‹ L'OrléanaisChapitre 14 sur 20 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Guerre entre Ir^OrléKntis et le duc de BourKo^ne-^Le Haupliin est (lé«h^ril^ du trAne de France. — Mort de Henri, roi d'Angleterre, et de Cliarle» VI. — Régence du duc de Bedford. — Guerre avec les An(,'1aj<!. — Si^ge de Montargis. — Dunoi^, La Hire. Rîcht-mont, Sainiraillcs défendent lc>r approrhrî» iJ'Orli'Bns. — Sié^'c de rettr ville. — liataillr de Rouvray- — Jeanne d'Are délivre Orléans. — Pnsp do Jorgeaii et de BcniRoncy. — Victoire de l'atay.

Charles d'Orléaiis , alors prisonnier des Anglais. Nous dirons plus lard les conséquences de cet attentat au droit des gens. Rappelonsnous le prince captif et songeant à ahréger les longs jours de l'exil par les charmes de la poésie. Versé dans les lettres latines et françaises , il possédait une grande éloijuence et le don des vers. « Ses malheurs * - lui avaient fait contracter l'habitude de la plainte. Ses ballades

' Tohlrtiu lif In f'nraif /rttn^niitf , par M. Sainti'-Beuvo.

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» respirait une monotmie douce et une tristesee qui fdttit. Quand il " s'adresse à sa dame, c'est avec une galanterie décente qui trahit « le chevalier dans le trouvère. Sensible comme un captif aux beautés

- de la nature , il peint le renouveau avec une gentiHesse d'imagination et une fraîcheur do pinceau qui n'a }>as \'ieilli encore. Souvent. " sans qu il y songe, un sentiment délicat d'harmonie lui suggère • cet enchaînement régulier de rimes féminines et de limes masca- " Unes qui a été une élégance de style avant d'être une règle de " versification*. -

Pendant que les Orléanais s'applaudissaient de leur sanglante victoire, les Bour^'iu^'iujus liviiussaicnt de rage et d'indijefriation. L<^ comte (le Charolais, héritier du duc Jean, et âgé de vingt-truis ans, sentit au fond de son cœur les désirs de vengeance qui , si longtemps , avaient tourmenté les fils de Louis. Le royaume allait subir de nouveaux déchirements La reine et le conseil du roi assurèrent la duchesse de Bourgogne de leur zèle et de leur sympathie. Le f>euple de Paris, dans sa fureur, répétait ce triste dicton : -Mieux valent les Anglais que les Armagnacs. - Le roi d'Angleterre . sollicité par les deux partis , cherchait lequel des deux lui offrirait les plus grands avantages. La beauté de Catherine de Bonigiogne, dont il demanda la main , fit pencher la balance. U obtint aussi de ses nouveaux alliés que le roi Charles garderait pendant sa vie le «cep-

* Pcut-^trc placcroDs-nou» ailleurs d auUet morceaox do ce priacc-poHe, qui fat miu cootredH la pilM dm potes de wa tm|M. liait fold !• pem AMWie IntflaM Jf A^

Le temps • Itiné m mtntw

rv- vent, (lo froidure et d« playe^ Et • cit Tcitu de broderyc , De Midi ntjiat dcr «t bMn.

Il n'y m bnte ne vftetm

(ju eu ^oti jar^'on ne dMBt* 9U Ciyc : Le Utmy» a laissé aoa naateau Oe vmAf de frddni* et de playc.

BiTière, foatalae et rataeta

Portent on livrée jolyc Gouttes d'argent d'orlkivmieî rhewui «liaMIle de noaTC*» , Le trmps ■ lÊimé anm nuuileaa.

ANCIEN ET MODERNE. Hl

(re et la oouronne, qm seraieDt, à sa mort, dévolus au roi d'Angleterre et à ses héritiers. Pendant la démence du malheureux mo-

naaiue, la régeii(<' devait être exi'n-(H' par Henri, auquel les princes, les seigneurs, les oonununes prêteraient seimcnt d'obéissance. Ce honteux arrangement conclu, tout l'efibrt de la guene ae porta sur les Orléanais.

La nouvdie de ce traité, qu'on fit signer an roi par surprise, ra*

nima le sentiment national dans tous les esprits indignés. Le nom d'Isabeau , cette marâtre i\m dé|X)uillait son propre fils , lut maudit. Le duc de Bouigogne perdit lui-même de sa popularité ; les gens les plus corrampus, se révoltant à l'idée de devenir sujets de l'Angleterve, affinnaient qu'un tel pacte était nul et sans valeur. • C'est « une grsnde horreur, disaitron, de penser que quelque Français, " noMe ou non, ait pu non-seuleiuent favoriser ce traité, mais le voir » et 1 entendre sans le détester ; il est plein de divisions , guerres , " meurtres, rqaines, effusions de sang humain et horribles séditions; •> il tend à produire et à nourrir la trahison , le parjure, la déloyauté, •t et à mettre sous une indigne sujétion tous les hahitants du royaume « de France. Cependant , quand arriva l'heure de l'examiner et de le rejeter, pemoniie, parmi les graiuls corps de l'Etat, n'osa élever la voix contre sa sanction . Le chancelier de France rappela au parlement la conduite du dauphin qui, au mépris des traités et de ses serments, protégeait les assassinala.

Le roi d'Angleterre arriva & Troyes suivi de sept mille hommes d'armes que guidaient les du(>> de Ciloe^ter et de Clarence Son entrée fut pompeuse. 11 alla rendre visite à Charles VI, et la céi-émffliie des fiançailles de Henri avec Catherine se fit sans retard. On signa le pacte in£&me qui livrait la France aux Anglais. (14â0.) Le mariage terminé, les rois et le duc de Bouigogne allèrent attaquée Montereau. La ville (ut emportée. On exhuma Jean-sans-Peur, dont le cadavre à deuu nu et défiguré re}X)sait dans une église. Le château lut ensuite forcé de se rendre, et ses défenseurs expirèrent dans les

m LOKLÊANAIS

bttpplices. Les Orléanais , renfermés dans Gorbei) , oppoeèient une longue résistance; Baifxusan, l'un des principaux auteurs du drame

de Montereau, combattit avec éner^rio et habileté. La ville prise, on mit à mort tous ( eux qui furent soupçonnés d'uNoir eu part au meurtre du duc . mais Barbazan fut épai^é. Après avoir fait le siège de Melun , le duc de Bourgogne revint à Paris. Là, en présence des États rassemblés, il fit exposer par son avocat, nommé Ranlin, les détails de l'attentat commis sur la personne de son père , et dénonça à la vindicte |»uMi(jut' le soi-disant dauphin et ses complices; demandant qu'ils fussent promenés pendant trois jours fériés dans les rues de Paris , tête nue, un cierge à la main et confessant leur crime. On écouta l'avocat du roi, qui conclut au crimind, et le chancelier de France lut au nom du monarque des lettres de justice où il était dit que les coupables étaient indignes de toute succession et dignités, lioiiiit'uis et prérogatives; que tous leurs vassaux, sujets et seniteurs étaient absous et quittes de tout serment , ])roniesse ou obligation de service envers eux et leurs successeurs. £n vertu de ces lettres, le parlement instruisit une procédure contre Charles de Valois, dau* phin de Viennois; puis on prononça Farrêt qui le déclara convamcQ de tous les crimes à lui imputés , et comme tel banni et exilé du royaume.

Le dauphin s'inquiéta peu de cet appareil judiciaire . et s'en reposa sur l'esprit national. Les Anglais se rendaient de plus en phis odieux; sous le titre de régent, Henri ordonnait tout sans méoa« gement pour Charles ou ses conseillers. Le duc de Bourgogne élevait

lui-inème ipielqucs plaintes delà protection accordée par ce monarque au sire de Barbazan, l'un des meuilnera de son père Enfin, plusieurs seigneura avaient senti leur avilissement et s'étaient unis au dauphin. Les escarmouches se multipliaient et tournaient paiibis à l'avantage des Oriéanais ou Dauphinms. Le duc de Clarence fut tué avec plusieurs de ses chevaliers au combat de Baug«'\ A la nouvelle de cet échec et de l agitation des esprits , le roi Henri quitta

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Londres et revint en FVanoe. A peine débarqué , il envoya le comte de Ctiifiird an wecam de Chartres assiégée par le danphin . et se rendit à Paris, où il assembla des forces imjx «saules avec l'intention de dégager la ville serrée de très-près. Le sié<,'e fut levé et l'amiée française fit retraite du côté de la Tourame. poursuivie, harcelée par les Anglais qui piiient Dreux et Beaugency.

(1421.) Peu de temps ^rès la reddition de Meaox, que gardait pour le dauphin un chevalier nommé le bâtard de Vanrus, Henri, à peine âgé de trente-quatre ans , expira près de Vincennes , des suites d'une maladie dont les prciuiers symptômes s étaient manifestes j)endantson séjour aux environs d Orléans. (1422.) 11 hiissa la régence au duc de Bedford, son frère, et légua ses prétendus droits au trône de France à son jeune fils. Ses fnnérsilles forent magnifiques, et le corps, déposé d'abofd à Saint-Denis , lut ensuite transporté en Angleterre. Charles VI ne tarda point à descendre dans la tombe. Bedford suivît le convoi funèbre de ce malheureux monarque , si cher à son peuple et délaissé par tous les seigneurs.

Lonque la piene du caveau royal s'abaissa, Berry, roi d*annes de Fhmoe, ciia à haute voix : Dieu veuille avoir pitié et merci de Tâme du trèa-haat et tcès-exceUent prince Charles, roi de France, notre naturel et souverain seigneur ! - Puis il reprit : • Dieu accorde bonne vie ù Henri , par la grâce de Dieu, r(»i tic l'rance et d'Angle terre, notre souverain seigneur ! - Les sergents relevèrent leurs masses et crièrent : Vive le roi I

De vils courtisans de la fortune répétèrent ce cri , qui ne trouva point d'écho parmi le peuple. Chartes VII , que ses ennemis appelaient roi de Bourges, inspirait un intérêt général*. Ceux que les

* La MOfatr de se* malheun» cl de l'aflcction du peuple %c retrouve dans ce couplet arec Ifl^ad BM pa^nnae» dot lMm>aaif de VillemweMu «t d« Cmut btrent «t andwmwnt tcor» enltett :

Mts unis, HUt: mte-t-y A ce Dauphin si gentil!

XMéank et Beau^rncy.

NeUr-Oamc de Clery.

Vaady, VeMdftnw!

vertus gaerhères et le renom de Heah lui araieBt attachés ne voyaient dans son successeur , êgé de dix-huit mois, qu'un fiuttônie anti-national avec ses monnaies , ses insignes et ses oottleurs» sorte d'outragre vivant jeté à la face de la France. Charles VII . retiré derrière la Loire, occupait les villes de Blois et d'Orléans , d'où ses garnisons se rt'pandaient dans la Beauce , s'avançant parfois jusqu'aux portes de Paris. Le duc de Bedford, ayant resserré l'allianoe avec le duc de Bourgogne et rassemblé des troupes, tenta de reprendre Meulan. Les chevaliers français réunirent une nombreuse année; l'argent de la solde fut confié au sire Tanneguy Duchfltel, qui exifijea des habitants d'Orléans deux mille écus pour le même enïi)loi. Quand il fallut payer les hommes d'ai'nies , Tanneguy s'y refusa; on l'accusa d'avoir employé le trésor en achats de joyaux et de vaisselle faits par lui à Orléans ; les gens de guerre se dispenèrent et tombèrent sous les coups des garnisons anglaises de Chartres et de la Beauce *. Meulan succomba; les châteaux de Marooussis et de Montihéry se rendirent.

Les ducs (le Rreta<i7io et de Bourgogne firent entre eux un traité, oii ils se promettaient mutuelle assistanc»' contre le dauphin de Viennois (Charles VII) et Olivier de Blois. Puis ils se rendirent à Arrss pour y assbter i une joute, sorte de duel , entre Saintrailles etLionel de Vendôme. Le duo lit cesser le combat quand il vit que oe dernier n'avait pas l'avantage.

Les Fran(,-ais . protégés par la Loire et pleins de confiance dans la fermeté des garnisons de Blois et d'Orléans, résolurent de marcher en avant et de secourir plusieurs places serrées de trop près par l'ennemi. Pour arriver en Picardie , il Mait déboucher par Gien et traverser une partie de Ul Bourgogne. On se rassembki donc sous les murs de l'ancienne capitale du Gâtinais. Une bataille s'engagea près de Crevant, et la victoire . chaudement disputé»', leslaaux Anglais soutenus par les Bourguignons. La iionte de cette délaite fut etlacée • MoMmutucr, Jtmnut Pari».

au combat de la Gravelle , où périrent deux mille chevaliers anglais. La funeste défûte de Vemeuil rendit au roi toutes ses anxiétés.

Doui^las , chef des Ecoss.ais alliés de la Franco, } fut tué. Le vicomte de Narbonne , un des meurtriers de Jcan-siins-Peur, ayant été reconnu panni les morts , on lui trancha la tête et son cadavre resta suspendu à un gibet. Le parti d'Armagnac ou Orléanais y avait subi de gnmdea pertes ; les Anglab voyaient tomber devant eux les châteaux du Maine , de la Picardie et de la Champa^e ; rien ne leur résistait. Mais Unir iii.soK'ncf ('(tmiiiori(,"ait à ('loimiicr d'eux tous les seigneurs. Lv fanieux comte de Kichemont, beau-frère de Bedford et du duc de Bouigogne , se retira en Bretagne. Il eût été facile à Charles VII de £ûre la paix avec ces grands vassaux» s'il eût cru devoir consentir à l'éloignement de ses favoris, qui tous s'étaient souillés du meurtre de Monter» au. L'épée de connétable, offerte à liiihenioiU et acceptée pai* lui de l'aveu du duc de Bourgogne, le décida à mener an roi de France une petite année. Il joignit ce prince, et, employant tour à tour la persuasion et la menace, il réussit à obtenir de lui l'éloignement de ses favoris. Le sire de Giac resta seul et fut mis à la tête du conseil. Cet acte d'une sage polilicpie ranu'iia au roi le duc de Bretagne; Philippe de Bourgo^e sentit fléchir ses colères . et la guerre se fit avec des chances plus égales. Jean , comte de Dunois , bâtard du feu duc d'Orléans et fils de la dame de Gsnny, délivra Montaigis. H était alors dans tout l'éclat de la jeunesse, et s'était signalé par de briUants exploits. Le comte de Richement, qui l'avait reçu comme otage et garant des promesses qu'on lui faisait, lui accorda son estime et son alfection. Quand on sut la nouvelle du siège de Montaigis, qui résistait vailhunment malgré la privation de vivres et de munitions, le connétable donna au jeune capitaine un corps de seize cents hommes, réunis à Gien , et pour lieutenant le brave La Hire. Dunois fit avertir les assiégés de sa prochaine arrivée et fondit sur les Anglais, qu'il tailla en pièces. Il n'était alors âgé que de vingt-quatre ans.

î«6 L'ORLEANAIS

(cependant le comte de Richeimmt, vainqueur de Pontoreon, écbooa au sië^ de Saint-James de Beuvron, et ressentit une grande colère de cette humiliation qu*il attriboa au sire de Giac , depuis long-temps

soupçonné de dissiper l'arpent et l€'s vi\ ris de l'armée. 11 fit saisir Giac, et. sans autre foime de procès, ordonna qu'il fût jeté à la rivière, enfermé dans un sac. Unécuyer, nommé Bcauli^ « succéda à ce fiivori , et fut assassiné par un des hommes d'annes du connétable. CSelui-ci crut avoir fait choix d'un ami dévoué à ses intérêts dans le sire de La TrémouiUe, qu'il plara près du roi. Bientôt, reconnaissiint qu'il s'était trompé , il voulut It renverser et n'y put réussir.

Ainsi , de misérables jalousies diminuaient le pouvoir d'un prince qui, au sein des plaisirs et des voluptés, négligeait les occasioDs favorables que hii oflfrait parfois la fortune. Un moment Bedford fut

retenu en Angfleterre par les plus g^randes querelles , et dans le même iiistuTit le duc de Bour^^e était forcé de contenir avec ses meilleures troupes les villes du Hainaut. C'était l'heure d'activer la guerre; mais le roi était retombé dans sa nonchalance, et partout nos armes subissaient des revers.

Bedford, à son retour, s'assura des bonnes dispositions de Philipi)e, réunit vin^jt mille hommes et prit et >iu < ufjca NojU'ent-lc-Rm . Jargeau , Beaugency , Pithiviers et Chartres. Maître de tout le pays sur la rive droite de la Loire, il commença le siège d'Orléans, place la plus importante des possessions royales, et clef du Beny, de l'Auvergne et du LyonnabS Cette entreprise parut si grave, que les meilleurs officiers du conseil de guerre anglais hésitèrent avant de l'approuver; Bedford lui-même chanci'hiit dans sa rcs(»lution -. Mais l'inertie de Charles S'il et la retraite du coimétable le décidèrent à agir. Dans ce péril, le zèle du peuple se fit jour, et l'on put voir que le roi possédait son affection. La perte d'Orléans rendait certaine la

• Prorff lir In Piir i llr, p. ^.

* Acta ftuUtca, tom. IV.

raine de notre nationalité , et les Français chérissaient leur monarque, d un carartiTc doux et facile, sans défiance, sans colère. ]nir de tout acte de vengeum e, et n'ayant jamais laissé commettre qu'un •meurtre , dont l'horreur retombait sur ses conseillers. Puis, l'Anglais ne pouvait plier sons le joug une nation qui sera son étemdle ennemie. Les Français résolurent de tout tenter pour le salut du dernier boulevard de la patrie : sous les ordres du sire de Grancourt , gouvern«'ur. se ranL^ricnl li sDunois. les Saintraillcs , les Guitry, les Villars et l'élitt? des chevaliers, garnison redoutable (jue secondèrent admirablement les Orli-anais. Les habitants avaient d'alwrd voulu se défoidre seuls, dans la crainte d'être pillés et maltraités par les gens de guerre ; mais ik reconnurent la nécessité d'avoir l'appui du courage uni à l'expérience.

On commença par raser les maisons et les édifices placés en dehors des murs, et qui pouvaient protéger les approches de l'ennemi. J-n faubourg du Fortereau et ce qui se trouvait de l'autre côté du pont furent détruits pour la même raison et par les habitants eux-mêmes. On abattit les arbres d'alentour ; pour s'excuser aux yeux de Dieu des meurtres et des horreurs qui devaient être la suite d'une lutte désespéréc , chacun éleva vers le riel d*ardentes prières. La Rochelle , Bourges et Poitiers envovèrent de fortes somme-; |x)ur pnniver leur sympathie. Les États-Généraux , convoqués à Chinon , accordèrent un subside de quatre cent mille francs , fourni par les gens du clergé et les nobles hors d'état de prêter à la cause nationale un secoure actif.

Les premières attaques commencèrent le 12 octobre 1428. Le comte de Salislnn'v, général célèbre et animé d'une haine profonde contre la Fntnee, dingeait en personne les assaillants qui lurent repouasés par les hommes d'armes, les bouigeins, les femmes et les enfiuits. Cependant, contraints d'abandonner le fort des Tourelles, les Français se retranchèrent sur le pont et dans une 9e du fleuve. Le comte de Dunois se jeta dans la ville avec les sires de Chabanne^,

2IS LOULf:ANAIS

La Hire et une nombreuse troupe d'Italiens et d'Écossais, soldats braves et aguerris.

Désespérant de réussir par la force , le général anglais fit construire p'.usieui's bastilles, afin d'affamer la ville. Pour mieux choisir les jwsitions , il se promenait sur le rempart du fort des Tourelles . lorsqu iuu> pierre lancée par les bombardes ricocha contre le mur. lui creva

l'œil et lui emporta tout un côté du visage ; un de ses capitaines fut tué du même coup. On le transporta au château de Meung, où il expira en recommandant à ses officiers de mener à bien un siège qu'il regardait comme fort im])ortant ix>ur l'honneur de l'Angleterre et le salut de sa cause. Mais une sorte de consternation s'empara des assiégeants, qui perdaient le plus habile de leurs chefs. Les Français sentirent renaître leur confiance et leur esi^ir. Cette mort leur jmrut une vengeance divine, car Salislmry s'était signalé ymr des actes de violence et des sacrilèges , et il avait , disait-on , promis au duc d'Orléans de ne rien ejitre|)rendre contre son duché.

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Le comte deSuffiilk, .qui prit le commandement, adopta lea plans de son prédéoesBem*. Le blocua fat leaaeiTé de telle aorte que les habitants brûlèrent les firabourgs de la rive droite et toutes les églises qui se trouvaient en dehors des murs. Mais l'enceinte était vaste et difficile àcenier ; les renfurls , U-s vivres et les munit ions pc'iictraiL'iit sans cesse d:iiis la ville. L'art des sièges, encore impariait, ne prescrivait que de hardis assauts et d'impétueuses sorties, où brillait le counge des chevaliers sans rien amener de décisif. La lutte se prolongea pendant tout l'hiver; alors l'amiral de Culant amena aux assiégés deux cents lances qui donnèrent une espérance bientôt détruite, car des baiinièrt';, noiUf.Hts llottait'ut dans l arniéc aiiglaisf.

Les demandes de secours arrivaient à Charles VII , qui sortait un moment de sa nonchalance accoutumée, faisait les plus grands effinrts pour le sahit de sa bonne ville, et ne trouvait que peu d'hommes et d'aigent & lui envoyer. Enfin, un convoi plus important s'avança verft Orléans sous h conduite du comte de Clermont ; il était formé de chevaliers de l'Auvergne et du Bourbonnais, auxquels se joignirent des KcoBsais. Les sires d' Albrct , Guillaume Stuart et de La Fayette, qui amenaient un renfort de près de deux mille hommes, furent avertis que le duc de P'^ord expédiait de Fàris des vivres et des munitions aux assiégeaik les chefs des deux troupes se concertèrent pour attaquer le convoi anglais. On donna avis aux Orléanais de ce projet, afin (ju'ils se tinssent prêts à le seconder Par malheur, on s'entendit mal sur le jour et l'heure ; la ganuson se porta vivement  la rencontre des Anglais, tandis que le comte de Qermont, parti de ^018 , ne pouvait arriver assez tôt. A la vue des Oriéanais, les gens de Bedibrt se placèrent en avant de leurs chariots et se retranchèrent derrière les pieux affilés dont ils avaient appris l'usage à Poitiers et à Azincourt. Aux deux ailes se tenaient les ai l>alétriers parisiens et les archers des communes , tous d une adresse renommée. A la vue de ces formidables préparatifs, les Oriéanais résolurent d'attendre le comte de Clermout; mais les Ecossais, qui

«iO L'ORLÉANAIS

formaient 1 av:iiit-garde de ce seigneur, arrivèrent sur l'entreCaite et manifestèrent une injurieuse surprise de oe retard; puis ils mirent pied à terre, malgré les plus expérimentés, qui voulaient qu'on enfonçât cette espèce de carré avec Taide de la cavalerie. Entraînés par l'exemple, et ne pouvant souffrir qu'on mît en doute leur courage , Dunuis, La Iliro, Saintraillcs et tous le» hommes d'armes descendirent de cheval et enpa<;i'rcnt le combat dans le plus grand désordre. On ne laissa pas aux bombaides le temps de briser les pieux et de faire quelque trou dans les rangs, et bientôt une grêle de traits châtia cette folle témérité. Les chevaliers de Gascogne firent une chaige sans succès. Dunob, bles^àé, fut retiré avec peine de la mêlée; les deux Stuart et une foule d'Erossais périrent, ainsi que les sires de Chahut et d'Alljret. Les Anglais, conduits par Falstaff, sortirent alors de leurs retranchements, et le carnage commença. Les Gascons, qui avaient en tête la milice de Paris, lui firent subir des pertes sans parvenir à l'entamer. Sur ces entrefaites parut le corps d'armée du comte de Clermont: il s'indigna du mépris qu'on avait fait de ses ordres en (.oniballant à i)ied et sans attendre son arrivée, et ne ju<i:ea point à propos d exposer ses troupes. Il rassembla donc les débris de la garnison orléanaise et se retira dans la ville, où sa conduite excita des malédictions. Cette triste bataille, qui se livra aux environs de Rouvray, prit le ncm de journée des Harengs, parce que le oonvoi était formé de charrettes chargées de ce poisson , destiné à nourrir les Aniflais pendant le carême. Elle causa une émotion douloureuse, car cette fois encore le courage était vaiiK u jKir l'adresse des archers anglais. U fut question d'abandonner les bords de la Loire et d'emmener le roi au fond du midi; mais ce déplorable conseil ne prévalut point.

Les Oriéanais , privés des secours qu'ils attendaient , ne se découragèrent pas. L'oubli du roi, le faible intérêt qu'il leur montrait, diminua leur amour pour la cause monarchique; mais ils songèrent qu'une plus haute mission leur était confiée, et qu'ils avaient à dé-

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fendre la nationalité française. Quelques-uns d'entre eux se fiusaient aussi un point d'honneur de sauver la ville et les domaines de leur

duc, prisomiicr des Anglais*. Ce pauvre prince, ayant eu cunnaissojice de l'expédition de Sali.>bury, avait présenté sa requête au conseil d'Angleterre , pritint que son apanage et ses vassaux fussent préservés du fléau de la guerre tant que lui-mênie ne pouvait les protéger, ni se prononcer pour ou contre les Anglais. On lui octreja sa demande , sauf i en référer au régent, qui se moqua d'un parefl accord ; et lorsque Salisbury tomba, dhs le commencement du siège, on pensa que le ciel le punissait d avoir menti à la foi (ju'U avait jurée au duc d'Orléans -

Privés de l'af^ui de leur roi et de leur seigneur, les Orléanais envcyHent au duc de Bouigogne SaintraiOes , qui avait fiût jadis avec lui la guerre de Flandre; ils le su])pliaient de prendre leur ville sous sa parde pendant lii captivité de Charles, et de sauver leur qualité de Français. Philippe accuedlit bien le messager, et parut écouter sa proposition; mais il crut devoir la soumettre au duc de Bedford, qui répondit qu'un pareil arrangement était impossible. Le siège avait coûté aux Anglais d'assez grands sacrifices, et la ville même était trop utile à leurs plans pour qu'ils consentissent à en gratifier qui que ce fit. " D'ailleurs, ajouta Bedford avec insolence, Orléans tombera, et je n'ai point entendu battre les buissons pour qu un autre prenne les oiseaux ^ » Philippe témoigna de l'humeur; l'Anglais lui reprocha ses oontinuéllea teigiversatioiiB et son peu de colère contre l'homme qui avait tué son père. On assure même qu'il tint ce propos : Que s'il était besoin de mettre un terme à tout cela, il saurait bien envoyer le duc de Bourgogne en Angleterre , où il Iwirait de la biëre plus que son ^uûl L'eiïet de ces bravades fut d'aigrir Philippe, et de le déterminer à renvoyer les députés d'Orléans avec son héraut , ch^i'gé d'ordonner à tous ses hommes d'armes et chevaliers de quit^ l'ar-

22i L'ORLEANAIS

mée anglaise. Tous obéirent avec joie*. C'était un événement heureux pour les assiégés; mais leurs adversaires recevaient de Paris de si puissants renforts , qu'ils ne tardèrent pas à construire

une foule de bastilles et de rclniiichcmcnts , et à environner la ville coiniue d une seconde enceinte. La famine fit bientôt sentir aux assiégés toutes ses horreurs et la garnison était réduite aux dernières extrémités , lorsque la Providence sauva la monardûe par un secours miraculeux.

H s*étaît répandu parmi le peuple une prophétie attribuée à Merlin, (jui dis<iit que la Fraiirc. jiinlut" par une feinnie , M rait siui\<'«' par une femme. On interprétait cela en disant que la reine Isabeau était la femme parricide ; mais on cherchait vainement quelle serait la libératrice. Sur ces entrefiiites , une femme d'Avignon , nommée Marie , s'introduisit près du roi et lui parla de visions merveilleuses où le ciel lui révélait l'avenir. Elle avait aperçu des armes, et une \o\\ mystérieuse lui annonçait qu'elles étaient destinées à la céleste héroïne dont la France devait recevoir le divin appui. Les esprits étaient ainsi disposés à accuôUir et les bruits et les &Ues, tant l'espérance est vivace au cceur des malheureux 1 lorsqu'il se répandit de vagues récits sur les étonnantes visions d'une jeune fille qui haUtait Domremy, village sur les lx>rds de la Meuse entre Neuichâteau et Vaucouleurs. Son père, (jni se nommait Jacques d'Arc, était un cultivateur; sa mère» Isabelle Bomée, l'avait élevée, ainsi que ses trois frères, dans l'amour de Dieu et de la cause oriéaDaise. puis dans la fidélité due au souverain légitime. Du reste, son éducation avait été celle de toutes les jeunes filles de sa classe; jamais elle ne sut ni lire ni écrire. Coudre, filer, mener paître les bes- ^4aux , aider aux travaux des champs , tels étalât ses soins et son oce^Vatioii; elle était active, douce, simple, bonne, et à modeste qu'une <parde suffisait pour la fiûre rougir et la trouUer. Son extrême

• CAnaitn* 4ê ta i ^ceUe.

dévotion lui attirait des railleries. Ejineinie des danses et des jeux de son âge, elle se retirait dans les églises pour prier, et prononçait souvent le nom de Dieu et de la sainte Vierge. Sa charité et sa libéralité la portaient à se priver de tout pour faire des dons aux malheureux.

Les haines qui partageaient les cités en deux camps , Armagnacs et Bourguignons, divisaient aussi les hameaux. Celui de Marcey tenait pour Bourgogne, tandis que Domremy restait fidèle aux Armagnacs et au dauphin, devenu Charles VII. Plus d'une sanglante querelle éclata entre les jeunes gens des deux villages , qui se provoquaient et s'injuriaient mutuellement. La vue de ces luttes acharnées fortifiait les penchants de Jeanne , qui , plus tard si compatissante pour les vaincus , désirait alorr» la mort du seul homme du parti Iniui-gui-

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gnon qui habitât son village. Ses travaux rustiques lui donnèrent l'habitude de diriger les chevaux; elle les maniait avec adresse. Son

esprit natiirrîloment nK^lancoliquc la portait à rechercher la solitude, et elle allait rêver au milieu des forêts <|ui avoisinaicnt sa demeure. Non loin du bois Chenu , près d'une source limpide , s'élevait un chêne antique connu sous le nom d'aibre aux Fées. Là, disaient les légendes , on voyait ces êtres fiuitastiques danser aux clartés de la lune durant les heures mystérieuses de la nuit. L'eau de la source avait la réputalioîi de ^aiérir de la fièvre ; ce Heu était regardé comme sacré. Dès l'âge de treize ans, Jeanne eut des extases; elle croyait entendre la voix de l'archange Michel; puis Gabriel lui apparut aooompagné d'un grand nombre d'autres anges. Sainte Catherine et Kainte Marguerite se montrèrent plusieurs fob à elle près de la source et de l'arbre des Fées. Jamais elle n'entreprenait rien sans les consulter. La réalité do ses visions, qu'elle appelait ses voix, fut soutenue par elle , dans les plus graves circonstances , avec une conviction que rien ne put ébranler. Un jour elles lui ordonnèrent d'aller vers le roi de F^ce et de &ire lever le siège d'Oriéans. Craignant d'éprouver des obstacles de la part de ses parents, elle sollicita et obtint d'eux la permission d'habiter chez un de ses oncles , nommé Durand Lexart. Ellle lui révéla les \ olontés du ciel, et le persuada tellement qu'il se rendit chez Baudrioourt, commandant de Vauoouleurs, auquel il exposa les désirs de sa nièce. Le^ chevalier l'engagea à corriger rudement cette visionnaire , et il revint oonlus et découragé ; mais Jeanne partit aussitôt , se présenta chez Riudiii uurt , et, bien qu'elle no l'eût jamais \'U. le recx)nnut au milieu des (•ITiciers dont il était entouré. « Mon Seiirneur, lui dit-elle, m'ordonne de délivrer Orléans et de faire sacrer le roi à Reims ; feites que je sois conduite devant lui. - — Qnd est ton Seigneur! lui demanda Baudricourt! — « C'est le Roi du ciel , «• répondit-elle. Sa fermeté, son ton inspiré, firent impression sur le gouvemeur; mais il ne se décida point à lui accorder sa confiance. Elle ne se déconcerta

ANCIEN ET UÛDEKNH. 225

pas, car ses voix loi avaient prédit qu'dle subirait trois refus. Elle reprodnisit sa demande avec importnnité et pers^drance. - J'irai

vprs le mi . s'écria-t-elle ; fussé-jo sur les genoux, j'irai ! » Enfin , un sH<4neur de la contn^e, iiomnit' Jean de Metz, se laissa romaiiirre et lui promit jmr sa foi. sa main dans fa sienne, que, sous la conduite de Dieu , il la mènerait au roi. Un autre gentilhomme , Bertrand de Pokngy loi fit la même piomessé. Alors Jeanne se fit couper les dieveux, prit des vèt«nente d'homme, demanda pardon à son përe de sa d(^sobéissance, et se disîx>sa au départ. Los frais du voyage furent faits par ses deux protcrtours ; rar Baudricourt se contenta de lui remettre une épée et de lui dire : — Va, et advienne ce qu'il pourra. Son escorte , composée de sept personnes , jura aux mains du gouverneur qu*dle serait mnuli protégée. Son troisième frère, Pierre d'Aro , un archer, et Collet de Vienne, messager du roi , s'éloignèrent avec elle au milieu des n^rets des habitants de Vaucouleurs. qui ne doutaient pas qu'on no rcn\o\ àl à une mort certaine. Soyez sans inquiétude, leur ditrcUe , Dieu fei a mon chemin malgré les ennemis ; c'est pour cela que je suis née. D'autres dangers la menaçaient : les gens de son escorte, dépravés comme tous les guerriers de cette époque, conçurent pour elle une passion coupable; mais bientôt elle exerça sur eux un empire absolu , et ils se soumirent à ses volontés. Un voyage de cent ciiKjuante lieues fut accompli sans obstacles, et Jeanne arriva à F'ierl»ois, village de Tourain(> peu t'ioignc de Chinon. L'église, dédiée à sainte Catherine, était célèbre dans le pays et attirait de nombreux pèlerins. La jeune fille s'y arrêta et y entendit chaque jour la messe. (1429.) Peu de jours après, elle reçut l'ordre de venir à Chinon, où s'était retiré Charles VIT ; elle y était attendue avec quelque ciiriositt'. Plusieurs seigneurs lurent d'avis qu'on n'exposât pas la majesté royale au ridicule d une telle entrevue ; les plus sages ou les plus habiles en décidèrent autrement. Les affaires de l'État étaient désespérées. Pouvait-on reluser un secours envoyé par le ciel ou créé par le hasard? telles furent les réflexions des plus

iib L'ORLÉANAIS

impies ; d'autres se sentirent tottchés d'un aentimoit de ica et d'espoir. Jeanne fut examinée et interrogée avant d'être introdnite dans la chambre où se tenait le roi. Pour réproorer, CSbaries se cacha dans

la foule de ses oonrtisans vêtus avec ridiesee. La jeune fille marcha droit à lui et s'atrenoiiilla. » Je ne suis pas le roi , lui dit Charks VII en montrant un des seigneurs, le voici! • — •• Gentil prince, c'est vous, et non autre! Je sub envoyée de la part de Dieu poor prêter secours i vous et à votre royaume^ et voua mande le Roi des deux par moi que vous serez sacré et couronné dans la ville de Reims, et serez lieutenant du Roi des cieux , qui est roi de France. " Le prince, étonné, voulut lui j)ark'r en s«h ret ; elle le confondit en lui révélant des choses qui ne pouvaient être connues que de Dieu et de lui. 11 inspira à ses chevaliers la confiance dont il était animé. Bientôt die gagna l'estime et le respect de tous par sa firanchise , la tionté et la simplicité souvent sublime de ses réponses. Elle réchanfia l'enthousiasme, releva les courages abattus, et le bruit de sa venue, annoncée aux Orléaiuus par Villart, leur rendit l'espérance.

Cependant . la prophétie de Merlin ainsi confirmée jetait quelques scrupules dans les imea dévotes. Cette fille venue e nemore camiio» d'une finêt toufiue*, était-elle l'envoyée du ciel ou le présent fiital de l'enfer f Pour éclaircir les doutes, on fit conduire Jeanne devant l'Université de Poitiers, où siéfjeait alors le parlement. On la livrait ainsi à 1 examen des personnages It s plus doctes et les plus pieux. « Je sais que j'aurai fort à faire , disait-elle , mais Dieu m'assistera " On assembla des théologiens et des juiiates, qui reçurent mission de l'eiaminer et de faire leur npport au conseil du rai , en dédaiant s'il était licite d'accepter le secours de cette jeune fille Tous œs persranages exposèrent sévèrement à Jeanne les doutes dont elle était l'objet; elle leur répondit sans trouble et sans crainte, raconta les visions et les ordres que les tot:r lui avaient transmises durant plu-

■ U- bois Cbcnti.

> Chnmiqme ér fa Pmertie.

ÂNCIKN ET MODEllNË. ai

aiean années. Mais , obsenrait-on , si Diea vent sauver la France . il n'a besoin ni de vous ni de soldats ! » — Ceux-ci combattront , répondit-elle, et Dieu sera pour eux. - — - De quelle langue se ser\ oîit vos voix?" demanda d un ton aigre et avec un accent prononcé le docteur limousin, frère Séguin. — ^ D'une meilleure que la vôtre . • rcpliqua-t-elle. — • Mais , si vous ne donnez pas d'antres signes de votre mission, on ne peut vous confier des hommes sans les eiqposer à périr! — «Ce n'est pas le lieu, dit-elle; mais conduises-moi à Orléans, Le signe que je dois donner, c'est de faire lex'er le sii'ge de celte ville. " Elle ajouta que st-s voix lui avaient assure que le roi serait sacré à Reims, que Paris lui ferait sa soumission et que le duc d'Orléans verrait briser ses chaînes. Ses réponses étaient fermes et invariables. Quand on changeait la forme et le ton des interrogatoires ; éDe se contentait de dire : • Je ne sais ni A ni B, mais je viens de la part du Roi du ciel pour faire lever le siège d'Orléans et conduire le roi à Reims. »

L'enthousiasme gagnait tous les cœui's ; le roi l'admettait souvent près de hii. Le duc d'Alençon , revenu d'Angleterre, la prit aussi en amitié. On était charmé de sa bonne giâce , de son adresse à manier un cheval et de son habileté à courir des lances. Les femmes qui l'approchaient la quittaient captivées et attendries. Le dergé lui-même se iaissîiit persuader, et Christophe de Haivourt, dvêque de Castres, fut des premiers à lui reconnaître la qualité d inspirée. L'archevê-que d'Embrun prouva, dans un docte traité et par des citations de l'É^ crituie, que Dieu s'entremettait qudquefois directement dans les choses d'ici-bes, et qu'il pouvait confier à des créatures, même àdes animaux, les missions dont les anges étaient ordinairement chargés. On ne pouvait s'étonner qu'une femme, portant des habits d'homme, guidât les gens de guerre : les vierges bénies du ISeigueur avaient obtenu souvent des révélations par préférence aux hommes; mais il conseillait de ne rien négliger pour se convaincre de la réalité de la mission de cette jeone fille, afin de ne point tomber dans un piège

un LOHLÉANAIS

du dcWnon, Ce fut saiis doute ce dernier conseil qui fit qu'on pria la reine de Sicile, mère de la reine de France , et la dame de GJaucourt, de s'assui'er de la pureté de Jeanne ; leur témoignage fut favorable, et elles constatèrent en outre que cette belle et forte vierge était étrangère aux inlkmilcs de son sexe. Les docteurs, après mûre délibération,

furent d'avis que Jeanne n'avait jioint fait de pacte avec les mauvais esprits, et que tout en elle étant d'une bonne chrétienne et d'ime honnête fille , on pouvait accepter ses services et penser qu'elle était l'envoyée de Dieu.

On lui donna l'état de maison d'un chef de guerre; elle eut pour écuyer Jean , sire de Daulon , brave et sage chevalier, et pour pages L.ouis de Contes et un autre jeune gentilhomme. Elle choisit pour hérauts Guyenne et Amblevillc, et pour chapelain un religieux nommé

ANCIEN ET MODERNE. m

frère Pasqnoel. Plusieu» valets furent attachés à son senrioe. Elle

reçut aussi une amnire complète adaptée à la forme de son corps ; elle voulut un étendard de toile blanche apjx lc^o boucassin et frangée eii soie; sur un champ blanc , semé de Heurs de lis, était figuré l'Étemd dans sa gloire et tenant un globe dans ses mains; àdroiteet à gauche étaient deux anges en adoration : l'un d'eux tenant une fleur de lis que Dieu seniUait hénir. On lisait sur la bannière ces mots : Jhewa Maria. Pour compléter cette armure , Jeanne désira qu'on lui apportât une épée c achéc derrière l'autel de sainte Catherine de Fierbois, et qui portait cinq ci-oix sur la lame ; on la trouva dans l'endroit qu'dle avait désigné, et le bruit se répandit que c'était encore une mirafinlemie révélation. Outre la bannière, dont elle avait dicté la fionoe et les dessins, die en fit faire une autre, portée par les prêtres , qu'on devait joindre aux hommes d'armes chargés de l'accompagner.

Ces préparatifs une fois terminés, elle se rendit à Blois, où l'on léornssait des troupes et des munitions pour les envoyer a Oiléans. Pànni les chevaliers qui arrivèrent dans cette ville, on distinguait les sires de Gaucourt, de Bais, de Boussac, Tamiral de Culant, La Ifire, l'élite enfin des Français demeurés fidèles. Avant que de paj'tir, elle ordonna aux ji^ens de guerre qui devaient l'aceom papier de cesser leur vie déréglée , et de congédier les femmes dont ils se faisaient suivre dans leurs expéditions ; elle leur enjoignit aussi de se confesser et de s'abstenir de jurer. La Hire, qui ne menait pas une vie exemplaire, fit paraître une grande contrition. Frère Pasquerel parooumt chac{ue jour la ville de Blois en portant sa bannière , et suivi des prêtres qui chantiiient des hymnes et des ciintujues. Jeanne se montrait dans ces processions , atlectant une dévotion profonde. Cette sainte vie ajoutait encore à la confiance que le peuple avait en elle. Qiacun opposait le tabloau de ses vertus, de sa modestie , de sa retenue, de sa sagesse, à la peinture, chaque jour plusaffireuse, des vices des seigneurs, des impuretés des dames de haut lignage , de

la disaofaitian qui avait tout envahi. Forts de won exemple, les piédicaleara se hasardaient enfin à élever la voix et à blâmer les viou et les crimes de l'époque * . Le ^H uple éooatait avec ferveur ces ser»

mons venus d en haut par rinlemu'diaire d'une vierge échappée de ses rangs ; et de cette société tourmentée sortirent les éléments de la délivrance nationale.

Les Oriéanais réclamaient d'une manière pressante les seooon qu'on leur avait promis. La Pncelle, obéissant aux instructions que lui avaient données ses saintes patronnes de Domremy , ne vofdot rien entreprendre contre le^ Aiitrlais avant de leur avoir fait une sonniiation. £Ue dicta une lettre qui fut portée aux généraux ennemis : • pour, de par Dieu le roy du cid , qu'ils eussent à rendre les clefs « de toutes les bonnes villes qu'ils avoient prises en FVance. • Os tournèrent la chose en raillerie.

Alors on se disposa au départ. Les vivres furent placés sur des chariots. Le duc d Alençon , qui n'avait point encore puyé tout le prix de sa rançon, dut s'abstenir de suivre l'expédition.

Deux routes, odles de la Sologne et de la Beauee , oondaisent de Bbis à Orléans. Jeanne insista pour qu'on suivit cette deniière, bien qu'elle fût au pouvoir de l'ennemi. Dunoîs, qui était resté avec les assiégés , déelam qu'un tel projet était insensé. La Pucelle n en persista pas moins dans son opinion , et on feignit de lui obéir. L'armée finnchit les coteaux arides de la Sologne. Le convoi était escorté par cinq mille cinq cents hommes; les prêtres marchaient en tête en psalmodiant des hymnes et des prières. Get appareil religieux taisait impression sur les soldats ; le:s plus impies se confessèrent et Jeanne jwirtiigea l'iiostie sainte a\ ec eux.

Le troisième jour, on arriva en vue d'Orléans. Jeanne aperçut le fleuve qui la séparait de cette ville courageuse , et elle rwonnut qu'on s'était joué d'elle en lui fiusant suivre une autre route que eeUe mar* quéc par les décrets de Dieu. L'armée française touchait an rir^;e

• MON»TRSl.lT.

de la Loire, on peu au-dessus de la bastille élevée par les Anglais . sur remplaoement de l'égliie de Saint-Jean-le^BIsiic. lWu était trop barae ponr permettre aux barques des assiégés de venir chercher les vivres et les munitioiis ; il eût fallu les transporter 4 bras d'hommes

de l'autre côtô du fleuve; opi'ration lente et presque impraticable. Le vent ne pennettait pas aux bâtiments uii peu forts de remonter la Loire pour venir prendre les chars et les munitions. La route de Beauce eût épaigné tous ces obstacles. Jeanne donna aux chefs fort déoonœrtéa le conBeil de s'emparer de la bastiDe de SaintJean-le-Blanc. Tandis qu'ils hésitaient , Dunois quitta Oiléans et traversa la Loire dans une petite baniue. La Pucelle s'approoha de lui . NOus êtes le Imtard d'Orléans! « lui dit-elle. — - Oui. ■■ — •• Est-ce vous qui avez fait que je sois venue de ce côté au lieu de prendre la rive occupée parles bandes de Talbott • — > Oui, •* répliqua le comte en cherchant à s'excuser sur ce que d'antres plus sages avaient opiné comme lui. — - Eh bien ! reprit Jeanne , vous le voyez , le conseil de Dieu est meil> leur que le vôtre. Vous avez cru me décevoir, et vous êtes vous-même plus déçu que moi ! "

U fallut tenir conseil et se décider à remonter le fleuve jusqu'en fiu» de Checy , à deux lieues à l'est d'Orléans. Le port était assez commode, et au pouvoir des Français; maïs le vent soufflait toujours, et une partie des obstacles subsistaient. Jeanne annonça qu'il ne tarderait jK>int à chaii'jtT, et sa })rédiction se réalisa. Une flottille qui vint chercher les munitions apporta à Jeanne les prifcrcs d'une population que sa présence devait encourager. D'abord elle ne voulut pas se séparer de l'armée que les navires ne pouvaient emmener, et qui était obligée de regagner le pont de Blois. Les instances et les conseils des cbefe triomphèrent de sa résolution, et elle monta sur la barque de Dunoi». La Hire, ses deux pages, Daulon et deux cents lances l'accompagnèrent de l'autre côté du tleuve. On pensii (|u file ne devait faire son entrée dans Orléans que la nuit, pour éviter du tumulte.

Les Anglais avaient intérêt à arrêter les secours qui se présentaient et à s'emparer d'un si riche convoi. 11 est donc présumable qu'ils Il'inquiét^rent pas le départ de la flottille, aimant mieux l'attaquer quand elle reviendrait toute chargée devant leurs bastilles. Les assiégés , pour détourner leur attention , firent mine de donner l'assaut à la bastille Saint-Loup ; et , pendant ce combat , le convoi passa sans éprouver de pertes. Jeanne et les troupes , restées avec elle à Chécy, arriva vers huit heures du soir, et par la route de terre, à la porte orientale de la ville. Elle y entra armée de toutes pièces et montée sur un cheval blanc. Devant elle flottail son étendard ; elle voulut avant tout se rendre à l'église pour glorifier le Seigneur.

peuple l'y suivit en faisant retentir les airs de joyeuses acclamations. L'hôtel de Jacques Boucher, trésorier du duc d'Or-

Diyilizea by GoOgIc

ÂNCIËN fil MUDEKNE. 233

léans, ayant été mis à sa dispodiioB, die s'y logea avec sa suite.

Le lendemain, die fut reçue au eonseil présidé par Dunois. Jeaime était d'avis iju'on profitât de Tardeur et de la bonne volonté

des Orléanais pour attaquer sur-le-( haiiip les Tastilles aiifj:laises. C était aussi l'opinion de Florent d'illiers et de La Hire. On discuta vivement ; elle soutenait avec force son avis , se prévalant des ordres du roi et de la volonté du cid, dont elle se disait l'interprète ; elle reprocha même à ses adversaires leur timidité , qui avait eu, en diverses occasions , de funestes résultats. Un chevalier, Jacques de (iamaihe , s'offensa du ton impérieux île la Pucelle; et, après quelques piiroles urtensantes, ploya sa bannière et la remit à Dunois. Les chefs décidèrent qu'il n'y aurait pas d'attaque avant l'arrivée des renforts , mais qu'on irait à la rencontre de l'armée de Blois. Jeanne, La Hire, Florent d'Oliers et quelques antres, ne pouvant maîtriser leur impatience, firent une sortie à la tête de leurs gens et de plusieurs habitants armés. Cette imprudente tentative fut re« |x)ussée.

La Pucelle envoya ses deux hérauts d'armes porter à Talbot , h Suffidk et au sire de Scalle une sommation pareille à celle qu'elle leur avait adressée de Blois, et terminée par des mots menaçants. Ceux-ci, fort irrités, retinrent Guyenne, firent mine de le brûler;

ils renvoyèrent Ambleville pour annoncer à la Pucelle le sort de s^)ll émissaue. Elle ordonna au héraut de retourner \ er^ TallH)t et (le lui porter de sa part un défi. Dunois fit aussitôt arrêter des hérauts ennemis à Orléans, afin de traiter de la rançon des prisonniern, et leur dédara qu'ils répondraient sur leur tête de la vie des hérauts d'armes fhuiçus.

Cependant , la Pucelle essaya de répéter elle-même aux chefs anf,dais ses sommations. Une redoute , < on^iruile sur le jjont en lace le fort des Toumelles, en était assez rapprochée pour qu'on pût se faire entendre en élevant la voix. Jeanne s'y rendit vers le soir , et bientôt le rempart fut couvert d'Anglais , attirés par la curiosité. Elle leur

i34 L'ORLÉANAIS

comiiiiiiula do lever lo siège, ^luou que malheur en adviendroit et H hcnte à tretous. « Le chef Glacidas et ses soldate lui répondirent par de grossières injures, « l'appelant vachière; criant moult hanlt • qu'ils ta feroient ardtnr, s'ilz la povoient tenir * . Enfin un capitaine, le bâtard de Granville , prononça des outrages n violents contre sa vertu , qu'i'lle s'éloigna en leur annonçant une proehaine punition.

Le mépris des Anglais n était qu'ancctt', car ils étaient effrayés. Depuis sa venue, ils n'osaient plus sortir de leurs bastilles, et quatre ou «^nq cents lances françaises tenaient en échec toutes les finroes des assiégeants. Danois, Daukm et d'antres chevaliers ayant résolu d'aller au-devant de l'armée de Blois, la Pucelle sortit de la ville avec L«a Hire et se posta (levant les bastilles Saint-Laurent et de Londres ; elle ne se retira qu'après a\ oir entièreuient perdu de vue ceux dont elle protégeait ainsi le passage.

A son retour, elle fut obligée de parcourir la ville à cheval, et de satisfaire au vœu des habitants. La voir et oanverser avec die était pour eux une grande consolation. Messire, répétait-elle avec - un accent inspiré , m'a envoyée pour délivrer la ville d'Orléans.

Le lundi suiviuit , 2 mai , elle s avança suivie d'une faible escorte pour examiner le front des retranchements ennemis. Une foule de peuple la suivait, et il eût été facile aux chefs anglais de tailler en pièces cette multitude désarmée; mais ils n'oeèrent sortir de leurs bastilles, et la Puoélle - retourna en l'église Sainte-Croix d'Orléans, " dedans la cité , où elle oyt les vespres. «

Cependant, l arnuM* avait regagné Blois. Là, des difficultés s'élevèrent. Tous les membres du conseil n'étaient pas d'avis qu'on dût risquer le passage à travers la Beauce. Bégnaut de Chartres, archevêque de Reims, et le chancelier de France se montraient fort opposés à un acte qu'ils trouvaient téméraire. Mais Dunois se préaoïta et ses raisons furent entendues. L'armée se mit en marche et s'avança rapidement vers Orléans. Les assiégés, privés de toutes nouvelles,

* JoHrtuU d» Siige,

n'étaient point sans inquiétude; Jeanne Jes rassurait, leur affirmant que le secours promis arriTerait Inentôt. En effet , on a|jerçut du

haut (les ioma une graïuie troupe de f^uerriers qui se diri^a ail entre les bastilles de Londres et de Saint-Laurent. La PuceUe vint à leur rencontre avec cinq cents hommes, l'élite de la garnison. Les assiégeants ne risquèrent ancune attaque . malgré l'attrait d'un immense butin et la supériorité du nombre. Les prêtres de Blois B*avanraient à la tête du convoi , portant la bannière de la Pucelle , qui avait ("té In-nie par ( jérard Machet, évêque de Chartres et confesseur de Charité VII. « Les Anglais, dit un de leurs historiens', distin-

- guaient les traits des ch^ , entendaient les chants des prêtres, et, "frappés d'mie teneur inexplicable, ils restaient immobiles. Une • stupeur invincible , un silence de mort régnaient parmi ces mêmes

- troupes , nn^ière encore si exaltées par la victoire et si audacieuses " dans les combats. Les Franrais passrn-nt dom- «• sans contradie- " tion quelxconque. » Us |)énétrt'rent dans la ville au milieu des acclamations , et Jeanne (Hrédit aux Orléanais qu'avant cinq jours le siège serait levé.

La situation du général anglais devenait de plus en plus difficile. Ses troupes étaient effrayées par la croyance qu'iui pouvoir surnaturel leur était opposé. 11 eût dû les arracher à leurs sombres pn'occupations i>ar l'agitation des combats . et il les tenait au contnure dans l'inaction , enfermées dans leurs Ijastilles. La position des choses était changée ; les assi^eants jouaient le rôle d'assiégés. On api»it vaguement la prochaine arrivée an camp des Anglais d'un convoi escorté par Falstaf . vainqueur à la bataille des Harengs, et Jeanne déclara «pi'jl faudrait marcher à sa rencontre et l'enlever. Dunuis pi'oniit de l'avertir s'il recevait quelque nouvelle.

Le 4 mai , vers les dix heures du matin , pluneurs chefs suivis d'arche» et de gens du peuple allèrent , de leur propre mouvement et sans en prévenir les autres chefs , assaillir la bastille Saint^Loup ,

«36 L'OULEANAiS

qui était gardée par Talbot. Ik attaquèrent avec impétaoaité et 8*einparëreiit des première fravragea; mais, anrètés par une grêle

de traits et de pierres , ils furont contraints à la retraite après - avoir » été fort grevez en icelluy assaull. " Jeanne, qui dormait , se réveilla tout à coup en s'écriant : " Mes armes , mes armes ! nos gens sont . bien à baoigittr devant vne buriille et il y en a <fe Ueco. AnM^ » moi mon cheval. » Louis de Contes , son écnyer, sea servitenn restaient tout ébahis : elle descendit précipitanmient l'escalier den denu'urc l't courut vers la ])orte Bourf^oi^nif en l)niiidiss<int son étendard. - KUe alla aussi droit comme si elle eust bien sceu le chemin auparavant. •* £Ue s'émut en voyant les blessés qu'<m rapportait , s'approcha de l'im d'eux qui paraissait plus dangereusement atteint que les autres, et dit : «• Je n'ai jamais ven de sang françois que les " cheveux ne me levassent en sus ! - Suivie de son écn3rer et de ses pages, elle s'avanï^a au milieu des fuyards, qui s<- rallièrent ; quinze cents hommes, guidés par elle, retournèrent à l'assaut. Le combat durait depuis trois heures lorsque Taibot eavoya, des renforts aux défenseurs de la bastille. Les cloches de la ville sonnèrent l'alarme, et les Orléanais firent une sortie pour soutenir les leurs. Talbot rappela les siens qu'il n'osait exposer en pleine campagne aux coups de la PucelleV La bastille fut enlevée de vive force vers 1 heure des vêpres. Cent quatorze Anglais avaient péri et quarante restaient captif». Les plus déterminés s'étaient réfugiés dans le clocher de l'église Saint-Loup, que Jeanne avait expressément recommandée au respect des siens. Quand ils se virent réduits à la dernière extrémité , ils se couvrirent d habits s;u * niotaux et sortirent dans l'espoir que ces vêtements les protégeraient contre la furie des vainqueurs. En effet. Jeanne ne voulut pas qu'on les dépouillât, et ils échappèrent au sort qu'éprouvèrent la plupart de leurs compagnons. La Pncdle déplora la fin misérable de tant de guerriers morts l'injure à la bouche et sans confession. Par son ordre, tous les soldats rendirent grioes à

• Ht'H^t, Hiêloirc d'Angltterre.

ANCIEN ET MODERNE. tSI

Dieu de leur victoire , et on rasa la forterene sanb opposition de la

pttrt des Anglais.

Le lendemain , fête de l'Ascension , fut consacré au repos. Mais on tint conseil p4nir savoir ce qu'il y aurait à £ure le jour suivant. 11 fut décidé qu'on feindrait une attaque sur la bastille de la Beance, afin d'attirer les Anglais postés sur l'antre rive du fleuve, et qu'on livrerait un assaut sérieux au fort des Toumelles. Avant de faire couler le sang. Jeanne adressa aux Anglais une troisième copi»; (le sa soiomatioii , ils la re(;urent avec le même dédain et des expressions grossières. Ces insultes blessaient cruellement la jeune vierge; on la vit qui versait des pleurs en prenant le Roi du dei à témoin de son innocence. Alors , par son ordre et porteur d'une lettre menaçante de Dunois , le héraut d'Ambleville se rendit au camp des Anglais pour y réclamer Guyenne , retenu prisonnier au mépris des lois de la ifuerre. Ce iiipsstige eut un entier sucrés , les deux hémuts re- \ inrent , mais choi'gés de uialédicUons et de menaces de mort contre laPuceUe.

Au pomt du jour, on disposa tout pour l'assaut. Les FVançais voulurent d'abord prendre la bastille de Saint^Jean-le-Blano, afin d*av<nr un point d'appui en Sologne et une retraite en cas d'échec à l'attaque beaucoup plus difficile des Toumelles. Quatre mille combattants guidés par la Fucelle, Dunois, La Uire, d'Uliers , de Gauoourt et ViUars, sortirent par la porte Bouiigi^gne , s'embarquèrent entre la Toor^Neuve et le port Saint-Loup, et abordèrent dans une petite âe trèchrapprocbée de la rive gauche du fleuve et de SaintnJeaiH le- Blanc. Deux barques suffirent pour former im pont sur le canal , qui séparait l'île de la rive op|x)sée. La bastille était déloiiduc par divers chevaliers et par Glacidas , l'un des plus fameux chefs de l'armée et qui avait le oommandemoit supcéme de toutes les bastilles de Sologne, n fit évacuer Saint-Jean-le-Blanc; les troupes et l'artillerie se retirèrent à la bastille des Augustins et aux Toomdles. Les Français, surpris de ce mouvement et craignant quelque piége , voulaient

238 LOULEANAIS

repasser le fleuve sans combat ; Jeanne insista avec force pour qu'on marchât à l'attaque de la bastille des Augustins, et die planta résolument son étendard sur le boulevard extérieur. Tout i coup une

tri reur panique s'empara des plus braves , et l'on repassa précipitamment dans l'ile. La Pucelle , un moment entraînée par les fuyards, se jette à l'eau avec son cheval en criant : <• Au nom du Seigneur, courons hardiment aux Anglais ! - L'ennemi est ramené en désordre jusque dans les bastilles; un combat acharné s'engage sur le boulevard etlelon^ des palissades qui entourent la bastille des Angnstins. Glacidas suulriiail l'ardeur des siens et se comportait vaillamment. Un Anglais de haute taillt- opposait surt»)ut une vigoureuse résistance à ceux qui tentaient d'escalader le xenipart , lorsqu'un canoimicr Orléanais, nommé maître Jean, l'ajusta et le jeta mort du premier coup. Les Français pénétrèrent alors dans les retnuidiements. Jeanne, blessée au pied par les chausse -tra{Xis que les assiégés avaient établies , ne quitta pas la mêlée , et la plupart des Anglais furent mass<KMés ; le reste se sau\u dans le tort.

Plusieurs prisonniei-s , pâtres et laboureurs , enlevés dans les campagnes par Glacidas , durent leur délivrance à oe beau îûi d'armes ; mais, pour arrêter le pillage, la Pucelle ordonna qu'on mît le feu à la bastille, et tout fut consumé. On se porta le même soir vers le fort des Toumeîles , et la nuit se passa de part ci d'autre en pré)iarati& jx)ur le lendemain. Cependant, de sages réflexions l'aillirenl changer la détermination belliqueuse des généraux françab; ils craignaient que les habitants et gardes placés sur les remparts de la ville ne cédassent à leur enthoudasme et ne vînssoit se mêler aux combattants de la rive gauche, au lieu de tenir ferme à leurs postes que les Anglais de la rive droite pouvaient attaquer et surprendre. Jeanne , qui émettait toujours drs avis liMuéraires , se pi t-scnta aux chefs et leur dit : Crojrez-vous que le conseil de mon Seigneur périsse et que celui des hommes doive être préféré 1 Non , non , levez-vous , demain dès la pointe du jour et de meilleure heure encore qu'aujourd'hui, et

AM:1EN liT M 01) EU NE. 239

faites du mieux que vous pourrez. Tenez-vous surtout auprès de moi, car j'aurai beaucoup à faire, et plus que je n'ai eu jusqu'à présent ; il sortira demain du sang de mon c-oi-ps au-dessus du sein ; je serai blessée devant la bastille du bt)ul du pont. - ' Durant la nuit, les Anglais qui gardaient la bastille de Saint- Privé y mirent le feu et repassèrent sur la rive droite. L'ennemi

n'avait plus du côté de la Sologne que le château des Toumelles. Au point du jour, l'héroïne , suivie des milices de la ville , se disposa , contrairement aux ordres du gouverneur, à marcher vers le fort. Elle se dirigea vers la porte Bourgogne, entnûnaiit les bourgeois et les soldats de la garnison. Le sire de Gaucourt, qui voulut empêcher ces art(»s d'insubordination, dut réder à la force, et les combattants

SIC L'OHLÊANAIS

s'élaiicèrcnt en masse de ce côté et par la potenie de la Tour* Neuve. Tous passèrent sur des barques et arrivèrent sans encombre sur la rive opposée. On se conoerta avec les chevalière qui bloquaunt lesToumeUes. L'entreprise était audacieuse et presque folle, de 1 aven

même des historiens anglais. Il y avait sur les niurs une nombfBOSS artillerie et les meilleures troupes de Sulfolk. La Pueelie, qui ne doutait jamais de la victoire , fit partager sa confiance à ceux qui l'entouraient. On résolut de commencer Tattaque par la grande redonte, qui, séparée de la bastille par deux arches du pont, la couvrait du côté de la Sologne. Autour de cet ouvrage avancé , l'eau de la Loire rircul.iit dans des fossés profonds Vers dix heures du matin, l'attaque commença de toutes parts. Les homharth s ou canons vomissaient la mort et remplissaient les airs d'un bruit éclatant. Les plus braves firanchirent les palissades et combattirent ooips à corps avec l'ennemi. Plusieurs trouvèrent la mort ou reçurent de graves blessures. Jeanne , but de tous les traits , se tenait au plus fort du danger sans montrer ni faiblesse ni fatipie : "C^ue chacun , • s'écriaitelle, - aitl)on cœur et bonne espérance en Dieu ! car l'heure approche » OÙ les Angloys seront desconfitz et toutes choses viendront à » bonne fin. » Cependant, les Français reculent; elle s'en aperçoit: pour les exciter, elle plante la première échelle contre le rempart et s'élance. . . Une flèche l'atteint au-dessus du sein , «itre l'épaule et le cou; elle tombe à demi évanouie. Les Anj^lais se précipitent vers elle; elle se défend avec adresse et doit stm salut au recours que lui porte le brave sire de Gamache, avec lequel elle avait eu jadis un différoid. H lui offrit son cheval, mais elle était vaincue par la douleur, et Ton fut obligé de l'emporter hors du champ de bataille. On l'étendit sur l'herbe. La blessure était grave, et, faible un niom«fit. l'héroïne versa des pleurs. Rassuict j)ar une ( élcste vision, où elle reçut les encouragements de ses deux saintes protectrices, elle arracha elle-même le trait de la blessure et dit ; * Je sais bien que je dois mourir un jour, mais je sais qu'ici je serai guérie. » On mit un premier

ANCIEN ET MODERNE. 2ii

appareil , et elle se livra aux dé\oteî» pratiques qui lui étaient habituelles avant et pendant le danger.

Le combat durait toujours; l'absence de Jeanne ayant découragé les soldats, les che£i furent d'avis de faire sonner la retraite. Dunois songeait même à ramener l'artillerie dans la ville. La voix éclatante des trompettes ranima rbérohfie. Elle manda près d'elle le bâtard d'Orl»^ans et lui ordonna de diirérer CMCorc. - \'t»us entrerez bien brict"

dedans, n'ayez doubtc, lui dit-elle; quand vous verrez Hotter mon •* étendard vers la bastille, reprenez vos armes, elle sera vôtre. A ces mots, elle confia sa bannière à l'un de ses écuyeis et parut oublier sa blessure et sa faiblesse; puis elle se retira à l'écart dans une vigne pour prier et se recueillir.

L't'cuyci' ([ui portait l'étendard de la Pucelle se tenait dcliuutprès le boulevaid du fort; elle dit à ceux qui l'entouraient : - Donnez-vous «• garde , quand la queue de mon étendard touchera ou aura l'air de " toucher au boulevard. » Elle y touche, s'écria un moment après l'un des chevaliers : » Tout est vôtre , reprit-elle d'un ton inspiré , et y - entrez. - Elle s'élanra sur son cheval et coin'ut en criant a l'assaut ! Elle s'avança sur le bord du fossé et le combat recommença avec une nouvelle ardeur. Les gens de la vUle , témoins de cette lutte , ne purent résister au désir de venir en aide à leurs frères d'armes ; ils se précipitèrent tumultueusement sur le pont. La redoute de la Belle- Croix, élevée sur l'île qui séparait le pont en deux parties peu près égales, les arrêta; mais pour joindre l'ciinenii il fallait traverser un large fossé. Deux poutres, mises bout à bout, oflrent aux plus déterminés un périlleux chemin. Nicolas de Giresme, commandeur de l'ordre de Saint- Jean-de-Jéruaalem, se hasarde sur cette étroite route , et le côté nord du boulevard et des Toumelles est emporté au moment même où l'autre attaque réussissait. Les Anglais épouvantés s'imao^inent que dt»s êtres surnaturels protègent les Français et combattent avec eux; les uns croient voir saint Aignan et saint Euverte montés sur des coursiers et guidant une nombreuse armée d'anges

Diyilizua by GoOglc

2ii L'OKLÊANAIS

pxterminatpurs , d'autres s'écrient que rarchanpe Michel est sur le pontet (ju'il ronibut poiif les OHi'-niiais. (Jlacidas ('sjM'rc luir du 1>()U- (ivanl dans le fort, mais le canonnior Jean lanc»- un boulet contre l'arche du pont qui unit ces d(>ux ouvrages, et elle s'enfonce avec fracas : tous les Anglais et leur chef avec eux tombent en poussant des hurlements sauvages.' La bastille n'oppose qu'une fiuble résistance ; ses défenseurs sont massacrés.

L'aniK^e ani,dai>e, témoin d'un toi d<*sastre, no se mit point on mouvement pour l'empêt lier. 1011e sul>it cette luuniliation plus^^ande cent fois que celle des fatales jounu't-i d'Azincourt et de Poitiers. Quant aux pertes matérielles des Anglais, elles étaient plus fortes que ne l'avaient été pour nous celles faites à Vemeuil. Huit mille des leurs périrent dans les bastilles de Saint-Loup , des Augustins et

des Toui nellcs.

Lr 1. tour de la Pucelle fut un triomphe. Femmes, vieillards et enfants l'entouraient. Les églises étaient remplies de iidèles. La délivrance d'Orléans \'enait de s'accomplir.

Les généraux anglais tinrent conseil pendant ht nuit et se décidèrent à la retraite. Au point du jour, on aperçut loirs troupes partagées en deux divisions et rangées en bataille. On crut qu'dles revenaient à l'attaque, et les Fnuiçais sortirent j)our les pn-venir ; mais Jeaunf' eropêclia de les chaiger, disant que « c'était la volonté de Dieu qu'ils H partissent sans coup féiir. Puis, sur un autel improvisé dans la plaine , à la vue de deux armées , elle fit célébrer deux messes d'actions de grâces, que rien n'interrompit. A la fin de hi seconde messe, elle demanda si les Anglais avaient le visage tourné vers les Français! On lui répondit que non , et qu'ils regardaient Mtnmg. « Eh " bien , reprit-elle , qu'ils partent, nous ne les poursuivrons pas , cai- » c'est aujourd'hui dimanche.

Les deux divisons ennemies se retiraient en bon ordre , enseignes déi)loyées ; les uns . sous les ordres de Talbot , marchaient vers Beangency ; les autres , conduits par Suffidk , fiûsaient route vers Jaigem.

Diyilizea by ^OOglc

ANCIEN ET AlOUEUNE. iii

Malgré les prières et les recommandations de Jeanne , quelques partisans français s'acharnèrent à les poursuivre et firent d'importantes

captures, enlevant leur artillerie, lours machines et d'autre butin. Los bastilles abandonnées regorgeaient de vivres et de munitions fournies sans doute par le convoi de Falstaf . H y avait aussi des prisonniers de guerre . que le trouble de la retraite fit oublier. L'un d'eux nommé de Bar, enlevé par lesAnp^lais sur la route deBlois, fut conduit d'al)ord à la tour de Aîarcheiioir « t ^uiAcilit' ])iir les irens de Talliot , (jui en espérait une bonne rançon, il avait les fers aux pieds et ne pouvait marcher. Près de lui se tenait un frère augustin ayant mission de le coniêsBer et de le consoler. Le moine , voyant la retraite des siens , résolut d'emmener le captif et de le rendre à Talbot. Dans ce but , il l'engai^ea à marcher appuyé sur son hras. Mais de Bar ne tarda pas à juf,'fr la position de l'année ennemie : il rrsolut de sCchapper , et , saisissant le moine à la gorge , il le força à le porter sur son dos vers Orléans.

Une processioii solenndle parcourut ki ville ; depuis lors, cette cérémonie s'est renouvelée avec pompe chaque année.

iU L'ORLÉANAIS.

Nous avons raconté fidèlement, sans réflexions ni oommentaires, les premières années de la vie de la Pucelle. Noos n'avons imité ni les historiens de l'école voltairienne', qui , croyant prendre de très-haut

une question ix)i)ulaire, sont arrivés à la ridiculiser en la profanant, nous n'exainiiieruns pas davantage les idées des philosophes qui. portés à douter de toutes choses, ne voient dans la manifestation de cette jeune fille aux regards des peuples , ni une vokmté du cid , ni une mission confiée par les saints. Selon ceux-ci , Jeanne fut un instrument de la politique , abandonné dès qu'il parut inutile ; à en croire ciux-lù. Jeanne était pis eneore, car ils ont \(»uUi en faire une folle ou une intrigante asservie aux ca])nt ('s d'un i)auvre prédicaleur. Sans planer dans ces régions élevées de l'intelligence, d'où Voltaire, avec ses incrédulités , a fiût plus d une drate profonde , et sans accepter les tristes vues des sectateurs du nnatérialisme , nous croyons que ceux-là même qui se refuseraient à croire que Dieu consente i s'occuper des affaires et des pensées des infinies créatures , ix^uvent bien admettre qu'il daigne s'intéresser à l'existence ou à la ruine des nations. Pourquoi donc cette jeune fille, sans nul doute inspirée et prévoyant l'avenir , n aurait-elle pas reçu d'en haut la mission de sauver la France , et de l'arracher au joug humiliant d'une soldatesque impie!

Les plus irréligieux Orléanais remarquèrent que Jeanne avait prédit , la veille de la fete de 1' As( r nsion , que dans cinq jours il ne resterait pas un Anglais devant la place. Elle avait annoncé à GHacidas qu'il périrait avant la fin du siège. La délivrance de la ville avait eu lieu le 8 mai , jour où l'Église célèbre l'apparition sur le mont Gar- ^•anus de l'archange Michel, jirotecteur do hx France. I^s gens de guerre, visitant les retranchements ennemis, ne purent expli(|ucr, autrement que par un secours miraculeux, la prise en quelques heures de ces bastilles, où le brave duc d'Âlençon se faisait fort de tenir tète pendant sept jours au moins à tous les hommes d'armes delà

' LvcHrr.

ANCIEN ET MODERNE. m

fhrélicnt»'. Duiims et le sire de riiiiicoiirt , bit'U des tniiUTs après ers mémorables joui's , déclaraient iiux jeunes guerriers qui les écoutaient que de telles choses n'étaient pas laites par oeuvre humaine, mais provenaient d'en haut.

La convictbn , répandue dans les deux partis , qu'un appui surnaturel était prêté aux Français, eut pour effet d*exciter en eux un rouniLTe extraordinaire, et de jeter les autres dans un profond découragement. La guerre changeait de face , et cinq jours avaient sufB pour de tels résultats.

Quelques chevaliers voulurent surveiller la retraite des Anglais. On craignait aussi qu'ils n'allassent saccager Chftteaudun. Le brave Florent d'Illiers se hâta de marcher au secours de cette ville, dont il «'•tait gouverneur . rc[x)rtant grant pris , Ids et renommée des vail- «• lants faicts d'annes par luy et ses gens faicts en la defïence et se-

cours d'Oriéans. Les Orléanais donnèrent son nom à une des principales mes de leur ville*. Plusieurs autres rues portent encore des noms qui se rattachent au souvenir du âége; telles sont les mes

Angleterre , des ChatshFerrh et cdie des Chasse-Coquins.

Une foule de détachements formés de re (ju il y avait de pire dans l'armée de Suffolk , m dirigea vers la Normandie, et causa de vives alarmes aux habitants et à la faible garnison de Châteaudun. La présence de Fbrent d'Illiers les rassura, et ils associèrent leur reconnaissance à' celle des Oiléanai^en instituant des réjouissances publiques o^t la vierge de Vaucouleurs obtenait de justes hommages.

Le lendemain de la levée du siège , Jeanmî quitta la ville pour retounier près du roi. A ceux qui voulaient la retenir, elle annonça qn'éUe n'obéissait point au besoin de satisfaire sa vanité , mais à la nécessité de faire diligence , car la durée de sa mission était bornée à un temps peu considérable.

Aprte son départ , les chefs de guerre et les milices d'Oriéans résolurent de tenter quelque entreprise honorahle, afin de prouver qu'ils

* Goomov, Bittaire 49 FtareiU , rire d'JUUrt-

m L'OtthIvANAlS

pouvaient vaincre sans elle et qu'on ne devait pas attribuer à sa seule

vomio la tin de toutes les défaites qui avaieiil procédé son apparition. Dans (f liiit , If roiiit»' de Dunois, le maréchal de Saint-Se\ ère, Gravillc, le sire de Coarase, Pulhon de Saint railles, et plusieurs autres chevaliers venus de Boui^, Angers et Blois, sortirent d'Orléans et allèrent assaillir Jafgean. Leur tentative dura près de trob heures; son peu de succès ne fit que mieux éc4ater la supériorité du génie surnaturel dont ils avaient dédaif^né le concours. Le trophée ([u'ils recueillirent fut la mort de Henry Bidet, capitaine fameux par son courage et ses cruautés.

Les Orléanais , attristés de l'échec de Jaigeau , rentrèrent dans leur cité ; Dunois vint en toute hâte à Loches pour demander au roi des troupes (|ui lui permissent de reprendre Menng , Beaugency , Jargeau et tous les châteaux des bords de la Loire. 11 se présenta à Chailrs VU en même temps que la Pucelle, dont le voyage avait été moins rapide. Le roi fit » moult grant chiere * à la jeune inspirée, et les courtisans s'inclinèrent devant sa vertu et ma génie. Jeanne mit eu avant les projets de campagne les plus hardis , et elle répétait avec impatience : •* Je ne durerai qu'un an , il fiinst tascher de bien

employer celte année. " Par malheur, elle parlait à un i)rince qu'un favori coupable, J>a Trémouiile, tenait comme engourdi jwir le maijique breuvage des voluptés. Au lieu de s'abandonner a\ euglément à la Providence , qui s'armait pour sa cause et se révélait à lui par des événements sans exemple dans les annales du monde, l'amant d'Agnès était étourdi par la prospérité après avoir plié sous de longs revers. Il perdit du temps , au lieu de conduire à la victoire ses soldats pleins d'enthousiasme et ne calculant plus le nombre de leurs ennemis ; enfin il douiiait toujours la préférence aux avis de la sagesse et de la circonspection. Jeanne témoigna plus d'une fois son impatience de tant de retards. Un jour elle frappa brusquement à la porte du cabinet du roi , qui était en conférence avec mesâie de Hanxrart, évêque de Chartres et ancien chancelier de France. 11 •

ANCIEN ET MODEHNE. «47

loi permit d'entrer ; Jeanne s'avança d'un air humble et modoste , et lui dit : " Gentil Dauphin , vcno/ au ])lus tôt à Reims j)ron(lro \oiro • couronne ! - Ce conseil semblait à tout le monde audacieux et insensé. Au dire des hommes les plus vaillants et les plus sages , il fallait d'abord envahir la Normandie, dont les populations étaient prêtes à se soulever. On ne pouvait arriver en Champagne que par la BcHirgo^e , et on perdait tout point d'appui pour les opérations et tout e«^poir de retraite en cas de rexers. Plus (ju'un autre, le duc d'Alcnçon parlait en faveur du plan qui lui eût facilité la conquête des terres de son apanage; mais la Pucelle, mieux inspirée, soutint avec fermeté son opinion , alléguant des raisons de peu de valeur aux yeux des capitaines , et elle se concilia les plus entêtés de ses adversaires*. Charles finit par s'enflammer pour cette expédition aventureuse . et il appela tous les ('hc\ aliers . rpii accdurureiit à sa \oix. Les préparatifs furent poussés activement. Jeanne, qui avait toujours des visions extraordinaires , et qui mêlait à son ardent amour de la patrie une sorte de passion pour les princes de la maison d'Orléans . demanda la permission de foire des prisonniers dans les iuturs combats . assurant que ses voix le lui avaient ordonné . pour qu'elle pût un jour acquitter ainsi la raiieon du duc Charles , prisonnier des Anglais. Le commandement en chef lut donné au duc d'Alençon , qui reçut le titre de lieutenant-général. Sa femme voulut le retoiir, Jeanne la rassura en hd affirmant que le prince n'éprouverait rien de iacheux. L'armée royale, formée d'environ huit cents lances , se dirigea vers Jargeau et vint camper à l'entrée d'un bois qui se trouvait aux environs de hi place \ Dunois, Florent d'Illiers et d'autres chefs arriM rent au camp pendant la nuit et portèrent le nombre des combattants à trois mille six cents hommes environ.

Guillaume, comte de SuiTolk, s'était enfermé dans la ville avec l'élite de ses troupes , et il y avait peu d'espoir de l'y forcer. Les plus

* D^tatUioiu du comie de DunoU tt éê Lemiê i« Canin. ' lifpotitiem du due tf Almçou.

218 LORLf:ANAIS

intrépides voulaient tenter un assaut ; les autres proposaient de bloquer la place et d'attendre des renforts. La Puoelle, témoin de oes avis contraires, prit la parole d'un ton calme et résolu : — » Ne ciai- ^ez rien , dit-elle , il n'est point de multitude et de puissance qui

doivt? vous faire hésiter, car Dieu conduit \(»tn' œuvre. Cnnez que si je n'étais pas îissurée de son appui , je itréfi rerais {garder les brebis à m'exposer à tant de contradictions et de périls. Sa voix fit impression , mais au lieu d'assaillir incontinent Jaigeau , Tannée mardia vers Orléans, où la Puoelle fat accueillie avec une sorte d'ivresse. On y trouva des renforts, et, dès le lendemain, l'armée, forte de près de <^iiiq mille hommes , se dirigea sur Jargeau jHir le Val-de-Loire. Les soldats étaient armés de haches, de maillets de plomb et d'arbalètes. La ville d'Orléans avait fourni plusieurs pièces d'artillerie, entr'autres une de très-grande dimension que l'on aiq)elait Bergière, .par allusion au premier état de la libératrice de cette noUe cité. La confiance était dans tous les cœurs. Personne ne doutait qu*on ne dût eoucher le soir même dans Jargeau ou tout au moins dans ses faubourgs. Cependant SulVolk , espérant ranimer le courage des siens, fait une sortie et charge les premiers escadrons français. Jeanne voit le péril ; die anache son étendard des mains de celui qui le porte et se précipite au milieu de la mêlée. Les fuyards se rallient et les Anglais sont repottssés dans la ville où ils s'enferment après avdr aVandonnt' les faubour^^s. Les vainqueurs ne prirent aucune précaution pour leur sîireté durant la nuit, et peu s'en fallut qu'ils ne se repentissent de leur folle imprudence. Mais, comme le remarque le duc d'Alençon, ce que Dieu garde est bien gardé. L'ennemi ne les troabla point, et ils purent préparer les machines et les bombardes, qui commenoèrent à tirer sur la ville dès le point du jour.

Jean et Alexandre Pôle , frî res du comte de Suffolk , se flattaient de laver sous les murs de Jargeau l'affront fait à leur nom près des bastilles d'Orléans. Lîi garnison comptait de vieux soldats , compagnons de Henri V, et qui tenaient en grand mépris les chevaliers de

ANCiRN ET MObhltMv 21»

France. Les habitants de Sully, maltraités par le sire de La Trcmouille» faisaient eanse oommune avec enx et ne se montraient pas lea moins acharnés. Des deux côtés ràrtillerie était servie \mr d'habiles canoniiiers; la Pucello diriircail les halti iips , ot en peu (riicuics la ville lut » fort battue et euipirée de bonilxirdeâ et de canons ' . » L'héroïne , douée d'une persfncacité extraordinaire , sauva la vie au due , qui s'exposait impmdemmait aux coups des balistes disposées sur les remparts : • Éloignez-vous de là , lui dit-elle , cette machine va tirer et vous tuer si vous ne bou^ifez. » Il se retira , et le comte du Lude , ^aiililhomme d'Anjou , u^ant pussé ù la même place , fut blessé mortellement.

Pendant qu'on se ijattait avec une égale ardeur, le bruit ne répandit que Falstnlf et quelques autres capitaines anglais arrivaient avec un convoi de vivres et de troupes au secours des assiégés. Le nom de ce chef était redouté ; plusieurs des généraux français {pensaient qu'il fallait suspendre les attaques contre la ville et sonj^er avant tout à les pousser. La Puoelle leur fit sentir la folie et la honle d'une telle action , et bientôt à sa voix les lM)mbardes se miœnt à tirer sans relâche. Vers la fin de la nuit, la plus grande et la plus forte tour de la place s'écroula sous les coups redoublés de la pièce d'artillerie qu'Orléans avait offerte à l'armée. A ce bnût formidable, À la vue des débris qui jonchaient le sol , une muette horreur glaça les courages; niiiis les Anglais, (jui redoutaient le eliâtiment dû à leurs cruautés, se défendaient avec vigueur, et la jouniée • s'écoula en sorties où des deux côtés on se battait résolument.

GuiUaume de Suffolk fit demander par un héraut une suspension d'armes de quinze jours, promettant de se rendre à cette époque s'il n'était point secouru. Les chefs de guerre lui répondirent que sa i)roposition ne j)ouv;iil être aeee|)tée, et (|u'on n'aceordeiait à la Lrariiison d'autre faveur (|ue celle de se retirer aN cc ses chevaux et ses b.'igages. • Que les Anglais aient la vie sauve, dit Jeanne, qu'ils partent s'ils

' B^fatlUom du dnc d^Aitnfoa, — Ckmiique tatu titre. — ITiâtatre a* mg,

iîii) LORtfiANAIS

" le vculont en leurs robes et gippons ; autrement ils sèront prisdW .. saut ' . " La Hirc était entré en |K)urparlers avec le comte de Suffolk ; les autres 'généraux se hâtèrent d'interrompre les négociations en ordonnant de tout disposer pour un assaut général. Jeanne revêtit son armure , et , faisant signe au duc d'Alençon : » En a\-ant, gentil duc , lui dit-elle , à l'assaut ! " Le prince lui fit remarquer que rien n'était encore prêt pour l'attaque. " N'ayez doubte, i-eprit-elle, l'heure est \mme quand il plaît à Dieu ! - Et pour mettre un terme à son hésitation : - Ah ! gentil duc, aurais-tu peur? ajouta-t-elle, ne sçais-tu pas que j'ai promis à ton épouse de te ramener sain et sauf f ••

Déjà les Français comlHaicnt le fossé de fascines ; on dressait les

échelles pour escalader le rempart. Les assiégés faisaient pleuvoir

• Drclnralion île In PuCfUf, ittlerrognloirr ffu S" frrrin.

ANClËN ET MODERNE.

eux des flèches et des pierres. • Cet sssaut fut men eilleux et terrible'. - Le sang missdait sur les murs et dans lesfirasés; cinq cents Aurais avaient péri. Le comte de Suffolfc demanda le duc d'Alençon afin de parlementer. L'attaque ne discontinua pas , et les Français

ne voulurent rien eiitriulre. La Pucelle, plantant cllr-mî'im; une échelle , escalade la mui-aillc en agitant sa bannière ; elle fut aussitôt le point de mire de tous les assiégés ; une grosse pierre , qtd se brise sur son casque, la renverse au pied du rempart. Elle se relève : • Amys , 8*écrie-t-elle, ayez bon courage , notre Sirea condamné les " Anglois ; à ceste heure ils sont tous nostres. " L'enceinte est forcée et les Anglais se retirent de rue en rue , de maison en maison , opposant à des vainqueurs irrités une résistance désespérée.

Soffiilk et ses chevaliers se retranchèrent dans le fort bâti sur le pont de la Loire. L'un de ses fières foi tué sous ses yeux. Loinnâme, se voyant pressé de tontes parts et sans espoir de salut, dierdia le plus bmve des assaillants, vt distingua Guillaume Regnault , écuyer du pays d'Auvergne : - Es- tu gentilhomme ? lui demanda-t-il . — Oui. — Es-tu chevalier ! — Non , répondit le jeune Français. — Eh bien ! dit le comte de Snfiblk, tu leserasdema aiain !» Il loi donna l'accolade et faii rendit son épée. Jean Pôle suivit son exemiple. Les antres Anglais ihrent podr la plupart impitoyablement massacrés. La ville ne fut point j$pargnm\ Tout fut livré au pillage. A|)r^s quoi les vainqueurs voulurent faire le partage du butin et des prisonniers. Mais il s'éleva un grand débat. Les soldats, jaloux des avantages que les cheb espéraient retirer de leurs rançons, massacrèrent phisieurs capti& ; Jeanne fit embarquer sur la Loire et coiiduire à CMéans SofiMk et les antres chefe exposés i un pareil sort.

La Pucolle et le duc d"Alt'ii(,oii arrivèrent à Orléans juMidaiit la uuit. Us y furent reçu&au bruit des acclamations et avec des cris de joie. Charles VU, promptement averti de ce gloriemc fiùt d'armes, 4iortit de sa torpeur accoutumée. U ordonna i tons les che£i de guerre

'iMoNmBtsr.

Diyilizea by QoOglc

<'t à tous les seif^Deui s dv se réunir avec leurs forces à Orléans. Louis <le Bourbon, comte do. Vendôme , Guy de Laval , le vidame de Char» très , y rejoignirent l'armée du duc d'Alençon , qui put disposer de six à sept mille hommes.

Le siège de Beaugency fîit la première entreprise que Ton résolat (le tenter piur assurer les coniniunications de lu Beauce avec la bologne. L'année se mit en marche avec l'artillerie qui venait de roiverser les murs de Jargeau. Charles VII transporta sa cour à Sully« pour être plus à même de oonnaStre les mouvements des troupes qu'il eut dû guider lui-même.

Les Français suivaient la rive gauche de la Loire. Arrivés en face de Meunij, dont les Ant^lais avaient fortifié le pont , ils crurent qu'il importait au succès de l'attaque de Beaugency, d'enlever d'abord œtte position, afin de marcher sur la rive droite du âeuve. La garnison , oommandée par Scalles , se défendit vaillamment ; maïs Jeanne tenait en ses mains la victoire, et Tassaut réussit. L'armée, franchis^ sant la Loire, > a\;inra vei^s Beaugency, Le duc d*Alençon. resté avec l'arrière-f^arde dans les faubourgs de Meung , y jiassa la nuit et faillit se laisser surprendre par l'emiemi. Concentrant toutes ses forces, Talbot retira la garnison du petit château de La Ferté, qu'il démantela; puis il oonfia la. garde de Beaugency & Richard Ouettin et marcha lui-même à la rencontre de Falstaf , qui escortait un immense cofivoi de vivrez et de munitions expédiés par les Parisiens. Mais la prise de Jargeau décida ce capitaine à s'arrêter devant Janville . où Talbot le trouva.

La ville de Beaugency, investie par l'armée fhmçaise au nord et à l'orient, fit peu de résistance. Les fortifications étaient détruites; les Anglais occupaient le château qui formait la tête du pont. Les Français pt-nétrèrent sans (tbstacle dans les rues; mais au nioment où lis étaient 0( cupés à s'y loger, l'enneini lit une sortie et livra un rude combat où périrent de part et d'autre un grand nombre de soldats. Vers la fin de cette escarmouche, la Pucelle , Dunms et le duc

ANCIEN ET MODERNE. tS3

d'OAétm choisîrent les posUions fovofaUes à VartiUerie. On établit des postes pour gaider les issues du cfaftteaii et arrêter de nonyelles tentatives de la part des Anglus. Lea Lombards cpû se tran-

valent dans l'annc'o commencèrent à dt^coclier des traits , et le siéj^e fut, dès le premier jour, poussé vivement. Le succès devait couramier tant d'efforts, mais une cause politique faillit arrêter les vainqueurs de Jai^gean. Le coimétable de Riehemont, mis à Técart par les intrigues de eour du sire de La TiemoaiUe» son ennemi , fut ému des triomphes de Jeanne et sentit xme secrète jalousie de ses succès. Il prit tout à coup la résolution d'aniener, sans demander l'agrément du roi , ses troupes au cainp français dans l'espoir qu'on ne refuserait pas le commandement suprême à un guerrier Uà que lui , tout brillant de l'éclat d'une illustre naissance , d une grande fiirtune et du renom d*habile capitaine. H assembla ses vassaux de Sablé , de Durtal et de La Flè«he . appela sous sa banmëre ses bommes d armes du P(MtOU , et se tr()U\ a bientôt ù la tête île douze cents cavaliers et de huit cents archers. 11 se mit alors en route pour Orléans. Charles VU se défiait des secrets sentiments d'un seigneur qui , deux mois auparavant, n'avait point imité l'empressement généreux de ses fidèle» cbevalicfB. D envoya vers lui le sire de La JaiUe avec l'ordre de se retirer s'il ne voulait s'exposer à être traité comme rebelle. Richemont réjK)ndit (ju il aj^issait pour le bien pulilic , et (pi'il coiitinueiait sa marche. Il arriva sous les murs d'Ambuise et en |>iirtit précipitamment dès qu'il sut la nouvelle de la prise de Jargeau et de Meung. Son inquiète jalousie lui faisait craindre que la ecmquête de Beaugency n'ajoutât un rayon à l'auréole , déjà trop éclatante , de la Puodle. Quand il (ut près du camp français , il fit connaître son arrivée aux chefs et les remplit de trouble et d'enihanas. Jeaime et le duc d'Alençon n avaient aucun besoin de lui, et ils respectaient Tordre du roi. Les autres ^^énéraux n'étaient point opposés à ce qu'on fit bon accueil à* un vaillant auxiliaire, victime des courtisans. Jeanne se laissa fléchir, et elle exerça quelque influence sur le due d'Alençon*

de aorte que les soldats de Rtchemont s'aftprocbèreDl ensago» déployées du camp fimnçais, oà ils forent feçns s?ec emprasseoneot pir

leurs anciens compa^Tions d'armes.

On proposa au connétable de bloquer le château du côté de la&K logne et de conduire lattaque sur ce point. Les chefs voulaient surtout partager les deux corps d'année. Mais le gowremeor anglais fit demander à capitoler. Le duc d!Akoçoa loi permit de sortir sfiièi avoir re^ son serment que ni lui ni les siens ne s'armeraient de dix jours. Les soldats eurtiit le droit d'emmener leurs chevaux et tam» effets jusqu'à la concurrence d'un marc d'arpent. La capitulation tut signée vers minuit , et le lendemain Ainbroise de Loire escorta la garnison qui se retirait vers Menng.

Les Français s'installaient dans le ch&tean, loroquun honuM d'armes de la compa^ie de La Hire vint annoncer l'approcbe delV vant-^^ardc des Ani,dais , fort*' d'environ niillo lances. La Pucelle, qui conversait avec l'un des généraux, n'entendit pas cette nouvelle; mais on la lui répéta . et , aussitôt , se tournant vers Ricbernoot : «.Connétsble, lui dit^e , vous n'êtes pas venu ici de par moit mm puisque vous voilà , soyez le bienvenn. On envoya des cavalien & la découverte de l'ennemi , et l'armée se hâta de sortir de la viUe et de se ranper en bataille jmur recevoir le choc des Anglais. Leduc d'Alençon demanda l'avis de la Pucelle. - Avez-vous tous de bons épenms! dit-elle d'une voix haute, t— Sommes-Dous destinés à fuir I répliquèrent les Ghe& étonnés de sa qiiestion. r-Npn, car les Angloîs seront vaincus, et il vous faudra jouer des éperons popr les joindre. -

Talbot , Scale et Fastalf avuent réum quatre mille hommes et ils accouraient pour d«''livrer Beaugency. •• Les voilà, dit Jeanne aox chefs qui l'entouraient , fmppez hardinu-nt sur eux , ils ne tarderont pas à fuir I " On fit aussitôt les préparatifs d'attaque; mais les Anglù» se rallièrent précipitamment vers Meung, qu'ib essayèrent de leprendre avant l'arrivée des Français. Ils ne purent y .parvenir, t^ opérèrent alois leur retraite vers Janville.

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La nouvdle de œ mouvement parvint aux généraux français. Ploâeara d'entre ens, croyant )a journée finie, dédaièrant qa*il &Ilait regagner Beaugency et y donner aux troupes quelque repos. L7dée de livrer bataillé dans les plaines de la Beauce inquiétait les chevaliers pleins du souvenir d'Azinr^mrt , de Crévant et de Rouvray- Saint-Denis. On osa dire qu il féru il bon d'avoir des chevaux, Jeanne répétait sfens oene . Allez hardiment, sans faille ilz seront vaincus. En mon Dieu ! il les iant combattro; s*ilz estaient pendus aux murs , nous les arons ; car Dieu nous a envoyés pour les punir. » En ce moment un chevalier s'aj)prncha du connétable et lui dit : •• Si vous ■ faictes tirer vostre estendard en avant, tout 1(î monde vous suivra ! " Le connétable s'ébranla, et les antres chefs se portèrent ra|»deroent sur les Anglais. La Puoelle et ses capitaines essayèrent de r^;ulariser œtte marche trop précipitée. On donna Télite de la cavalerie & PMihon , La Hire, AmbroisedeLinre, qui partirent avec quinze cents hommes , et précédèrent le reste de l'armée. Le corps de bataille conduit par la Pucelle, le duc d'Alen(,on, le connétable, le sire de Vendôme et d'autres généraux, suivit en bon ordre la route de la Beonoe. On détacha de l'avant-garde soixante chevaliers les mieux montés et les plus hardis pour aller escarmoueher et attirer l'ennemi. Ils avaient à peine fidt cinq lieues cachés par les bois c}ui couvraient le pays, quand un cerf, se levant à leur approche , s'élança vers le nord. Les Français, qui se croyaient encore éloignés de l'ennenu , entendirent des cris et des voix. C'était les soldats de l'arrière-garde anglaise qui cherchaient à s*emparer du cerf. Les généraux furent aussitôt avertis. FUstaf voulait qu'on évitât de comhattre; Talhot, sourd à ses remontrances , fit prévaloir son opinion , et l'on disposa tout pour rejK)Usst'r les Français. Les troupes allèrent se ranger à une lieue de là, près du village de Patay, dans un lieu nommé les Càgniet; une des ailes s'appuyait à un monastère fortifié.

La Hire et Saintrailles , sans se laisser intimider par le nombie, ne songèrent qu'à empêcher rennemi de se retrancher , et ils fondirent

sur le corps de Falstaf avec tant de rapidité que ce cliet donna aux siens l'exemple de la fuite. L'infanterie se jeta dans le village et ks taillis. La déroute était déjà complète lorsque la Puodle arriva. Talfaot vouhit en vain rétablir le combat; il fut forcé de se rendre à Saintrailles.

Alors - commenc^'a la chasse des fuvans « qui espéraient trouver une retraite à Janville. Les habitants leur lermèreiit les portes, ei Tavant-garde française en tua un grand nombre. Les hérauts d'Angletenre, chargés de compter les morts , avouent qu'ils en trouvèrent deux mille deux cents. Les Français et des chroDiqueurs dignes de fui pt « tendent qu'il y en avait plus de dnq miUe. Si à un tel désastre on ajoute l'effet moral produit par cette victoire , la première que nous eussions reinjxjrtée depuis huit ans , on comprendra l'importance et la célébrité de la bataille de Patay. Tous les généraux de cette armée conduite en France par Salisbury étaient morts ou captifs. Talbot, surnommé l'AdiiUe anglais . répondit à SaintraiHes qui lui parlait du résultat de cette triste journée : » C'est la fortune de la guerre I • D fut enfermé dans le château de Beaugency et traité avec égards par son \ ain(|ueur.

Fabtaf, qui s'était enfui lâchement, fut dégradé de l'ordre de la Jarretière ; mais il imputa l'issue funeste de la bataille à Talbot. La nouvelle de la défaite des Anglais excita dans Paris une grande rumeur. Le due de Bedford se hâta de revenir dans cette capitale pour

comprimer les mouvements populaires. Son orgueil était humilié. Vaincus par une femme , les léopards perdaient la ]jroie (ju'ils avaient saisie sans réussir à l étouffer. U envoyait des m^sagers pour solliciter l'appui de ce duc de Bourgogne qu'il avait traité avec *viik^ peu de jours avant lé siège d'Orléans. Les ParisieDS étaient choyés par lui et admis dans ses conseils» d'où ils avaient été jusqu'alors exclus. H s'aper(,"ut de la froideur et du découragement de ceux qui se montiaient naguère Bourguignons exaltés. Le pai'ti anglais lui-même comptait dans ses rangs peu de Français, et parmi les seigneurs

traîtres à leur roi et à leur patrie, il en était plusieurs chez qui se faisait entendre la voix du remords. châteaux ouvraient leurs portes aux Français ; les garnisons anglaises abandonnaient toutes les petites places de la Beauc* , après avoir incendié les maisons et rasé les murailles. C'était le moment de les poursuivre et d'achever la conquête de tout le pays d'outre-Loire ; mais La Tremouille , favori de Charles VII , irrita les ressentiments de ce monarque contre Richemont , qui avait pris le commandement de l'armée et se parait des lauriers de la Pucelle. On expédia aux troupes l'ordre de rétrograder vers Orléans , où le roi annonça l'intention de venir lui-même pour témoigner aux habitants sa reconnaissance de leur patriotisme, et pour Mjarcher ensuite sur Reims. A cette nouvelle les Orléanais firent de grands prépamtifs pour recevoir dignement le jeune monarque; mais, docile à toutes les volontés du sire de La Tremouille , il s'arrêta à Sully-sur-Loire, châtellenie de ce seigneur.

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