‹ L'Orléanais; histoire des ducs et du duché d'Orleans, comprenant l'histoire et la description de la beauce, du pays chartrain, du biésois, du vendomois, du gatinais, du perche, et de ce qui constituait l'ancienne généralité d'OrléansChapitre 37 sur 38 · i(i L'0KL1'::ANA1S · texte numérisé non relu

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ct-ra de réparer le mal fait en son nom , et auquel il est possible qu'il n'ait pas eu autant de part que nous l'avions cru. » Le dimanche suivant, le duc se présenta au lever du roi; les courtisans, indignés du passé, lui firent subir de si graves outrages, qu'il fut contraint de se retirer. Accablé d'insolences, il descendit, comme un homme chassé des appartements, les marches de l'escalier, et, sans, cesse poursuivi par les malédictions de ces imprudents serviteurs, il se persuada que le roi et la reine avaient provoqué ces insultes , et , à partir de ce jour, il accueillit, reçut à sa table, encouragea peut-être les terribles chefs du parti dantoniste.

Il ne figura point en personne dans l'émeute du 10 août, où ceuxci jouèrent le principal rôle. Après la victoire, cette faction se divisa en deux partis , dont le but était différent. Les uns, tels que les Girondins, étaient animés d'un amour sincère pour la république ; les autres, tels que la plupart des Montagnards, n'envisageaient les révolutions et les bouleversements que comme un moyen de fortune. Ceux-ci s'attachèrent par instinct au prince qu'un événement imprévu pouvait charger des destinées de la France. Ils veillaient sur lui, pleins d'un dévouement bizarre, cherchant à le sauver de la tourmente pour leur propre compte , et sans s'inquiéter de sa dignité et de son honneur. Manuel lui persuada qu'il ferait bien d'accepter le nom à' Egalité , que lui décernait la commune de Paris. Il hésita avant de se résigner à cet acte de faiblesse; mais, obéissant au dédain de toutes choses plutôt qu'à la crainte d'une proscription immédiate, il adressa à la Commune une lettre d'acceptation et de remercîments.

Ses amis l'ayant fait nommer député à la Convention nationale, il prit part à tous les événements; il siégeait à l'extrême gauche, parmi les hommes déterminés qui ne reculaient devant aucune mesure. Son palais, vide de ses anciens serviteurs, abandonné par les compagnons mêmes de sa folle jeunesse, s'ouvrit tristement aux personnages les plus renommés de cette époque sanglante ; il avait renoncé à toute espèce de luxe, aux chevaux, aux voitures, et se rendait seul,

ANCll-.N r.l MDDl'HNK.

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à pied, aux séances de la Conveiitimi. Il y prit rarenu'iit la paiMlr , ne se mêlant aux discussions que lorsqu'elles avaient pour lui un intérêt personnel. On l'entendit demander que la princesse, sa fille, ne fiit jioint considérée comme émigrée, et annoncer le prcimci- la victoire de Jennnapes, où son fils, le duc de Chartres, s'était signalé.

Le motif de son vote, dans le i)rocès de Louis XVI, a fourni jusqu'à présent matière à de nombreux commentaires et aux plus pénibles interprétations. De tout ce que l'on a pu dire à cet égard , il résulterait (juele prince aurait suivi de coupables et honteuses imj)ulsions, écoutant le désir de la vengeance, ou le besoin de sa propre conservation. Il paraît aujourd'hui prouvé que ses terribles amis, le voyant décidé à ne pas venir à la séance, lui firent un point d'honneur de se montrer dans cette circonstance solennelle. Il vota contre l'appel au peuple, pour la mort et contre le sursis, et faillit être assassiné le soir même

j',.> I.OULKANAIS

|)ir le gai'do-du-corps IVins'. Lv prince de Galles, instruit de sa ctmdinte, dérliira son portrait-^; Duinouriez cessa de correspondre avec lui , et il l'crut dr ses amis , de son fds même, le duc de Chartres ^ des témoignages de désaveu *.

CeiH'iidaiit on l'accusa d'avoir jjrovoqué les événements qui se passèrent à l'armée du Rhin. La Convention, en proie à ce délirç qui sauva le pays de l'invasion étrangère , faisait tout par inspiration , sans logique ni calcul. A la nouvelle de la défection de Dumouriez entraînant avec lui le duc de Charti'es et livrant aux Autrichiens les commissaires de l'assemblée , il s'éleva un cri de fureur. Les plus forcenés attrilaièrent ce coup imprévu à une trahison longuement méditée , et l'on pensa généralement que le fils était d'accord avec le père pour commettre ce qu'on appelait un crime de lèse-nation. Mais dans quel but ? Le duc d'Orléans restait à Paris, au milieu d'ennemis prêts aie déchirer; cette fuite ne pouvait que lui causer de cruels embarras, sans aucun avantage, puisqu'elle améliorait le sort des Roni'bons captifs, leur créait des otages, assurait leur vie et les |)réservait du funeste destin de Louis XVL Quant à l'action même du duc de Chartres, elle fut la conséquence des événements ; 1 armée était sur le point de se révolter, d'arrêter ses généraux pour les livrer à la Convention , ou les tuer sur place , s'il en était besoin. En pareil cas, il eût fallu, pour rester, posséder une forte dose de ce courage de théâtre qui vous menait alors tout droit à l'échafaud. L'insolence des députés delà Convention envers un général à la tête de son armée, explique fort bien le parti vigoureux de Dumouriez, sans donner lieu de croire qu'il y ait eu complot formé à l'avance. Mais ces considérations n'étaient point admises par des hommes qui avaient perdu tout

' L'acte d'accusation lui rcproclif expressément d'avoir rendu son vote nul en chargeant Sil lery de voter contre, tandis que lui-même ''otait ostensiblement pour la mort.

' Moniteur du 6 février.

^ Correspondu ti ce (/e Louis-Philippe , introduction, p. -15.

♦ Il est impossible de s'en rapporter ici, comme dans le reste de la vie du prince, à l'historien Mnnljoie, qui a sciemment calomnié, et ûté, à force de violence, toute portée aux vérités même qu'il a pu répéter.

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siing-lVoid, et qui. exécrant Louis-Philippe à cause uiëiue de sa naissance, cherchaient un prétexte pour l'immoler. Chose étrani^^e! de tous ceux qui l'avaient entraîné, un seul, ]\Iarat , lui restait lidèle. Robespierre proférait les plus graves accusations. •• Lt-^^islatcms , disait-il, vous ressemblez à ces Athéniens qui s'endormaient au bruit des fers que Philippe forgeait pour eux; or Phili])pe est à Londres, Philippe est dans vos départements, Philippe est au milieu de vous ! - Il finit en proposant de décréter l'expulsion du territoire de la république de toute la famille Capet , et la mise en accusation de .Marie - Antoinette. Le député Lamarque, homme de bon sens et impartial, demanda s'il était possible d'envelopper, dans une pareille proscrij)tion , tous les membres de la fiimille Capet, dont plusieurs avaient , au prix des plus grands sacrifices, prouvé leur attachement à la République? Sur cette observation, l'assemblée passa à l'ordre du jour. .Mais des paroles brûlantes avaient été prononcées contre Duniouriez , contre la faction orléaniste et ses chefs. Danton ht tête à l'orage avec sa fougue et son audace accoutumées. Les comités de défense et de sûreté générale ne se laissèrent point intimider. Les plus fidèles amis du duc d'Orléans furent arrêtés, et l'on décerna des mandats contre MM. de Montpensier et de Beaujolais. L'assemblée nationale, forcée d'examiner l'opportunité de ces actes, entendit Levasseur de la Sarthe demander la mise en suspicion du duc d'Orléans lui-même et de Sillery. Louis-Philippe protesta vainement contre dételles mesures et de si odieuses imputations; son sort étnit décidé .

De nouveaux détails arrivèrent sur la fuite de Dumouriez ; Carrier ayant fait entendre d'effroyables menaces, le duc d'Orléans et Sillery se constituèrent prisonniers. On discuta pour savoir le lieu où le prince serait retenu ; les girondins dé.signaient Bordeaux, et les montagnards Marseille. Cette dernière ville fut choisie, comme étant animée de sentiments républicains. Le duc partit s(jus bonne escorte, et ses biens furent séquestrés. Ses enfants subiii iit le même sort.

Hi I/OKI.I^ANAIS

Mais la vertu et les malheurs de la duchesse d'Orléans touchèrent h^splus iinpitoyai)les. Restée seule au monde depuis la mort du duc (le Penthièvre, (jui survécut peu au meurtre de Louis XVI, elle vivait dans son château de Vernon, chérie et respectée de la population. La Convention permit iju'elle y restât pendant quelque temps. Le duc (le Moiitpcnsier fut arrêté à l'armée de Biron, et par ce général luimême; la duchesse de Boiu'bon, sœur du duc d'Orléans, avait été enfermée à la Force. Tout cela se faisait à l'instigation des girondins. Mais quand ceux-ci succombèrent, Marat n'était plus, et les montagnards n'osaient risquer leur popularité en provoquant des m esiu'es favorables à l'un des membres de la famille Capet, fût-ce Louis-Philippe Égalité lui-même. Le tribunal du département des Bouches-du-Rhône l'avait reconnu innocent , et le député Rhull , chargé de l'examen de ses papiers, n'y avait rien trouvé qui pût le compromettre. Voidel publia sans succès un mémoire en sa faveur. Rien n'ébranla les convictions des membres du comité de sûreté générale , qui ordonnèrent qu'on le resserrât davantage dans la prison du fort Saint- Jean, oii il avait été transféré.

Le 3 septembre 1793, il fut décrété d'accusation, en même temps que les vingt-deux girondins dont les clameurs et les dénonciations avaient le plus contribué à sa perte. Cette nouvelle lui fut donnée par le duc de Montpensier; il répondit : "Tant mieux M - Son calme et sa confiance étaient extrêmes. Quelques jours après arrivèrent de Paris trois commissaires chargés de l'accompagner jusqu'à la Conciergerie. L'acte d'accusation était commun aux députés enveloppés dans la proscription; et ceux-là mêmes qui avaient reproché au duc d'Orléans d'aspirer au trône de Louis XVI, prétendirent alors qu'il avait voulu placer sur le front du duc d'York la couronne de France.

Fouquier-Thinville , accusateur public, lui fit subir un long interrogatoire en présence du tribunal. On lui demanda quels avaient été

' Mémoires du Une dr Monlj/eusicr.

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ses rapports avec J3rissot , Laclos, Potion, la Geiilis, ]3u/.ot , Louvet', Ducos? On lui rappela le propos qu'il avait tenu à Poultier " Que me demanderais-tu, si j'étais roi? - et la réponse île ce député : " Je te demanderais un pistolet pour te brûler la (.ervelle. • On lui parla de son voyage en Angleterre, de celui de sa fille, madame Adélaïde ; de ses liaisons avec les Anglais , des manœuvres de Dumouriez ; de son vote dans le procès du roi , vote d'autant moins sincère, dit l'acte d'accusation, que Sillery, à son instigation, en détruisit l'effet par un vote contraire. Enfin , on alla )us(|u'à lui reprocher l'acquittement du tribunal de Marseille, dont les membres avaient été corrompus sans doute par ses largesses. Il répondit avec sang-froid, franchise et fermeté. Tous ces prétendus crimes lui étaient, on effet, étrangers, et, jusqu'au dernier moment, il ne prit point l'accusation au sérieux. La sentence de mort le trouva fier et résigné. " Moins qu'un autre, dit-il à Antonelle, chef du jury, vous ne pouviez me croire coupable de ce dont vous venez de me déclarer convaincu. Au reste, puisque mon sort est décidé, je vous prie de ne pas me faire languir et d'ordonner que je sois conduit à la mort sur-le-champ. ■ Le tribunal lui octroya cette cruelle faveur. S'il faut en croire ses juges les plus sévères^, le sentiment rehgieux n'existait plus en lui ; s'il faut s'en rapporter à d'autres écrits plus charitables \ il avait reçu dans la prison , d'un prêtre nommé Lotheringer, des avis et des encouragements. Que son courage fût puisé aux sources de la grâce divine ou qu'il fiit inné en lui, toujours est-il que ses bourreaux en parurent étonnés. 11 traversa la salle d'audience, et alla se placer lentement sur la charrette , où se trouvaient quatre autres condamnés. Les injures et les cris de la populace qui avait outragé Louis XVI ne l'émurent point. •• A son air vraiment noble, on l'eût pris pour un g(''néral entouré de ses

' Auteur (le Fiiublns , député flu Loiret à lu C'oiiveiilioii nadonale. ' M. L\Ui<EST\i:, Histoire des ducs (l'Orli-rnts. ■' Annales en Iholitjnex , tom. m, p. i65.

Sid L'ORLEANAIS

soldats, et non \yn\r un malheureux que l'on mène au supplice'. •• I/infàme multiliule lit arrêter la charrette devant le Palais-Royal. .Mais elle épia vainement un signe de douleur ou de regret sur le visage calme et dédaigneux du prince. 11 leva un instant les yeux sans paraître ému, et se tourna vers le Château-d'Eau. Près de lui (Uait un i);uivre serrurier qui se lamentait et dont il soutenait le courage. Lorsqu'il eut passé la rue de Richelieu , il demanda au prêtre de se rapprocher de lui et de ne plus l'abandonner. Il reçut le dernier coup avec intrépidité 2 (1793).

La duchesse d'Orléans, sa veuve, " qui eut, pour adoucissement à des chagrins amers, le respect général dans un temps où rien n'était respecté , " ne fut bientôt plus en sûreté dans son château de Vernon. Les habitants déclarèrent qu'ils sauraient bien la garder, mais chez elle. Le comité de salut public fut obligé d'envoyer des forces considérables pour l'arrêter. Les paysans voulaient la défendre; mais elle ne le souffrit pas, et se laissa conduire dans la prison du Luxembourg. Chaque jour elle voyait enlever et traîner à la mort ses meilleurs et ses plus fidèles amis. On épargna sa vie, qu'une lente maladie menaçait, et on lui accorda la permission de se retirer dans une sorte d'hospice appelé la maison Belhomme , où elle resta trois ans. Après le décret de confiscation de ses biens, elle partit pour l'Espagne, n'ayant d'autre débris de son ancienne opulence ([u'une pension de cent mille francs. Elle habita d'abord la ville de Barcelone, et rejoignit à Figuières sa fille, dont elle était depuis long-temps séparée. Au moment du siège de cette ville par les Français (1808), leur maison fut atteinte par les bombes , et elles se virent obligées de fuir pendant la nuit et de se retirer au couvent de Villa-Sacra. Vers cette époque, S. A. R. madame Adélaïde s'emi)arqua pour Malte, afin d'y retrouver son frère; la duchesse se renilit d'abord à Païenne, où elle faillit mourir, puis à Tarragone et à

■ liiographii' universelle de Micil.\UD, article rédigé par M. Heaulicu.

'' .M0NT.101E , Histoire de In conjuration de Philippe d'Orléans, tom. m , p. Ls'.).

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Maliun. \À\ tout vv (\u\ restait de la iaiiiille d'Orléaiis se Irouxa réuni après viu^t ans de séparation. La princesse vint à Pnleniie, près delà reine Caroline, et le niariaLiC du tiuc d'Orléans a>ec la lilledu rui de Sicile resserra les liens qui unissaient les deux laniilles. Peu de temps après la naissance de son petit-fils , la duchesse retourna à Mahon ; et, lorsque le triomphe des Bourbons l'eut ramenée en France , elle fut reçue avec enthousiasme par les habitants de Marseille. Bonaparte, pendant les ceiit-jours, lui donna des marcjucs publiques de respect et de déférence. Après la chute de l'empereur, elle alla poser, à Dreux, la première pierre du monument cpii renferme les restes de tous les anciens bienfaiteurs d'Anet^ Cette vertueuse princesse, dont la vie fut tourmentée, mourut, laissant à son fils les deux tiers de ses biens, et l'autre tiers à sa fille.

' Lu lamille du duc de Pcnlliièvre dont il est ici (luestion possédait le ciiàteau d'.Aiu t. U n'en reste aujourd'hui que quelques fragments, que le propriétaire actuel, M. deCaraman, pctil-ncvcu du célèbre Paul Riquet, .s'efforce de conserver. Long-temps délaissé, il subit en ce nioment 'linombreuses réparations. | A'ole de Vihlilc'jr. |

CHAPITKK XIV.

Louis- Philippe , duc d'Oj-léaiis.

- Louis-Philippe naquit à Paris le 6 octo-

bre 1773, et reçut le titre de duc de Valois. Son précepteur, le chevalier de Bonnard, officier d'artillerie distingué . résigna ses fonctions aux mains de la comtesse de Genlis. La nature l'avait comblé des dons de l'esprit et des vertus du cœur, et l'on ne peut attribuer le mérite de ses bonnes actions ni les progrès de son intelligence aux soins d'une gouvernante dont les idées systématiques et le pédantisme sont aujourd'hui plus célèl)res que les ouvrages. 11 était compatissant et se-

\'M LOHI.f: ANAIS

iimrail les pauvies avec grâce, mystère et générosité. Lors du voyage (|iril m en Nonuaiidie, il visita le mont Saint-Michel, s'indigna des tortures (jifon faisait suhir aux prisonniers , et porta de sa propre main le premier coup de hache à la cage où fut enfermé pendant dixsept ans un ga/cticr qui avait osé critiquer Louis XI W Après la iiiDrt de son grand-père il reçut successivement le titre de duc de Chartres et le corJon de l'ordre du Saint-Esprit.

Cependant la Révolution commençait sa marche , entraînant sous ses drapeaux le fils du duc d'Orléans. Il accueillit avec un vif enthousiasme les plans subversifs de l'ancien ordre de choses , et étudia , au sein des débats de l'assemblée nationale , la science de parler aux hommes et l'art de les subjuguer. Un décret de l'assemblée ayant prescrit aux colonels propriétaires de prendre le commandement sérieux de leurs régiments ou d'y renoncer, il se hâta de rejoindre aussitôt Chartres-Infanterie , qui tenait garnison à Vendôme. 11 s'y fit aimer du soldat par sa rondeur militaire et du peuple par plusieurs actes honorables. Un jour que des paysans furieu.x poursuivaient un prêtre non assermenté qu'ils accusaient d'avoir regardé avec dédain un prêtre constitutionnel , il se jeta entre la victime et les meurtriers , leur tint tête avec une rare intrépidité , et parvint à les arrêter. L'un d'eux vint , dit-on , le remercier d'avoir empêché qu'un crime souillât sa conscience. Peu de temps après il se jeta à la nage pour arracher à une mort certaine un ingénieur, prêt à périr dans le Loir. Entraîné par ce malheureux , il faillit succomber lui-même. La ville de Vendôme lui décerna une couronne civique. Peu de temps après il alla tenir garnison à Valenciennes , et remplit les fonctions de commandant de cette place , comme le plus ancien colonel de la garnison. Au moment de la déclaration de guerre contre l'Autriche, il se trouva placé dans le corps d'armée de Biron , qui commandait toutes les troupes entre Valenciennes et Maubeuge. Il com])attit , le 28 avril 1792 , à Boussu et à Quaragnon ,

I \iiiic DE CiENi.is , Lr(;ons d'une ijouvcr liante à ses élèves.

a.N(:ii:n \:\ .M(U)i;i{NI':. 15:1

et ))arviiil à lassurer k-s hatailloiis , iiu'unc terreur [)aiiiquc laisait fuir de Quiévrain sur Valencieniics. l.c 7 mai suivant, une ordonnance du iniiiistri^ de la guerre lui déeenia le grade de inaréciial-deeanij) en inènie temps qu'à Berthier. 11 conduisit un ■ hii^fadc de dragons à l'armée du Xord, et prit part à l'attaque de Courtray. Renonçant à profiter de ses premiers avantages , le général en chef Luckner se mit en retraite , partageant son armée en deux divisions . dont l'une était commandée par d'Harviile , tandis que Dumouriez couvrait la frontière de Flandre. Le duc de Chartres ai riva à Met/, au momeîit où Luckner revint prendre le commandement , iju'il ne tanla pas à céder au général Kellermaim. Nous n'avions à opposer aux cent dix mille hommes de Brunswick que treize mille hommes campés aux environs de Metz et le corps de trente-trois mille hommes commandé par Dumouriez. On offrit au jeune prince , nommé lieutenant-général , le gouvernement de Strasbourg ; mais il piéféra rester à l'armée active. Des renforts venaient de porter le corps d'armée de Kellermann à vmgt-sept mille hommes. Le duc de Chartres fut chargé du commandement de la seconde ligne , formée de douze bataillons d'infanterie et de six escadrons de cavalerie. 11 combattit , à la tête de ces troupes , à la bataille de Valmy. Le feu des batteries ennemies fut constamment dirigé sur le moulin où se trouvait le duc , et qui était le point capital de nos positions. Après cette mémorable canonnade , dont le résultat ne fut pas sans importance sur le moral de nos jeunes soldats , le fils du duc d'Orléans reçut du conseil exécutif une faveur qu'il se garda d'accepter : on lui offrit le commandement en second des troupes de nouvelle levée qui se rassemblaient à Douai ; mais il demanda à rester sous les ordres de Kellermann. Déjà il avait été remplacé; on l'envoya à l'armée de Dumouriez , qui poussait devant lui l'armée prussienne , et s'apprêtait à envahir la Flandre. 11 ne tarda pas à attaquer l'ennemi, et enleva la redoute de Boussu pendant que Dampierre, Bcurnonville, Stengel et Frégeville repoussaient les Autrichiens jusqu a

i.-li L'ORLÉANAIS

Saint-Ghislam. Bientôt les Français prirent position en face des retranchcnionts qui couronnaient les hauteurs de Jemmapes. Le duc lie Chartres avait des bivouacs en avant du village de Pâturage.

L'action commença le 6 au matin. Louis-Philippe, à la tête du centre , essaya de déloger l'ennemi du bois de Frênu, que défendaient des redoutes formidables. Nos bataillons, peu aguerris encore, se laissèrent ébranler , quelques fuyards firent entendre un cri désespéré, et la confusion devint générale. Le duc de Chartres s'élança avec une rare intrépidité au milieu de ces troupes débandées , dont la lâcheté et l'égarement étaient plus dangereux pour un chef que le feu même des Autrichiens. Il raffermit les courages, et forma promptement une colonne au centre de laquelle il plaça les cinq porte-drapeaux des bataillons dispersés. Alors il chargea à la baïonnette l'iniantcric autrichicime , pénétra dans les redoutes, et enleva une partie de l'artillerie qui les défendait. Cet exploit contribua puissamment au succès d'une journée fameuse par son influence sur les événements ultérieurs. Tandis que l'armée prenait ses quartiers d'hiver,

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le duc de Chartres lut averti que la piiiicesse sa sœur, portée sur la liste des émigrés, devait sortir de France dans un délai de trois jours. Il se hâta de la rejoindre , et passa près d'elle quelques jours à Tournay. Int'ornié du décret de la Convention tjui prononçait le bannissement de tous les membres de la maison de lîourbun, il conseilla au duc d'Orléans de se retirer en Amérique avec sa t'amille . et de profiter de cette mesure , qui , en présence des plus terribles événements , devenait une sorte de bienfait tutélaire. Cet avis ne l'ut point et ne put être écouté.

Le prince se rendit au mois de février 1793 au siège de Maëstricht . que le général Miranda fut forcé de lever à l'approche du prince de Saxe-Cobourg. Dumouriez accourut avec des renforts et repoussa les avant-postes autrichiens derrière la Cette. Le surlendemain, 18 mars, fut livrée la bataille de Nenvinde. Louis-Philippe commandait notre centre, formé des divisions Dampierre et Dietman ; il devait soutenir l'attaque que l'aile droite faisait sur les trois villages de Nerwinde , d'Oberwinde et de Niddehvinde. La division Dampierre , qui réussit à s'emparer du premier de ces villages , en fut prestjue aussitôt chassée ; le duc de Chartres s'avança aussitôt avez seize bataillons, mais ses troupes, de nouvelle recrue, se rejjlièrent tout à coup dans le plus grand désordre. Quelques vieux soldats continrent l'ennemi, et sauvèrent les fuyards. Ce résultat inattendu provenait du désastre subi par l'aile gauche, que les Autrichiens avaient culbutée, après s'être rendus maîtres de tous les ponts de la Gette. La gauche "et le centre se trouvaient isolés , et la retraite devenait fort difficile. Le duc de Chartres regagna Tirlemont sans se laisser entamer, et arrêta sous les murs de cette i)lace une partie de l'armée ennemie. C'est à cette époque qu'eut lieu la fuite de Dumouriez et celle du duc de Chartres. On ne peut méconnaître qu'il se dérobait ainsi aux conséquences d'un décret d'arrestation et au sort (jue subit son père. Comme sa présence était inutile à son année et (jue son départ n'y causa aucun préjudice, il serait |)uciil de condamner un

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;i(tf t'oit iiaturrl. On n'ii )iunais blâmé la retraite des éinif^i'és ([ui se dérobèrent i)ai' la iuite aux coups du tribunal révolutionnaire, on n';i maudit et méprisé que ceux-là qui j)ortèrent les armes contre leur patrie. C'est ce que le duc de Chartres ne fit pas. Après avoir essuyé plusieurs décharges de nos avant-postes et couru mille dangers, il ariiva près de l'archiduc Charles , (]ui l'accueillit avec bienveillance et lui offrit un commandement et le grade de lieutenant-général dans son armée. Il refusa et sollicita des passe-ports pour la Suisse, où il espérait se dérober aux haines doublement soulevées contre lui par la position de son père et par ce que lui-même venait de faire. En butte à l'animadversion des émigrés et aux malédictions des patriotes, il était poursuivi et traqué par la diplomatie de ceux-ci , tandis que ceux-là ne lui épargnaient ni l'injure ni le soupçon. Proscrit par la révolution , il était menacé par ceux qui l'accusaient de sympathiser toujours avec elle. Tandis qu'il voyageait sous un nom anglais, n'ayant d'autre compagnon que César Ducrest, son aide-de-camp, il apprit fortuitement par une gazette l'arrestation de son père et de ses frères. Sa sœur, mademoiselle d'Orléans, était arrivée à Schaffouse sous la conduite du comte de Montjoye , qui avait quitté la France à l'époque de la fuite de Dumouriez. 11 voulut la rejoindre et lui trouver un asile sûr, mais des intrigues diplomatiques le firent bientôt expulser du territoire suisse. Dans cette triste position il eut recours au général de Montesquiou, qui, forcé par des motifs semblables d'abandonner son corps d'armée, vivait retiré à Bremgarten. Par son intervention mademoiselle d'Orléans fut admise , ainsi que madame de Genlis, au couvent de Sainte-Claire, et le duc de Chartres, plus tranquille, reprit sa course errante au milieu des Alpes. Il eut à lutter contre la fatigue et la pauvreté. Enfin, ses ressources étant épuisées, il accepta une place de professeur au collège de Reichenau. Il subit avec distinction l'examen préliminaire et fut unanimement admis, sous un nom supposé, parles autres professeurs. Pendant liiiil mois il enseigna la iiéooraphio , l'histoire, les langues française

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et anglaise cl les iiiathc-nialiques. Aimé de ses élèves et de ses collègues, il garda le plus strict incognito, l'ne atVi(Ub.e nom. 11.- .i-llf de la mort dv. son père, vint l'accaliler...

Madame Adélaïde ayant (juitté le couvent de Brcni^aïKn pour se rendre près de madame de Conti , Louis-Philippe, dont la n'-publiciue commençait à perdre les traces, accepta l'asile que lui oflVit madame de Montesquiou, et cacha sous le nom de Corby, aide-dc-camp <lu général, son nouveau titre de duc d'Orléans. Bientôt sa pré.sence en Suisse fut connue, et il résolut de passer en Amérique. Pour lexécution de ce projet , il se rendit à Hambourg vers le mois de mars 1795, et ne put se procurer la somme nécessaire. Il se mit alors à ])arcourir le nord de l'Europe, et reçut partout un accueil dû surtout à son mérite, car il voyageait sous un nom suisse. Il s'approcha du pôle jusqu'à cinq degrés plus près que le savant Maupertuis. Pendant son séjour à Stockholm, désirant assister à un bal que donnait la cour pour célébrer la naissance de Gustave IV, roi de Suède, il se procura un billet pour une des triimncs les plus élevées

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(!.' l:i salle. L'einoyé de France le reconnut et le signala au comte de Sparre, qui vint à lui de la part du roi et du duc de Sudernianie, alors régent ; t)ii le combla de preuves d'intérêt et de marques de considération , mais ses ressources pécuniaires furent toujours aussi bornées, bien que les offres les plus séduisantes ne lui manquassent l>;is de la part des étrangers, qui eussent voulu l'attirer dans. leurs raiiiis. De son côté le Directoire n'épargnait rien pour le décider à quitter l'Europe, et il céda aux sollicitations de la duchesse sa mère : .. Qiic la j)erspective de soulager les maux de ta pauvre mère , lui •• écrivait-elle, de rendre la situation des tiens moins pénible, de con- •• t-iibuer à assurer le calme à ton pays exalte ta générosité ! - Il lui r('p(»Tulit sur-le-champ : " Quand ma tendre mère recevra cette lettre, •• ses ordres seront exécutés et je serai parti pour l'Amérique. Et que - ne ferais-je pas après la lettre que je viens de recevoir? Je ne crois " plus (|ue le bonheur soit perdu pour moi sans ressource, puisque •• i ai encore un moyen d'adoucir les maux d'une mère si ohérie!... " Ce n'est pas (pie je cherche à me plaindre de ma destinée, et je •• n'ai (]ue ti'op senti combien elle pourrait être plus affreuse! •>

Il arriva à Philadelphie. Plus tard le duc de Montpensier et le comte de Beaujolais se réunirent à lui. Les trois frères, accompagnés d'un seul domestique, parcoururent l'intérieur des États-Unis; ils rendirent visite au général Washington , qui les avait invités à venir le trouver dans sa retraite de Montvernon. Leur voyage à travers les savanes et les forêts d'Amérique fut semé d'une foule d'incidents qui changèrent le cours de leurs tristes pensées. Ils étaient à peine de retour à Philadelphie lorsque la fièvre jaune se déclara Faute d'argent, ils ne purent s'éloigner de ce lieu mortel. Enfin ils reçurent de la duchesse leur mère des secours, et ils reprirent leurs voyages dans le nord. Instruits de son prochain départ pour l'Espagne, ils résolurent d'aller l'y rejoindre et se mirent en route au milieu d'un hiver rigoureux ; ils arrivèrent à la Nouvelle-Orléans, où Us comptaient s'embarquer. Une cor-

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vette espagnole devait venir les y chercher, mais, plrins (i'iiii|)atience, ils montèrent sur un navire américain ijui lut caplun'' |)ar une frégate anglaise. Le capitaine, instruit de leur ([ualitt', les traita avec égards, et s'empressa de les conduire et de les débarquer à la Havane. Ils y menaient une existence précaire^sans espoir de tr(iu\rr l'occasion de repasser en Europe, lorsqu'un ordre de la cour d Espagne (1799) enjoignit au gouverneur de les reléguer à la Nouvelle- Orléans, sans leur assurer de moyens d'existence. Déterminés à fuir cette nouvelle persécution , les trois frères trouvèrent moyen de gagner les îles anglaises de Bahama, puis Halifax, où le duc de Kent les reçut honorablement, sans les autoriser touti-lnis à s'cnihiiiiiucr sur une frégate de la marine rovale. Ils se hasardèrent alors à tenter la traversée de New- York sur un petit navire, et enfin ils arrivèrent à Falmouth, puis à Londres (1800). Après une courte entrevue avec le comte d'Artois, Louis-Philippe adressa au chef de la maison de Bourbon, à Louis X\'III, une lettre qui fut, ainsi que la ir'ponso de ce prince, publiée dans les gazettes.

Désirant avant tout revoir sa mère , il obtint du gouvernement anglais la permission de se rendre à Minorque sur une frégate , et débarqua dans l'île au moment où les voltigeurs de Condé reculaient avec les Autrichiens devant les vainqueurs de Marengo. Les énugrés lui firent de nouvelles ouvertuies qu'il repoussa. Le but de son voyage , une visite à la duchesse douairière, fut niaïujut' par suite de la guerre qui existait entre l'Espagne et les Anglais. Les trois frères revinrent à Londres sans avoir joui de ce bonheur Madame Adélaïde , qui était toujours en Hongrie avec sa tante , la princesse de Conti , vint les y rejoindre. Ils se retirèrent dans une inodcsti' habitation à Twickenham , où ils furent rejoints i)ar l'un de leurs plus fidèles serviteurs, le chevalier de Broval. Le dur d'Orléans ne tarda point à s'y concilier l'estime et l'afTection des gentlemen du voisinage , et il eût passé dans cette retraite les plus douces années de sa vie si la mort du duc de Montpensier, enlevé par une maladie de

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poitrine (iHOTi, n'eût plongé la l'amille dans une douleur d'autant plus grande que le comte de Beaujolais était atteint de la même affection. Les médecins l'engagèrent à tenter les effets du climat de .Malte et de Madère, et le duc d'Orléans voulut l'accompagner. A son arrivée à Malte , il reconnut (jue l'air y était contraire au malade , et M' hâta d'écrire au roi de Sicile pour solliciter la faveur de transporter son frère sur le mont Etna. Ce vœu ne put être rempli. Bientôt arri\ a l'invitation pressante du roi Ferdinand ; le duc d'Orléans se rendit à Palerme , où il reçut de la reine Marie-Caroline un accueil d'autant plus généreux que l'empereur Napoléon menaçait l'existence de la couronne d'Espagne , et ses colères atteignaient la famille royale de Naples. Ferdinand IV se détermina à résister à ces envahissements. 11 envoya son fils Léopold en Espagne , et pria le duc d'Orléans d'aider ce jeune prince des conseils de son expérience. " 11 s'agissait , dit un biographe , auquel nous laissons le mérite de " cette explication ; il s'agissait de défendre l'indépendance d'un ■' peuple généreux , et il accepta cette mission. " Pour interpréter é(]uitablement sa conduite et son départ , ouvertement encouragé par l'Angleterre et protégé par un de ses vaisseaux, il faut se ra[)ppler quelle fut l'injustice de l'agression de l'Empereur et quels liens commençaient à unir le sort du duc d'Orléans à celui de la famille royale de Naples. Jamais tyran couronné de la plus brillante auréole n'eut le droit de renverser un trône soutenu p;ir les vœux d'une grande nation , et d'élever un membre obscur de sa famille à la place d'un roi cher à ses sujets. Il ne s'agissait donc pas dans cette guerre d'un principe politique ou d'une lutte contre la France ; il fallait empêcher une flagrante injustice consommée avec violence et impudeur. Louis -Philippe ne voulut point faire du mal à sa patrie ni humilier le drapeau tricolore ; il prit parti pour le faible opprimé , défendit le principe de la liberté des peuples , et protégea les droits d'une famille qui allait bientôt devenir la sienne. Cette explication d'un fait souvent critiqué nous paraît d'autant plus

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plausible que la conduite du iiiiiiislèn' l)ritaiiiii(iuo vient en (juelque sorte à l'appui. Peu sûrs des dispositions du duc d'Orléans, qui avait si Ion g-t en qjs professé , défendu, propaijé les idées rév(»lutioiniaires. les Anglais donnèrent l'or- Ire au gouverneur de Gibraltar d'arrêter le prince I.éopold et d'envoyer Louis-Philippe à Londres. Il y arriva au mois de septembre 1808, et obtint en échange de ses réclamations des réponses équivoques et propres seulement à prouver les défiances qu'il inspirait. 11 sollicita l'autorisation d'aller retrouver sa mère , qui était à Figuières ; mais on lui permit seulement de se rendre à Malte. Il partit avec sa sœur sur une frégate dont le capitaine avait ordre de ne point s'approcher des côtes d'Espagne. Après un si'jour de peu de durée dans l'ancienne capitale de l'ordre de Saint-Jean -de- Jérusalem , il retourna à Palerme. Il rechercha la main de la princesse Amélie , et reçut de la reine sa mère un accueil froid et réservé. Dès qu'il eut dissipé les préventions qu'on était parvenu à donner contre lui , il s'occupa de son mariage, mais voulut d'abord consulter la duchesse douairière d'Orléans. Il fit voile pour Mahon , et revit , après une séparation de seize années , cette mère vénérable et adorée. Là se trouvèrent réunis les débris d'une famille cruellement maltraitée par le sort , et bientôt Palerme vit la célébration d'une union ardemment désirée. |1809). Peu de mois s'écoulèrent au sein d'un bonheur sans nuages , que les soucis de la politique ne tardèrent poijit à troubler. Au mois de mai 1810 des députés de la régence de Cadix viiu'ent lui offrir le commandement général de la Catalogne avec tous les honneurs dus aux infants d'Espagne. Aux idées que nous avons exposées précédemment , dans une occasion pareille , se mêlèrent sans doute aussi (juelques vues ambitieuses , que l'Angleterre se hâta de déjouer. Le gouverneur de Tarragone lui déclara qu'il n'avait point ordre de résigner ses pouvoirs . et il dut s'éloigner La frégate qui le portait fit voile vers Cadix , où il débarqua malgré les hésitations et l'attitude équivoque des membres de la régence. On l'afhuit en audience solennelle ; mais bientôt

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un vaisseau do j^uerre anglais se présenta avec l'injonction de le ramoner à Londres. Le prince refusa d'obéir. Le conseil de régence , vivement sollicité de l'y contraindre , temporisa , mais fut , au bout de trois mois, forcé de céder à la menace du retrait des troupes anglaises. Le duc d'Orléans voulut haranguer les Cortès assemblées dans l'île de Léon : il y courut, ne put être admis , et reçut une députation de trois membres qui lui représentèrent que son obstination serait nuisible à l'indépendance de l'Espagne. Il se vit obligé de reprendre la route de Palernie , où il arriva dans un moment critique pour le trône de son beau-père. Les efforts de la reine Marie-Caroline d'Autriche pour ressaisir la couronne de Naples avaient irrité Murât, qui prenait le titre de roi des Deux - Siciles , et exploitait habilement l'antipathie des Siciliens pour des maîtres napolitains. Louis-Philippe ne put faire écouter ses avis , pleins de sagesse et de sagacité : il conseillait de flatter les Siciliens en leur accordant des immunités et des franchises auxquelles ils avaient de justes droits. Une révolution était imminente. Le duc d'Orléans , hostile aux mesures arbitraires , vivait retiré à la campagne , lorsque les Anglais , toujours prêts à s'immiscer dans les querelles des peuples , arrivèrent pour encourager les excès d'une politique aveugle. Le peuple opprimé força le roi à résigner ses pouvoirs ; ce qui accabla la Sicile de nouveaux malheurs. Louis-Philippe restait étranger à tous ces mouvements , lorsqu'il reçut la nouvelle de la révolution de 1814 , et il s'empressa de regagner la France. Après avoir salué Louis XVIII , il s'embarqua sur la Ville-de-Marseille pour aller chercher sa famille , restée à Palerme. Il était à peine de retour quand eut lieu le débarquement de l'Empereur à Cannes. Il assista au conseil de guerre tenu à Lyon , et reconnut , avec sa sagacité habituelle , que la résistance était impossible. Sa femme et ses enfants partirent pour l'Angleterre , madame Adélaïde ne voulut point se séparer de lui. Le commandement en chef des troupes rassemblées sur la frontière du nord lui avait été destiné. Sa proclamation , pleine de sa-

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gesse , se terminait par la reconimandatioii de n adinctirc .. sous aucun prétexte dans nos places les troupes étrangères. •• .Mai^ l'élan national contre la branche aînée des Bourbons était trop ijrand : il fallait céder. Le duc d'Orléans adressa au maréchal Mortier cette lettre , publiée dans les journaux du temps : .. Je viens , •• mon cher maréchal , vous remettre en entier le commandement (|ue "j'aurais été heureux d'exercer avec vous dans le département du " Nord. Je suis trop bon Français pour sacrifier les intérêts i\v hi " France parce (|ue de nouveaux malheurs me Ibrcent à la ipiitter. " Je pars pour m'ensevelir dans la retraite et dans l'oubli. Le roi " n'étant plus en France , je ne puis plus vous transmettre d'ordres " en son nom , et il ne me reste qu'à vous dégager de tous les ordres " que je vous ai transmis , et à vous recommander de faire tout ce •• que votre excellent jugement et votre patriotisme si pur vous sug- " géreront de mieux pour les intérêts de la France et de plus con- " forme à tous les devoirs que vous avez à rem])lii'. -• Il se retira en Angleterre , et ne prit aucune part aux combats glorieux pour nos aigles , mais funestes à nos soldats Après les Cent-Jours on lui rendit ses biens , qui avaient été séquestrés. Il siégea à la chambre des pairs , et montra dans les débats parlementaires un grand talent et des idées libérales.

Cependant la position du duc d'Orléans vis-à-vis de la Restauration était difficile. 11 était impossible que Louis XVIII et la duchesse d'Angoulême oubliassent la part active que leur cousin avait prise aux progrès révolutionnaires ■• aux é'poques si fatales à la maison de Bourbon. - Le souvenir de ces temps malheureux, souvenir plus vivace chez la fille de Louis XVI que chez tout autre , lui rendait presque insupportable la vue du duc d'Orléans. Vainement il avait fait preuve de regrets sincères; il était l'objet de l'antipathie , de la défiance et , dit un historien démocratique*, >• des méj)ris - de cette cour rétablie par nos ennemis et pleine d'uniformes étrangers. Lors-

' M. Sariians jeun'E, Louis- Philippe H la Contre-Révolution de 1830.

if,4 I.OIU.KANAIS

(ju'il fui besoin de tmiter une (luestion très-importante pour lui , relie lie l'ancien apanage . (jui avait fait retour au domaine de l'État, le roi s'en tint à de va»ues promesses. Le prince voulait obtenir la saïK'tidu (l'une li)i : il espérait ipie ses droits à cette réintégration seraient consacrés par un vote des chambres en même temps qu'on présenterait la liste civile; mais Louis XV III se borna à rendre deux ordoimances qui rétablissaient le duc dans la jouissance de son apanage. Il se trouva plus riche qu'il ne l'eiit été à la mort de son père, dont les biens acquis par la nation étaient fortement grevés d'hypothèques, et lui revenaient francs et libres. Il apporta dans la réorganisation et l'administration de sa fortune une grande habileté. Dédaignant les clameurs de la multitude et le reproche de mentir à ses principes libi'raux , il intenta , sans ménagement pour personne , des procès aux possesseurs de son patrimoine. Plus tard il réclama au duc de Bassano des actions de canaux provenant de l'ancien apanage, et qui avaient été données à ce ministre par Napoléon en 1815. Ces procès nuisirent un moment à sa popularité , car ils indiquaient une tendance alarmante pour une multitude de nouvelles fortunes. Mais il était dans la nature des choses et de la situation que Louis- Phihppe triomphât de ces mauvaises impressions. La ruine des partis bonapartiste et républicain avait laissé la masse de la nation avec ses haines et ses antipathies }jour les Bourbons, mais sans chef, sans guide , sans drapeau pour assouvir ses vengeances et préparer un renversement. Tandis que les esprits restaient dans le vague avec le besoin de recueillir une espérance ou de s'attacher à un chef , les feuilles libérales , des hommes influents par leur mérite ou leur fortune signalaient aux mécontents un prince que ses antécédents rattachaient à la Révolution , et qui sentiblait lui-même abreuvé de dégoûts et d'humiliations. " On disait tout bas que le point de résistance au mal jésuitique ne pouvait se trouver qu'au Palais-Royal. ■• On s'efforçait , par mil'e rapprochements , de comparer la situation de la France à celle de l'Angleterre en 1688 , et d'étabhr que ce qui

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