I. ORNEMENT DE LA SOL] ICI.I. ijl
que maintenant moi. Tin lolenl assoupi aux carrefours anciens de maints remets, je me suis levé, je marche vers Les fêtes promises de la montagne.
Et mon pas se faisait allègre, j'allais les yeux fixés sur les lueurs matinales, mais je me suis soudain détourné vers l'ombre de la plaine disparue, où je n'ai rien vu, sinon l'Horreur ténébreuse par l'idole sourde foulant aux" pieds toutes les fleurettes qui y figuraient, pour moi, jadis, le sourire d'un espoir ou la forme d'une affection.
Mais il n'importe. Je me suis échappé. Il est trop tard.
Morte, elle par qui vraiment je vis! Elle morte! elle a pu mourir, et moi, qui suis né d'un geste de son vouloir, moi, quand elle es! morte, je vis.
Eh bien, soit! J'irai donc où elle voulait, je poursuivrai ma route ; j'atteindrai le but qu'elle m'a assigné jadis, par la persévérance. Je gravirai les âpres terrasses de la falaise. Je sais que le sentier se perd souvent par des détours en les rocailles qui s'éboulent, en les ronces qui déchirent, qu'il se recourbe en plis sans fin, labyrinthe morne; niais ma résolution restera énergique et grave. Je porterai en moi le poids radieux du cher souvenir, j'atteindrai par elle, avec elle, le sommet suprême.
Vieillard répugnant! son rire, là-bas, du fond de la plaine laissée, sa voix hésitante, édentée, s'éraille et ses yeux rongés et ronges luisent d'un jet sinistre! Il rit de mes efforts à me libérer, à vaincre! Pourriture dont le sale agrégat s'éternise, moins qu'un mort dont se souvienne la terre pour, avec délices, s'en nourrir! Vers une aube (pie lu ne sauras plus voir. je fuirai le grincement de ton hoquet maudit : raille
et persifle, ira! Je ue suis pas celui que i<>n mordra.
Elle <|ni fui l,t lumière même esl éteinte dans la mort. Ces! la terre qui l'a, le mieux, aimée, et rai ie à notre amour. Elle l'aime, la terre, et se renaît de sa splendeur.
A présent, où est elle '
Je ne I ;ii p;is vue, je la vois toujours, raide, étendue en sa bière, tandis qu'un pâle linge l'enlinceule parmi le son, le ^m répandu jM.ur que ae se brisent les frêles membres inertes aux rudesses du bois qui les enserre. Là, immobile, elle est à jai jamais on n'ouvrira la bière. < »n l'a descendu*
l, enfermée sous une pierre qu'on ne soulèvera que pour y poser, tour à tour, des bières nouvelles, pendant <les années. Silencieusement, s<»n corps adorable se défleurira : tout, organes, nerfs, muscles se putréfiera avec lenteur, s'anéantira jusqu'en la décomposition complète, se réduira par un travail inexorable et long, avec le linceul et le cercueil, en une boueuse bouillie gluante, filtrant aux pores «lu granit, pour plus tard, s'étant mêlée à travers l'humus gras du cimetière à des milliers d'ég l> mes, résidus des corps naïvement, comme le sien, jeunes et beaux, repétris par de nouvelles affinités inattendues et divers, refleurir <pii sait? un jour cette terre d'où tout est né et où tout encore doit perpétuellement rentrer et se dissoudre.
I lu, à présent, est-elle?
Je la vois, déjà verdissante; les lignes de sa beauté humaine se sont oblitérées. Elle est cette masse de chair putride qui se fait peu à peu plut flasque, inconsistante et incolore. Et, Dieux [quelles végétations fourmillantes de larves et de vers! la
A SOI. m JDE
fermentation obscure et obstinée la rôngeet l'anime jusqu'au néant I Celait toi, cela? et tu vis encore si belle, ô mon souvenir!... Ou, à présent, est-elle?
Mais non-! tu es cela, mais ce n'est pas toi! Ce que j'ai tant aimé, oh! le périssable ce l'était autant que l'éternel en toi! ce qui se fond, ce qui résiste ou se reforme. En toi I»' mouvement et la couleur, la vie, tout ce dont naissaient ta «race, cette fraîcheur, et, souffle si délicat, ton esprit ingénieux et tendre. Qu'importe le fond commun, à tous le même? De variables combinaisons nous font divers, nous créent vivants, nous séparent de l'Univers ! Tout est la même chose.
Maintenant, si tout s'est effondré et dissous, si toi tu n'es plus fondue parmi le tout, ta mémoire du moins persiste. Voilà un peu de terre vague : comment cela pourrait-il être toi?
Je t'aime! Ton corps qui périt, lefrèle squelette délicieux, bientôt impalpable poudre, les chairs marcies par une mousse caustique, je les retrouverai, au printemps, refleurir en la délicatesse des iris, en l'harmonieux sourire d'une source nu d'une femme au fond des bois. Alors je saurai recueillir sur tes lèvres absentes et réelles le conseil encore suscité de ta fraîcheur si claire. J'écouterai ta neuve voix s'éga ver vers l'avenir. Je m'arrêterai un instant pour goûter le charme du repos à l'ombre des feuillages paisibles, et la brise m'y parlera des labeurs fa< aies de l'amour et de l'espoir. 0 chère! je suisà toi jusqu'à la fin de mes jours, je te porte en moi, je t'ai.
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El maintenant je gravirai Paltière falaise d'<>ù la mer apparaît si belle. C'est une étendue de Ilots paisibles, Belon les fonds sous le soleil de radieux t-i divers chatoiements. Les bleus j songent si éperdumenl calmes <ju'ils sont épais, les verts chantent plus lumineux h prompts, «Ifs \ i« »l«'i ^ e( des roses l>;ir moments raresy fleurissent. Et les parois rudes des montagnes lointaines engouffrent «1rs ombres étourdissantes en un tumulte de leurs clameurs, cuves où bout la lumière sous I»' ciel invariable el serein. Tout resplendit et s'ingénie vers le frisson-" nement multiple de la splendeur totale. L<" jour est né, s'épanouit h triomphe. 0 Beauté de la femmel [l'as-tu jamais surgi de l'écume de ces vagi* feux vers l'espoir «le rivages fortunés, que pour te dissoudre sans cesse et appauvrirde ta disparition stupéfaite le monde tout embrasé et qui s'exalte à te chérir ?