CHAPITRE VI
VaU-niini- i!f Milan . (luclienxv irOrléans. — Jean-<iiui- -Peur aroue tiautcim-nt *on crime — Or léanai> et Arm.n;nars. — Paix <li> C'liarlr«>>.. — Rnbaniuement on Franrr du roi d'Anglclcrre — liataille d'Azinrotirt ; captivité de Charle», duc «l'Orléans. — As-sa-s^inat de Jean-un<i-Prur sui le |K>iii dr Muntervau.
teau-Thierry avec ses enfants, donna les marques du plus grand désespoir. L'aîné de ses fils, âgé de quinze ans à peine, fit entendre de violentes menaces , et , dans la crainte de nouveaux malheurs , on envoya ces jeunes princes à Blois. Valentine, accompagnée du dernier de ses fils et de sa fille , vint à Paris pour demander justice contre le meurtrier. Elle traversa la ville dans un appareil lugubre , montée sur un char recouvert de drap noir, que traînaient quatre chevaux blancs. Les princes vinrent à sa rencontre. Quand elle parut à l'hôtel Saint-Paul, elle tn)uva le roi dans un moment lucide, se
jeta à ses genoux en pleurant, et porta plainte de l'horrible assassinat commis sur la personne de son époox et seigneur. Charies versa des larmes, la releva et lui promit de soumettre sa requête an conseil. Deux jours après elle renonvéla la même démarche et les mêmes
instances. Un a\oc.at au parleiiicnt lut sa requête au euiiseil îisseiublo; elle y relra<,ait les afireuses circonstaTiees du crime et les cyniques aveux de l'assassin, qm, pour mettre le comble à son forfait, publiait des écrits attaquant l'honneur de sa victime. Lè chancelier de France répondit qu'il serait fait bonne et prompte justice, et le roi ajouta : - Qu'il soit notoire à tous que le fait relatif à notre ])ropre frëre nmis touche, et que nous le réputoiis être t'ait à nous-mômo. " 11 releva les princesses qui étaient à ses genoux , les embrassa et chercha à les consoler.
Mais le duc de Bourgogne annonça son retour, que Ton ne pouvait empêcher. Le peuple était pour lui et l'on manquait de soldats. La duchesse d'Orléans , accusée par la |)opu1ace d'avoir causé une rechute au roi , se retna à Hlois avec rintention de s'y fortifier.
Jean-sans-Peur s'était avancé jusqu'à Amiens , repoussant toute idée de s'excuser devant les États, bien qu'on l'assurât à l'avance de l'impunité. 11 répondait avec arrogance qu'il n'avait pas besoin de pardon pour lui-même, et qu'il était incapable de livrer les autres à ses cruels ennemis. Trois mille hommes d'armes l'accompa^aient , et le sentiment de sa forc<' redoublait son audace. Loin de cherciier grâce, il prétendait avoir des titres à la reconnaissance de l'infortuné roi, à qui son crime rendait un signalé service. Le roi de Sicile et le duc de Berry vinrent à Amiens, ou il leur fit entendre une sorte de défense par l'organe de Jean Petit , oordelier et théolc^gien de l'Université de Paris. Ce moine , assisté de deux autres docteurs , prouva que le meurtre était licite, et (|u'il fallait le commettre sous jx'ine de l)échcr. Malgrt" iiK'morabie panégyrique de l'assassinat, Jean put s'apercevoir qu'il avait manqué son but et qu'il inspirait l'horreur et la haine.
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ANCIEN ET MODERNË. 173
An mois de février suivant, il vint à Paris , à la tète d'une véri'
table armée. Salué par les arcîamntinns du peuple . il s'établit à l'hôtel d'Artois, qu il mit en état de défense'. Vainement ses plus hoonêtes conseillers essayèrent de le détourner de ses impudents «veux; rien ne pat le fléchir, et il demanda une audience aolennelle du roi pour exposer publiquement les rootife qu'il avait eus de fiiire périr le duc d'Orléans. H obtint cette triste satisfaction. Le roi étant malade, trône fut occupé parle dauphin. Tous les corps de r£tat étaient présents ; le normand Jean Petit arj^umenta dans les mêmes termes qu'à Amiens. Selon lui , le meurtre était obligatoire par douie motife : tout sujet fidàle devant garder le roi , le défendre et venger ses injures. Il invoquait les textes saints , les fiiita historiques à l'appui d'un crime affreux, qu'il essaya de justifier par des récriminations lontre le défunt. Aux accusations (jue nous avons déjà indiquées, maître Petit ajouta celle-ci : il affirma que le duc d'Orléans méditait la mort du roi , et avait tenté de l'empoisonner. Un jour, à dîner chez la reine Blandie , une poudre vénéneuse avait été jetée dans un plat; on s'en a))er(;ut à temps; le chien qui dévora ce me^ts périt à l'instant. Plus tard et dans le niêiuc l)ut , des sortiiéi^es avaient été mis en usage ; enfin , dans une fiutre circonstance , le feu avait fiulli servir les projets du fratricide. U faisait ainsi allusion à la misérable mascarade qui hâta les développements de la maladie du roi. Les paroles de cet horrible moine atteignirent même le père de la duchesse d'Orléans. A l'en croire , le duc Visconti avait dit à sa fille en la quittant : " Je ne veux vous rcNoir que reine do France . « et pour l'aider à y parvenir, il lui avait envoyé Philippe de Maîaères, personnage hypocrite qui conseillait au duc de feindre la dévDtioD , afin d'ourdir ses noires trames avec plus de sécurité. Ainsi le prince, pieux en public , passait ses nuits au miKen de tous les excès de l'ivresse, du jeu. de la débauche, faisant allianci' a\ecles ennemis du royaume, aidant Henri à usurper le trône d'Angleterre, et comptant sur sa reconnaissance pour seconder plus tard ses rébel- ,
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lions. D avait offensé le loi en la personne de sa femme , et tenté de loi ravir ses eniants. De tout cela résultait que le duc de Bomigogne
ne pouvait on rien être Itlàmc ou repris de ce qui éliiit arrivé , et que le roi lui devait même des t lo^^es.
En terminant , Jean Petit exhorta le duc à avouer ce qu'il avait fait. Celui-oi répéta tout haut ses déclarations, promettant d'en dire davantage en tonps et lieu. Puis il retourna en son bôtd , suivi de ses archers.
Crite justification ou ])lutôt cette accusation causa un i^rand scandale. La populace , malgré son attachement j)our le duc de Boui'gogne, ne pouvait comprendre une telle impudeur. Le Irademain il se pré> senta chez le roi et lui soumit une ordonnance toute prête dans laquelle le crime était non-seulement esccusé , mais encore appnnivé. Le malheureux Charles , dont la tête était à demi perdue , lui fit bon accueil et sif,nia. On nssuic (ju il l aNertil toutefois de se tenir en garde contre les suites de la réprobation générale excitée par son attentat. Jean répondit qu'il ne craignait autre chose en ce monde que de lui déplaire.
L aflâire étant terminée, ou plutôt assoupie, le pouvoir du due de
Bourpoprne dans Paris fut sans bornes. Mais il ne put faire mieux que son prcdccesseur en ce qui concernait les im|)ôts, et le peuple continua de souffrir. Il partit alors pour mettre en ordi-e ses ai£ûres de Flandre, que le soin de son procès lui avait fait perdre de vue. La reine , qui tremblait devant lui , s'était retirée à Melun ; elle crut l'occasion favorable pour revaiir, et s'entoura de gens d*annes que le duc de Bretagne lui dunna. Ce prince était ennemi de la maison de Bourgogne depuis le mariage de Jeanne avec le comte de Penihifevre. Isabelle de Bavière , accompagnée des princes, fit une entrée solennelle. L'attitude sombre et menaçante de son escorte inita les bourgeois, qui complotèrent de faire main basse la nuit suivante sur les Bretons. Le duo de Bretagne en fut informé ; il manda le pré\ ôt , reçut ses excuses , et , pom «-onsen er à chacun son droit , il lit publier
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(ju'il était p<*nnis au peuple de repousser la violence [«ir la force. Lers clefs de la ville furent remises à la reine ; elle établit des jçardes aux portes, dans les places publicjues et sur les ponts.
(1408.) Peu de jours après, les princes et la plus fj^rande partie de leurs soldats se portèrent au-devant de la duchesse d Orléans, ((ui arrivait avec une suite plus nombreuse tjue n'en avait jamais eu son mari. Le cortège était lugubre et formé de plusieurs litières noires. On lisait sur les chaperons de ses écuyers sa devise : P/us ne m'est rien, rien ne m'est plus. Elle choisit pour demeure l'hôtel de Bohême, près la porte Suinte- Antoine. Au grand conseil qui s'assembla pour décider la question de régence, Valentine se rendit en liubit de deuil. Elle s'agenouilla devant le dauphin, et demanda justii e du
meurtre et des calomnies dont le duc de Bourgogne s'était rendu c oupable. Elle supplia qu'on lui permît d'y faire une ré|x>nse publique. Le jemieduc d'Orléans, suivi de trois cents hommes d'armes , arriva lui-même quatre jours après, traversii la ville et vint descendre au Louvre, «»ù il renouvela les mêmes demandes de justice et de ven-
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geance. Le 11 septembre , une nombreuse assemblée de princes, de seiprnenrs , de boun^eois , de membres du parlement et de l'Université. siC i i uiiil >ous la pri'sidencf du duc de (iuveniu'. L<i duchesse d Oiléaiis et non tils> y lurent introiluits avec leur chancelier, un avocat au parlement , nommé Pierre Cousinet , et plusieurs autres gens de leur maison. On les autorisa & proposer la justification des fuisses imputations faites contre la mémoire du duc d'Orléans. Alors Valentine remit un manuscrit à Serisy, abbé de Siûnt-Flacre . (jui fut ronsé le lire et (|ui j)réteiulit prouver : preiiiit icineiit, que les rois -oui leIlU^ (le taire justice à leurs sujets ; secondement , que le meurtre du duc était inique et odieux ; troisièmement , que les crimes imputés au défont étaient l'œuvre de la calomnie. La discussion de chacune de ces questions se partageait en six parties différentes, et prouvait une méthode et une lo^nque bien su|)érieures aux di\ U'^aliuns de Jeun Petit. On } reinaiHjue des passages éloquents , tels (|ue c«lui-ci : - 0 roi "Charles! si tu vivais maintenant, que dirais-tu, quelles larmes " pourraient t'apaiser ? qui t'empêcherait de faire justice d'une telle " mort t Hélas ! tu as tant aimé . hmioré et élevé avec tant de soin » l'arbre où est né le fruit dont ton fils a reçu la mort ! Hélas ! roi " (yharle>, tu ])ourrais hien dire connue Jacoh : Fera pessima de- « roravit Jilium mcitm ! •< et C4"t autre ; •• Justice et vérité, quelque •> tardives qu'elles soient , à la fin et par la grâce de Dieu , sont et " demeurent midtresses , et il n'y a rien encore de plus sûr que de H travailler pour justice et vérité. " Qui stmt les chevaliers et écuyers «qui oseraient servir contre le roi? qui semient même les étnm- •• fîers qui se mettraient en péril de mort [Hmr une si mauvaise et si " fausse querelle { O vous ! chevaliers de Bourgogne et de Flandre, " clercs ou laïques, vous tous habitants des États de la partie ad> » verse , envoyez ici des hommes loyaux , sans fiiveur ni haine , qu'ib entendent plaider cette cause , et que celui qui a bon droit le ftsse » voir ' . "
* M. DE Barantc, Hhtnirr dn dan df B-nrftçHt.'
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L'effet produit par co discours fut très-f^rand. 11 émut rjissciiibléf déjà convaincue de» bonnes qualités du duc d'Orléans et de la cruelle perfidie de son ennemi. L'avocat Cousinet parla ensuite et chercha à obtenir des réparations pécuniaires pour le dommage causé à la famille du défont.
Apr^ les plaidoiries , la durhess»' lut invit<''C à se retirer avec sa suite, et le conseil entra en délibération. Le duc de Guyenne prononça un arrêt ainsi conçu : •< Après oe que nous avons entendu pour - la justification du duc d'Orléans notre oncle , il ne nous reste nul <• doute contre Thonnenr de sa mémoire, et nous le tenons pour inno> " cent de tout ce qui avait été annoncé de contraire à sa réputation.
Quant à oe (jue vous avez demandé de plus , il \ sera suffisamment • pourvu en justice. < Les princes renouvelèrent à la duchesse leurs promesses verbales de s'employer en fiivenr de sa cause. On agissait avec plus de passion que de prudence, et , si l'on parlait de punir, on n'avait pas les moyens d'exécuter la sentence. Les gens d'armes et la soldatesque attachés au service de la cour mécontentaient la bourgeoisie dévouée au duc de Bourgogne. De là naquirent les haines réciproques des bourgeois contre la reine et de la reine contre une turbulente cité, difficile à diriger et à maintenir dans le respect qu'exigent les souverains.
Les embarras que la guerre de Flandre causait au duc de Bourgogne inspiraient au parti d'Orléans confiance et sécurité. Mais on apprit bientôt (ju'il revenait vainqueur des Liégeois, et il n'était pas possible de lui résister. La reine chercha l'appui des Parisiens; elle les trouva firands et défiants, et la fuite du roi fiit résolue. Le duc de Bretagne, qui se chargea de le conduire à Toure, gagna Gien et s'embarqua sur la Loire. Jean-sans-Peur, app(>lé par les Parisiens , accourut et fit son entrée dans la capitale, au milieu des plus vives acclamations. Mais, privé du prestige qui s'attachait au roi . dont la personne lui était ravie, il songea à négocier. La mort de la duchesse d'Orléans rendit le traité plus facile. Cette princesse, voyant le
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triomphe du duc de Bourgogne et l'iinpossibiUté d'obtenir justice et vengeance , se laissa aller au diagrin qui la dévorait. Sa vie avait été
abreuvée d'aniertumes ; la reine et la duchesse de Bourf^o^ie s'étaient montrées envieuses de sa beauté, des grâces de su jxTsonne, des rharnies de son esprit. Comme épouse , elle avait souffert des infidélités publiques du mari qu'elle chérissait. £nfin le peuple, trop crédule, la détestait parce qu'il la soupçonnait de oonapiier la mort du roi, et d'user contre lui de la sorcellerie et de la magie. £q expirant, elle fit entendre des plaintes douloureuses , et manda près de son lit ses trois fils, sa fille et Jean de Dunois, bâtard de son é|)Oux. Elle avait voué à cet eniant , fruit des faiblesses de Mariette d'Enghien , dame de Canny, une affection particuhère , répétant qu'il lui avait été dérobé , et qu'aucun de ses en&nts n'était si bien taillé à venger la mort de son époux * .
Les ijremibres condition^ que l'on voulut im|X)ser au duc de Btjuigogne furent qu'd ferait réparation publique au fils aîné de sa victime, et qu'il s'abstiendrait pendant plusieurs années de panûtre devant le roi. 11 s'y refusa avec hauteur; mais il eut l'adresse de gagner le sire de Montaign, qu'on lui avait envoyé. Gifioe à cet habile intermédiaire , les négociations prirent bientôt une autre tournure. Le parti d'Orléans a\ ail peu de consistance sous un chef à peine âgé de seize ans. Les sei<,nieurs les plus dévoués à Valenlnie et à son époux s<' laissèrent fféchir par les raisons d'intérêt général qu'on leur soumit, et ils acceptèrent les termes d'accommodement proposés par Jean-sans- Peur. Gdui-ci consentit à se rendre à Chartres, où le roi l'attendait depuis plusieurs jours. Accompagné du comte de Penthièvre, son gendre, des comtes de Saint-Pol et de Vaudenutitt (|ue suivaient p^^s de six cents hommes d'armes , il s'établit au bourg de Galiardon piès de Chartres , tandis que la garde de cette noble cité était remise au comte de Hainaut, son beau-firbre, qui pfaiça aux portes et sur
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les muiB quatre cents lances et quatre cents archers. (1409.) Le 9 mars , le due entra dans la ville avec cent hommes d'armes , se dirigea vers la catln-drale, prit son lofjcment dans lo cloître des chanoines , et se fit introduire dans l'église, oii l'attendaient déyà le roi , la rmne , le duc de Guyenne et toute leur suite. Un échafaud s'élevait |irès du chœur, de manière que tout pût se passer aux yeux du peuple, sans trouble ni confusion. Charies "VI était sur son trône, entouré des plus grands dignitaires du royaume. Le duc , assisté de son avocat , le sire d'Ollehaiii, nut un tjonou en terre, et relvii-ci pionoiiea les paroles suivantes : « — Sire, voici monseigneur le duc de Bourgogne, » votre cousin et serviteur, qui est venu par devers vous , parce qu'on
• M a dit que vous étiez indigné contre lui à cause du fait qu'il a « commis et fidt &ife sur la personne de monseigneur d'Orléans ,
- votre fipfere , pour le hien de votre royaume et de vous. H est prêt à
- vous le prouver et faire savoir quand vous le voudrez; pourtant mon- " dit seigneur vous prie tant et si humblement que possible qu'il vous » jdaise ne conserver dans le cœur ni colère ni indignation , lui rendre " votre bonne grice et le croire prêt à vous servir et obéir en toutes
• choses, sauf le plaisir de Dieu. <• Le duc ajouta: « Mon très-redouté
• et souverain seigneur, ces paroles sont de moi , et je vous supplie " humblement de m'accorder la grâci' cjue je vous demande "
Le roi répondit : « Mon cousin, pour le bien de notre royaume,
- pour l'amour de la reine et des autres du sang royal , ici présents ,
- et aussi pour la loyauté et les bons services que nous espérons tou- " jours trouver en vous , nous vous accordons votre demande et vous " remettons toutes choses. <•
Puis il ordonna au duc de se retirer, et fit np))rorhcr le duc d'Orléans et son frère le cmnic de Vertus, ils arrivèrent suivis do cent chevaliers, nombre égal à celui des hommes d'armes bouiguignons. 11 leur répéta en peu de mots ce qui venait d'être dit, et leur annonça que le duc Jean allait les prier de lui accorder le pardon que le roi lui avait octroyé; les exhortant à y consentir en leur nom , au nom de
leur frère, le comte d'Angoulême, et de leur «sur. Alon le duc de Bonigogne fut introduit de nouveau. Le sire d'Ollehain dit en son nom : Monseigneur d'Orléans et messeigneurs ses frëres , voîci roon-
- sci^iicur le dut- dv Bourjijogiit' qui vous su])pliede bannir de vos cœurs
- toute hain<' ri louie vengeance, et d'être bons amis avec lui. - Leduc ajouta ; Mes ciiers cousins , je vous en prie. •
Les jeunes orphdins versaient des larmes; mais, sollicités par la reine, le dauphin et les princes du sang, ils répétèrent , l'un après l'autre, les mots convenus dans le traité : « Mon très-cher seigneur, •■ i)ai' votre «inunaiidenifiit , j tu corde, je coux ns et j'agrée tout » que vous avez fait , et lui remets toutes choses entièrement. " Le roi renottvda les défenses, prières et exhortations; puis on apporta la croix et les saints Évangiles. Le duc de Bourgogne , les princes d'Orléans et les autres sdgneurs jurèrrat de respecter la volonté du roi , et , cdiiunc ^M^t" (11' réconciliation , le niai iagedu comte de Vertus avec l'uiio des Hlles de Jeaii->ans-Peur fut arrêté et signé.
Cependant le duc de Bourgogne prit brusquement congé du roi et retourna àGallardon sans vouloir boire ni manger. Les princes d'Orléans , tristes et confus de l'issue d'un si grand débat , retournèrent i Blois. " Il en résulta qu'on disait assez haut qu'il n'en coûtait pas grand ciiose pour vei-ser le sang des princes. Le parti lH)urguigiioii prit une forme nouvelle et se grossit par suite de la désertion des jdus fidèles serviteurs de la maison d'Orléans.
Le traité de Chartres ne pouvait étouffer les ressentiments ni mettre un terme aux trahisons. Le fol du duc de Bourgogne s'en raillaît au sortir de la ville ; juni d iiistanls aprt's les serments jurés . on le vil jouer avec une patène ou paix d'église et plaisanter sur la paix fourrée. Les jeunes princes d'Orléans conservaient une sombre attitude et se tenaient loin de la cour. Si les luttes au criminel étaient assoupies, des procès civils les mettaient toujours en présence de la maison de Bourgogne. Il arriva qu'un servent du roi , porteurd'une signification au c^^unte de Aevers, frèr»' de Jean, afin qu'il comparût à la i"equèle
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* dn duc d'Orléans devant le Parlement , lut , sans autre fonnalité , pendn à un arbre. On acensa le comte de Nevers de cette emanté,
et il fut oblii^ô de prêtor scmiciit |)(mr affimnor son iiuioccnc»'. Cette désai^rcable atfaiif eut bientôt pour représailles le procès du aire de Mootaigtt , l'un des fiunilieRi de la reine et Tune des créatures du dernier duc d'Oiiéans. Il était accusé par le peuple de mille exactions, dont il avait profité pour lui-même ou laissé profiter le prince. Les comtes de Vendôme et de Saint-Pol conspirî»reiit sa perte à l'instigation de Jean-sans-Peur, et ils Hrcnt ordonner son arrestation par le Conseil. Au moment oii le sire de Montaigu se rendait à la messe avec l'évêque de Chartres et m favori du due de Berry, il (ut arrêté par le prévôt de Son proofes s'instruisit; il fut condamné à mort. L'arcèevêque de Sens , son frère , se réfugia à Blois chez le duc d'Orléans . (jui le prit sous sji jjrotcclion.
Les deux partis se remuaient avec énergie et violence. Le jeune due ressemblait des hommes d*armes, tandis que Jean-sans-Peur, déjà maître parla loi du plus fort , usait d'adresse pour obtenir la confiance de ceux qui s'étaient dédarés ses ennemis. H parvint à se concilier la rrine Isabeau, jusqu'alors hostile àceux de sn nmisf>n . Cette imjwrtante négociation, dirigée par le comte de llainaut , iK iiu-lièir de Jean, fut menée à bonne fin pendant les fêtes du mariage de Louis de Bavière avec la fille du rai de Navarre. Le duc de Bouigogne fit donner aux princes le diâteau de Marooussis , confisqué à la femille de Montaigu.
jl409.i Le traité d'allianre , signé à Melun par Isalu au et le duc, eut les plus graves conscqueuces. Le dauphin et sa mère r(>\ inrent à Pàris, où Jean jouit d'un pouvoir sans bornes. Les princes d'Orléans, les comtes de Foix et d'Armagnac ne se présentèrent point dans cette cour sinistre.
La trêve conclue avec l'Angleterre était sur le point définir; il fallait des subsides pour laire faeeaux besoins d'une guen*e imminente. Le roi , dans un intervalle lucide , tint un lit de justice. Le ( omte de
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Taiicarville y exposa que la vulonté du monarque était toujours que la régence fut aux mains de son épouse bioi-aioiée , mais que cette princesse jugeant que sa santé et sa cotaplexkm Fempêduttent de s'occuper suflisamment du gouvernemoit du royaume et de la tu-
telle du dauphin, il ôtuït convenable que l'autorité souveraine fit exercée par le duc de Guyenne , atisisté des ducs de Berry et de Bourgogne.
En conséquence, la tutelle et la garde du jeune prince leur furent remises , et le duc de Berry s*étant excusé trais jours après sur son âge et ses infirmités de ne pouvmr remplir une tâche ansû lourde , le
mi sip^a à Vincennes des lettres qui conféraient au duc de Bourtrogne seul le ifouvcmcrneiit et la garde du ilaiiphin. Il composa la inaiï>4)n du futur roi de ses créatures les plus dévouées. Par ses intrigues, il réussit à détacher le duc de Bretagne , son ennemi personnel , du parti d'Orléans. Leurs discordes remontaient à plusieurs années. Le comte de Penthiëvie, gendre de Jean-san»-Peur, avait trouvé dans la succession de son pî're le domaine de Moncontour, dont le duc de Bretagne, coiiinif seigneur suzerain , prétendit obtenir la première année de revenu; douze huissiers , chargés de faire ce recouvrement , furent assaQlis par les serviteurs de la duchesse douairière de Penthièvre, et plusieurs d'entre eux furent tués. Le duc de Bretagne fit poursuivre sa vassale comme coupable de rébellion et de félonie, et prononça la confiscation de ses biens. Le duc de Bourgogne prit parti pour son trendre et propagea le bmit que le dur de Bretagne frappait et injuriait sa femme, fille de France, ce qui excita le courroux d isabeau. Il rendit ainsi sa position difficile; mais au lieu de l'accabler, il jugea plus utile à ses intérêts de soumettre le procès à des arbitres qui se réunirent à Gien. Le duc de Berry et le roi de SicOe furent choisis pour le comte de Penthië\Te ; le duc de Bretagne confia sa défense au duc de I^turhon et au roi de Navarre. Les parties no répondirent [)as au premier appel de leurs juges , et ne s'y rendirent qu'au mois de novembre suivant. A cette époque fut célébré dans cette ville le ma-
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ANCIKN I;T .M(H)KUNE. m
nage de Catherme, tille de Jean-^^ans-Peu^. avec le fils aîné du roi de Sicile.
Cette alliance accroissait la force de la maison de Bourgog^iie, mais le duc d'Orléans acquérait à la même époque un allié brave et résolu en la pei-sonne du comte Bernard d'Armagnac , dont il éjwusa la fille. Les princes d'Orléans renouvelèrent hautement la pro}x>sition de délivrer le royaume du joug des Bourguignons. •• Cept^ulaiit leurs alliés ne prirent aucune détermination , ils promirent seulement de se trouver à une prochaine conférence dans les murs de Gien. Les ducs de Berry et de Bourbon quittèrent Paris à l'improviste et vinrent à cette réunion , où ils entraînèrent aussi le duc de Bretagne. Il fut décidé qu'on marcherait sur Paris , que les princes et seigneurs fourniraient chacun un certain nombre d'hommes d'armes, et que, tout en protestant tie leur respect pour le roi , ils iraient lui demander justice de meurtre de Louis d'Orléans.
Jean-sans-Peur, qui n'était point préparé à cette attaque, déploya toute son activité pour trou\er les moyens de la re|K)usscr. Comme
Ui L'ORLEANAIS
il manquait de subsides, il taxa par violence , sans rfegle ni justice, les Parisiens soupçonnés d'être attachés au parti d*Orléans. H profita
df la faiblesse du roi, à jMine remis d'un lonp accès, pour obtenir qu'il écrivît au duc de Berry de revenir à Paris , après avoir licencié ses troupes. Le prince refusa d'obéir tant que le duc de Bourgogne garderait ses hommes d'armes, et les menaces du roi ne produisirent aucun effet. Les armements continuèrent; le duc de Booi^gogne, fort iiHjuiet de Tissue du débat, résolut d'écrire au duc de Berry, son oncle et son parrain, une lettre imnible et repentante, où il sollicitait ses bons conseils. Le duc de Berry lui n jHHidit qu il n en pouvait manquer, puisqu'il avait près de lui l'Université, le corps de ville et les bourgeois de Paris, mais qu'il désirait lui parler pour le bien de l'État. Un second messager se présenta au nom du roi. Les princes répondirent cette fois en déclarant qu'ils se rendraient à Chartres, et que là ils pul lu raicnt leur manifeste pour qu'on pût connaître les motifs de leur conduite. Us y vinrent en effet, et envoyèrent à l'Université de Paris et aux villes du royaume copie de la lettre qu'ils adressaient au roi Les termes en étaient respectueux, mais ils disaient que le salut du monarque, son honneur, le bien de l'État exigeaient qu'ils prissent les armes contre le vassal audacieux (jui avait offensé mm maître et le Dieu étemel. Charles VT répliqua qu'ils n'étaient pas en ét^uipage de faire des remontrances, et qu'ils devaient avant tout poser les armes. Mais les princes continuèrent leur marche et arrivèrent à Étampes. Le duc de Beny avait les hommes d'armes de Guyenne; le duc d'Oriéans conduisait Texcdlente cavalerie lombarde; le comte de Clermont guidait les troupes du Bourbonnais et (hi Beaujolais. Le duc de Bretat^ne, qui se tenait sur la réserve vis-à-vis des deux partis, s était contenté d envoyer six mille Bretons ou Anglais , sous les ordres du comte de Ricbemond, son frère. Le connétable d'Albret amenait ses chevaliers et vassaux. Enfin le sire d'Armagnac guidait des soldats gascons, ar-
• M. PE B\»AXTK. MOMBTREI r.T. OoLLl'T. JUVÉXAU
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dents an pillage, et qui finirent, à force d'excès, par faire donner
à tonte l'armée des coalis(^s lo surnom d'Armagnacs. Uno bande do toile blaiK lu» passée sur l épîmle droite (^tait le si<»-n<» et la couleur du yaxù d'Orléans. Le cha|)eron Meu, la croix de Saint-André avee la flenr-de-lis au milieu signalaient les gens dn parti bonigoignon. Mais l'avantage du nombre restait au duc Jean, qui se sondait peu de commencer la guerre. Le peuple n'était plus aussi bien disposé pour lui ; tant de meurtres . de pillages , de violences fati^aient In nation. Le bail et rarrièrt--ban , convoqués au non» du roi , ne r<''j)ondirent pas à l'appel. Des hommes sages et dévoués proposèrent de former un tien-parti qui, sous les auspices du monarque, contraignit les deux adireraaires à cesser leurs sanglantes querelles ; mais il ne se trouvait point de personnage assez énergique pour se mettre à la tête de ce parti roi se décida à aller lui-même soumettre les Orléanais. Avant d'en venir aux mains, on essaya \ainenient de néffocier. Le blocus de Paris était chaque jour plus rigoureux ; le duc d'Orléans tenait Chantilly ; le comte d'Armagnac occupait les villages de Saint-Marceau et Saint-Michel. La campagne était ravagée par les Amuignacs. Le roi ayant prononcé la confiscation des biens des princes rebelles, on commen(,*a à parler de paix. Les dues de Bourgogne et de Berry se réconcilièrent ; ce denner dé. lani qu'il entendait traiter son neveu et filleul comme son prf>)iie fils . et qu'il lui laisserait en héritage ses terres d'Étampes, de Dourdan et de Gien.
Un traité' fat signé à Bicêtre, et les troupes des deux partis s'éloignèrent. Cependant , peu de semaines aprës, le duc de Bourgogne fit par\eiiir au dauphin, en sfm conseil, une lettre où il accusait ses adversaires de jxiursuivre avec plus d ardeur que jamais leurs armements, imputant même au duc d'Orléans et au comte d'Armagnac le projet de surprendre la ville et de s'emparer du roi et de sa famille. Les princes se récrièrent contre cette calomnie. Mais on ne tarda pas à ap})rendre que le sire de Crt^, envoyé par Jean de Bourgogne au duc de Berry, avait été saisi aux environs d Orléans, conduit à Blois
18(i LOHLÉANAIS
et mis à la torture pour le forcer à s'avouer coupable de rasaaafiiiiat du feu duc d'Orléans. Cette violence, contraire au dernier traité.
resta impunie. Malg^ré la trêve, une compagnie d'aventuriers italiens et espagnols , (nigagrs sous les drapeaux du duc d Orléans, ravageait la Beauce. Ils furent atta(|ués aux environs de Claye et dispersés par le maréchal de Boucicault. Le roi intervint encore, mais inutilement, pour qu'on cessât les hostilités. Le duc d'Orléans esposa les motifs de sa résolution dans une longue lettre, où il déclare que les rênes du gou\ emement, les plat es , les faveurs sont liM i'es à l'assassin de son père uu à ses complices, et qu'eux seids empêchent le roi de rendre la justice et d'accomplir ce qui était son devoir comme monarque et comme frère de la victime. Redoublant d'activité, il rassembla de nombreuses troupes. CSette conduite attira sur lui seul I orage (jui jusqu'alors avait aussi menacé le duc de Bourgogne. Ln voix du peuple reprocha aux Orléanais les malheurs publics . et le jeune prince fut obligé de ré|)andre des copies de la lettre qu'il adressait au roi et à la ville de Paris. 11 y faisait un récit touchant de la fin déplofable de son père, de ses efforts, de ceux de sa noëre pour obtenir justice de cet horrible attentat . de l'impudent aveu du meurtrier, (le la MianitTe dont on lui a\ait arraché son })ardon à Chartres, du traité qui en fut la suite, traité bientôt violé par le Bourgujgnon.il ajoutait que la nécessité de faire entendre sa plainte au monarque circonvenu de toutes parts lui mettait les armes à la main. « Héhu ! « s'écriait-il , il n'y a si pauvre homme ou de si bas état en ce monde, " dont le père ou le frère ait été tué si traîtreusement , que ses parents •• et ses amis ne s'engiigent à poursuivre l'iRunuiile jusqu'à la mort;
qu'est-ce donc quand le malfaiteur persévère et s'obstine dans sa - volonté criminelle t car n'estai pas notoire que ce traître a encore » osé écrire naguère qu'il a fait mourir votre frère bien et dûment * ! " On attribua cette lettre pathétique et éloquente à Gerson , savant docteur de l'Univei-sité ; son esprit mérita les MogeB des gens bon-
ANCIEN El MODEHNE. 487
bêtes, qui Uâmaient toatefins le jeune duc de se fiûre justioe à luimême, et il fut décidé qu'on le foroerait à la soumission. D'Orléans était sur ses gardes et pièt à attaquer son ennemi.
Avant de commencer les hostiliti's , il envoya (1 lll i au duc de Bourgogne son défi , daté de Jargeau. En voici les termes : " Charles, duc
• d'Orléans et de Valois» comte de Blois et de Beaumont et seigneur
• deCoucy ; Philippe, comte de Vertus, et Jeen, comte d'Angoulême, " frères ; à toi , Jean , qui te dis duc de Bourgogne : ]X)ur le très-hor-
- rible meurtre par toi fait en g^rande trahison et fîuet-apens , par
- nieui triei"s ajustés sur la personne de notre très-rcdouté seigneur et -père, monseigneur Louis, duc d'Orlcaos, seul frère-germain de » monseigneur le roi , notre souverain seigneur et le tien ; nonobstant " plusieurs serments , aUianoes et compagnies d'armes que tu avais " avec lui ; et pour les grandes trahisons , déloyautés , déshonneurs et
- mauvaisetés que tu as commises contre notre ilit souverain seigneur, " monseigneur le roi, et contre nous en plusieurs manières; te faisons *> savoir que dorénavant nous te nuirons de toute notre puissance et
- par toutes les manières que nous pourrons; et contre toi, de ta dé-
• loyauté et trahison , appelons Dieu et la raison à notre aide ainsi
» que tous les prud'hommes du monde. EJn témoignage de vérité ,
- nous avons fait sceller oes jucscntes lettres du sceau de moi , Char- « U». Donné à Jargeau, le 18 juillet 1 U 1 . » Le duc de Bouigogne reçut gaiement le hénuit de la maison d'Orléans , porteur de ce défi, et le cfaaxgea de répondre : « que hd, bon et fidèle sujet du roi, n'avait
- pu laisser son seigneur à la merci d'un traître qui conspirait sa
- perte, et ([u'il croyait avoir bien agi «m j)uiii>saiit un pei^ide et un -parjure; qu'au surplus, il se réjouissait d'entrer en lutte avec des » gens qui paraissaient suivre dignement les traces du félon leur père, *• et qu'il espérait leur infliger une juste punition. " CSette insolente missive parvint au duc d'Orléans , abrs à Bkns. Les Armagnacs se mirent en campagne. Paris . confié à la garde de gens dévoués au parti bourguignon , otfrit l'asptxa d'une place de guen'e ; les postes
488 L'ORLKANAIS
priiiei))aux turent donnés à des bouchers, les Lt^uix , les Saint- You, les Thibers. Ces hommes, féroces et séditieux par nature, étaient riches et possédaient la faveur du peuple. Sous leurs ordres se plaça une bande sanguinaire de garçons bouchers et de gens sans aveu. Ils parcouraient les rues et , au cri : C'est un Armagnac ! faisaient massacrer ceux qui leur déplaisaient. Ainsi fut tué le receveur de Chartres, homme probe que la Chambre des comptes avait mandé ù Paris. L'é-
vêque de Saintes , à qui l'on reprochait d'avoir dit que le duc de Bourgogne s'était repenti du meurtre de Louis d'Orléans , faillit périr de la même manière. Les particuliers étaient traînés en prison au moindre soujXjOn d'intelligence avec les Armagnacs ; le peuple était irrité des excès et des dévastations commis dans les campagnes pur les soldats de la faction orléanaise.
Le jeune duc d'Orléans marchait sur Paris. Une foi*te garnison occupait pour lui le château de Montlhéry, tandis qu'il ravageait le Valois et le Soissonnais. Les Parisiens sollicitèrent du roi la permission de s'armer et de recourir à la protection du duc de Bourgogne.
ANCIBN ET MODËUNB. 189
CSette grftœ leur fat aooonlée, et en moÎDs de quinze joura cent mille pereonnes , hommes , femmes et enfants, portèrent les oonlenrs boiir-
g^uignonnes. Les Ixmchcrs , dans l(\s rues de Paris , couniieiit sus aux anciens alliés de la faction d'Orléans ; les prêtres tonnèrent contre eu du haut de la chaire ei leur appliquèrent les excommunications lancées jadis par Urbain V contre les Compagnies; le b^tême était refoié à leurs enfimts; partout ils étaient maudits et proscrits. Le duc de Berry, accusé d'avoir préparé la conclusion des traité> de Chartres et de Bicètre . lut destitué de son gouvernement de Guyenne. Ia populace saccagea et démolit en partie son hôtel de Nesle.
Cependant Jean-san»>Peur Tenait au secours de Fàrïs avec une année magnifique, pourvue de vivres , de maidiines de guerre et de munitions. Les communes de Flandre lui en avaient fourni la plus
grande partif, mais c étaient ch> soldats mal diM i})lin(''s. 11 1 oiucntia ses forces aux environs de Montdidier , oii les Orléanais vinrent le chercher. Lorsque les deux partis furent en présence, des dissensions intestines se manifestèrent dans les deux camps. Les gens des communes de Flandre parlèrent de se retirer sous prétexte que le temps de leur service était expiré , et malgré tontes les supplications ils mirent le feu à leurs tentes, chargèrent leurs bagages sur des chariots et reprirent la route de leur pays. On voulut les arrêter, jnais ils firent savoir an duc que, si on s'opposait à leur marche, ils couperaient en morceaux son fik, le comte de Charalaia. Il fidlut céder • et repasser la Somme.
Le duc d'Orléans ne les jiouiVîUivit j)as et s'avan(,'a vers Pans, qui jurait de se d»H"endre à toute extrémité. Les Orléanais s'établirent sur la rive droite de la Seine, entre Pantin et Montmartre. Mille escarmoudies signalèrent chaque journée. Les Armagnacs commettaient les plus horribles violences ; ils prirent Saint-Denis et Saint- Cloud , menacèrent Charenton et Corbeil et ne voyaient dans cette guérie* qu une (x c asion de pillage et de meurtre.
Les maux de b France , en proie aux divisions , étaient pour le
m L'ORLÉANAIS
roi d'Angleterre un agréable spectacle. Comme il espérait marier son fils à l'une des filles du duc de Bourgogne, il refusa son ooncoursauz Orléanais , laissant même ses hommes d'armes de la garnison de Calais marcher sous les bannières de Jean-sans-Peur. Alors se répandit
contre celui-ci le bruit injurieux d'une alliance traîtreusement faite avec l'Anglais , et conclue au prix de l'abandon de la Guyenne et de la Normandie. Un assassin qui menaçait sa vie fut saisi à Pontoise et mis à mort : déjà sa popularité diminuait.
Néanmoins les Parisiens le reçurent à bras ouverts avec les An- },nais qu'il amenait ]M)ur détendre la \ illc. Les aNsicVés reprirent l'oflensive, attaquèrent Saint-C'loud, l'enlevèrent et massacrèrent la garnison orléanaise; SaintrDcus fut repris de la même manière, et les religieux de labbaye subirent d'indignes traitements pour avoir donné l'hospitalité au duc Charles. Cdui-d battit ai retraite et fut poursuivi à outrance. Des compagnies d'hommes d'armes bourguignons allèrent saisir les domaines de Coucv , de Vertus et de Dreux, et l'hiver ne suspendit pas les hostilités.
Le dauphin fit alors ses débuts à la guerre. Les Parisiens et les Anghiis assiégèrent Étampes, dont les murs passaient pour être construits sur un roc à l'abri de la mine et de la sape. La première enceinte ayant été prise, le gouverneur se retira dans le donjon qui , par sa hauteur (^t la forme de ses murailles, défiait tous les assauts. On voyait des femmes paraître sur les créneaux , tendant leurs tabliers comme pour y recevoir les pierres que les machines étaient impoissantes à &ire parvenir jusqu'à eUes. Le dauphin était ainsi menacé d'un échec humiliant, lorsqu'un boui^eois de Paris s'avisa d'inventer une s(»rte de blinda^^e avec des jxmtres de ciicMie. Les mineurs s'avancèrent sous cet abri et sapèrent les fondements. Lors(]ue la tour ne fut phn soutenue que par les piliers de bois qu'ils y placèrent pour l'étayer un moment, on fit savoir aux assiégés le péril qu'ib oooraient , et ils se rendifent à discrétion.
Ainrës cette victoire et la prise de Dourdan . le duc de Guyenne
revint à Paris. De tous côtés les Orléanais essuyaient des défaites. Le fils du sire de Croy enleva la famille du duc de Bourbon dans le comté de Dreux , et résolut de s'en servir comme otage de son père retenu par le duc d'Orléans. Les prisons de Paris regorgeaient d'Ar-
magnacs qu'on y laissait jiérir de froid et de faim. On les regardait comme des excommuniés , de sorte que leurs cadavres , privés de sépulture , étaient jetés dans les fossés de la ville , en p.âture aux oiseaux. Les principaux captifs étaient jugés et décapités. Mansart Dubois , vassal du duc de Bourgogne , mais au service du duc d'Orléans, ne cessa , au milieu des plus cruelles tortures, de protester de son horreur pour les assassins de son maître. 11 marcha courageusement au supplice et })assa iK)ur un martyr aux yeux des gens de son parti. Charles d'Hangest eût éprouvé le même sort sans l'accident arrivé au comte de la Marche, qui tomba au |>ouvoir des Orléanais, près de Janville en Beauce. Dans cette rencontre périt Guyot I-egoix,
49i LOKL Fanais
boucher de Pam . fort aimé du peuple. Le duc de Baaigof^ luimême suivit son convoi.
Pendant un intervalle lucide, le roi approuva tout ce qui s'ëtnt
passé , de sorte que la ^erre continua avec un (%al acharnement des deux côl^'s. Sur cvs entr<'l'aiti'> . on am la un uiouie nnmm»' Logrand, attaché au ducdeBerr)-, et qui portait au roi d'Angleterre des pièces où les princes &isaient des ^positions en sollicitant son secours. Le peuple devint ftirieux à cette révélation d'un complot monstrueux et antinational; le roi versa des pleurs lorsqu'on lui fit le récit, sans doute exagéré , de tant de trahisons. Les ducs de Gruyemie et de Bf)urfrof:np saisirent l'instant jMmr le supplier <le punir les rebelles et de prendre l'ontlainine, que Saint-Denis n'avait jamais vue se déployer contre des Français. 11 écouta cet avis , reçut roriâarome . la confia an sire d'Âumont , vieux et noble chevalier, et partit pour la Guyenne avec une nombreuse et vaillante armée. Le duc de Bourgogne précipita sa marche à la nouvelle de la si pâture du traité que les princes avaient fait avec le mi d Ani^lrtcrre. Ce monarque, séduit par les projK)sitions d» > xVrmagnacs, désertait la cause du meurtrier • de son ancien ami et leur envoyait des renforts qu'il importait au
Bourguignon- d'arrêter. Le comte de Saint-Pd se chargea de surveQler Calais ; le maréchal de Loigny , à la tête des Parisiens , menaça Dreux, oii les Orléanais avaient leurs munitions et leur butin. Le roi continua sa marche vers la Guyenne et tint !<• su-j^e devant Bourjîes, qui fit lx)nne résistance aux cris de Vive le n»i ! et Viveje duc d Orléans! Dans le même moment, les Parisiens chassaient les Armagnacs de la Beanœ et battaient en brèche les remparts de Dreux. Cette ville, emportée de vive force , fut traitée avec cruauté ; le cbftteaa tint ferme, et la durée du siège fit penser aux gens de la milice parisienne que les nobles et les chevaliers les trahissaient. 11 en fut de même devant B(MHf,'es, cl la {ruerre traîna en longueur. Bientôt on parlementa; le duc de Berry ayant consenti à une entrevue avec le duc de Bouigogno, ils se quittèrent fort émus et radoucis. Le duc de Berry s'engagea
ANCIEN ET MODHUMi. m
à Ja paix, uu iiuni du duc d'Orléans oomme au tûdi. 11 lut convenu qu'on se rendrait à Auxerre pour arrêter les Iwses du traité et Taffirmer par un serment solennel. Tous les princes s'y trouvèrent , mais le roi étant tombé malade ne put y venir. duc de d'uyc'niie so i)la<,a sur le trône ;• les ducs de Bourud^'iic cl de Hviry étaient à su droite. Le duc d Orléans et bon frère atiectèreut de se iiiire attendre; ils \iarurent enfin avec une suite nombreuse, mais revêtus d'habits de deuil. La paix fut jurée sur les saints Évangiles. Charles et Jean se dimnèrent des témoignages publics de réconciliation , au point de se promener en publie montés sur le même « licxal Ce traite ne lajsait que renouvt ler celui de Cliartres , mais on y stipula le mariage d'une fille du duc de Bourgogne avec le comte de Vertus. Les princes revinrent ensuite à Melun, où se trouvait le roi. Pendant le séjour qu'ils y firent , le duc de Guyenne put apprécier les qualités de son cousin d'Orléans et comparer ce prince accompli à l'impérieux et sévère Jeaii-sans-I*cur. 11 se lia avec lui d'une étroite amitié et attacha à sa pei"sonne deux sei^nieurs dévoués au parti d Orléans , Jacques de la Bivière et le Petit-Mesuil , gentilhomme des environs de Dreux.
Cependant les Anglais qui s'étaient joints aux Armagnacs réclamaient hautement leur solde et menaçaient de ravager le duché d'Orléans. Pour contenir ces aventuriei-s , l(*s princes français s'unirent. Le duc Charité leva une taille exti-aoïdinaiic dans les dcjniaintïs et partit pour satisfaire le duc de Clarence, auquel il offrit tout l'argent dont il pouvait disposer; il lui donna en otage son frère le duc d'Angoulême et quatre chevaliers. Les Anglais se replièrent abrs vers la Gkiyenne, mais en annonçant leur prochain retour.
Le dauphin fit s(in entrée dans Paris, ayant il ses côtés le comte de Vertus et le duc de Bourgogne. Paiini les seigneurs du cortège, on remarquait le sire de Saligny, qui fut le lendemain même arrêté sur la dénonciation de Jacqueville, gentilhomme de la Beauoe, oomme ayant tramé un complot contre la vie du duc de Bourgogne , dont il était le chambellan.
f9i l/ORLÉAN.MS
Tandis que la guerre avec l'Angleterre tremblait sur le point d'éclater, les deux partis d'Orléans et de Boun,'-()gne remuaient le levain de leurs vieilles querelles. Les princes adversaires s'accusaient réciproquement de tentatives d'assassinat. Paris était sous la domination des l)ouchers, qui se livraient aux plus grandes violences. Ils prirent le nom de Cabochiens, et imprimèrent à la bourgeoisie un tel effroi , (jue des députés furent envoyés par elle au duc d'Orléans , afin de l'engager à s'occuper de leur malheureuse ville. Le dauphin lui-même, comprenant l'opprobre et les dangers de sa situation, ne cherchait qu'à s'échapper de Paris sous un di'guisement. Sans cesse il écrivait au duc d'Orléans, au duc de Bretagne, au roi de Sicile de lui venir en aide. Les séditions éclataient chaque jour; la reine, les princes subissaient de mauvais traitements et des outrages.
Le parti d'Orléans réunit de nouvelles troupes. Les Anglais s'emparèrent de la Guyenne sans éprouver de résistance de la part du connétable d'Albret et du comte d'Armagnac;, qui arborait leurs insignes et leurs i:ouleurs. Les bouchers de Paris déployèrent leur sau-
\age énergie pour contraitidre les bourgeois au payement des taxes Ils crurent en imixorr aux récalcitrants par le meurtre judiciaire de
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Deseasarts, ancien prévôt de Paris, dont rcxécution fut accompagnée de drconstanoes affieuaes.
Les princes d'Orléans, se trouvant en force, s'avancèrent vers
Paris. Le Gâtinais fut lu t upô [)ar les sires de Botredoiit et de Brabant. Le comte d'Eu les rejoignit aux environs de Verneuil. Les alliés protestaient que leur unique but était de délivrer le roi , qu'ils n'avaient point de haine pour le peuple de Paris , mais que la famille royale ne jouirait pas de la paix et de la tranquillité tant qu'dle ne serait point fixée dans une ville tdle que Chartres, Melun ou Montarais ; là du moins n'éclataient pas des troubles et des mouvements populaires. Le duc de Bourgogne cond>atUt de tout son pouvoir les raisons mises en avant par les confédérés, mais il ne put empêcher une réaction populaire qui renversa les houchers. Ceux-ci , succombant sous rborreur universelle , prirent la fuite , et plusieurs subirent un châtiment trop mérité. La contre-révolution faisant de nouveaux progrès , Jean-sans-Peur fut menacé lui-même dans son hôtel , et il résolut de fuir après s être assuré de la personne du roi. Ce complot échoua, et le duc gagna en toute hâte les états de Flandre , accompagné d'un petit ncnnbre de chevalios.
Son départ, ou plutôt sa faite, donna le signa) de la réaction. Dans un lit de justice tenu au Parlement , le roi annula tous les actes contraires au duc d'Orléans et à ses alliés, déclarant qu'ils lui avaient été arrachés par la force. Le pouvoir passa aux mains du duc Charles, qui reçut du dauphin les témoignages d'une vive affection. L'héritier de la couronne affecta même de porter comme lui des insignes de deuil. Aux couleurs de Bour^of^ne succédèrent celles des Arm<'iu;^nacs. La laveur populaire s étant tournée vers le paiti Orléanais, on maltraitait, on emprisonnait , on égoi^ait tous les Bourguignons. Jean prit ses mesures pour réiàster; une querelle d'étiquette, aigrie par le comte de Vendôme, venait de brouiller les ducs de Bretagne et d'Orléans; il se promit d'en tirer parti pour ses intérêts, et publia un manifeste ou ses griefs étaient exposés; puis il s'avan(,a vers Paris.
i;()RL^:anais
Les princes , do loiir côti^ , organisèrent la défense. Ils étaient à la tête de onze mille hommes d arnies, et tous animés d'une haine commune. Leurs troupes ciimfHjrenl hors des murs; le duc d'Orléans, s'établit au prieuré de Saint-Martin-des-Champs. Le comte d'Armagnac , chargé de 5>ur\eiller la populace , la traita avec sa rudesse accoutumée. Le roi sii,nia des lettres où le duc de Bourgc^e, accus*'* de félonie, était déchu de tous ses biens et dignités; il était appelé violateur de la paix, ennemi du roi et du bien public. L'Université. ]mr l'organe de son illustre chancelier Gerson , fît assigner le duc de Bourgogne, afin de savoir s'il désavouait les infâmes doctrines sur l'cissassinat , s<»utenues naguère par Jean Petit. Il réjxmdit qu'avant
agi selon son droit, il n'avait point eu besoin d'un avocat. Le plaidoyer de maître Jean fut censuré comme péchant contre la foi et la
morale, oomme wiYve impie et scandaleuBe. La pièce fot brûlée solennellemefit an parvis Notre-Dame, et l'on proposa de déterrer le
cadavre de Petit, mort depuis un an à Hcsdin, pour lui iniliger le même traitement.
L'armée royale se mit en campagne; tons ceux qui la oompo> saient, Chailes VI lui-même, portaient Téobarpe des Armagnacs. A]jrès la prise de Compiègne on assiégea Soissons, dont le gonvernenr, Enjjuerrand do Boumonvillo , r(''|X)ndit que la ville était au duc d'Orléans, eiwienii du dur de Bourgogne, et (jue œlui-ci pouvait la retenir, selon toutes les règles de la justice et de la guerre. La ville lut emportée , et ses défenseurs iîirent passés au fil de l'épce. De tels succès enflèrent l'orgueil du parti d'Orléans; les ouvertures de paix ne furent point écoutées; aux oreilles des princesses de la maison de Bourpo^e. (|ui s*«nitrenietluieiit avec des paroles de conciliation, retentissaient des clameurs injuiieuses et la complainte laite sur 1 assaaânat de Louis d'Orléans. Les docteurs de l'Université s'évertuaient à Tenvi à réfuter dans des sermons violents le fiuneux plaidoyer de Jean Petit. Le duc de Bourgogne jugea qu'il n'avait d'autre chance de salut que dans la résistatice. Le sié^e d'Arras , où il avait mis f^amison , commença, et tut nieiu' avct lenteur. Bientôt de nouvelles négmnations iîirent entamées, et le roi y montra sa faiblesse ordinaire. On les oonduisit à l'insu du duc d'Orléans, et quand tout fut traité et juré, le dauphin manda ce prince et rédama de lui le serment d'obéir aux clauses arrêtées par son seigneur. Je ne 1c puis, répliqua-t-il ; si je suis vé'uu |M)ur servir votre cause seulcnieiit, je n'ai rien à faire à cette heure ! — « Mais jurez toujours la paix , rqurit le duc de Guyenne. - Monseigneur, répliqua le jeune duc, je ne l'ai point rompue et ne prêterai point de serment. « Enfin il céda. (1414.) Le comte de Vendôme prit alors le gouvernement d'Arras au nom du roi , et l'armée se dispersa.
Charles VI, de retour dans sa capitale, y trouva de nouveaux témoignages de I mconstauce de ce peuple , tour à tour animé pour et
contre les Btiurguignoiis ; l.a t'aveur po])ulaire semblait cette fois s'attacher à eux. Les deux ])artis ne cessaient point de se menacer. Le duc de Bourgogne châtiait ceux de ses vassaux qui avaient montré de rattachement au duc d'Orléans , tandis que les partisans de celuici fr.i}ip;iient, emprisonnaient et mettaient à mort ses amis. Des émeutes étaient fomentées par les bouchers. Un com])lot pour chasser les princes de la ville ayant clt' ci<''couvcrt, toutes les femmes desBour- ^i^ons proscrits reçurent ordre de sortir de la ville et de se rendre à Orléans *. Le dauphin , fatigué du poids des affiûres, quitta Paris à l'improviste et gagna Bmuges , puis le château de Méhun-sur-Yèvre. Le comte de Vertus l'y suivit; mais la reine et le duc d'Oiléans lui écrivirent de revenir, et il s'y décida.
(1415.1 Le 0 janvier, on célébra dans 1 église Notre-Dame un sen'ice solennel p<nu' l'âme du duc d'Orléans. Les prédicateurs y d<Muièrent de grandes louanges à sa mémoire. U en fiit de même dans un sermon prononcé par maître Courtecuisse dans l'élise des Célestins. Ceci se passait en l'absence du dauphin , qui signala son retour par des manifestations différentes. Ayant fait garder le pont de Charenton , il intima aux pi inces I ax is de ne }X)int revenir à Paris sans un ordre formel du roi , et de se retirer dans leurs domaines. Le corps de ville et l'Université, réunis au Louvre, entendirent un long discours du chancelier, où la personne du fini duc d'Orléans et ses grandes prodigalités étaient censurées. L'é> vêque de Chartres ajouta que les finances avaient été dissipées par le duc Jean , beau-père du dauphin. Ainsi ( hacun avait aii })art dans ce blâme, qui avait pour ( (>nsé(}uence de faire dire que le maniement des afiaires revenait au dauphin « héritier de la couronne et ayant intérêt à la sanver de la ruine. U en prit la direction et les conduisit fort mal.
Jamais pourtant les circonstances n'avaient été plus graves, l^n ambassadeur du roi d Angleterre venait revendiquer au nom de son
* Jwrnal àt ParU,
ANCIEN ET MUDEKNE. I»9
maître de prétendus droits sur la couraniie de France , el la remise pure et simple de tontes les provinces autrefois cédées par le traité
(le Bretigiiy. CvWo pri'iiiK rt' uiiibassadc fut suivie d'uno autre plus pompeuse encore, ù laquelle les comtes d'Eu, de Vertus et de Vendôme firent un accueil magnifique. Les seignenis anglais logés an Temple assistèrent à un tournoi ou le danphin lutta contre le duc d'Aknçon, et le duc de Brabant contre le due d'Oriéans. Après de kmgs délais, o& l'on éludait toute firanche explication , on se décida à envoytîr ù Londres dos députt^s, dans le l)ut d'obtenir le nuiiiitien de la paix. Le comte de Vendôme, f(rand-mmtre de France, et l'archevêque de Bourges s'aperçurent bientôt que le roi d'Angleterre était opiniâtre dans ses prétentions. Par leur conseil on se tint prêt à repousser une guerre désormais inévitable. (1415.) En effet, les Anglais débarquèrent près d'Honfleur le 14 août et mirent le siège devant llarflcur. On sollicita le duc de I3our<j:o(rne d'oublier tous ses griefs pour chasser du royaume l ennemi national. Sa réponse fut telle qu'on lui enjoignit de ne pas se rendre à l'année que Charles VI guidait vers Honfleur. Mais cette ville succomba avant son arrivée. Les princes d'Orléans, les oofiites de Vendôme et de Richemont se mirent à la poursuite des Anglais. L'armée fran(,-ais(> i)assala Somme, se flattant de couiier toute retraite à un ennemi que minau nt la disette et les maladies. Le roi d'Ang;leterre cherchait à traverser )a rivière afin de se jeter dans la Picardie ; il y réussit au gué de Béthenoonrt, et mardia vers Calais. Les princes français le serraient chaque jour davantage, et il s'attendait à tout moment à une attaque. Le matin du cinquième jour de sa retraite, il se tronvait sur les lK)rds de Blantrv, non loin du village d Azincourt. Les édaireurs lui annoncèrent que l'ennemi arrivait ; il passa proniptenient la rivière , el prit ])osition sur l'autre bord , aux environs du village de Maisoncdle. Les Français remirent l'attaque au lendemain. Le roi d'Angleterre disposa son aimée dans un espace resserré entre deux bois, les archers aux ailes et l'infanterie au centre, mais protégée par
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des pieux et des retranchements. Les Français n'imitèrent point l'ordre et la discipline de leun adversaires. Le duc d*Oriéang, qui
s'était fwt armer la veille chevalier, ainsi que cinq cents autres genlilshoninjt's , ne \ (>v;iit qu uin' oct usiun tle s illustrer j)ur uiu' VKluiie dont il se crojml assuré. Chaijue prince voulait orduuiier et tracer le plan d'attaque. Le commandement supérieur était au connétable d'Âlbret; le duc d'Orléans , le comte d'Eu et d'autres seigneurs devaient marcher à l'avant-garde, dont les deux ailes étaient conduites, l'une par le comte de Vendôme, l'autre par 1 amind de Friuire. D autres seigneurs devaient n'^tei avec les divisions du cenlic et i arrière-garde; mais leur ardeur les emporta, et tous coururent à l'avant- garde. On voulut n^pocier avant d'engager la bataille. Des deux côtés l'opiniâtreté fut égale à ne point se départir de ce qui avait été annoncé au commencement de la pfuenre • le sang devait couler. Aux hommes d'armes qui chex aiu hait nl lourdement, l'Anglais oppoiia bes archeiis qui fnent pleuvuu- sur eux uue grèlfe de flèches longues de trois pieds. Us s'avancèrent néanmoins avec résiduticm. et se virent engagés dans un sol boueux, où les chevaux enfonçaient sans pouvoir avancer ni nculer. Les seigneurs finnçais avaient dédaigné le secours des gens des communes, exiellents archers (jui eussent tenu tête à ceux des Anglais. Un corps de cavalerie partit bravement, et fut arrêté par les chev aux do frise de l'ennemi. Quatre chevaliers seulement pénétrèrent dans les rangs anglais, où ib périrent i l'instant même. he& Français, dispersés par groupes, se battaient avec ime grande valeur, mais dans le plus nicroyable désordre. Dix-huit chevaliers, guidés par les sires de C'nni\ et le duc d'Alençon , traversèrent toute la ligne euneuiie et aiTi\èreni en face du roi d'Angleterre. Le duc d'Alençon renversa le duc d'York et se précipita sur Henri, dont il abattit la couronne d'un coup de hache. Les gardes se jetèrent sur lui et l'accablèrent par le nombre. Il leur cria : « Je me rends î •• ils le frappèrent lâchement. Quand la victoire se lut déclarée et que les prisonniei's eurent été reçus à merci.
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il se passa un nc\o homble et que rien ne peut excuser. Quelques maraudeurs frane^-ais s'étant jetds sur les Impnges, une peur panique saisit les vainqueurs , et ils massacrèrent cruellement cette vaillante noblesse de France qu'ils tenaient prisonnière , tête nue et désjirmëe.
Les pertes avaient été sensibles de part et d autre. On retira de dessous un monceau de morts le duc d'Orléans, qui n'était que blessé.
Il fut pris avec le mnix'chal de Bouricault , les comtes d'Ku et de Vendôme, les sires d'Harcourt et de Craon.
Le roi d'Angleterre, étonné et presque elTravé de sa victoir<», resta plusieurs heures dans une grande anxiété , tant il redoutait une seconde attaque. 1! rendit visite au duc d'Orléans, qui ne voulait ni boire ni manger. - Comment vous va , mon cousin • ? - lui dit -il. — " Bien, monseigneur. " répondit le duc — •• Et d'où vient que vous ne voulez ni boire ni manger? >• — J'ai voulu jeû-
■ M. DE n\R%î(TE, /ihtoirfdrs ilues th Hourçoi/nr.
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ner. - — Mon cousin , faitos bonne chère, ajouta doucement le roi; SI Dieu m a acroi dt' la gnicr de gapier la victoire sur les F'rançais. je reconnais qu'elle n'est pas due à mes mérites. Je crois que Diea a voulu les punir; et si ce que j'en ai ouï dire est yni, il ne &ut pas s'en émerveiller, car on dit qu'on n a jamais vu tel désordre, ni une licence de péchés , de voluptés et de mauvais vices pareils à ce qui s(? passe 011 Fraruc maintenant Cela fait pitië à entendre ; et certes. Dieu a dû être courroucé. Le lendemain il continu;i sa retraite vers Calais, emmenant le duc d'Orléans, qu'il traitait avec ^ards.
Cette cruelle bataille affaiblit le parti des Armagnacs; mais la guerre civile ne cessa point pour cela. Le dauphin mourut sans laisser de re^ts , et le comte d'Armagnac ex( rça une souveraine t3rrannie dans Pans et le reste de la France. Les docteurs qui prêchaient encore les doctrines de Jean Petit furent persécutés. C'étaient chaque jour de nouveaux complots et de nouvelles exécutions; Nicolas d'Orgemont, dief ou principal meneur d'une conspiration pour s'empara* du roi , tuer la reine et outrager les princes , fut jeté dans les cachots de la Bastille , puis d.ins ceux de Meuntr , prison des évêques d'Orléans , car il était clerc. Il y mourut à la suite de traitements rigoureux.
Le royaume était la proie de compagnies de Bouigoîgnons, de Savoyards, de Lombaids venus jadis an secours du duc d'Oriéans, et d'Allemands. Ces aventuriers , et d'autres nommés les Bigeaux ,
comniettaient toutes sortes de désordres, il tallut leur courir sus et les exterminer.
Après de longs pourparlers et la publication de nombreux manifestes, le duc de Bouigogne prit Mmtlhéry, tandis que ses lieutenants s emparaient d'Étampes et de Chartres. Puis il arriva aux partes de Paris. Ayant appris que la reine Isabeau était reléguée et
en quelque sorte tenue prisonnière à Tours, il quitta brusquement son armée, tm\ ersa Vendôme, et se présenta devant cette princesse, qui L'accueillit , le suivit comme un libérateur, et fit à Chartres une
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entrée triomjjhale. Elle data de celte cité une lettre aux bonnes ailles du royaume, où elle leur expose ses intentions : Nous sommes » Tenue, disaitrelle, à Chartres en la compagnie de mon cousin,
- afin d'aviser et ordonner ce qui est nécessaire pour conserver et recouvrer la domination du roi , mon seigneur, en prenant l'avis
- des bons prud'hommes, vassaux et sujets. C'est iK)ar(|uoi , très-
- cben» et bons amis , nous qui dcx uns avoir le gouvernement de ce
- royaume durant l'empêchement de monseigneur, comme l'ont réglé
- les lettres patentes irrévocables passées dans son grand conseil , de l'avis de tous les grands sdgneurs de son sang, nous qui avons entière et certaine connoissance de vos loyales intentions , et qui
• savons combien vous êtes enclins à vous employer de corps et de » biens avec mon dit cousin pour arriver à la conclusion désirée , « nous vous sommons et requérons, «a nom de monseigneur, de vous
- maintenir en accord avec les intentions de notre cousin de Bonr-
- gogne , sans aucunement entendre ou obtônpérer à aucune lettre «• ou commandement iiuelconque donné au luan de monseigneur ou
de mon fils, le dauphin.
11 fut anasi réglé que les lettres et mandements seraient intitulés ainsi : • Isabelle, par la grfice de Dieu, reme de France, ayant, à cause de Voceupation de monseigneur le roi, le gouvernement et
l'administration de ce royaume, par l'octroi irrévocable à nous fait par mon dit seigneur et conseil... "
Tel fut le premier signe public de l'alliance de la reine avec le duc de Bourgogne. Pendant leur séjour à Chartres, une aventure digne de ces temps de barbarie causa un grand émoi parmi les habitants. Hélion de Jacqueville , qui avait pillé les terres* de Jean de Vaux, parent du sire de Saveuse, fut attaqué brusquement par dix ou douze hommes armés, au moment où il priait dans l'église Notre- Dame de Chartres. Ils l'entraînèrent sans tenir compte de ses supplications, lui firent de profondes blessures et le jetèrent du haut en bas des degrés du parvis. Le blessé lut porté dans l'hôtel du duc
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pendant que les meurtriers prenaient la fuite. Monseigneur, dit-il. c'est pour vous avoir bien servi qu'on m'a traité de la sorte. - Il expira trois jours aj)rt's. Jcan-saiis-Peur. irritô, poursui\it lui-même les ussussins; mstin ou lui représenta qu au luilitu de ses embarras, il allait se priver de ses meilleurs chevaliers, et il leur pardonna. La reine passa le reste de l'année à Chartres , qu'elle quitta pour léûder à Joignjr.
Les Armagnacs, de leur côté, prirent Étampes et Montlhérv, et plusieurs châti'uux (>( ( U|)és par les gons dos Compagnies. Eiiliii, api ës des succès balancés, les deux partis songèrent à la paix; elle fut signée malgré l'opposition de plusieurs conseillers, parmi lesquels se trouvait Martin Gkrage, fameux évêque de Chartres. Malgré cette nouvelle, le sire d' Armagnac jura de brûler Paris plutôt que de le rendre aux Bourguignons. Périnet Leclerc , fils de l'un des quartemers, li\ra une des portes de la xillc aux hommes d'arme> du duc; ils pénétrèrent dans les rues , soulevèrent le peuple, prirent le comte d'Armagnac, et se rendirent maîtres de tous les points importants, malgré la résistance qu'on leur opposa. Tanneguy Duchâtd se sauva à Melun avec le dauphin.
Ce complot , formé à l'improviste , surprit le duc de BoursTo^e , qui ne sut pas dans le premier moment le ]>arli qu il devait tirer de son su(;cès. 11 laissa pendant plusieurs jours ses partisans dans l'incertitude , et la capitale aux mains d'une populace aveugle dans ses colores comme dans ses affections. On vit alors le massacre des hommes les plus distingués de l'ancien parti d'Orléans, renfermés dans les prisons. Le connétable d'Armagnac , quatre évêques . des présidents au parlement, des maîtns des requêtes, des o^ens de la chambre des comptes, des bourj^eois notables périrent égorgés. Capeluche, afiieux personnage, était à la tête de cette foule impitoyable. Le duc, ayant enfin pris une détermination, accourut pour mettre un terme à tant d'horreurs. Trop faible pour châtier les assassins, il leur donna des chefe, qui les entraînèrent au siège de
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Moiitlhéry; ils voulurent revenir, et tix)uvèrent les |x>rtes t'ernu'es. L'ordre parut un moment rétabli , mais une épidémie terrible se joignit à tant de fléaux. Le duc de Bourgogne abattu , désespéré , fit de vains elibrts pour ramener h lui le dauphin , que ne subjuguaient plus les ducs de Berry et d'Orléans ; mais le conseil du jeune prince était formé des anciens serviteurs du feu duc et d'hommes animés, à plus dun titre, d'une haine implacable contre Jean-sans-Pcur. Outre ses querelles personnelles à vider avec de tels ennemis, celui» ei était forcé de tenir tête aux Anglais, Le siège de Rouen, et la désolation qu'il répandit dans toute la France, fit naître plus d'une réflexion . et chacun s'étonna que les deux partis qui déchiraient le rovaunie ne s'unissent pas contre l eiiuemi commun. Le duc d'Anjou i;t le comte de Vertus essayèrent de réconcilier Jean-sans-Peur avec le dauphin. Une trêve fut en effet conclue. (1110.) Cette circonstance décida Henri , roi d' Angleterre, à traiter de la paix, et diverses conférences eurent lieu entre la reine et lui; elles demeurèrent sans résultat.
La prise de Pontoise, défendue par l 'Ile-Adam , un des confidents du duc de Bourfi^ogne , fut ( ause tle nouveaux soupesons. Le dauphin crut que Jean-sans-Peur n'était pas sincère, et qu'il favorisait les Anglais; on ajoutait qu'il comblait de caresses et encourageait les séditieux de Paris. Les deux princes conservaient encore les dehors d'une feinte amitié. Tanneguy Duchâtd vint à Troyes trouver le duc de Bourgogne, et lui assurer que le dauphin , toujours bien disposé i)our lui, désirait l entretenir de choses imixutantes. Le jeune prince, campé près de Montereau, renouvela ses instances par l'organe de ses messagers. La dame de Giac, usant de son ascendant sur l'esprit du duc Jean , le détermina à venir jusqu'à Bray-sur- Sesne , à deux lieues de Montereau. On proposa une entrevue sur le pont de cette ville. Le duc de Boui^^gne devait occuper le château et la ii\<' droite de la rivière. Au jour fixé, les conseils ne manquèrent point à Jean pour le détounier d'aller à cette entrevue; on lui
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reprt^senta que le dauphin était entouré de ses ennemis . que le motif du rendez-vous n'était pas clairement indiqué , et qu'il ne trouvait pas toutes les sûretés désirables dans les conventions faites. Un astrologue juif lui prédit qu'il ne i"eviendrait pas ; mais il n'écouta rien et partit. Il avait à peine franchi les barrières, suivi de dix chevaliers . que Tannegxiy Duchâtel , Barbazan et les gens du dauphin se jet^rent sur lui, et l'abattirent à c^ups de hache.
Telle fut la fin du meurtrier de I^uis. Les Orléanais y virent le doigt de Dieu et s'en réjouirent ; ceux qui avaient porté les coups s'en louaient hautement. « J'ai tlit au duc de Bourgogne, ra<'ontait " Le Bouteiller . Tu coupas le poing à mon maître , je vais te coui)er •• le tien ; et je lui ai donné de mon épée. - Un dicton populaire se répandit : -Reynaudin l'enferma, Tanneguy le frappa , Bouteiller l'assomma. " Celui-ci avait porté le premier coup. Le duc, ayant voulu parer avec le bras, eut le poignet presque abattu et le visage sillonné par le fer. Robert de Loire le poussa vers Tanneguy, qui le renversa avec sa hache , tandis que deux autres chevaliers soulevèrent sa cotte de mailles , et lui enfoncèrent leurs dagues dans le
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