître pamii les gens pieux, le monarque fit de nombreuses fondations d abbayes et de monastères. Il avait amené, de son voyage de la Terre-Sainte, des religieux de l'ordre de Saint -Augustin et des chevaliers de l'ordre de Saint-Lazare-de- Jérusalem. Les premiers reçurent en don l'église de Saint-Samson d'Orléans; et Boigny, près Orléans, devint le chef-lieu de l'ordre et le siège du grand-maître de Saint-Lazare. Tous les trois ans on y tenait m\ chapitre général , oii les prieurs et commandeurs de France, d Italie, de Sicile, d'Angleterre, d'Allemagne et d'Espagne étaient appelés. Ces chevaliers, institués sous la règle de saint Benoît , s'en écartèrent peu à peu , et leurs biens passèrent successivement aux chevaliers de Saint- Jean-de- Jérusalem. Mais la comraanderie de Boigny consena toujours ses prérogatives, ainsi qu'on le voit dans les tentatives faites pour la restauration de cet ordre. Dans le même temps eut lieu la fondation du monastère de 1 Aumône , appelé 1 abbaye du Petit-Cîteaux , dans la forêt de ^larchenoir ' . illSl.i Thibaut, décoré du titre de Grand , comte palatin de Champagne et de Blois , accorda aux religieux qui s'y établirent de vastes domaines afin qu ils priassent pour le repos de son âme.
Louis VII , qu'une paralysie privait de 1 usage de ses membres , associa son fils Philippe à la royauté et l'habitua de bonne heure aux soins de la politique et du gouvernement. Il momnit après mi règne de quarante ans qui ne fut pas sans gloire , car jamais prince ne soutint mievix que lui les di'oits de sa couronne. Au courage il joignait la pinidence; il était bon, franc, généreux et fidèle à sa parole. La faute politique qu il commit en répudiant Éléonore fut celle d'un loyal chevalier, et il en diminua les résultats fâcheux par son union avec Alix de Champagne , qui fut mère de Phihppe- Auguste.
' n en reste de belles ruines appartenant depuis long-temps à la famille de Rippert. Non loin de là est un magnifique arbre, connu sous le nom du Comle-Thibaut.