‹ L'Orléanais; histoire des ducs et du duché d'Orleans, comprenant l'histoire et la description de la beauce, du pays chartrain, du biésois, du vendomois, du gatinais, du perche, et de ce qui constituait l'ancienne généralité d'OrléansChapitre 17 sur 38 · I.OKLKANAIS · texte numérisé non relu

I.OKLKANAIS

• vous soyez un jour aussi j))('ux cl aussi ])()ii cheviilierquc lût oncqucs ■ roi cl(> France. ■• A})rcs cette cérémonie, le connétable rejoignit

l'armée et envahit la Guyenne. Il s'avançait avec prudence, soumettant toutes les forteresses , sans laisser le moindre château * qui pût inquiéter sa marche. Ses progrès furent tels, qu'Edouard reçut de ses meilleures garnisons l'avis qu'elles se rendraient , faute d'être secourues dans un délai fixé. Les États d'Aquitaine, cinq fois assemblés par l'Anglais, lui refusèrent cinq fois tout subside. Les sires d'Armagnac , d' Albret , de Comminges , de Périgord , protestèrent pour leurs franchises , disant " que du temps qu'ils avoient obéi au roi de France , ils n'avoient été grevés d'aucun subside , et qu'ils le défendroient tant comme ils le pourroient. "

Pendant que Charles V, du fond de son palais et entouré de ses

' On comptait à cette époque dix mille villes ou villages murés, et cinquiinte mille châteaux ou maisons fortifiées en France. T. Lwai.i.ée, Histoire des Français.

ANCIEN HT MODKUNE. 119

ministres, parle en maître, •• la main appuyée sur le cœur de lu France, et sentant la \de revenir \ - des bandes anglaises, commandées par le routier Robert Knolles , ravagent la Picardie , la Champagne et l'Orléanais 2. Du Guesclin se met à leur poursuite et les taille en pièces dans le Maine, à Pontvallain. Edouard envoie en Guyenne quarante vaisseaux, sous les ordres du comte de Pembroke, mais les Rochelais attaquent et coulent bas la flotte qui apporte ce renfort. Furieux de voir ses meilleurs capitaines sans cesse vaincus , le vieil Edouard s'embarque avec vingt mille hommes , mais les vents le repoussent et le retiennent sur les rivages d'Angleterre. Du Guesclin , maître de Thouars . extermine à Chizey ce qui restait des garnisons de Guyenne.

On convint d'une trêve de deux ans, nécessaire aux deux partis. Le pape en fut le médiateur. Les plus terribles adversaires qu'ait jamais eus la France, le prince de Galles et le roi Edouard, descendirent dans la tombe. (1377.) A la nouvelle du trépas de ce dernier, Charles profite de l'expiration de la trêve , et recommence la guerre sans vouloir rien entendre des propositions que lui faisaient les régents d'Angleterre. Il obtient sur terre des avantages signalés, tandis que ses marins battent les Anglais dans toutes les rencontres. Une flotte bretonne remonte la Tamise, brûle Gravesend et jette Londres dans les plus vives alarmes.

L'esprit de nationalité se réveillait en France, et la voix de l'honneur retentissait au fond du cœur de la noblesse. Le duc de Buckingham , étant débarqué à Calais avec quatre mille hommes d'armes et trois mille archers , se mit à ravager la Picardie et la Champagne , sans que les garnisons des places fortes essayassent de l'arrêter. Il traversa le Gâtinais , le Vendomois et la Beauce , et parut devant Thoury ' . Un écuyer, nommé Gauvain Micaille, sortit de la ville et s'approcha

' Chateaubriand, Études historiques, t. iv, p. 190. ' Th. Lavali.ée, Histoire des Français, t. ii, p. 55. ' M. r>E Barante, Histoire des ducs de Rourgogne , t. il, édition \n-\'2.

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tlii camp anglais. •• Y a-t-il ])arini vous, leur dit-il, quelque gentil- " homme qui veuille, pour l'iioniieur de sa dame, essayer un fait " d'armes? Me voici prêt et armé de toutes pièces pour jouter trois " coups de lance, trois coups d'épée et trois coups de dague. Voyons " s'il y en a chez vous qui soient amoureux. » Fitz-Water, maréchal des Anglais , lui répondit : ■> Venez , vous trouverez ici votre " homme. » Gauvain Micaille partit au milieu des encouragements des Français, et passa la barrière suivi de pages portant trois lances, trois épées et trois dagues. Les Anglais, accoutumés au système de retraite prescrit par le roi Charles, ne s'attendaient pas à cette joute, et tandis qu'ils se consultaient sur le choix d'un chanjpion , il fallut lever le camp et continuer la marche. Ils retinrent Micaille, qu'ils traitèrent avec courtoisie , et firent dire aux gens de Thoury d'être tranquilles sur le sort de leur compagnon d'armes. Ils avaient besoin d'un jour de repos pour faire la lice, mais le duc d'Anjou les poursuivait à outrance, épiant l'occasion de les surprendre pour les mieux attaquer. Enfin ils arrivèrent au milieu de l'épaisse forêt de Marchenoir, et tandis que les Français hésitaient à s'y engager, on ordonna la joute de Micaille. Les deux champions mirent la lance en arrêt et fondirent l'un sur l'autre ; l'Anglais baissa traîtreusement son arme , et perça la cuisse de son adversaire , qui tomba , perdit beaucoup de sang, et voulut recommencer le combat à l'épée. Le duc de Buckingham s'y opposa , et renvoya Micaille avec un présent de cent écus.

11 poursuivit son mouvement de retraite jusqu'aux bords de la Sarthe, où le duc de Bourgogne s'offrit à lui avec une nombreuse armée. On se préparait des deux côtés à une bataille, quand on apprit la mort de Charles V, à qui le roi de Navarre avait jadis fait administrer du poison. Les seigneurs bannerets , pressés par diverses considérations, se dispersèrent, et l'Anglais arriva tranquillement en Bretagne , où il s'arrêta. Une trêve conclue entre les deux puissances termina la première période de la guerre des Anglais et des Français,

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^uevYC où le sang- coulait à flots pour des questions de vassela^e et de suzeraineté.

Déjà ces idées perdaient do leur puissance, et les haines de peuple à peuple se montraient plus implacables. Dans les luttes qui suivirent , les nations traitèrent le for à la main do leur existence ou de leur anéantissement.

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