CHAPITRE IV
Ouerrc entre la France et l'Angleterre. — Philippe de France, premier duc d'Orléans. — Bataille de Poitiers. — Charles, comte de Blois. — Traité de Bretigny, près de Chartres. — Combat singulier dans la forêt de Marchonoir.
Sous le règne de Philippe VI commencent ces luttes puériles d'étiquette , ces inteii)rétations de chartes et de parchemins qui armèrent les Français et les Anglais. Ces derniers acceptèrent la honte tant (ju'ils se crurent les plus faibles, estimant l'or et les avantages préférables à leur nationalité; dès qu'ils se crurent les plus forts , ils brisèrent les traités , mentirent à la foi jurée, et, par les plus insignes trahisons, ensanglantèrent notre province.
Lorsque là reine Jeanne eut mis au monde une fille, les r('(lamati()ns
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suscitées par la loi salique reparurent avec force. Edouard III , roi d'Angleterre , qui se prétendait héritier de la couronne de France du chef de sa mère Isabelle , envoya des ambassadeurs pour soutenir ses prétentions devant les états-généraux réunis à Paris. Ses députés alléguèrent que l'exclusion prononcée par la loi salique ne s'étendait pas aux enfants mâles des femmes , et que si la reine Isabelle devait être écartée du trône, son fils Edouard pouvait. y monter comme neveu des trois derniers rois , dont Philippe de Valois n'était que le cousin. Robert d'Artois répondit que le représentant d'une femme n'avait pu tenir d'elle un droit qu'elle n'avait jamais possédé, et que cette proximité de la ligne féminine était ce qui condamnait io plus sa prétention.
Philippe , reconnu roi par acclamation , céda la Navarre à la petite princesse Jeanne.
Ses victoires sur les Flamands lui inspirèrent un légitime orgueil , et il pressa Edouard, son vassal, de venir lui rendre hommage pour la Guyenne. Las de tous les prétextes que l'Anglais alléguait pour différer cet acte solennel , Philippe le somma de comparaître dans la cathédrale d'Amiens à un jour fixé , sous peine de la confiscation de ses terres et châteaux. Cette menace toucha l'Anglais , qui accourut.
Le monarque , assis sur son trône et entouré d'une cour magnifique, attendit Edouard, qui ôta sa couronne, son épée, ses éperons, et s'agenouilla devant lui. Puis, après quelques difficultés sur la formule du serment, il se déclara vassal -lige du roi de France. De telles scènes prouvaient que Philippe se plaisait à humilier son vassal , qui lui voua sourdement une haine implacable. Robert d'Artois , mécontent de l'issue d'un procès qui le dépouillait de ses droits , proscrit et condamné , trouva des encouragements à la cour d'Angleterre. 11 y fut accueilli et reçut le comté de Richemond. A cette nouvelle, Philippe, son beau-frère, le fit mettre en jugement et condamner à mort; ses biens furent confisqués. Il donna un généreux asile et des espérances à Robert Bruce , ])réci]iité du trône d'Ecosse par le
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roi (l'Angleterre. De tels procédés manifestaient assez les haines qui ne pouvaient manquer d'éclater tôt ou tard. Bientôt Edouard réclama des terres et des châteaux en Guyenne. On ne l' écouta pas. Il promit ouvertement à Artevelle , chef des Gantois rebelles , de le soutenir, et menaça d'envahir la Normandie. Docile à l'audacieux conseil de Robert d'Artois, il envoya l'évêque de Lincoln demander la restitution de la couronne de France, que Philippe usurpait*. Comptant sur la trahison des gouverneurs, il fit attaquer diverses places de la Guyenne et de la Saintonge , tandis qu'il assiégeit la ville de Cambrai. Philippe s'avança et fit reculer les Anglais. Mais tout se passa en escarmouches de peu d'importance. Le seul combat sérieux fut celui de l'Écluse, que les marins français perdirent par suite de l'arrivée imprévue des Flamands.
C'est au siège de Thin-Lévêque, château sur la Sambre, que furent employés pour la première fois les canons.
Une trêve d'un an fut signée au moment où expirait , sans en-
' Edouard fit répandre cette espèce de manifeste en vers latins :
Rex sum regnorum , bina ratione , duorum : Anglorum in regno sum rex ego jure paterno; Matris jure quidem Francorum nuncupor idem : Hinc est armorum variatio Tacta meorum.
Ces Vers furent ainsi traduits :
Je suis roi par double raison :
Roi d'Angleterre en ma maison , Roi de France par Isabelle; Pourquoi de France j'écartèle.
Philippe lu' répondit i
Prsedo regnorum qui diceris esse duorum , Francorum regno privaberis atque patemo ; Succedunt mares huic regno, non mulieres : Hinc est armorum variatio stulta tuorum.
Voici la traduction
Tu te fais roi sans beaucoup de raison : Tu pourrais bien sortir de la maison ; Quant à la France, elle exclut Isabelle : Ainsi jamais de France n'écartèle.
Biographie MICHA0D, t. xxxiv, p. 139.
faiits, Jcaii-li'-Boii , duc de Bfota^iic. 11 laissait une nièce, iille de Guy de Penthicvre, appelée Jeanne-la-Boiteuse, mariée à Charles de Blois, iu>\eu du roi de France. 11 fit reconnaître ce prince jjour son héritier par les États du duch('' , malgré les remontrances de son frère d'un autre lit, Jean de Montfort, fils d'iolande de Dreux. Celui-ci, furieux de ce qu'il regardait comme vme spoliation , s'empare des trésors et des châteaux de la province , et se met sous la protection d'Edouard, tandis (pie le roi de France se déclare pour son neveu. La cour des pairs, saisie de l'affaire, somme Montfort de comparaître, et il obéit en effet , mais suivi de quatre cents chevaliers ; puis il disparaît sans attendre le jugement, qui reconnaît les droits de Charles. La guerre se porte en Bretagne. Le comte de Blois presse vivement le siège d'Hennebond , que défend héroïquement Jeanne" de Montfort. Robert d'Artois reçoit à la prise de Vannes le châtiment dû à sa trahison. Blessé dangereusement, il n'ose se fier aux chirurgiens français, et, transporté en Angleterre, il y meurt en excitant Edouard à persister dans ses prétentions (1343).
Un autre traître , Geoffroy d'Harcourt , gagna la faveur de l'Anglais par ses honteux services. On vit alors de déplorables batailles, où le courage tombait victime de pièges et de dangers inconnus. A Crècy, les Anglais, tranquilles derrière leurs retranchements, faisaient tuer par de misérables archers la fleur de notre chevalerie. " Le " comte Louis de Blois , neveu du roi de France , et le duc de Lor- " raine, avec leurs gens et leurs bannières, se combattirent moult '• fort; mais ils furent enclos d'une route d'Anglois et Gallois, et fu- " rent occis , combien qu'ils firent moult de prouesses ^ " A Calais , Edouard eut l'odieuse pensée d'ordonner le supplice de citoyens dont le seul crime était d'avoir bravement combattu pour leur prince et leur patrie. Tandis que les Anglais couvraient nos provinces de ruines et de cadavres, la l;imine désolait le royaume, la peste répandait
' ('hrntiiijnes i/r Frnisxiird.
ANCIKN ET MODHHNH. "'•
ses horribles ravaues. On égorgeait les juifs, accusés d'avoir rn.i.oisonné les fontaines. Les llagellants, ignorants fanatiques, parcouraient les ^•illes et les campagnes , demi-nus et se frappant de verges, pour apaiser la colère divine; mais ils commirent de si grands désordres, que seigneurs et bourgeois les pourchassèrent comme des bêtes fouves, et finirent par les exterminer.
(1344.) Vers cette époque ' , Philippe de Valois érigea la ville et seigneurie d'Orléans en duché, qu'il donna pour apanage à Philippe, son second fils. Un duché devant comprendre dix chatellenies , on joignit à celle d'Orléans le comté de Beaugency, les seigneuries de Neuville, d'Yèvre-lc-Châtel , de Vitry, de Chateauneuf , d'Hyenville, de Château-Renard, de Lorris et de Boiscommun. Les motifs qui déterminèrent le roi à faire à son fils ce présent magnifique furent le désir de l'indemniser de changements opérés à la donation d'Humbert, dauphin du Viennois. Ce seigneur avait disposé du Dauphmé et de ses autres états en faveur du second fils de Philippe de Valois, à condition que lui et ses descendants prendraient le nom et les armes de la pro^•ince. Le monarque jugea à propos d'appliquer ces avantages à l'héritier présomptif du trône. L'apanage d'Orléans, avec le duché de Valois et le comté de Beaumont-le-Roger, ser^'irent à dédommager le jeune Philippe , qui se démit en faveur de Jean , son frère, des châteaux et chatellenies de Breteuil , de Couches
et d'Orbec.
Philippe de Valois , épris d'une chaste passion pour Jeanne de Navarre, veuve du comte d'Évreux et châtelaine de Nogent-le-Roi , se rendait souvent dans cette petite ville, située non loin de Dreux. 11 y mourut, laissant la renommée d'un prince plus heureux dans les négociations que dans les combats.
Le règne de Jean II commença par un acte de justice qui attestait son ferme vouloir d'atteindre et de punir les seigneurs coupables de
• LlCHET, Histoire de l'Orlcnniiis.
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trahisons t'iiNcrs la Franci'. Raoul, coiule d'Eu et de Guines , et coiniétaI)le du rcnauiiie, s'clanl ])i(''sciit('' devant lui à son retovir de Londres , où il avait aidé les Anglais de ses dangereux avis , fut arrêté et mis à mort sans que son procès eût été rendu public. Les vives clameurs de la noblesse , qui comptait dans ses rangs plus d'un traître, n'arrêtèrent ])oint la hache du bourreau. Une autre exécution de mémo nature ayant eu lieu à Reims, le roi d'Angleteri'e prête l'oreille aux promesses des mécontents , et leur envoie le prince de Galles, son fds aîné. Jean, brûlant de venger l'affront de Crécy,
rassemble son armée aux environs de Chartres , et s'y rend luimême avec son frère Philippe , duc d'Orléans. Les Français s'avancent contre le prince Noir, qui , ])arti de la Guyenne , avait ravagé
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le Poitou et était camin' pivs de Vierzon. Les An<flais, moins nombreux et chargés de hutin , battirent en retraite ; mais ils ])erdirent deux jours au pillage de Rdmoiantiii. J.e roi les atteignit à tlcux lieues de Poitiers, dans un lieu nommé Maupertuis, couvert de haies, de vignes et de buissons. L'Anglais fit des propositions d'accommodement , mais Jean s'y refusa. Le prince de Galles, forcé d'accepter le coml :at , profita avec intelligence des avantages du terrain et s'entoura de retranchements. Le cardinal de Périgord, chargé d'une mission de paix, sort de Poitiers, Jean refuse de l'écouter; le cardinal insiste et offre de la part du prince Noir la reddition des villes , des châteaux enlevés, et la mise en liberté des captifs. Ce n'est point assez aux yeux du roi , et de part et d'autre on se dispose au combat. L'armée anglaise, ramas d'aventuriers, comptait parmi ses meilleurs soldats un assez grand nombre de Gascons , indignes Français que la crainte du supplice rendait braves et déterminés. Us contribuèrent puissamment au succès de la journée. Après une trêve d'un jour, Jean , précédé de trois cents cavaliers, s'engage dans un défilé qui conduisait au camp retranché des Anglais. Trois divisions, de chacune mille hommes d'armes, s'avancent en première, seconde et troisième ligne. Soudain les archers anglais font pleuvoir une grêle de traits sur le roi et sa cavalerie, qui obstruait le défilé. Hommes et chevaux tombent et se renversent les uns sur les autres. Le duc d'Orléans, qui commandait l'aile gauche, marche au secours de son frère, et ne fait qu'auj^menter le désordre et la confusion. Au même moment la division du centre est chargée par un corps de six cents cavaliers anglais embusqués derrière la colline. Le gouverneur des fils du roi et le duc d'Orléans lui-même pensent trop tôt qu'il devenait urgent de sauver les jeunes princes, et leur retraite entraîne celle de toutes les troupes. Jean se défend avec courage; mais, couvert du sang de ses meilleurs chevaliers , il est forcé de se rendre à Denis de Morbec , gentilhomme français, qui le conduit au prince de Galles. Dans cette funeste bataille ])érirent treize comtes, soixante-
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dix barons et deux mille chevaliers. Paris vit bientôt llettei- pi'ès de se>i leiuparts les drapeaux anglais.
La honte et la stupeur étaient à leur comble. Le peuple accusait du désastre une noblesse qui ne voyait que ses intérêts, se battant ])ar orgueil ou désœuvrement , et prête à trahir pour de l'or la cause nationale. Les chevaliers échappés aux périls de la bataille étaient honnis , conspués par leurs vassaux . Les bourgeois commencèrent à réfléchir et à se dire que leurs droits pouvaient être substitués à ceux de ces nobles sans dévouement. Paris fut la première ville où se manifesta l'esprit de réaction ; elle fut aussi la première où s'organisa la défense contre l'étranger. Etienne Marcel , prévôt des marchands, doubla les fortifications , plaça des canons sur les murs et fit tendre des chaînes de fer dans les rues.
Le dauphin Charles, âgé de dix-neuf ans, quitta le champ de bataille à franc étrier, passa la Loire à Orléans, et vint prendre d'une juain inexj)(Miiiieiit(''e les rênes du gouvernement. 11 s'empressa de
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convoquer pour le mois d'octobre les Etats-généruux. Ceux de lu Langue d'Oc s'assemblèrent à Toulouse sous la présidence du comte d'Armagnac, et votèrent généreusement des levées d'hommes et d'impôts, s'interdisant les danses, les spectacles, les fom-rures, l'or, les perles et les bijoux tant que durerait la captivité du roi. Mais les états de la Langue d'Oil , réunis à Paris et formés de l'élite des pays d'outre-Loire, de la Bourgogne, de l'Ile-de-France et de l'Orléanais, au nombre de huit cents , agirent sous l'influence de Marcel. 11 présidait le tiers-état, et se ménagea le concours de Robert Lecoq , évêque de Laon , qui, comme tous les membres du clergé, partageait l'indignation du peuple contre la noblesse. Enfin, il y avait parmi les nobles des hommes dévoués à la cause nationale, et entre autres Jean de Pecquigny, sire de Yermandois. La majorité de l'assemblée aspirait à des réformes et voulait repousser l'invasion ; mais pour prix des sacrifices auxquels le peuple allait consentir, les plus turbulents de la bourgeoisie demandaient que la royauté se dépouillât en faveur des Etats d'une grande partie de l'exercice du pouvoir souverain. Charles, eff'rayé de ces envabissements, évita de répondi'e et de s'expliquer. Un voyage qu'il fit en Allemagne lui ser\'it de prétexte pour gagner du temps, et l'assemblée se sépara. Telle fut la source de l'anarchie qui causa tant de calamités dans toute la France. On \it des bandes d'aventuriers na^■arrais , brabançons et anglais parcourir les campagnes , brûlant les chaumières , pillant , maltraitant les pauvres vassaux. A la tête de ces brigands se montraient les barons faits prisonniers à Poitiers, et qui cherchaient à amasser par le vol la rançon promise aux Anglais. 11 n'y avait plus de roi, la justice était suspendue ; les laboureurs se réfugiaient avec leurs familles , leurs charrues et leurs bestiaux dans des souterrains, qui ne les dérobaient pas toujours aux cruautés des bandits.
Privé du concours des États , et par suite de subsides , Charles lit altérer les monnaies. Marcel souleva la bourgeoisie, qui arrêta la circulation des pièces fausses, et obligea le prince à convoquer les Etats-
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^L'iicraux. L'évêque de Luon , qui les présidait, uiiiioiiça que trente mille soldats et l'argent nécessaire à leur solde seraient mis à la disposition du dauphin , s'il promulguait une ordonnance de réf'ormation lue en plein parlement, et dont ils lui dictèrent l'esprit et les termes. 11 y consentit , et publia l'ordonnance fameuse où la royauté s'engage à réprimer les abus de pouvoir de ses officiers , s'interdit le droit do ■ lever un impôt non voté par les Etats, d'altérer les monnaies, de recourir aux emprunts forcés , et de faire la moindre entreprise illégale contre les droits du peuple , qui , dans le cas contraire , pouvait légitimement prendre les armes et résister.
Les Anglais , étonnés de leur victoire , s'étaient retirés dans la Guyenne, et la guerre était comme suspendue. Mais en Bretagne , Charles de Blois n'avait pas cessé de lutter contre Montfort et ses alliés. Quimper-Corentin , pris par ses soldats, fut traitée de la manière la plus barbare; tous ses défenseurs périrent égorgés. Montfort, usant de représailles , saccagea la ville de Dinant ; mais , épuisé de fatigue et découragé par de légers revers , il mourut à Hennebon , laissant son fils souslatutelle.de son héroïque épouse, la comtesse Jeanne. Par son énergie, elle sut obtenir d'Edouard des renforts (|ui lui permirent de reprendre l'offensive. A la sanglante bataille d' Aurai , Charles de Blois , trois fois cerné et trois fois dégagé , reçut dix-huit blessures , et se rendit prisonnier après des prodiges de valeur. Les Anglais l'enfermèrent dans la Tour de Londres. Les deux comtesses continuèrent cette guerre d'extermination , dont tous les avantages étaient pour l'Angleterre. Pendant la captivité du comte de Blois , eut lieu le combat des Trente. Parmi les champions français , on trouve plusieurs noms aujourd'hui répandus dans l'Orléanais*. Une rançon de trois cent cinquante mille écus satisfit
' Le chef breton s'avança dans la lice à la tête de ses hommes d'armes d'élite, tous sortis de noble race, selon les conditions du cartel. Voici les noms de ces guerriers ; Tinténiac, Charruel, Saint-Yvon, Olivier Artel, Jean Rousselet, Robin de Beaumont, Alexandre Fardet, Robin Raguenel, Geoffroy Dubois, Geoffroy de la Roche, Geoffroy de Beaucorps, Jeannot de Sérent, Guillaume Delalande, Montoville, Foulard, Goyon, etc.... M. DEL.\NDmE S.mnt-Esprit.
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l'Anfj:lais et décida la mise en liberté de Charles de Bltti>. On lui proposa de partapfer la Bretapfne avec le jeune comte de Mont fort mais il répondit lièi-emcMit : •• Tout on rien. • Les armées se rencontrèrent dans la lande d'I^vron : les seigneurs des deux pai-tis s'el"forçaient de terminer à l'amiable ces longs et cruels démêlés, et les deux ])rinees semblaient d'accord , lorsque l'entêtement des deux comtesses raviva la querelle. Jeanne de Penthièvre écrivit à Charles, qui l'aimait : •• Vous aviez promis de défendre mon héritage. Vous •• ne devez pas remettre mon patrimoine au jugement des clercs tant ■ que vous aurez les armes à la main. • Charles de Blois se rétracte et recommence la guerre. Jean Chandos, célèbre capitaine anglais, était le guide militaire de Montfort ; Charles de Blois avait Duguesclin pour général. Une ])ataille décisive, livrée près d'Aurai, mit (in à vingt-trois ans de guerres. Des deux côtés on se prépara par la ))rière à un combat mortel. Charles se confessa et communia.
Averti qu'on s'attaquerait principalement à sa personne, le jeune Montfort fit revêtir un de ses chevaliers d'une armure semblable à la sienne. Charles de Blois fondit sur ce chevalier, le tua de sa main , et crut avoir gagné la victoire; mais une charge d'Anglais conduite ])ar Montfort le détrompa. Bientôt envelopj)é avec Duguesclin , R(v han , Laval et l'élite des Bietons, il fut forcé de se rendre. Tandis qu'on l'entraînait captif et désarmé , un Anglais lui plongea lâchement sa dague dans la gorge. Il tomba mort en s'écriant : Domivr Deiis Jiaa. (L364.) Jean de Blois, son fils naturel, périt de la même manière. Le vainqueur, saisi de honte et de douleur, s'approcha du cadavre de ce brave gueniei- qui , tout en soutenant sa propre querelle, se battait depuis long-temps contre les ennemis de la France. Jean Chandos , arrachant Montfort à ses méditations , lui dit : •• Sire , louez Dieu et faites bonne chère ! •• Ce héros, l'honneur des maisons de Blois et de Penthièvre, était d'une grande piété. Il portait un cilice de crin blanc et ceignait son corps de cordes si t-troites, que les nœuds entraient dans la chair: il mettait de petite cailldiix dans ses
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souliers, aliii (juc chacun de ses pas fût \m acte de ])éuiteiice. Un jour, taîidis qu'on célébrait la messe, il reçut avis que l'ennemi attaquait un de ses châteaux; il réijondit : " Nous aurons toujours des villes et des " châteaux, et s'ils sont pris nous les recouvrerons; mais si nous man- " quons la messe, c'est une perte que nous ne pourrons réparer. - On prétendit que des miracles illustrèrent son tombeau. Sa veuve, la comtesse de Penthièvre implora vainement les secours de An France |)()ur elle et ses enfants, de sorte que sa mort laissa la Bretagne sous l'iniluence des Anglais.
On perdit l'espoir de délivrer le roi Jean. Les chevaliers gascons , à qui le prince Noir devait le succès de la bataille de Poitiers , touchés de la position du monarque captif, manifestaient l'intention de le garder eux-mêmes. Les Anglais l'enlevèrent et le conduisirent à Londres ; il y fut comblé de ces insultantes marques d'estime et de respect dont Torgueil 1)ritannique se plaît à entourer ses dupes ou ses
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victimes. Mais quand il fut question de délivrance, l'Anglais haussa la voix afin de donner plus de prix à ce qu'il voulait vendre plus cher. Ses propositions devinrent inacceptables, et Jean lui-même s'écria avec indignation : >• Plutôt mourir que de rentrer déshonoré dans mon royaume ! •■
Cependant la l ourgeoisie se montrait chaque jour plus entreprenante, et les embarras du dauphin augmentaient. Jean fit défense aux Etats de s'assembler et au peuple de se soumettre à leurs décisions. Les Parisiens prirent les armes; mais les nobles et les prélats, " qui se commençaient à tanner de l'entreprise et ordonnance des trois " Etats' , •• refusèrent de payer l'impôt, ce qui accrut l'anarchie et la confusion.
La trêve convenue n'arrêta pas les gens qui voyaient dans la guerre leur existence et des profits. Des bandes de brigands sans aveu et sans ])atrie parcouraient la France, rançonnant sans pitié seigneurs et bourgeois. L'une d'elles saccagea le Pays Chartrain, la Beauce et les bords de la Loire. La délivrance de Charles-le-Mauvais , roi de Navarre, mit le comble à tous ces fléaux. Ce prince, vicieux et corrompu, joignait à l'éclat de la naissance le charme des manières; il se disait victime de la haine du dauphin , qui jadis en dénonçant ses trahisons, avait été cause de sa captivité. Doué d'une grande éloquence , il persuada aux bourgeois qu'il voulait vivre et mourir pour leur cause , et il donna à entendre que, s'il voulait disputer la couronne, il montrerait bien qu'il en était plus prochain que le roi d'Angleterre. Comme le régent avait un parti puissant et capable de s'opposer à ses desseins, il tenta de l'empoisonner dans un repas. La dose ne fut point assez forte pour déterminer la mort, mais elle causa d'affreux ravages et jeta le prince dans un état de langueur qui l'éloigna pendant plusieurs mois des affaires. Une prompte fuite déroba l'assassin au châtiment, et il alla recommencer en Normandie les hostilités. Sur ces entrefaites, Edouard débarqua en France avec une
' Froissart, t. III, p. 287.
armée de cont m\]\c hommes. Les Français choisirent un système de défense que leur brillante valeur avait jusqu'alors rejeté. 11 fut interdit aux chefs des troupes de liasarder la moindre bataille; les habitants des campagnes menacées devaient se retirer dans les villes et les châteaux, et laisser les Anglais s'épuiser en efforts coûteux. Edouard , sans cesse harcelé dans ses marches , et ne trouvant point l'occasion de frapper un coup décisif, dévasta l'Artois, bloqua Reims, qu'il désirait prendre pour s'y faire couronner roi de France, revint du côté de la Brie, campa aux environs de Bourg-la-Reine, et envoya défier au combat le dauphin , qui s'était retranché à Lonjumeau. Le jeune prince lui répondit, comme l'Anglais avait fait devant Calais, qu'il n'avait qu'à tenter de prendre Paris , puisqu'il était venu de si loin pour cela.
Edouard rôda plusieurs mois autour de la ca])itale, pillant, brûlant les maisons de plaisance des bourgeois, et leur coupant les vivres.
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l'a.U. J. MAl.l.K.r !V ri'" Kdilcufs. H»,- de lAbbcivc. 9 & 11 .
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Eiilin , désespérant d'y exciter la révolte, il gagna la Beauce, où il comptait faire reposer son armée. Il calculait que les fortes garnisons établies dans les villes et les châteaux ruineraient le dauphin et seraient cause de sa perte ; ces gens de guerre mal payés en deviendraient plus aisés à corrompre ; la bourgeoisie , peu accoutumée aux privations, se mutinerait, et les campagnes se lasseraient de souffrir. Plusieurs de ses conseillers ne voyaient pas l'avenir du même œil . Le duc de Lancastre , son cousin , homme de sens et de grand jugement, lui faisait remarquer que la France était à l'agonie, et que l'excès de ses misères la conduirait au tombeau. " Quelquefois, " lui disait-il , en voulant trop avoir on perd tout. Vous avez a])pris •• devant Reims que votre entreprise n'était pas si facile que vous •• pensiez. Quelque événement imprévu peut tout changer. Les fati- " gués des marches , de petites défaites , une maladie contagieuse >• peuvent rainer votre armée; les Français, reprenant cœm-, vous " enfermeront , vous et vos enfants , et de victorieux vous rendront " captifs. Et quand la fortune même vous assurerait la victoire, •• quels en seraient les fruits 1 Vous avez quatre fils. La concorde •' est si rare entre les frères ! Pouvez -vous vous flatter qu'ils reste- •' ront toujours unis? Il ne faut qu'une guerre entre eux pour que
• la couronne qui vous aura coiité tant d'inquiétudes et de peines " retourne à ses premiers possesseurs , sans qu'il reste rien à votre
• postérité de votre brillante conquête. 11 y a plus de vertu à affermir •' un médiocre État qu'à toujours battre un grand pays sans songer à " le consen'er. - Un événement inattendu lui confirma la sagesse de ces paroles. Tandis qu'il était campé avec son armée près du hameau de Sours, à une lieue et demie de Chartres, un petit nuage noir, qui semblait sortir des clochers de la cathédrale, grossit en s'avançant comme pour envelopper les Anglais. Puis éclata soudain un orage ; les tentes , déchirées par le vent , roulèrent dispersées ; les fantassins, les cavaliers, aveuglés par les éclairs , s'attaquaient et s 'entr' égorgeaient avec iureui-. La foudre ft une grêle énorme tuèrent
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six mille chevaux * ; et (j^uand le calme reparut, l'armée était dans un état pitoyable.
Cet événement fut accompagné de circonstances cpi frappèrent les esprits superstitieux. Edouard, levant vers la cathédrale ses regards humiliés , fit vœu à la Vierge de traiter de la paix. » Rarement , dit •• Voltaire , la pluie a décidé de la volonté des vainqueurs et du sort " des États. - " Mais quelle pluie! " ajoute Anquetil. « froissard, " auteur contemporain , souvent admis à la familiarité du roi d'An- " gleterre, a écrit que ce prince convenait de l'impression que l'orage " avait faite sur lui. Il ne serait point étonnant qu'un pareil boulever- " sèment , l'ouvrage de quelques minutes , ne lui eût tout à coup re- - présenté la situation terrible oîi il se trouverait au milieu de la •• France, si d'autres fléaux venaient le frapper. Voltaire ne nie pas •• qu'il soit possible qu'Edouard ait été entraîné par ces réflexions. " Ce n'est que l'acte religieux dont on dit que la frayeur du prince " fut accompagnée qui le blesse, et qui fait convertir par lui un " orage épouvantable en une simple pluie. "
Politique ou religieuse , la détermination d'Edouard suivit de près l'apparition du phénomène, et il envoya de lui-même proposer la paix au dauphin. Ce prince, qui était à Paris, choisit des commissaires. Parmi eux on distinguait Jean de Melun, comte de Tancarville; Jean de Boucicault, maréchal de France; le sire de Vigny; Jean d'Augerant, doyen de Chartres; Jean des Marets, avocat, qui partirent pour Chartres (1360.) Edouard, avec une mauvaise foi punique, bien digne de sa nation , voulut que le traité fut rédigé au nom des fils des deux rois, le prince de Galles et le dauphin. Il se préparait ainsi le moyen de soutenir un jour que tel ou tel article ne pouvait être ratifié par lui. Le régent faisait le moins de concessions possible , et le roi cherchait à obtenir ce qu'il ne se croyait plus en mesure d'exiger.
■ Mézeray dit milk^ chevaux; Anquetil porte à six mille ce nombre, (jue les historiens du pays, tels que Souchet, regardent comme fort exagéré. P. D. L. M.
ANCII'N KT MODERNE. \\:\
mais le tmilé, publié le 7 mai, est daté de Sours, devant Chartres. 11 se divise en quatre titres et contient quarante articles : 1° On accorde au roi d'Angleterre ce que le roi de France possédait en toute souveraineté et en domaines dans le Poitou, la Saintonge, l'Agénois, lePérigord, le Quercy, le Limousin, l'Angoumois, le Rouergue et le Bigorre, Calais, la terre d'Oil, le comté de Guines et ses dépendances , ainsi que les droits de suzeraineté sur les comtes de Foix , d'Armagnac et autres, dont les châteaux étaient enclavés dans les provinces cédées; 2" le roi d'Angleterre et le prince, son fils, restitueront tout ce qu'ils ont pu ou pourraient posséder dans la Normandie, la Touraine , le Maine , l'Anjou , la Bretagne et la Flandre ; 3" ces deux mêmes princes renonceront aux droits qu'ils prétendent sur la couronne de France et sur les parties du royaume autres que celles qui sont concédées par le premier article ; 4° on payera ])our la rançon du roi Jean trois millions d'écus d'or, savoir : six cent mille à Calais dans quatre mois , et le reste d'année en année , par six cent mille écus rendus à Londres; et, pour sûreté du payement, on donnera quarante otages. On ne devait point se mêler de la querelle entre Charles de Blois et Jean de Montfort ; mais si quelque autre seigneur se permettait d'agir contrairement au traité, les rois devaient les forcer à soumission.
Jean débarqua en France au mois d'octobre suivant. Sa captivité avait duré quatre ans. Il fut encore retenu à Calais pendant qu'on expliquait et réformait les articles du traité de Bretigny. Edouard reçut les otages et se sépara de son captif après avoir juré la paix sur les saints Evangiles et sur l'hostie consacrée. Philippe, valeureux enfant, pris à Poitiers aux côtés de son père, fut également délivré.
La paix privait de leurs moyens d'existence une foule d'aventuriers allemands, anglais et français, qui, licenciés et mis hors des châteaux, se choisirent des capitaines et parcoururent la France. On les nomma les Grandes Compagnies, et ils s'appelaient eux-mêmes les Tard-
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venus , pour exprimer que d autres moissonneurs n'avaient rien laissé dans ces champs où ils venaient chercher leur subsistance. L'Orléanais ne fut j)as plus épargné que les autres provinces. Ils forçaient les vilains à s'enrôler, et couraient sus aux gens d'église et de la noblesse. La peste se déclara; la reine de France et son fils Philippe , duc de Bourgogne, en furent victimes.
" Pour traire hors du royaume toutes ces manières de gens d'armes (jui le pilloient et détruisoient sans miséricorde, - Jean songea à faire une croisade , sorte de remède que plusieurs de nos rois avaient employé avec succès. Mais sa rançon n'avait pas été entièrement payée ; l'Anglais le pressait de tenir sa parole, et l'un de ses otages , le duc d'Anjou , impatienté de la lenteur des négociations , s'étant échappé de Calais, refusa d'y retourner. Fidèle à ses serments, Jean prononça cette belle parole : » Si la justice et la bonne foi étaient bannies du " reste du monde , elles devraient se retrouver dans la bouche et le " cœur des rois. " Puis il partit pour Londres, où il mourut presque subitement.
(1364.) Charles V possédait dès long-temps la pratique et la science des affaires. Son règne suspendit le cours des calamités qui accablaient le pays. Cependant Français et Anglais cherchaient l'occasion de se mesurer en se plaçant sous les bannières des grands vassaux qui vidaient leurs querelles particulières. A la bataille de Cocherel , les deux nations se trouvèrent de fait en présence , et la victoire resta à Bertrand Du Guesclin. Cette heureuse nouvelle parvint à Reims le lendemain du sacre, et fut de bon augure pour l'avenir. Le traité de Guérande assura la paix à la Bretagne et fit cesser les prétextes que chacun cherchait pour guerroyer ; le royaume sembla goûter quelque repos. Charles put s'occuper des finances, qui étaient dans l'état le plus déplorable ; les percepteurs et receveurs , aussi nombreux que les contribuables , dévoraient eux-mêmes f-e qu'ils se chargeaient de recouvrer pour le trésor. On fit une refonte générale des monnaies; les impôts furent diminués et mieux
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tUslrilmcs. Chaiicri s'ellorça do jaiiiim'r raij;ri(ulturL', iiKtitc sous les coups de la o^ucrre et par les déprédations des seigneurs. Les droits de ceux-ci iuiciit liniitt's et leurs \ iolciucs trouvèrent ré[)ression.
Mais l'allaire la plus urgente et la plus difficile, c'était d'éloi^ier les Grandes Compagnies , qui désolaient les campagnes , et formaient des armées eimemies de tous les partis. Charles eut l'habileté de se sen ir de ce fléau en le dirigeant contre un souverain dont il avait à cœur de châtier les crimes. Henri de Transtamare, alors en lutte avec Pierre -le -Cruel , assassin de Blanche de Bourbon , sœur du roi de France, songea à tirer parti de la bravoure des Compagnies, devenues plus nombreuses depuis le traité de Bretigny. Mais il n'était pas aisé d'entraîner par delà les monts, dans des pays inconnus, ces bandits, qui, sachant toutes les ressources de la France, montraient pour leur mère-patrie un sauvage attachement. Du Guesclin
avait quelque autorité sur ces hommes, qui Ihonoraient comme un vaillant capitaine; mais il était prisonnier des Anglais. Charles se
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hâta de payer sa l'ançon et lui ordonna de conduire les malandrins vers les champs de Castille. Il les trouve près de Châlons, où ils s'étaient réunis après avoir ravagé complètement l'Orléanais , l'Ilede-France et la Champagne. Là campaient trente mille soldats , pillards intrépides dont les capitaines , accoutumés au luxe , s'enrichissaient et se ruinaient en quelques jours. » Camarades, leur dit Du " Guesclin en les abordant, nous avons assez fait, vous et moi, pour " damner nos âmes , et vous pouvez vous vanter d'avoir fait pis que " moi. Faisons honneur à Dieu, et le diable laissons! - Il leur représente que la France n'offre plus rien à leur avidité, et que la Castille, pays riche et délicieux, les appelle. Prêtant l'oreille aux avis d'un soldat , ils courent chercher en Espagne une fin digne de leur aventureuse vie.
L'antipathie des Français contre les Anglais les portait sans cesse à de nouvelles luttes. Edouard ne négligeait aucune occasion de susciter des embarras à Charles, qui, de son côté, fomentait des mécontentements dans tous les pays soumis à son vassal. Les habitants du Ponthieu , sourdement excités à la révolte , reçurent le secours de bandes mercenaires qui paraissaient agir sans ordre, et étaient en réalité stipendiées par la France. Edouard, irrité, fait venir en sa présence les envoyés français , qui avaient ordre de résider à sa cour pour y interpréter les articles amphibologiques du traité ; il leur reproche avec force les révoltes de Gascogne et du Ponthieu , et les invite à écrire au roi pour réclamer ses lettres de renonciation aux provinces par lui cédées. Charles assemble le parlement et y fait lire l'insultante épître d'Edouard. On repasse avec soin tous les articles du traité de Bretigny ; on proclame qu'Edouard peut s'imputer la révolte des seigneurs gascons , et que lui seul ayant commencé la guerre, les Français doivent repousser son injuste agression. Le monarque anglais, surpris de cette déclaration , lève des troupes, et envoie par Calais une seconde armée , sous les ordres du duc de Lancastre , son autre fils.
ANCIEN KT MODERNE. il7
La guerre éclate au milieu des récriminations des doux peuples, qui s'accusent d'avoir violé le traité de Bretif^ny. Edouard, par sa dureté et ses exigences , avait mis le roi Jean et ses sujets hors d'état de remplir diverses conditions qu'ils avaient acceptées. • Il marchanda • bassement avec les otages pour tirer de l'un des •• terres, de l'autre de l'argent. Quand, après cela, lui et le prince de " Galles , son fils , qu'il avait déclaré souverain de la Guyenne , se " crurent bien assurés dans leurs possessions , ils ne se mirent plus " en peine de ménager ceux qui leur avaient procuré une si grande " puissance, tels que les seigneurs gascons, qui avaient tant contribué " au gain de la bataille de Poitiers. - Si donc les premiers actes de violence émanèrent des Français , Edouard fut le j)rovocateur par son impitoyable opiniâtreté.
Le prince de Galles , impétueusement attaqué , recula de ville en ville , de château en château ; puis , reprenant courage , il fit tête aux Français, et vint demander compte à Limoges de sa trop prompte reddition. Aigri par les revers et par une maladie cruelle, il brûla cette \'ille et ordonna le massacre de tous les habitants. Fureur inutile ! les villes résistaient , les campagnes dévastées n'offraient pas de ressources aux troupes anglaises , qui , épuisées par les marches et les contre-marches, prirent leurs quartiers d'hiver sans avoir rien ftiit d'important.
Tandis qu'on reconduisait à Londres , exténué et près de mourir, le fils chéri d'Edouard, naissaient, à quelques mois de distance l'un de l'autre, deux hommes destinés à rappeler par leurs mortelles haines les époques de barbarie , Louis , duc d'Orléans , et Jean , fils de Philippe, duc de Bourgogne, second fils du roi. Du Guesclin fut le parrain du premier. " Monseigneur, lui dit-il en plaçant son épée •• dans sa main, je vous fais présent de cette épée, priant Dieu qu il " vous fasse la grâce, et qu'il vous donne tel et si grand cœur, que
' Anquetii., Histoire de France, t. m, p. 192.