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s'était l'ait à cette époque devait s'accomplir du lu même manière. Les écrivains et les poètes ne vivaient que de cette idée. Les érudits et les philosophes la retournaient sous toutes les faces, et tout U- monde finissait parfaire de la réussite une question d'amour-propre, decalcul ou de vanité. Ce fut donc chose merveilleuse de voir le duc d'Orléans, si hautement loué par l'Opposition, rester assez bien avec la Cour. On répétait , il est vrai , avec bonhomie que S. A. S. n'attirait les patriotes de la République , les serviteurs de l'Empire et les jeunes libéraux que dans des vues d'ordre , de rapprochement et de conciliation. Le rôle du duc d'Orléans était tout à fait passif. Il répondait aux excitations de ses familiers : — "Je suis trop Bourbon pour les uns et pas assez pour les autres. - 11 repoussait toutes les ouvertures en homme dont on a souvent admiré la prudence , et dont on n'a jamais soupçonné le courage.
Ln naissance du duc de Bordeaux lui rappela vivement les paroles du roi Louis XVIII : — Mon cousin , vous êtes le plus rapproché du trône après Bernj . Le Palais-Royal, ne pouvant révoquer en doute la grossesse de la duchesse de Berry, souffrit de malveillantes insinuations sur le père et sur le sexe de " l'enfant que l'Europe adop- •• tait. " Une protestation publiée à Londres et des renseignements demandés au duc d'Albuféra irritèrent Louis XVIIL II fut question d'exiler le duc d'Orléans, qui repoussa cette calomnie, en protestant de son dévouement au chef de la branche aînée ; mais son mécontentement perçait dans toutes ses actions , et , lorsque ses sages paroles essayaient de calmer les esprits , ou le quittait avec la persuasion que , s'il descendait lui-même dans la lice , entraîné i«ir le zèle de ses amis , il apporterait au combat les rares talents de sa jeunesse , son immense habileté et son courage éprouvé. Parmi les hommes qui avaient voué au duc d'Orléans une sorte de culte on citait Jacques Lafïitte , qui " aspirait à faire Louis-Philippe roi, pourvu que celui-ci daignât à son tour le nommer son fou ' . ••
' Paroles attrilmécs à M. LatTittc.
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Ce banquier l'ut le du-t' d'une consjùratioii permanente, dont le duc d"Orléan^ é\ita toujours de connaître les secrets. Talleyrand , prince de Bénevent , jouait entre les deux un rôle équivoque , et recevait les confidences de LalFitte. — >• Officiers et soldats , tout est prêt , lui disait un jour celui-ci. Je n'ai rien omis ; et , si vous luirle/ au duc, l'affaire est faite. Trois millions, deux régiments, douze mille ouvriers autour des chambres , vous à une tribune , moi à l'autre, etjcs Aînés décampent ! Pas une goutte de sang, pas une arrestation! — Je le verrai, •• répliqua Talleyrand , et il garda fidèlement le secret.
Cependant Louis XVIII descendait au tombeau , laissant la couronne à im frère que sa loyauté chevaleresque rendait d'autant plus aveugle. Louis-Philippe versa des pleurs près du lit de mort de l'ancien comte de Provence , mais il salua avec empressement le nouveau roi . En échange de ses respects Charles X lui décerna le titre d'Altesse Royale, qu'il avait vainement sollicité du dernier monarque. Le duc de Chartres , décoré du cordon bleu , reçut le commandement du premier régiment de hussards. Enfin , ce que Louis XVIII n'avait jamais voulu lui accorder , la restitution , sanctionnée par une loi, de l'apanage , lui fut concédé par Charles X. C'était rendre irrévocable la possession par la branche cadette d'une immense fortune. Les députés récalcitrants furent , dit-on , vivement sollicités par le roi , dont on discutait la liste civile. Il déclara hautement qu'il regarderait comme un doute injurieux le rejet de l'article inséré à cet égard dans le nouveau projet de loi. Une assez forte majorité se prononça contre l'article 5, qui reconnaissait la légalité delà restitution des biens appartenant à la maison d'Orléans jusqu'à extinction des descendants mâles , cas où l'apanage ferait retour au domaine de l'Etat. Louis-Philippe fut en outre admis pour seize millions dans la liquidation du milliard attribué aux émigrés. (1825). Tant de succès ne satisfaisaient point encore les familiers et les serviteurs du prince, qui , allant au delà de ses intentions , commençaient de nouveaux pro-
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ces fonlic jnvs de trenlL; iiiilk' détciiteui;. de ilmu-s , iiiaiais, laiidi-s et. bniyères situés dans le département de la Manche. Plusieurs coniinuiies rcniiinitéicnt iitntiv S. A. K., (]ui é'jnoiiva d'autres désagréments avec la mIIc de Paris rclativtiiieMt à la d(''rivati(in dt'> eaux de la rivière d'(')urcq. Charles X ayant paru mécontent de la publicité donnée à ces débats, le pi-ince renonça à l'instance pondantf^ avec les communes.
Tels furent les principaux événements de la vie du duc . ceux (jui se rattachent le plus à l'apanag-e. Plus qu'en aucune autre piovjiue, les difficultés judiciaires surgirent dans l'Orléanais, et les luttes a\ec les agents de Son Altesse Royale y eurent beaucoup d'acrimonie. Cependant quelques procès contre des détenteurs de biens dans l'arrondissement d'Orléans et le canton de Beaugency auraient , si on les eût poussés à toute extrémité , touiné contre les adversaires du prince, et bien des fortunes seraient changées si on leur disputait encore aujourd'hui les lambeaux mal acquis de l'ancien apanage.
Nous arrivons à la période la plus importante de la vie du duc d'Orléans, aux journées de juillet (1830). Les écrivains des deux partis extrêmes, les dynastiques et les républicains, sont d'accord pour dire qu il serait impossible de [)rouver que Son Altesse Royale ait eu part aux complots ourdis contre la bi-anche aînée. Une question subsidiaire est celle de savoir s'il fut informé du projet de la publication des ordonnances. On présume qu'il en était instruit, et nous ne voyons rien de fâcheux à cela. Si le duc eût i)u par soti influence empêcher l'exécution des plans de la cour, il eût été coupable de ne le point faire, mais personne n'ignore que le premier acte de vigueur des ministres de Charles X fut d'ordonner, dès le mardi, à un bataillon de la garde de surveiller les approches du château de Neuilly, et de n'épargner ni le prince ni ses conseillers s'ils se mettaient en avant. Les dispositions prises étaient si alarmantes que Louis-Philippe se retira dans un lieu connu de sa famille seulement. Devait-il rester neutre dans ce grand débnt? Il niaiiqu;iit , dit-on,
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tout à kl fois aux royalistes et aux insurgés; il oubliait ce qu'il devait à ses ])arents , et perdait le droit de recueillir une couronne. La neutralité était le seul parti qui lui restât à prendre ; s'il eût offert ses senices à Charles X , il est certain qu'on doutait alors plus que jamais du /.Me d'un [irince constamment soupçonné pendant la Restauration , et dont le passé avait été si révolutionnaire ; ses offres eussent été repoussées, et, dans l'état d'exaltation où étaient les ofliciei's royalistes , on lui eût fait un mauvais parti ^ . Une démonstration en faveur des insurgés, l'action de combattre dans leurs rangs, eût été contraire aux lois de l'honneur. S'il est établi que le prince fut étranger au complot, s'il est permis de douter qu'il ait connu les provocations de la cour au peuple, est-il possible de supposer (|u'il eut dû se mettre à la tête d'un mouvement populaire contre une famille dont il avait reçu tant de bienfaits, et à laquelle il accordait, comme ceux-là même qui la combattaient, de l'estime et de la pitié? Certes, prise de ce point de vue, la conduite du prince eût été vivement incriminée, et son caractère subissait une ineffaçable flétrissure.
On connaît l'issue de cette lutte; la retraite des troupes royales et la victoire populaire.
Quelques-uns parlaient d'accepter les transactions de Charles X; d'autres, de reconnaître le duc de Bordeaux pour roi; plusieurs murmuraient le nom de Napoléon II; un petit nombre voulait la république, à laquelle il eût fallu du moins un chef ou des chefs, qu'on était en peine de désigner. Pendant ce temps, le peuple se tenait l'arme au bras et dans un sombre silence... . Soudain, le 31 juillet, le bruit se répand que le duc d'Orléans arrive. Dès la veille , de nombreux émissaires avaient vainement frappé à l'une des portes du parc de Neuilly - Ce prince, dit le Mémorial de l'Hôtel-de-Ville, - ne pouvait se jeter inconsidérément dans ce grave conflit politique
■ Le colonel P., qui s'était présenté en parlementaire , fut, par l'ordre d'un général royaliste que nous pourrions nommer, tiré à bout portant et grièvement blessé. Ces mesures, contraires au droit des gens, s'expliquent malheureusement en pareil cas.
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avant de savoir si 1 abnégation de sa })ersonne jxiurrait être de quelque utilité à la chose publiciue. Acceptant donc aver constance^
" l'attitude négative qui d'abord lui tut imposée par ses devoirs, il fit '• naître chez des hommes libres de tout ene:agement personnel, purs de •■ toute complaisance, l'énergique conviction que la couronne l'attei- •" gnait malgré lui. - Il nous reste à examiner si le prince ser\it, au mépris de grands dangers existants encore , la cause de la France ( Pressé par les considérations les plus généreuses , celles de sauver le pays de l'anarchie , il se rangea du côté d'une révolution dont les troupes rassemblées à Rambouillet menaçaient assurément l'existence. Rangés sur la place de Grève , les audacieux vainqueurs de la veille reçurent avec défiance la nouvelle de l'arrivée du prince à l'Hôtel-de-Ville II est positif que les plus exaltés républicains, armés de tromblons, l'attendaient au passage, cachés dans les petites rues qui aboutissent au quai. Ce projet manqua, par suite de l'attitude de ceux qui entouraient Louis-Phdippe. La foule était immense à son arrivée à l'Hôtel-de-Ville; La Fayette et la Commission mu-
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iiicipale descenduciit ])()ur le recevoir, et le conduisirent dans la t^rande salle de llenii IV, qui était encombrée de spectateurs. M. Vieiinct lut la déclaration de la chambre des députés qui conférnii ;iu duc le pouvoir do lieutenant-général du royaume, et celui-ci conliiiiia par (pielipics mots les promesses insérées dans cette déclaration. En ce moment le g-éiiéral Dubourg, qui avait dirigé les pwmiers citoyens armés , lui dit d'un ton menaçant : •• Vous venez de prendre des engagements, faites-en sorte de les tenir; car si vous les oubliez , le peuple qui est là , sur la Grève , saurait bien vous les l'appeler. •• Ces paroles causèrent un grand émoi , mais le prince cédant à son indignation , s'écria : " Monsieur, vous ne me connaisse/ pas . je suis un honnête homme ; quand il s'agit de mon devoir, je ne me laisse ni gagner par la prière, ni intimider par la menace. . . . La Fayette , ajouta-t-il , si je ne respectais pas les lois , je ferais punir cet homme. C'est une indignité ! " Dubourg balbutia quelques mots, mais on se hâta d'interrompre cette dangereuse discussion. I.a Fayette entraîna Louis-Philippe sur le balcon de l'Hôtel-de-Ville pour le présenter au peuple , et soudain retentirent cent mille acclamations !
Ferdinand-Philippe-Louis-Charles-Henri- Joseph , dernier duc d'Orléans, naquit à Palerme le 3 septembre 1810. Son enfance s'écoula en Sicile. A son retour en France, il reçut une éducation forte et libérale, " suivant les écoles publiques, qui sont les meilleures, et fuyant les flatteries de la cour ^ " 11 y apprit la science la plus difficile pour un prince, celle des droits, des sentiments, des besoins du peuple. 11 sut aussi se faire connaître de la génération qui grandissait avec lui , et s'en faire aimer. " 11 était notre prince bien avant que son père ne devînt roi des Français. Il était lié d'une amitié sincère avec les jeunes intelligenc3s du dix-neuvième siècle ^ . - Doué de beaucoup d'esprit , de raison , de droiture , il possédait une éh'-
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quence naturelle et l'art de se concilier eeux qui l'aiiprocliaient il était colonel par le droit de sa naissance, mais il s'appliqua plus qu'un autie peut-être à l'étude des sciences militaires; les élèves de l'École polytechnique le virent suivre leurs cours et passer de brillants examens. Les voyages complétèrent son éducation; il visita l'Angleterre et l'Ecosse (1828), et observa les mœurs, l'industrie, la constitution, la marine de la Grande-Bretagne. A son retour, il prit le commandement du premier régiment de hussards , au canip de Lunéville. Chefs et soldats aimaient la franchise de ses manières et son affabilité.
Informé des événements de juillet 1830, il quitta Joigny et arriva bientôt à Montrouge, où le général La Fayette lui fit parvenir un laissez-passer. Mais des lettres qu'il reçut de Neuilly lui rappelèrent que son régiment demandait avant tout sa présence, et il obéit.
Le 3 août , il rentrait dans Paris à la tête de ce régiment , qui avait arboré l'étendard tricolore. La révolution était terminée. Louis- Philippe . devenu roi des Français , se dépouillait de son titre de duc d'Orléans en faveur de son fils aîné. Mais il était au-dessus de la prudence humaine de satisfaire toutes les passions déchaînées, et de plaire à tous les partis , les uns courroucés de leur défaite , les autres dans l'ivresse de la victoire. Les républicains, qui se croyaient dupes , s'agitèrent et saisirent tous les prétextes pour opérer une contre-révolution. L'artillerie de la garde nationale parisienne, divisée en deux camps, fut sur le point d'en venir aux mains dans la cour du Louvre. Le duc d'Orléans, (jui faisait partie de ce corps, se rendit à minuit près de cette bouillante jeunesse, et, par ses exhortations fraternelles, empêcha le sang de couler. Plus tard, il porta au peuple de Lyon des paroles conciliatrices , visita les ateliers, les manufactures, et calma l'effervescence des habitants de cette malheureuse cité.
Dans une circonstance lugubre , lors de l'apparition du choléra , il avait montré un grand courage, les murs d'Anvers fun-iit té-
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moins de son intrépidil»'. Le sié^c de la citadelle , entrepris dans une saison rigoureuse, fut";%ous ses yeux, conduit avec vigueur. 11 y lit preuve de sang-froid cl d'humanité. Son dévouement filial , son amour pour l'ordre, son zèle pour la i)atrie, brillèrent plus d'une fois dans les émeutes et les insurrections qui ensanglantèrent la capitale. On le vovait aux côtés de son père , toujours prêt à le garantir des balles des insurgés et des coups des assassins.
L'année d'Afrique réclama sa sollicitude , et il parut sur ces plages , conquises par les derniers soldats de Charles X et si vaillamment gardées par nos braves régiments. (1835). Il prit part à divers combats, dirigeant lui-même nos colonnes contre les troupes régulières d'Abd-el-Kader.
L'année suivante il fit , avec son frère le duc de Nemours , un voyage en Allemagne , et connut , à la cour de Berlin , la princesse Hélène de Mecklembourg , qu'il épousa en 1837. Quelques présages sinistres troublèrent les fêtes célébrées à l'occasion de ce mariage : plusieurs personnes périrent étouffées au Champ-de-Mars. Le prince, par sa bonté et sa générosité , apporta quelque soulagement aux victimes de ce déplorable accident. Il s'arracha aux douces joies que lui causait la naissance de son fils , le comte de Paris , pour aller relever le moral abattu de notre armée d'Afrique. Nous ne reproduirons point les détails de l'expédition des Bibans et du passage des Portes-de-Fer. Dans les combats qui suivirent , il paya souvent de sa personne. De retour à Alger, il s'occupa de réformes sages et de l'avenir de la colonie. Les encouragements et les assurances qu'il donna publiquement de son zèle pour la conservation de ce territoire excitèrent à la persévérance ceux qui hésitaient encore à marcher dans la voie des entreprises et des améliorations. De cette époque date la prospérité de nos établissements. Le 24 avril suivant le duc d'Aumale vint en Afrique faire ses premières armes. Le duc d'Orléans voulut guider lui-même les troupes qui recevaient son frère dans leurs rangs : le camp de l' Afroum vit qu'une valeur égale animait
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les deux princes. Quelques jours apiî's on iVanoliit l'Atlas. Le roi de Mouzaia avait été couvert de travaux formidables j^ardés par les soldats fanatiques de l'émir. 11 fallait aborder de front des hauteurs
escarpées d'où les Arabes dirigeaient un feu terrible. Dans cette attaque, conduite par le duc d'Orléans avec aplomb et sang:-froid, le duc d'Aumale s'élan(,-a à pied avec les o^renadiers du '23" régiment , marchant au pas de charge. Ce fait d'armes, brillant parmi tous les exploits qui immortaliseront notre armée, fut suivi d'une victoire remportée dans le bois des Oliviers. Après quoi le prince quitta l'Afrique. Alors il se livra aux travaux les plus graves , montrant dans ses vues générales sur l'organisation de l'armée et dans les mesures de détail sur l'équipement des troupes, un grand jugement et une admirable sagacité. Versé lui-même dans la culture des lettres et des arts, il protégeait les artistes dont le talent était encore ignoré. Aimé Chenavard , Antonin Moine , Jules Dupré , Louis Cabat , Giroux , Barye , lui doivent ceux-ci des conseils , ceux-là une partie de leur renommée. Les gens de lettres , les savants le trouvaient plein
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d'obligeance et d'affabilité ; les malheureux vantaient sa bienfaisance; l'armée le chérissait.
Aussi , pour la dynastie nouvelle , ce fut un déplorable jour que celui où ce prince si populaire " causa au cœur de son père le premier chagrin qu'il lui eût encore donné ! » Le mercredi 13 juillet 1842 le duc d'Orléans allait à Neuilly dans un briska. Les chevaux s'emportèrent. Le prince sauta à pieds joints sur la route , et retomba avec une violence doublée par la puissance d'impulsion de la voiture. On accourut , et on le transporta dans la maison d'un épicier située près du chemin de la Révolte et à quelques pas du lieu fatal. Les médecins du voisinage lui prodiguèrent les premiers soins.
Louis-Philippe , la reine , madame Adélaïde , toute la famille royale , s'élancent à pied hors du château de Neuilly, et se dirigent vers le prince agonisant. Là se passèrent des scènes déchirantes pendant que les ressources de l'art des chirurgiens retardaient de quelques instants une catastrophe inévitable. Lorsque toute lueur d'espoir disparut , Louis-Philippe posa ses lèvres sur le front mourant de son premier-né , puis tout fut consommé. Après quelques instants d'une muette et affreuse douleur, Louis-Philippe retrouva le ferme courage dont il a fait preuve dans d'autres circonstances. Le corps du prince fut placé sur une litière recouverte d'un drap blanc , et le lugubre cortège se mit en route. Le roi , la reine, les princes et princesses suivaient à pied , entourés des officiers-généraux et accompagnés d'un peuple consterné. Le convoi parcourut l'avenue de Sablonville , franchit la vieille route de Neuilly, et traversa le parc dans toute sa longueur. Arrivées dans la chapelle du château, Leurs Majestés s'agenouillèrent devant l'autel , et laissèrent le corps à la garde des ministres de la religion.
La nouvelle de cet événement, répandue avec une inconcevable rapidité , alla jeter une épouvantable douleur dans l'âme de la jeune princesse qui devait hériter de sa popularité. L'éloge du prince était
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daps toutes les bouches, et le deuil était géiimil '. On lui tit k Paris de magnifiques funérailles ; mais les regrets du peuple , les coinnientaires qui suivirent cette mort , le déses]ioir des uns , les espérance?, des autres . prouvèrent , mieux que tous les panégyriques , le rare mérite du fils aîné de Louis-Philippe et les grandes qualités du dernier des ducs d'Orléans.
■ M Johanet, l'un des hommes distingués de l'Orléanais et écrivain légitimiste, s'exprime ainsi dans les Souvenirs de Belgrave-Square (page 29l ; u Celte mort cruelle émut tuutes les âmes généreuses; les journaux royalistes s'associèrent au deuil et aux sentimentsqu'une fin si inattendue inspirait, et quand cette nouvelle parvint à Goritz, l'auguste fils de Charles X, Ihéroïquc Marie- Thérèse et s. A. R. Mademoiselle firent célébrer une messe funéraire, à laquelle la fille du roimartyr s'approcha de la table sainte. Henri de France était alors àXœplitz, et voici la lettre qu'il écrivit à M. de Pastoret : " X la nouvelle du triste événement dont vous me parlez dans votre " dernière lettre, ma première pensée a été de prii-r et de faire prier pour celui qui en a <-•.; la mil " heureuse victime. ■>
BINDING SZCT. MAR51 1966
DC Philipon de U Mt.ielfcine, M
065Pi;5 L'Orléentis