‹ L'OrléanaisChapitre 20 sur 20 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

LoitU- l'tiilipfio , >J>i<' ii <>rt«>aiis.

~ Ix>uis-Philippp naquit à Paris le 6 octo-

bre 1773, et reçut le titre de duc de Valois. Son précepteur, le chevalier de Bonnard,

officier d'artillerie distingué . résigna ses fonctions aux mains de la comtesse de Genlis. La nature l'avait comblé des dons de l'esprit et des vertus du cœur, et l'on ne peut attribuer le mérite de ses bonnes actions ni les propres de son intelligence aux soins d une gouvernante dont les idées systématiques et le pédantisme sont aujourd'hui plus cél^b^es que les ouvrages. Il était compatissant et se-

courait les pauvres avec f^râce, mystèrr et ufôni^rositc''. Lors du voya^p (|u'il tit ("Il Xonnaiidu' , il vi>ita le mont Saiiit-Miclicl . s'iiuli^nni do^ tortures (ju'on faisait subir aux prisonniers , et porta de sa propre main le premier coup de hache à la cage où fîit enfermé pendant dixsept ans un gazetier qui avait osé critiquer Louis XIV ^ Après la mort de son grand-përe il reçut successiTement le titre de duc de Chartres et le cordon de Tordre du Samt-ESsprit. .

Cependant la Révolution commençait sa marche , entraînant sons ses drapeaux le fils du duc d'OrMans. 11 accueillit avec un vif enthousiasme les plans subversifs de l'ancien ordre île choses, et étudia , au iicin des débats de rassemblée nationale , la science de parler aux hommes et l'art de les subjuguer. Un décret de rassemblée ayant prescrit aux colonels propriétaires de prendre le oommandement sérieux de leurs régiments ou d'y renoncer, 0 se hfita de rejoindre aussitôt Chartres-Infanterie , qui tenait garnison à Vendôme. 11 s'y fit aimer du soldat par sa rondeur militaire et du j)euj>le par plusieurs actes honorables. Un jour que des paysans furieux poil isui\ aient un prêtre non assermenté (ju'ils accusjiient d'avoir regardé avec dédain uii prêtre constitutionnel , il se jeta entre la victime et les meurtriers , leur tint tête avec une rare intrépidité . et parvint à les arrêter. L'un d'eux vint , dit-on , le remercier d'avoir empêché qu'un crime souillât sa conscience. Peu de temps après il se jeta à la nage pour arracher i une mort certaine un ingénieur, prêt à périr dans le Loir. Entnûné par ce malheureux , il faillit succomber lui-même. La ville de Vendôme lui décerna une couronne Civique. Peu de temps après il alla tenir garnison à Valencieiines , et remplit les fonctions de commandant de cette place , comme le plus ancien colonel de la garnison. Au moment de la déclaration de guerre contre l'Autriche, il ae trouva pbcé dans le oofpa d'armée de Biron , qui commandait toutes les troupes entre Valendennes et Maubeuge. Il combattit . le 28 avril 1792 , à Boossu et i Quar^ignon,

' M"* DK Gknli», Ltçom li unt youtemaHle à tti élrres.

et parvint à rassurer les bataillons , qu'une terreur panique faisait fuir (le (^uit'vrain sur Vak'iicit'nnes. Le 7 mai suivant, une ordonnunie (iu ministre de la guerre lui dceenm le gnide de niaréchal-decamp en mênn- tcmjis qu'à Berthier. 11 ccjnduisit un»» brigade de dragons à l'année du Nord, et prit part à l'attaque de Courtray. Renonçant à profiter de ses premiers avantages . le général en chef Luckner se mit en retraite , partageant son armée en deux divisions . dont l'une était commandée par d'Harville , tandis que Dumouriez couvrait la frontit're do Flamire. Le (ku de Chartivs arriva à Metz au moment où LuckiuT revint prendre le commandement , qu il nv tarila pas à céder au général Kellermann. Nous n'avions à opposer aux cent dix mille bcHnmes de Bninswidi que treize mille hommes campés aux environs de Metz et le corps de trente-trois mille hommes commandé par Dumouriez. Ofi ofirit an jeune prince , nommé lieutenant-g^éral , le gouvernement de Strasbourg ; mais il préféra rester à l'armée active. De» renforts venaient de porter le corps d armée de Kellermann à vmprt-sept mdle hommes. Le dur de Chartres fut charL:V' du commamU'ment de la seconde li^ne , loimée de douze batain<in> l infantcrit! et tic six ••scadrons de cavalerie. 11 combattit , à la tète de ces troupes , à la bataille de Valmy. Le feu des batteries ennemies fut constamment dirigé sur le moulin où se trouvait le duc , et qui était le point capital de nos positions. Aprfes cette mémorable canonnade , dont le résultat ne fut pas sans impor> tance sur le moral de nos jeunes soldats , le fds du duc d'Orléans re(;ut du conseil exécutif une faveur qu'il se garda d acre|jter : on lui • offrit le commandement en second des troupes de nouvelle levée qui se rassemblaient à Douai ; mais il demanda à rester sous les ordres de Kellermann. Déjà il avait été remplacé ; on l'envoya & l'armée de Dumouriez , qui poussait devant lui l'armée prussienne , et s'apprêtait à envahir la Flandre. Il ne tarda pas à attaquer l'ennemi , et enleva la redoute de Boussu pendant que Dami)i«'rre , Beurnonville, btengel et Frégeville repoussaient les Autrichiens jusqu à

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Saint-Ghislam . Bientôt 1rs Franç<iis prirent position en t'nro des retranchements qui cimronnaient les hauteurs de Jeminapeb. Le duc de Chartres avait des bivouacs en avant du village de Pâturage.

L'action commença le 6 au matin. Louis-Philipjx» . à la tête du centre , essaya de déloger l'ennemi du bois de Frênu, que défendaient des redoutes formidables Nos bataillons , peu aguerris encore , se laisst'rent ébranler , quelques fuyards firent entendre un cri désespéré, et la confusion devint générale. Le duc de Chartres s'élança avec une rare intrépidit*'- au milieu de ces troupes débandées , dont la lâcheté et l'égarement étaient plus dangereux pour un chef que le feu même des Autrichiens. Il raffermit les courages, et forma promptenient une colonne au centre de laquelle il plaça les cinq |)orte-drapeaux des bataillons dispersés. Alors il chai^ea à la baïonnette 1 infanterie autrichienne . pénétra dans les redoutes, et enleva une partie de l'artillerie qui les défendait. Cet exploit contribua puissamment au sucrés d'une journée fameuse par son influence sur les événements ultérieurs. Tandis que l'armée prenait ses quartiers d'hiver,

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U; duc de Chartres fut averti que lu princesse sa Siœur , jwrtéo sur la liste des émigrés, devait sortir de France dans un délai de trois jou». Il se bâta de la rejoindre , et passa près d'elle qudques jourM & Toumay. Informé du décret de la Convention qui prononçait le bannissement de tons les membres de la maison de Bourbon , il conseilla an duc d'Orléans de se retirer en Amérique avec sa famille , et de profiter de cette mesure , «pii , en présence des plus terribles événements . devenait une surte de bienfait tutélaire. Cet avis ne tut point et ne put être écouté

Le prince se rendit au mois de février 1793 au siège de Maëstricht, que le génénd Miranda fut forcé de lever à rapproche du prince de Saxe-Cobourg. Dumonriez accourut avec des renforts et repoussa les avant-postes autrichiens derrière la Gette. Le surlendemain, 18 mars, fut livrée la bataille de Nerwinde. Louis-Philippe commandait notre centre, formé des divisions Dampiene et Dictnian ; il ilevait m»utenir i'atta(|uc qnc I aile droite l'aisîut sur les trois villages de Nerwinde, d'Oberwinde et de Niddehvinde. La division Dampierre, qui réussit à s'emparw du premier de ces villages « en fut presque aussitôt chassée; le duc de Chartres s'avança aussitôt avez seize bataillms, mais ses troupes, de nouvelle recrue, se replièrent tout à coup dans le plus grand désordre. Quelques vieux soldats continrent l'emiemi, et sauvèrent les fuyards. Ce résultat inattendu provenait du désastre subi })ar l'aile ^'auche, que les Autrichiens avaient culbutée, après s'être rendus maîtres de tous les ponts de la Gette. hsi gauche et le centre se trouvaient isolés . et la retraite devenait fort difficile. Le duc de Chartres regagna Tiriemont sans se laisser entamer, et anrèta sous les murs de cette place une partie de l'armée ennanîe. C'est à cette époque qu'eut lieu la fuite de Dumouriez et celle du due de Chartres. On ne peut méconnsltre qu'il se dérobait ainsi aux consétpiences d iiii décift d arrestation et au sort (jue subit son père. C(mime sii prcscncc <'tait inutile à >i>i\ armée t-t (|ue son départ n'y causa aucun préjudice , il serait puéril de cuiidaiiiiier un

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acte tort naturel. On n u jamais blâmé la retraite des émigrés qui se dérobèrent par la fîiite aux coups du tribunal révolutionnaire , on n'a maudit et méprisé que ceux-là qui portèrent les armes contre leur patrie. C'est ce que le duc de Chartres ne fit pas. Après avoir essuyé plusieurs déchai^ de nos avant-postes et couru mille dangers, il arriva près de l'archiduc Charles , >\u\ lut cueillit avw bienveillanci' et lui offiit un commandement et le fjrade dr lieutenant-général dans son armée. Il refusa et sollicita des passe-ports pour la Suisse, où il espérait se dérober aux haines doublement soulevées contre lui par la position de son père et par ce que lui-même venait de fiure. Eb butte à l'animadversion des émigrés et aux malédictions des patriotes, il était poursuivi et traqué par la diplomatie de ceux-ci , tandis que ceux-là ne lui épari^nau nt ni l'injure ni le soupçon. Pmsrrit par la révolution , il était mmaci- par ceux qui l'accusaient de sympathiser toujours avec elle. Tandis qu'il voyageait sous un nom anglais, n'ayant d'autre compagnon que César Ducrest, son aide^le-camp, fl apprit fortuitement par une gazette l'arrestation de son père et de ses frères. Sa sœur, mademoiselle d'Orléans, était arrivée à ScinAnise sous la conduite du comte de Montjoye , qui avait quitté la France à rt'iMupic de la fuite de Dumouriez. Il voulut la rejoindre et Un Il Oliver un asile sûr, mais des intrigues diplomatiques le firent bientôt expulser du territoire suisse. Dans cette triste position il eut recours au général de Montesquiou, qui, forcé par des motifs semblables d'abandonner son corps d'année, vivait retiré à Bremgarten. Par son intervention mademoiselle d'Oriéans fiit admise, ainsi que madame de Oenlis. au couvent de Sainte-Claire, et le duc de Chartres, pins traMi|uill(\ n prit sa course errante au milieu des Alj)es. Il eut à lutter contre la fatigue et la pauvreté. Eiilin , ses ressources étant épuisées . il accepta une place de professeur au collège de Reichenan. 11 subit avec distinction l'examen préliminaire et fiit unanimement admis, sous un nom supposé, parles autres professeurs. Pendant huit mois il enseigna la géographie, l'histoire, les langues française

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et anglaise et les riYathématiques. Aimé de ses él{*vets et de ses collègues, il garda le plus strict incognito. Une affreuse nouvelle, celle de la mort de son père, vint l'accabler...

Madame Adélaïde ayant quitté le couvent de Brcmparten pour se rendre près de madame de Conti , Louis-Philippe, dont la république commenf;ait à perdre les traces, accepta l'asile que lui offrit madame de .Montesquieu, et cacha sous le nom de Corby, aide-de-camp du général , son nouveau titre de duc d'Orléans. Bientôt sa présence en Suisse fut connue, et il résolut de passer en Amérique. Pour l'exécution de ce projet , il se rendit à Hambourg vers le mois de mars • 1 795 , et ne put se procurer la somme nécessaire. Il se mit alors à parcourir le nord de l'Europe, et reçut partout un accueil dû surtout à son mérite, car il voyageait sous un nom suisse. Il s'approcha du pôle jusqu'à cinq degrés plus près que le savant Mauf)crtuis. Pendant son séjour à Stockholm, désirant assister à un bal que donnait la cour pour célébrer la naissance de Gustave IV, roi de Suède, il se procura un billet pour une des tribunes les plus élevées

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de la salle. L'envoyé de France le reconnut et \ÏÏ signala au comte de Sparre, qui vint à lui de la part du roi et du duc de Sudermaoie, alors régent; on le combla de preuves d'intérêt et de marques de considération , mais ses ressourees pécuniaires lurent toujours aussi

horn(^os , bien que les offres les plus séduisantes ne lui manquassent pas d»' la part des (-trangors, qui t u-ssctit voulu l'atlirer dan:^ leui-s ' rangs. Do son côté le Directoire n épirgiiait rien piur le décider à quitter l'Europe, et il céda aux sollicitatioiis de la duchesse sa mëre: « Que la perspective de soulager les maux de ta pauvre mère, loi

- écrivait-elle» de rendre la situation des tiens moins pénible, de oon-

- tribuer à assurer le calme à ton |)ays extàte ta générosité ! •* H lui répondit sur-le-chanij) : - CJuand ma tetidro m^ro recevra cette lettre,

- ses ordres seront exécutés et je serai pai ti ))Our l'Anienque. Et que " ne ferais-jc {>as aprè:^ la lettre que je viens de recevoir ! Je ne crois • plus que le bonheur soit perdu pour moi sans ressource, puisque » j'ai encore un moyen d'adoucir les maux d'une mère si chérie!... » Ce n'est pas que je cherche à me plaindre de ma destinée , et je

- n'ai que trop senti combien elle pourrait être plus affreuse !

11 arriva à Philadelphie. Plus tiird le duc do Montp iisier et le oomte de Beaujolais se réunirent à lui. Les trois tVères, acconipagiiés d'un seul domestique, |)arcoururent l'intérieur des États-Unis; ils rendirent vi«te au général Washington , qui les avait invités à venir le trouver dans sa retraite de Montvemon. Leur voyage à travers les savanes et les forêts d'Amérique fut semé d'une foule d*inci> dents qui chang^rent le cours de leurs tristes pensées. Tls étaient à peine de retour à Philadcljiliie lorsque la fièvre jaune se déclara Faute d'argent, ils ne purent s'éloigner de ce lieu mortel. Enfin ils reçurent de la duchesse leur mère des secours, et ils reprirent leurs Voyagea dans le nord, instruits de son prochain départ pour l'Espagne, ils résolurent d'aller l'y rejmndre et se mirent en route au milieu d'un hiver rigoureux; ils arrivèrent â la Nouvelle-Orléans, où ils comptaient s'embarquer. Une cor-

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vette eqwgiude devait venir les y chercher , mois , pleins d'iin|iatience, ils montèrent sur un navire américain qui fut capturé par une frégate anglaise. Le capitaine, instruit de leur qualité, les traita avec égards, et s'onpressa de les conduire et de les débarquer à la

Havane, ils y menaient une existence précaire, sans espoir de trouver l'occasion de repasser en Euro])e, lorsqu'un ordre de la cour d'Kspagne (1799) enjoignit au gouverneur de les reléguer à la Nouvelle- Orléans, sans- leur assurer de moyens d'existence. Déterminés à foir cette nouvelle persécution, les trois frères trouvèrent moyen de gagner les îles anglaises de Babama, puis Hali&x, où le duc de Kent les reçut honorablement, sans les autoriser toutefois à s'embarquer sur une frégate de la marine royale. Ils se hasardèrent alors à tenter la traversée de New- York sur un petit navire, d enlin ils arrivèrent à Falmouth, puis à Londres il 800). Après une courte entrevue avec le comte d'Artois, Louis-Philippe adressa au chef de la maison de Bourbon, à Louis XVm, une lettre qui fut, ainsi que la réponse de ce prince , publiée dans les gazettes.

Désirant avant tout revoir sa mère , il obtint du gouvernement anglais la permission de se rendre à Minorque sur une frégate , et débarqua dans l'île au moment où les voltiircurs de (JoiuK- reculaient avec les Autrichiens devant les vainqueurs de Marengo. Les émigrés lui firent de nouvelles ouvertures qu'il repoussa. Le but de son voyage , une visite à la duchesse douairière, fîit manqué par suite de la guerre qui existait entre l'Espagne et les Anglais. Les tn»s frères revinrent à Londres sans avoir joui de ce bonheur. Madame Adélaïde , qui était toujours en Hongrie avec sa tante , la princesse de Conti , vnit les y rejoindre. Ils se retirèrent dans une modeste habitation à ïwickenham , où ils furent rejoints par l'un de leurs plus fidèles serviteurs, le chevalier de Broval. Le duc d'Orléans ne tarda point à s'y concilier l'estime et l'affection des gentlemen du voisi> nage , et il eât passé dans cette retraite les plus douces années de sa vie si la mort du duc de Montpensier, enlevé par une maladie de

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[loitniii' ilSOTi, n oiit plonge'' lu iaiiiille tlaiib une douleur d'autant plusgi'ande que le comte de Beaujolais était atteint de la même affection. Les médecins l'engagèrent ù tenter les e&ts do climat de Malte et de Madère, et le duc d'Orléans voulut l'accompagner. A ion arrivée à Malte , il reconnut que l'air y était contraire au -malade , et se hâta d'écrire au roi de Sicile pour solliciter la laveur de transporter son fr¥re mr le mont £tna. Ce vera ne put être rempli. Bientôt arriva l'invitation pressante du roi Ferdinand ; le duc d'Orléans se reii lit à Palennt' , où il rerut de la reine Marie-Caroline un accueil d'autant plus généreux que 1 empereur Napoléon menaçait l'existence de la couronne d EIspagne , et ses colères atteignaient la famille royale de Naples. Ferdinand iV se détermina à résiater à ces envahissements. 11 envoya son fila Léopold en Espagne , et pria le duc d'Orléans d'aider ce jeune prince des oonsols de son expérience.

• 11 s'agissait , dit un biogra[)he , auquel nous laiseons le mérite de " cette explication ; il s'agis,>ait de défendre l'indépendance d'un

• peuple généreux , et il accepta cette mission. " Pour interpréter équitablement sa conduite et son départ, ouvertement encouragé par l'Angleterre et protégé par un de ses vaisaeimk, il fiiut ae rappeler quelle fat Vinjostice de l'agression de rEmpereor et quels liens commençaient à nnir le sort du duc d'Ofléans à cehû de U mille royale de Naples. Jamais tyran couronné de la plus brillaBte auréole n'eut le droit de renverser un trdne soutenu p^r les vcetnc d'une e^rando ii;itu)r, , et d'élever nu merrihre obscur de sa famille à la pla^'e d un nu cher à ses sujets. Il ne s'agissait donc pas dan^ cette guerre d un principe politique ou d'une lutte contre la France ; il fallait empêcher une flagrante injustice consonvnée avec videnee et impudeur. Louis-Philippe ne vouhit point faire du mal i sa patrie ni huinilier le drapeau tricolore ; il prit pisrti pour le ftihle opprimé , défendit le principe de la liberté des peuples . et protégea les droits d'une fannile qui allait bientôt devenir la sieiuie. Cette explication d'un tait souvent critiqué nous pai'aît d'autant plus

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piauâible que la conduite du iiiiin.stère brilaiinique vient en quelque aorte à l'appui. Peu sûrs des dispcaitiaus du duc d'Orléans, qui avait si long-tempe professé , défendu , propagé les idées révolntionnairas, les 'Anglais donnèrent Vordre au goaveniear de Gibraltar d'arrêter le prince f^pold et d'envoyer Louis>Fliilippe à Londres. 11 y arriva an roiris de septembre 1808, et obtint en échange de ses réclama* tions des réponses équivoques et propres seulemonl à prouver les dcliciiices (ju il inspirait. Il sollicita rautorisalion d aller retrouver :m. mère , qui était ù Figuières ; mais on loi permit seulement de se pendre à Malte. 11 partit avec sa sœur sur une frégate dont le capitaine avait ordre de ne point s'approcher des côtes d'Espagne. Après un séjour de peu de dorée dans l'ancienne capitale de Tordre de Saint-Jean-deJénualem , il retourna à Païenne. Il rechercha la main de la princesse Amâie , et reçut de la reine sa mère on aceoeil froid et réservé. Dès qu'il eut dissipé les préventions (ju on était parvenu à donner contre lui . il s'occupa de son mariage, mais voulut d'abord consulter la duchesse douairière d'Orléans. 11 lit voile pour Mahon , et revit , après une séparation de seize années , cette mère vénérable et adnrée. Là se trouvèrent réonis les débris d'une fitmille cméllement maltraitée par le sort, et bientôt Païenne vit la célâMrati<m d'une union ardemment désirée. (1809). Peu de mois s'écoulèrent au sein d'un bonheur sans nua^ , que les souds de la politique ne tardèrent point à troubler. Au mois de mai 1810 des députés lie la régence île Cadix vim*erit lui offrir le commandement général de la Catalogne avec tous les honneurs dus aux infants d'Espagne. Aux idées que nous avons exposées précédemment, dans une occasion pareille , se mêlèrent sans doute aussi quelques vues amintieuses . que l'Angleterre se hâta de déjouer. Le gouverneur de Tar* ragone lui déclara qu'il n'avait point ordre de résigner ses pouvoira , et il dut s'éloigner La frégate qui le portait fit voile vers Cadix , où il (lél>ar(]ua malgré les hésitations et l'attitude équivo(]ue des niembres de la régence. On l'adinil en audience bolennelle ; mais bientôt

Tin vaisseau do j^-uorre anglais se présenta avec l'injoin-tioii de le ramener à Londres. Le prince refusa d'obéir. Le conseil de régence . vivement sollicité de l'y contraindre , temporisa , mais fut , au bout de trois mois, forcé de céder à la m«iaœ du retrait des troupes anglaises. Le duc d'Orléans voulut haranguer les Cortès assemblées dans l'île de Léon : il y conrot , ne put être admis , tt reçut une députation de trois membres qui lui représentèrent que son obstination soniit nuisible à rindé|)cndancc de l'Kspagne. 11 se vit obligé de reprendre la route de Palerme , où il arriva dans un moment critique pour le trône de son beau-père. Les efforts de la reine Marie-Caroline d'Autriche pour ressaisir la couronne de Naples avaient irrité Murât, qui prenait le titre de roi des Deux-Sîdles, et exploitait habilement l'antipathie des Siciliens pour des maîtres napolitains. Louis-Philippe ne put faire écouter ses avis , pleins de sagesse et de sagacité ; il conseillait de tlatter les Siciliens en leur accordant des immunités et des franchises auxquelles ils avaient de justes droits. Une révolution était immmente. Le duc d'Orléans , hostile aux mesures arbitraires , vivait retiré à la campagne , lorsque les Anglais , toujours prêts à s'immiscer dans les querellea des peuples , arrivèrent pour encourager les excès d'une politique aveugle. Le peuple opprimé força le roi à n'signer ses pouvoirs ; ce qui accabla la Sicile de mmveaux malheurs L()uis-Philij)jx; restait étranger à tous ces mouvements , lorsqu'il reçut la nouvelle de la révolution de 1814 , et il s'empressa de regagner la France. Après avoir salué Louis XVIII , il s'embarqua sur ta ViHe-de-Martêille pour aller chercher sa fiimille , restée à Pblerme. Il était à peine de retour quand eut lien le débarquement de l'Empereur à Cannes. 11 assista au conseil de guerre tenu à Lyon , et reconnut , avec sa sagacité habituelle . que la résistance était impossible. Sa femme et ses enfants j)artnent pour l'Angleterre , madame Adélaïde ne voulut point se séparer de lui. Le commandement en chef des troupes rassemblées sur la frontière du nord lui avait été destiné. Sa prockimation , pleine de sa-

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gcasc , M terminait par la recommandation de n'admettre sous aucon prétexte dans nos places les troupes étrangères. - Mais l'élan national contre la branche aînée des Bourbons était trop grand : il fallait céder. Le duc d'Oriéans adressa au marécbal Mortier

cettf lettre . publiée dans les journaux du temps : " Je viens , ■• mon cher niiirt'c'hal . vous remettre (;n entier le commandement (|ue -j'aurais été heureux d'exercer avec vous dans le département du

• Nofd. Je suis trop bon Français pour sacrifier les intérêts de la « France parce que de nouveaux malheurs me forcent à la quitter. 1 Je pars pour m'ensevelir dans la retraite et dans l'oubli. Le roi " n'étant plus en PVance , je ne puis plus vous transmettre d'ordres 1» en son nom , et il ne me reste (ju'à vous défjagcr de tous lo ordres " que je vous ai transmis , et à vous recommander de faire tout ce - que votre excellent jugement et votre patriotisme si pur vous sug-

• géreront de mieux pour les intérêts de la France et de plus oon- ' • forme à tous les devoirs que vous âvez i remplir. « H se retira en

Angleterre , et ne prit aucune part aux combats glorieux pour nos aigles , mais iiinestes à nos soldats. Après les Cent-Jours on lui rendit ses biens , qui avaient viô sécjuestrés. Il siéijea à la chambre des pairs , et montra dans le:i débats parlementaires un grand talent et des idées libérales.

Cependant la position du duc d'Orléans visràrvis de la Restauration était diffidle. H était impossible que Louis XVIII et la duchesse d'Angodême oubliassent la part active que leur cousin avait prise aux progrès révolutionnaires « aux époques si fatales à la maison de Bourbon. Le souvenir de ces tem])s malheureux, souvenir plus ^^vace chez la liile de Louis XVI que chez tout autre , lui rendait presque insupportable la vue du duc d'Orléans. Vainement il avait &it preuve de regrets sincères; il était l'objet de l'antipathie , de la défiance et , dit un historien démocratique V « des mépris • de cette cour rétablie par nos ennemis et pleine d'uniformes étrangers. Lors-

* M. SarhaNS JKUXE, L/)U\$-Phitipin .1 In Contre-Rerolnlion de 1830.

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qu'il lut besoin de traiter une (juestion très-importante pour lui , celle de l'ancien apanage . qui avait iait retour au domaine de l'État, le roi s'en tint à de vagues promesses. Le prince voulait oUenir la sanction d'une loi : il espérait que ses droits à cette réintégration seraient consacrés par un vote des dnmbres en même temps qu'on présenterait la liste civile; mais Louis XVIII se borna à rendre deux ordflvmanees qui rétablissaient le duc dans la jouissanoe de son apanage. Il se trouva ]>lus riche (ju'il ne l'eût été à la mort de son père, dont les biens acquis par la nation ('taient fortement grevés d hypothèques, et lui revenaient franco et libres. 11 apporta dans la réorganisation et l'administration de sa fortune une grande habileté. Dédaignant les dameurs de la multitude et le reproche de mentir à ses principes Ubi^raux, il intenta, sans ménagement pour penonne, des procàs aux possesseurs de son patrimoine. Plus tard il réclama au duc de Bassano des actions de canaux provenant de l'ancien apanage, et qui avaient été données à ce minisire par Na}xiUk)n en 1815. Ce.s prurès nuisirent un moment à sa popularité , car ils indiquaient une tendance alarmante pour une multitude de nouvelles fortunes. Mais il était dans la nature des choses et de la aituatioD que Louie- Phitippe triomphât de ces mauvaises impresaioiis. La ruine des partis bonapartiste et républicain avait laissé la masse de la nation avec ses haines et ses antipathies pour les Bourbons, mais sans chef, sans guide , sans drapeau pour assouvir ses vengeances et préparer un renversement. Tandis (|ue les esprits restaient dans le va^^ue avec le l)osoin de rec ueillir une espérance ou de s'attacher à un chef . les feuilles libérales . des hommes influents par leur mérite ou leur fortune signalaient aux mécontents un prince que ses antécédents rattachaient à la Révolution , et qui semblait lui-même abreuvé de d^jOttts et d'humiliations. •> On disait tout bas que le point de résistance au mal jésuitique ne pouvait se trouver qu 'au Palais-Ri^ral. « On s'elfon,uii . par mil e rapprochements , de comparer la situation de la France à celle de l'Angleterre en 1G86 , et d'établir que ce qui

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s'était fiiit à cette époque devait s'accomplir de la même manière. Les écrivains et les poètes ne vivaient que de cette idée. Les énidits et les philosophes la retournaient sous tontes les faces, et tout le monde

finissait par fa ire de la réussite mie quc.sliun(J"aiii(iur-()rupit', de calcul ou de vaiiitt'. (V fut donc chose merveilleuse de voir le duc d'Orléans, si hautement loué par l'Opposition, rester assez bien avec la Cour. On répétait , il est vrai , avec bonhonie que S. A. S. n'attirait les patriotes de la République , les serviteura de l'Empire et les jeunes libéraux que dans des vues d'ordre , de repprochement et de conciliation. Le rôle du duc d'Orléans était tout à fait passif. H répondait aux excitations de ses faiiiiliers : — Je suis trop Bourlxin pour les uns et pa,s assez pour les autres. •• 11 repoussait toutes les ouvertures en homme dont on a souvent admiré la prudence , et dont on n'a jamais soupçonné le courage.

La naissance du duc de Bordeaux lui rappela vivement les paroles du roi Louis XVIII : — Mon, cmuin » vota ète» le phu rapproché du (rêne aprè» Berry. Le Palais-Royal . ne pouvant révoquer en «loute la trrossesse de la duchesse d(^ Berrv, souffrit de malveillantes insinuations sur le père et sur le sexe de •• I Ciitant que l'Europe adop- "tait. Une protestation publiée à Londres et des renseigDements demandés au duc d'Âlbuféra irritèrent Louis XVllI. Il fut question d'exiler le duc d'Oriéans, qui repoussa cette calomnie, en protestant de son dévouement au chef de la branche aînée ; mais son mécontentement {lerçait dans toutes ses actions , et , lorsque ses sapées paroles essayaient de calmer les esprits , on le quittait a\r( la j)ersuasion que , s'il descendait lui-même dans la lice , entraîné pur le zèle de ses amis , il apporterait au combat les rares talents de sa jeunesse, son immense habileté et son courage éprouvé. Parmi les hommes qui avaient voué au duc d'Orléans une sorte de culte on cîtmt Jacques Laffitte, qui » aspirait à faire Louis-Philippe roi, pourvu que celui-ci daignât à son tour le nommer smi fou *. -

• Paroles «Uribuécs à M. Lallittc.

tcr> I/0RLÉANA1S

Ce banquier fut le chef d'une conspiration permanente , dont le duc d'Orléans évita toujours de connaître les secreUi. Talleyrand , prince de Bénevent , jouait entre les deux un rôle équivoque , et recevait les confidences de Lalfitte. — •* Officiers et soldats , tout

est prêt , lui disait un jour celui-ci. Je n'ai rien omis ; et , si vous [jurle/. au duc, l'affaire est faite. Trois niillious , deux n'pments , douze mille ouvriers autour des chambres, vous à une tribune , moi tt l'autre , et les Aînés décampent ! Pas une goutte de sang, pas une arrestation I — Je le verrai , « répliqua TaUeyrand , et il garda fidèlement le secret.

Cependant Louis XVIII descendait au tombeau , laissant la couronne à un frrre que sa loyauté chevaleres(]ue rendait d autant plus aveugle. Louis-Philippe versa des pleurs près, du lit de mort de l'ancien comte de Provence , mais il salua avec inijuessement le nouveau roi. En échange de ses respects Charles X lui décerna le titre d'Altesse Royale, qu'il avait vainement sollicité du demier monarque, lie duc de Chartres , décoré du cordon bleu , reçut le oommandement du premier régiment de hussards. Enfin , ce que Louis XVHI n'avait jamais voulu lui accoiiler , la restitution , sanctionnée par une loi, de l apanage , lui fut concédé par Charles X. C'était rendre irrévocable la possession par la hranehe cadette d'une immense fortune. Les députés récalcitrants furent , dit-on , vivement sollicités par le roi , dont on discutait la liste civile. H dédara hautement qu'il regarderait comme un doute injurieux le rejet de l'article inséré à cet ' égard dans le nouveau projet de loi. Une nsaez forte majorité se prononça contre l'article 5, qui reconnaissait la légalité delà restitution des biens appartenant à la maison d Orléans jusqu à extinction des descendants mrdes , cas où l'apanage ferait retour au domaine de l'État. Louis-Philippe fiit en outre admis pour seize milhims dans la liquidation du milliard attribué aux émigrés. (1625). Tant de succès ne satisfaisaient point encore les familiers et les serviteurs du prince, qui , allant au delà de ses intentions, commençaicùtde nouveaux pro-

ANCIBN ET MODERNE. 467

cès contre près de trente mille détenteurs de dunes , marais, landes et bruyères situés dans le département de la MaBche. Plusieurs cominiiiies remportèrent contre S. A. R., qui éprouva d'autres désagréments avec la ville de Paris rdativemoit à la dérivation des eaux de la rivière d'Ourcq. Charles X ayant fam mécontent de la j>ubli< lté donnée à ces débatb, le prince renonça à l'instance pendante avec les communes.

Tels furent les principaux événements de la vie du duc, ceux qui se rattalbent le plus à l'apanage. Plus qu'en aucune autre province, les difficultés judiciaires surgirent dans l'Orléanais, et les luttes avec les agents de Son Altesse Royale y eurent beaucoup d'acrimonie. Cependant (|uelques procès contre des détenteurs de biens dans l'arrondissement d'Orléans et le canton de Beaup iK y auraient , si on les eût poussés à toute extrémité , tourné contre les adversaires du prince, et bien des fortunes seraient chaTi^ées si on leur disputait enccwe aujourd'hui les lambeaux mal acquis de l'ancien apanage.

Nous arrivons à la période la plus importante de la vie du duc d'Oriéans, aux journées de juillet (1830). Les écrivains des deux partis extrêmes, les dynastiques et les républicains, sont d'accord j)our dire qu il serait nnpossible de prouver que Son Altesse Royale ait eu part aux complots ourdis centre la branche aînée. Une (|uestion subsidiaire est celte de savoir s'il fut informé du projet de k publication des ordonnances. On présume qu'il en était instruit, et nous ne voyons rien de lacbeux à cela. Si le duc eût pu par son influence empêcher l'exécution des plans de la cour, il eût été coupable de ne le point faire, mais personne n'iurnore que le premier acte de vifTueur des ministres de Charles X fut d ordonner, dès le mardi, à un bataillon de la garde de surveiller les approcbes du château de Neuilly, et de n'épaigner ni le prince ni ses conseillers s'ils se mettaient en avant. Les dispositions prises étaient si alarmantes que Louis^Philippe se retira dans nn lieu connu de sa famille seulement. Devait-il rester neutre dans ce grand déhait 11 manquait , ditron .

tout à lu l'ois ;iux i-(iyalist(>s vl aux insurfjfés; il oubliait ce qu'il devait à SCS })arents , cl perdait le droit de recueillir une couronDc. La neutralité était le seul parti qui lui restât à prendre; s'il eût offert ses services à Charles X, il est certain qu'on doutait alors plus que jamais du zfele d'un jNnnoe constamment soupçonné pendant la Restauration, et dont le passé avait été si révolutionnaire; ses offies eussent été repoussées , et, dans l'état d'exaltation ou étaient les officiers royalistes , on lui eût fait un mauvais parti * . Une démonstration en faveur des insur^a*s , l'action de combattre dans leufs raiifjs. eût été contiuire aux lois de l'honneur. S'il est établi que le pnnce fîit étranger au complot, s'il est permis de douter qu'il ait connu les provocations de la cour au peuple, est-il possible de supposer qu'il eut dû se mettre a la tête d'un mouvement populaire contre une famille dont il avait reçu tant de bieniSEUts, et à laqudle il accordait, comme ceux-4à même qui la ccnnbattaient. de Testime et de la pitié! Certes, prise de ce {xjint de vue, la conduite du jtrince eût été vivement incriminée, et son caractère bubi-ssait une inetraçable flétrissure.

On connaît l'issue de cettA lutte; la retraite des troupes royales et la victoire populaire.

Quelques-uns parlaient d'accepter les transactions de Charies X; d'antres, de reconni^tre le duc de Bordeaux pour roi ; plusienis murmunient le nom de Napoléon II; un petit nombre voulait la république , à laquelle il eût fallu du moins un chef ou des chefs , qu'on était en peine de tlé-,igner. Pendant ce temps, le {Huplc se tenait l'arme au bras et dans un sombre sileiuT... . Soudain, le 31 juillet, le bruit se répand que le duc d'Orléans arrive. Dès la veille, de nombreux émissaires avaient vainement frappé à l'une des portes du parc de Neuilly. • Ce prince, dit le Àfémoriaf de lH6tel-de-ViVe, of ne pouvait se jeter inconsidérément dans ce grave conflit pditique

* Le eoloiMit P., qni t'était préMiiM en pailciiwatain , ftet, par r«cdi« d'an iMral rafaUilv

<liie nous pourrions nninincr, tir'- ù ixjiit portnnT < ! k'riôvemcnt Mené. Cst BIMIUM^ OOBtnim AU droit des gens, s'expliquent malltcuifiucmcnl en |>aroil cat.

ANCIKN 1:T moderne 169

" avant de savoir si l'abnt^f^atioii de sa personne pourrait être de " quelque utilité à la chose publique. Acceptant donc avec constance

" l'attitude nt^gative qui d'abord lui l'ut imposée par ses devoirs, il tit

- naître chez des hommes libres de tout engagement jxjrsonnel . |)urs de ' toute complaisance, l'énergique conviction que la couronne l'attei-

- gnait malgré lui. Il nous reste à examiner si le prince servit, au mépris de grands dangers existants encore , la cause de la France ? Pressé par les considérations les plus généreuses , celles de sauver le pays de l'anarchie, il se rangea du côté d'une révolution dont les troupes rassemblées à Rambouillet menaçaient assurément l'existence. Rangés sur la place de Grève , les audacieux vainqueurs de la \eille reçurent avec défiance la nouvelle de l'arrivée du prince à l'Hôtel-de-Ville. 11 est positif que les plus exaltés républicains, armés de tromhlons, l'attendaient au passage, cachés dans les petites rues qui aboutissent au quai. Ce projet manqua, par suite de l'attitude de ceux qui entouraient Louis-Plu lippe. La foule était immense à .son arrivée à l'Hôtel-ile-Ville ; La Fayette et la Commission mu-

47n L'ORLÉANAIS

iiiLijKilt' (lescoiidirtMil pt)ur le rectnoir, et le conduisin'iit dans la y^randt* sallo ilt* lUitri IV, qui était encombrée de spectateui-s. M. Vieimet lut la déclaration de la chambre des députés qui conférait au duc le pouvoir de lieutenant-^néral du royanme, et cdai-ci confirma par quelques mots les promesses insérées dans cette déclaration. En ce moment le général Duboorg, qui avait dirigé les premiers citoyens armés , lui dit d'un ton menaçant : «• Vous venez de prendre des engagements, faites-en sorte de les tenir; car si vous les oubliez , le peuple qui est là , sur la Grève , saurait bien vous les rappeler " Ces paroles causèrent un grand émoi, mais le prince cé-^ dant à son indignation, s'écria : • Monsieur, vous ne me oaunaissez pas . je suis un honnête homme; quand il s'agit de mon devdr, je ne me laisse ni gagner par k prière, ni intimider par la menace... . La Fayette, ajouta-t-il , si je ne respectais pas les Ims, je ferais punir cet homme. C'est une indiirnité! •• Dultourg balbutia quelques mots, mais on se hâta d'interrompre cette dangereuse discussion. ijBL Fayette entrûna Louis-Philippe sur le balc on de l'Hôtel-de-ViUe pour le présenter au peuple, et soudain retentirent cent mille aodamations!

Ferdinand-Philippe-Louis-Charles- Henri- Joseph, dernier duc

d'Orléans , naquit à Palerme le 3 septembre 1810. Son enfance s'écoula en Sicile. A ^on retour en France, il re<,'ut une éducation tuile et libérale, suivant les écoles publiques, qui sont les meilleures, et fuyant les flatteries de la cour * . • Il y apprit la scienoe la plus diificile pour un prince, cdle des droits, des sentiments, des besoins du peui^. 11 sut aussi se faire connaitre de la génération qui grandissait avec lui , et s'en &ire aimer. II était notre prince bien avant que son père ne devînt roi des Français. Il était lié d'une amitié sincère avec les jeunes intelligences du dix-neuvième siècle \ « Doué de beaucoup d'esprit, de raison, de droiture, il possédait une élo-

■ l'AUl.-LoUlB COUHIER.

> M. J VLS» Jaiii , yi' </« tfw d'OrUmms.

ANCIEN HT MUUEKNE. 47!

quence naturelle et l'art de se concilier ceux qui rapprochaient 11 était colonel par le droit de sa naiasanoe, mais il s'appliqua plus qa'un autre pentrdtve à l'étude des sciences militaires; les élèves de l'École polytechnique le virent suivre leurs cours et passer de brillants examens. Les voyages complétèrent son éducation; il visita l'Angleterre et l'Ecosse (18'28), et observa les mœurs, l'industrie, lu constitution, la marine de la Grande-Bretagne. A son retour, il prit le commandement du premier régiment de hussards, au camp de Lunéville. Chefs et soldats aimaient la franchise de ses manières et son afiabilité.

Informé des événements de juillet 1630, il quitta Joigny et arriva b^tôt à Montrai^, où le général La Fayette lui fit parvenir un laissez-passer. Mais des lettres qu'il reçut de Neuilly lui rappelèrent

que son régiment demandait avant tout sa présence, et il obéit.

Le 3 août, il rentrait dans Paris à la tête de ce régiment, qui avait arboré l'étendard tricolore. La révolution était terminée. Louis- Philippe, devena ici des Français, se dépouillait de son titre de duc d'Orléans en faveur de son fils aîné. Mais il était au-dessus de la prudence humaine de satis&ire toutes les passions déchaînées, et de plaire i tous les partis, les uns courroucés de leur défaite . les autres dans l'ivresse dè la victoire. Les républicains, qui se croyaient dupes, s'agitèrent et saisnt-nl tou^ les prétexte^ jK)ur opérer une contre-révolution. L'artillerie de la garde nationale parisienne, divisée en deux camps, fut sur le point d'en venir aux mains dans la cour du Louvre. Le duc d'Orléans, qui faisait partie de ce corps, se rendit à minuit près de cette bouillante jeunesse, et, par ses eadiortations fraternelles, empêcha le sang de couler. Plus tard, il porta au peuple de Lyon des paroles oonciliatrioes , visita les ateliers, les manufactures, et calma l'eliervescence des habitants de celte malheureuse cité.

Dans une circonstance lugubre , lors de l'apparition du choléra , il avait montré un grand courage , les murs d'Anvérs forent té-

m I/ORLÊANAIS

moins de son intrépidil»'. Le sii'tre de la citadell»* , entrepris dans une saison rigoureuse, l'ut , sous ses yeux, conduit avec vigueur. 11 y fit preuve de sang-froid et d'humanité. Son dévouement filial , son amoor pour l'ordre , son zèle pour la patrie , brillèrent plus d'une Ibis dans émeutes et les insurrections qui ensanglantèrent la capitale. On le voyait aux côtés de son père , toujours prêt à le garantir des balles des insurgés et des coups des assassins.

L'annëe d'Afrique réclama sa sollicitude , et il parut sur ces plages , conquises par les (icrnlcrs soldats de Charles X et si vaillamment gardées par nos braves régiments. (1835|. 11 prit part à divers combats . dirigeant lui-même nos colonnes contre les troupes régulières d'Abd-el-Kader.

L*année suivante il fit , avec acm frère le duc de Nemours , un voyage en Allemagne . et connut , i la cmu de Berlin , la princesse Hâène de Mecklembourg , qu'il éjjousa en 1837. Quelques présages sinistres troublèrent les fêtes célébrées à l'occasion de ce mariage : plusieurs p« rsonnes périrent étouffées au Champ-de-Mars. Le prince, par sa bonté et sa générosité , apporta quelque soulagement aux victimes de ce déplorable accident. Il s'arracha aux douces joies que lui causait la naissance de .son fib , le comte de Paris , pour aller relever le moral abattu de notre armée d'Afrique. Nous ne reproduirons point les détails de l'expédition des Bibons et du passage des Portes-de-Fer. Dans les combats qui suivirent , il paya souvent de sa personne. De retour à Alger, il s'occupa de réformes sages et de l'avenir de la colonie. Les encouragements et les assurances qu'il donna publiquement de son zèle pour la conservation de ce territoire excitèrent à la persévérance c^ix qui hésitaient enoxe à marcher dans la voie des entreprises et des améliorations. De cette époque date la prospérité de nos établissements. Le 24 avril suivant le duc d'Aumale vint en Afrique fiûre ses premières armes. Le duc d'Orléans voulut guider lui-même les troupes qui recevaient son frère dans leurs rangs : 1<- camp de l'Âfnium vit qu une valeur égale animait

ANCIEN ET MODERNi:. ili

les deux princes. Quelques jours après on franchit l'Atlas. Le col de Mouzaïa avait été couvert de travaux formidables gardés par les soldats fanatiques de l'émir. 11 fallait aborder de front dos hauteurs

escarpées d'où les Aml)es dirigoait^nt un feu terrible. Dans cette attaque, conduite par le duc d'Orléans avec aplomb et sang-froid, hduc d'Aumale s'élança à pied avec les grenadiers du 23' régiment , ■marchant au pas de charge. Ce fait d'armes, brillant jKinni tous les exploits qui immortaliseront notre armée, fut suivi d'une victoire remportée dans le bois des Oliviers. Après quoi le prince quitta l'Afrique.

Alors il se livra aux travaux les plus graves , montrant dans ses vues générales sur l'organisation de l'arniée et dans les mesures de détail sur l'équipement des troupes , un grand jugement et une admirable sagacité. Versé lui-même dans la culture des lettres et des arts, il protégeait les artistes dont le talent était encore ignoré. Aimé Chenavard , Antonin Moine . Jules Dupré , Louis Cabnt , Giroux, Barye, lui doivent ceux-ci des conseils, ceux-là une partie de leur renommée. Les gens de lettres , les savants le trouvaient plein

iU L'OHLÊAMAIS

d'obligeance et d'o&bflité; les mmlheureiiaK vantaient m bienfi»* sanœ; l'année le chtfriaBait.

Aussi , pour la dynastie nowrcile , ce int un dépkviUe jour que

celui où ce prince si populaire " eausa au cœur de son père le premier chagrin qu'il lui eût encore donné ! " Le mercredi 13 juillet 1812 le duc d'Orléans allait à Neuilly dans un briska. Les chevaux s'emportèrent. Le prince sauta à pieds joints sur la route , et retomba avec une violence doublée par la puinanoe d'impulsion de la voiture. On accourut , et on le transporta dans la maison d'un ^licier située près du chemin de la Révolte et à quelques pas du lieu fttal. Les médeoias du voisinage lui pradigoèfmt les premiers soins.

Louis-Philippe , la renie , madame Adélaïde , toute la famille royale , s'élauorat à pied hors du château de Neuilly, et se dirigent vers le prince agonisant. Là se passèrent des scènes déchirantes pendant que les ressources de Fart des cfairuigiens retardaient de (|uélques instants une catastrophe inévitable. Lorsque tonte lueur d'espoir disparut , Loui»-Phihpix; posa ses lèvres sur le front mour rant de son premier-né , puis tout fut consomn)é. Après quelques instants d une iriuelte et atlVeuse douleur. Ix)Uis-Pliilippe retrouva le terme eouiiige dont il a fait preuve dans d'autres circonstances. Le corps du prince fut placé sur une litière recouverte d'un drap blano , et le lugubre cortège se mit en route. I<e mi, k reine, les prîmes et princesses suivaient à pièd , cnfoui<£s des ollieiars-génénniz et «ooompagnés d'un peupk consterné. Le oonvoi parooorut l'arane de SablonvUle , firanebit la vieille route de Neuilly, et travem le paro dans toute sa longueur. Arrivées dans la chapelle du château , Leurs Majestés s'agenouillèrent devant l'autel, et laissant le corps à la garde des ministres de la religion .

La nouvelle de cet événement, répandue avec une inconcevable rapidité, alla jeter une épouvuntabb. douleur dans l'ftme de la jeune princesse qui devait hériter de sa popularité. L'éloge du prince était

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ANCIEN ET MODEUNE. 475

dans toutes les bouches, et le deuil ëtait général *. On lui fit à Paris de magnifiques funérailles ; mais les regrets du peuple , les commentaires qui suivirent cette mort , le déses))oir des uns , les espérances des autres, prouvèrent, mieux que tous les panégyriques, le rare mérite du fils aîné de Louis-Philippe et les grandes qualités du dernier des ducs d'Orléans.

■ M Johanel, l'nn des hommes dUtingués de l'Orléanais «t écriTuin légitimiste, a'ezprimc dans les Souvenir» de BelçrnveSqtiare ipage 29; ; u Cette mort cruelle émut toutes le» kmvs fjcnéreuaea ; les Journaux royaliste* s'associèrent au deuil et aux sentimenlsqu'unc fln ai inattendue inspirait, et quand cette nourellc parvint i Goritz, l'auguste fil* de Charles X, l'héroïque Marie- Thérèse et 8. A. R. Mxdemoiseixe tirent célébrer une messe funéraire, à laquelle la flilc du roimartyr s'approcha de la table sainte. Henri de France était alors àTœplitz, et voici la lettre qu'il écrivit i M. de Pastoret ; <• A la nouvelle du triste événrment dont voai me parlez dons votre f dernière lettre, ma première pensée a été de prier et de faire prier pour cttui qui en a été la mal- " heureuse victime. >•

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