‹ L'ornement de la solitude; romanChapitre 8 sur 13 · I.S I i >!IM Ml S I 1*1 I \ xi>i | | | M · texte numérisé non relu

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timbres. Mon si s'hallucine de Boleils ruisselants qui font chanceler la ligne el palpitent en se décomposant. — El voici, droit, devant la porte, appelons-le ainsi, un portrait !

Je ii m- souviens de la rencontre.

J'ai vu ii ii salon de style suranné déjà, n'était-ce vers [878? avec le cachepol de tapisserie d'où, selon un u»»iït ou la vogue, le jel d'eau fi^<; d'une plante métallique. Les rideaux, les tapis sourds on

a sent d'étoffes rèches. Là, jusqu'aux coudes gantée, «'i les mains croisées devanl elle, étroite, une diseuse, en robe â falbalas par cascades, courte, un peu courbée en avant, amuse sans doute une réunion dont le peintre, parla mimique de la comédienne, évoque assez 1 épaississement veule. N'importe! elle est là, seule je l'ai regardée. C'est le plein rire, lajoie voluptueuse, l>l<ui<le. crasse un peu. et mse et si blanche, avec «les yeux d'un l>leu rare, obscur, rayonnant. tout grands ouverts devant elle, avec <les lèvres trop rouges dont les plis mous boivent la lumière, où étincelle, laiteuse, la vivacité de larges dents très belles, visage aident de sensuelle fraîcheur sous l'affolement d'une chevelure dur roux, épaissie, par places, d'une ombre presque noire. Ah! l'entendre, avec sa voix qui voletait et pénétrait! elle était, sur la scène, au temps déjà ancien des applaudissements certains, la prodigieuse fée, heureuse en sa claire jeunesse, exubérante, de tout amusée et charmeuse à coup sur, qui neprend au sérieux pas même sa tristesse ou le mal auquel elle succombe, actrice magnifique qui se livre tout entière, brûlante de pitié, de bon té, de tendresse et d'amour, et en qui se confond l'irréalisable vœu d'une amie de toutes les heures dont la présence réconforte et dont l'insoucieuse ardeur entretient ou

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en nous rallume la sainte joie: Jeanne Samary ! qui sus faire haleter devant des rôles d'une platitude inouïe que ton merveilleux rire transfigurait! idole caressante, impitoyable, adorée, à quel peintre, sinon Renoir, aurais-tu livré le secret de ton éclatante fraîcheur, femme, o toi, enfant qui toutes les résumes, ô fée de nos jours heureux?

Gomme Renoir j'eusse pétri avec ferveur cette chair de volupté profonde qu'il a su reformer, en la caressant de longues sensualités dont il s'enivra, et ces yeux uniques, bleuets sombres où vit un tressaillement d'or, et ces dents de luxure saine, et ces cheveux, comme il en a joui, de ce trésor de joie, pour Tavoir si pleinement ressuscité devant nous !

Je me suis étonné, en d'étranges rencontres, que l'homme puisse élever ses adorations ailleurs que dans l'encens subtil qui s'évapore du corps divin. Des aberrations, parmi de l'abstrait, l'ont amené à se figurer un édifice stupéfiant sur le monde improbable de ses morbides visions. Des hommes habiles et sinistres ont su détourner à leur profit l'élan des mysticités dévoyées sur le vide, et les femmes qui jamais, au fond, n'ont compris leur propre grandeur, se sont soumises à les servir, inconscientes complices.

Tout, sur la terre, se fait par les femmes. Rien n'existe que pour elles, ne surgit qu'à leur gloire, même la haine. Elles, on croirait, inquiètes de trop de grandeur, se dénient la puissance que, malgré leurs efforts, elles résument. Elles guettent où se soumettre et s'humilier. Elles éludent la ferveur

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adorations désintéressées et efficaces. Elles onl mis à l'étreinte, qui n'est qu'un mode suprême delà prière, tout l'obstacle des vaines convenances el des préjugés qu'elles propagent, ne sachant pas bien que seuls leurs hypocrites ennemis ont intérêt à <'n maintenir l'erreur.

Ileût suffi d'un regard, pVun frôlement, d'un geste.

Une ambitieuse aura cherché, par l'aide des mâles, à fondersurles autres sa suprématie égoïste. Disparue, ses serviteurs <»ni usurpé, sans qu'une révolte s'éveillât. Dès l<>rs par l'enchaînement de lois civiles el le mensonge des fictions religieuses, la femme a souffert qu'on l'asservît, qu'on l'accouplât à l'homme, subjuguée. A de rares moments, dans les passionnelles rencontres elle se dresse et dompte; mais pourquoi, ailleurs, sa torpeur toujours ?

Désonnais, elle ^e persuade trop que les rodes qui l'intimident, existent, que. par la faute des nommes, elle vit à peine leur égale, comme si, en dehors de la car. --se, une puissance irrésistible eût pu se fonder. Sa libération n'est possible qu'à sa volonté, et alors, L'homme se lèvera avec elle contre son ignominie qui fut volontaire pour, d'un geste il s'humilie et adore, couronner, de ses mains, la beauté de soo désir.

La femme, en un moment inconscient, abdique l'empire que symbolise sa splendeur, mais déjà, en les heures décisives, elle s'est ressaisie, et demeure, à travers toute la vie, sinon la mère, la sainte amante et la prêtresse de l'amour.

Elle berce et nourrit. Sa tendresse adoucit et pénètre, ou bien elle incite, enthousiaste, à des entreprises qui transfigurent, par l'amour ou par la gloire; elle est inspiratrice des orgueils romme

de toute faiblesse ; elle nous fait ce que nous sommes, nous brûle et nous soulage, amante vorace, bénévole prostituée, car nul mot n'est abject lorsqu'il s'illumine d'un reflet de sa bonté superbe, et la femme seule peut établir, entre ses fonctions diverses, une hiérarchie dont le sens lui soit clair. Et nous, elle est trop au-dessus de nos vils sursauts, toujours, pour que nous ne soyons liés, sous quelque apparence qu'elle se montre, à dévotement nous extasier de son passage sur nos fronts.

0 Celle dont, à son tour, je me souviens! amie d'un homme rare, Fauteur exquis et pénétrant des pastels qui, de nos jours, à Saint-Quentin comme au Louvre, éblouissent, avec la fraîche vérité de leur apparence toujours jeune, les yeux attendris de qui rêve à tant d'héroïnes et aux héros que tu connus : Maurice-Quentin de La Tour, artiste étrange et profond î On sait de lui un mot qui, s'il n'était simplement la vérité, dénoterait une outrecuidance singulière : « Ils croient, s'écriait-il, un jour, parlant de ses modèles, ils croient que je ne saisis que les traits de leurs visages, mais je descends au fond d'eux-mêmes à leur insu, et je les remporte tout entiers. »

Sinon par son œuvre délicate, où connaître les ettiiries et l'esprit de ceux et de celles dont on s'est à la folie épris si l'on a lu leur vie? Nul n'est un inconnu. Auprès de Jean-Jacques Rousseau, de d'Alembert, de Mme de Pompadour ou de la Gamargo, un portrait reste- 1- il anonyme? ilévoque authentiquement le visage d'un héros de Diderot,

•m mi m i-i LÀ BOUT

de La< Los "H des Mémoires «lu temps. ( ta \it. avec eux, parmi l'intimité <lr leur siècle.

A connaître, de |>lns. la biographie de La Tour, mi si l'on erre une beure aux salons <le Saint-Quentin, une figure de femme, parmi les autres pastels, attire et relient. Jamais charme égal ne s'est exhalé d'une image, ni tan! de vie, ni tanl de in à ce.

Ce n'est point un portrait fini ou poussé, mais une simple préparation, quelques traits de crayons de couleur, négligemment, la bouche, les veux <[ui sourient avec finesse, une tête inclinée mutinement s, .us le délicat voile (l'azur dia | .liane, un nez malicieux, toute une vie ardente d'esprit s'en dé$

avec vivacité, c'est, la \er\e et la douceur,

M,l€ Marie Fel, chanteuse à l'Opéra.

Longtemps elle vécut avec un librettiste alors Fameux, Cahusac, qu'elle aimait, si bien que ( ïhimm, le froid allemand, épris d'elle en vain, désespérant de la séduire, se laissa presque aller, dans son désastre, à mourir, pour elle, de faim. Jean-Jacques, plus tard, dans ses Confessions, sut l'en railler. Le pastelliste fut l'ami, bientôt, de Marie I-VI. l'avant connue dans les coulisses où il fréquentait ardemment ; il l'adora avec ferveur, et elle, jusqu'en l'extrême vieillesse, jusqu'en la mort, se dévoua,

dès lors, a lui, maternelle et constante.

SiLa Tour n'était point beau, ses yeux étincelaient d'enthousiasme et de malice. D'un tempérament atrabilaire et soupçonneux, il n'avait point de pitié pour ses émules malheureux; il ruina le succès possible de Perronneau, qui le révérait; impitoyable aux insolents et aux grands qui obtenaient de lui, comme une faveur payée très cher, leurs portraits, il était impérieux et égoïste.

Mlle Fel méprisa les richesses offertes, pour être à lui ; elle devint le sourire de cette existence maussade, elle la parfuma jusqu'en le délire des anné< ;s de vieillesse où La Tour, épuisé et incertain, préconisait des rêveries vaguement humanitaires et panthéistes, inattentif à vivre, si un heurt du désespoir ne l'eût jeté, sanglotant et terrifié, aux consolantes douceurs des deux bras vieillis, naguères si beaux.

La misère se prolongea longtemps, chancelante et veule; elle s'y sacrifia et fut bonne désormais comme elle avait su être belle.

Je me souviens des heures, là-bas, en ce petit musée, et je m'y suis perdu au regard bienfaisant, plus profond que celui d'aucune passante d'aujourd'hui. 0 bonheur dont je m'enivre, me voici à jamais éperdument soumis.

Et n'est-elle pas aussi, telle à survivre à sa propre vie, comme l'autre qui, plus récemment, sut rire, en effet, une fée?

Du lit, (•<• malin, j'aperçois, les rideaux tirés, l«i brouillard annulant la ville. Rien ne subsiste : ai-je dormi dans un épais nuage ? ce n'est pas le soleil (|iii réveille aujourd'hui 1<" jour. Des épaisseurs silentes s'étirent, elles sont lentes et ne se meuvent pas. Et pourtant c'est de l'impalpable comme un rêve, c'est irréel <-t trop vrai. J'ouvre la cr< ; voici mourir en s'incurvant des bouffées jaunes qui ne sont pas. .!•* tends la main, et le geste les Fend, sans résistance, comme l'air. Tout s'attriste et pleure plus lamentablement que l<" cataclysme durable d'une pluie. Seul, je me Laisse pénétrer par la malévole vapeur moite et aussi par un singulier parfum. Je ne sais ce qui s'exhale de malsain et de maussade, la subtilité humide de quels souffles, comme atténués, <l»'^ purins d'automne, à la campagne, comme aussi, après l'orage, des fentes «lu pavé de bois, moisissure que fleurit un jasmin mal odorant ou une pâle menthe pour solliciter, i'allacieusement séduits, les nerfs.

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Par cet insolite agrément, en dépit d'une volonté, le brouillard s'étale jusqu'en les cerveaux immergés qui v flottenl lointains et s'esseulent. Toute la mer opaque les enveloppe, je me sens à peine exister, c'est là au loin et je ne puis correspondre, les râbles coupés.

Alors, sinon la torpeur hostile rien, ce n'est rien qui repose ou en moi-même survive, volonté ni dépit; une hébétude sans action et sans pensée. Je reste, le front lourd, aux vitres que j'ai closes. La lumière seule blesse et tue le regard, Je ferme avec soin les rideaux, enfin si peu y filtre de jour.

Devant ma table, installé, peut-être ai-je un peu respiré? M'y voici, mais son°é-je seulement? Non pas même! J'y reste solitaire, vautré en mon néant.

0 que je voudrais, o que je voudrais pouvoir vouloir, le pouvoir seulement, vouloir, quel rêve ! nf exiler de ces climats alors, explorer du soleil parmi les mers, ou, pour ne m'en aller point, que des choses que nulle heure n'enlaidisse, sourient chaudement et leurrent ma souffrance vieille.

Cet album gorgé de photographies ! Ah, c'est triste, les souvenirs de sites radieux, je Pai ouvert, devant moi, là, sur la table, mais rien ne m'y retient, la vue des fresques de (jiotto me fait pleurer de n'être pas, une fois encore, à Florence.

Au reste, des journées pareilles y doivent, je pense, sangloter! c'est en moi qu'il faut tuer le destin trouble. Une faire?

Durant des semaines naguère, je me suis harcelé de l'interrogation sinistre : que faire? et ce me fut si suffisant pour ne rien jamais faire ! la vieille torpeur m'a-t-elle ressaisi? le brouillard s'est-il

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emparé encore de moi? Vais-je me perpétuer, sans lucidité, et stérile? — Non !

Le peu <l«' clarté que j'ai reconquis, la fée à qui je dois de m'ètre repris a disparu au passage, par fantômes, d'un rêve plus net. Me souvenir; sa démarche lumineuse, ses yeux précis î <!<• <|uel abîme elle me tira, m'y laisserai-je, encore, rouler?

Et ers deux visions encore, plus récentes et plus douces de n'avoir surgi qu'à des caresses d'un arl à ma vue, les oublierai-je aussi? — L'une s'en esl allée enrichir, toile on l'échange contre des sommes, la galerie «l'un collectionneur égoïste. L'autre illumine d'y être présente un petit musée de la province. Et si chez moi je ne tenais le chef-d'œuvre par photographie reproduit insuffisamment, je ne pourrais recourir plus à sa très chère influence.

J'essaie.

D'abord, c'est en vain. Mes yeux ne veulent pas voir. Je ne vois rien.

J'insiste encore, et un sourire Lien pâle, c'est, à mon adresse, d'une aimante pitié, se dégage. Me comprend-elle, sinon guères (et, c'est vrai, moimême?...) par contrainte, oui, elle me sourit; elle sait que tant de lois sou sourire m'a relevé. < le n'est pas cela, encore; je veux plus : n'aurai-je rien?

Mais, a la fin! s'incline, voici, en me regardant avec mollesse son visage fin. La paupière se soulève Sur la prunelle qu'une ardeur «Innée emplit. Le nez s'allonge malicieux ; les pointes des lèvres en remontant s'étirent. Je la tiens. J'en suis tout réchauffé, dans ma détresse, et confusément réjoui.

Ce qui était choses mortes à présent revit. Les joues rosissent. Les cils palpitent. Lagazesurson

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front lisse se lève à quelque souffle qui l'enfle, la poussière claire de ses cheveux s'agite. Vers moi

sou sourire de plus en plus s'accuse. Xe dites donc plus qu'elle n'est pas là. Je la vois vivre, je l'entends.

Aurais-je pu rêver le son de ces paroles, la câline douceur de sa voix et de ses gestes? Elle m'entoure d'une atmosphère de musique pénétrante, elle m'a baigné de tendresse ; elle me ravit, elle m'éveille. Des volontés nettes et neuves résonnent en moi. Je me lève vers ton sourire : viens, ô toi! me prendre pour me guider.

— Le chemin droit est tel. Détourne-toi du vain passé des êtres morts. Le soleil n'est pas venu, soit! aujourd'hui; demain il luira, tends-lui, offrande, la pureté de tes espoirs jaillis. Choisis d'un rêve ou d'un monde ; il n'importe, franchis le seuil de vivre; marche, en dépit d'obstacles qu'il ne faut pas que tu prévoies, simple et calme, vers ton désir.

Si tu le veux, de la sorte, atteindre, dans les heures malaisées, je serai là et mon sourire qui réconforte. Mais jamais ne détourne les veux, va, arrache de ton esprit le trophée des souvenirs mauvais, ne porte en toi que ta pensée future et tu te grandiras de tout ce que tu auras oublié. C'est là vivre, s'affirmer en perpétuel effort vers ce qui doit être, demain, ou plus beau ou meilleur. Telle est la vie. et, avec l'aube sur toi ouverte de mes yeux pour te montrer la voie, tu vas être l'homme qui, s'il lui faut un jour mourir (qu'importe? c'est la vie encore!) du moins ici aura vécu déjà.

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— < » n j mie, vois comme je fais tout ce que

je | » * i i — ! Je m'enflamme à ta parole. •'<' vibre et m'extasie. Mais lorsqu'un court instant j'ai marché, je suis las el les brumes vraies du jour me r< sissenl h me fonl lourd. .!<• suis sur la pierre «lu chemin assis. IJ. sans cesse grandissante infortune, mes regards <m dépil de moi >«' reportent vers la poudre ancienne des chemins I plongent

vers la vallée étroite que l<i matin j'ai traverse vers la vie mauvaise de la ville. Je ne suis plus l'espoir surgi <1<- les yeux de fête. Je me retrouve avec l'incertitude et la douleur.

Toi-même aussi, souviens-loi. Des semaines tant

maladives nous furent douces bien des fois. In jour, dans la forêt, nous nous promenions seuls sous les plis de brumes qui s'effilaient des branches et notre lent passage les forçait <le s'élever. Triste tn me conGais, paroles musicales et parfumées, ton de ae plus vivre »m l'époque où tu Fus celle qui exalte les hommes par les graciles chants d'un amour lyrique. Tu te souvenais, t<»i aussi, de tes beaux soirs d'autrefois, du triomphal frisson de la scène et des extases autour de toi. Tu m'as «lit l'enchantement tumultueux et timide de Jean-Jacques après que, pour la première fois, lu eus chanté son Devin <l>- Village^ devant la Gour, la folie amoureuse de Grimm et la tendresse de Cahusac. Tu me dis toute la vie heureuse et pleine de ce beau temps où Diderot songeur souriait, où femmes et hommes n'étaient épris que d'amours et des plaisirs de l'esprit. Tout alors se secouait des lourdes nuits anciennes; on découvrit le jour, la joie, on s'adonna à agir librement et fort. Ruissellement en tourbillon de fète^. absence des contraintes maussad

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stériles, o liberté devant qui, depuis, on n'a pu que s'extasier en vain!

Quelques-uns s'ingéniaient, les philosophes avec prudence en furent, à vouloir l'homme meilleur pour que naisse sa félicité. Des mieux égarés par le cher paradoxe, l'un fut ce pastelliste fantasque à qui tu dois, ô chère, de vivre pour nous encore, et toujours la fée qui désigne au bois le sentier propice. Avec nous gaiment tu t'y es souvent perdue. Et tu as veillé, prise de pitié, à adoucir l'âpre vie de vieillesse rêveuse, comme tu veilles à présent sur nos pensées, et La Tour est mort, grâce à toi bienheureux, dans l'illusion radieuse, le regard plein de ta beauté.

As-tu oublié maintenant ? tu veux que jegravisjse l'avenir, sans me reprendre à du passé. Est-ce possible? je ne me sens pas assez fort. Je suis las des doutes tenaces et de toute ma faiblesse, mais je n'en puis rejeter l'obsession qui m'accable. Je fais halte.

Et sera-t-il là toujours, ton sourire ? soit, je me lève, mon pied butte et se meurtrit aux cailloux rudes du chemin; mais tu souris, je vais, péniblement je vais.

Vraiment connaîlrai-je un jour mon rêve assez défini pour moi-même par fièvre l'ètreiûdre, le posséder"? Si ne me fixait ton œil, je n'oserais même le souhaiter: n'est-ce tuer son vomi que l'atteindre ? Comment, après, raviver le^ extases sanglotante vers des prestiges d'illusions neuves? pourrai-je, de nouveau, rêver, si mon présent rêve vient à mourir?

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— Ali. me répètes-tu, le sais-je moi-même? el si ton rêve n'emplira la rie? A quoi bon d'avance s'en désespérer? Quand nous en Berons là, nous pourrons y aviser. A présent, ne délibère pas. Marche. La route est longue. Tu n'es pas arrivé. Et, chemin faisant, bî t'hallucine d'un trop clair soleil le fixe mirage du but qu'ilfaut atteindre, j'y consens, ferme ou baisse mi instant les paupières, insoucieux, efforce-toi de chanter, cueille des Heurs à quelque parterre, attarde-toi. !)•• telles distrac- Lions ii«' i«' peuvent occuper tout entier ci à jamais in y perdras la pauvre habitude <l<" porter en toi

lOUt ton passé.

Viens donc. Suis-moi puisqu'il est véritable que

lu m ";i ii m -s. I )éjà les brises premières is caressent,

nous invitent . L'amical soleil luit aux sables de nos chemins. En routel nous devrons bien arriver. En route! N<>us allons \\\i<'. Viens.

Et moi, je te suis, enchanteresse tendre, comme jadis, car ton sourire me fit connaître des splenilfiirs.au bord des mers el parmi les décombres des grandes \ille> ruinées. Je me souviens de l'enthousiasme. Je le veux connaître encore. Le soleil c'est de ton sourire le pur délice. Où me mènes-tu? Je be dans l'ivresse, fée! Je te suis!

Lai ille maternelle resplendit d'un éclat de flamme tout nouveau. Les murailles entre les arbres frais s.- dorent : les monuments se dressent avec orgueil. Jamais telle je ne l'ai vue, je l'aime pour son air triomphal et puissant, aujourd'hui. Les avenues de sombre feuillage riche entre les maisons câlines s'en

vont à de superbes carrefours. La foule affairée, élégante et joyeuse, s'y tasse à voir que s'allument à des moyeux de voitures, par myriades, les joyaux dispersés et fixes du soleil. Les femmes jeunes parmi leurs robes etdessouriresétincellent, fleurs en marche sous les fêtes de la lumière ! Fées, vous connaissez la grâce neuve des chapeaux exquis et des étoffes souples et. radieuses, rayonnantes apparitions et promptes joies de nos printemps. Vous brûlez en bienfaits pour l'âme esseulée, libératrices d'un rêve, sans nul espoir, le captif, et magiciennes qui, de vos doigts si fins, allumez en un esprit de fange le suprême sursaut de la beauté!

A L'heure trouble de ma vie, comme je songeais confusément dans ma demeure solitaire, bientôt, et sans que je m'en aperçusse, deux bonnes fées, c'étaient fous, vinrent s'asseoir parmi le silence de l'àtre vide.

— Et l'une, lu la fus, amie pensive et radieuse du poète d'autrefois et du peintre vieilli, me dota de pouvoir frissonner souvent au passage ailé de l'illusion, de l'étreindre et de la suivre.

— L'autre m'a permis d'être épris de son rire ardent et souple, de m'affoler, par instants, de sa gaîté sonore. A '-lie je songe, j»' la sens auprès de moi en des minutes fébriles où je n'ai plus besoin de lutter contre l'âpre mélancolie. Elle approfondit e». assure la joie, elleenivre d'un baiser fou qui retentit, et sa verve insoucieuse m'entraîne et me transfigure.

Lorsque je la quitte, je retombe au puits sans fond, en l'abîme des ténèbres moites et puantes : faudra-t-il «uieore attendre que la compatissante et

la songeuse mo tirent, une fois de plus, du sombre gouffre?

— 0 grâce sourieuse à peine de la première, voici que câline elle s'est approchée, son pas glisse sur le sol mollement d'un geste qui s'arrondit, on dirait, et se cambre, pour, toute svelte et pâle parmi ses cheveux châtains, paisiblement s'offrir et ne se reprendre jamais.

— La tumultueuse vivante rit et ses yeux miroitent du plaisir. Elle s'est prodiguée, elle passe, tempétueux éclat d'une fête étincelante, tandis que le teint délicat de sa peau sensible de blonde aux joues et à la gor^e s'empourpre des plus fines roug-eurs, innocemment. En elle tout est formidable et excessif, et sa g-aîté même emporte le bonheur.

— Mais parfois aussi, suprême étrangeté, toutes deux se sont en ma vision confondues, si différentes, à ne former qu'une seule sœur de bonté. Alors le propice délai entrouvre en moi la plaine heureuse, je me sens bien vivre, avec calme aimer et penser sereinement. C'est elle!

Elle s'accoude à la fenêtre; son geste me désigne, par delà les crépuscules, les montagnes heureuses de la lumière, ou bien, prenant mon bras sur qui pèse sa chère odorante beauté, elle m'entraîne courir et flâner au bord de lents ruisseaux.

Avec elle mes meilleurs souvenirs s'exaltent d'avoir connu la mer et les plages, les îles de volupté. Parfois elle me quittait, sans me rien dire, pour des heures, mais moi je me hâtais et je savais où bientôt la retrouvera coup sûr. Je me hâtais, nous passions éperdûment des matinées d'extase à ne nous pas parler, sinon des yeux ou par le g-este,

L'ORNBMBM r DE i \

côte à côte sur une herbe drue ou dans le creux

«1rs dunes par le sable cachés.

.l«' m»' souviens. Et toi — vous-mêmes, ô les Fées .»u ma propice S. nu- ?

I ii jour, après une navigation par les rafales et l.'v secousses d'une mer hostile sous le \«'ni presque pluvieux d'un pénible été, à longer par des bordées hasardeuses les écueils d?un estuaire, nous avions malaisément gagné le large. Notre barque de pêche s'effondrait par des vallées de la vague ou brusque en assaillait la cime crêtée d'écumes par milliers, aigrettes.Âu loin «les troupes de barnaches défilaient à la surface rapide des Ilots. Mais tout à coup, après deux heures de dur labeur incertain, sous l'impétuosité merveilleuse de la mer, une bonace sous le soleil nous réconforte; là-bas, sur la falaise, amie adorable, tu nous attends, tu nous souris. Et la journée entière fut de douce félicité, étendus parmi le sable suave et chaud, les veux éperdus vers l'horizon des îles lumineuse-.

Cet autre jour, aussi, où je vins rie ma bicyclette descendre auprès de vous, devant L'auberge d'un village. Une Laie que «les bois aimables encadrent, la grève alors [u'on voyait toute grise à tra-

vers les branches, et rose et mauve jusqu'à du bleu ; puis, très lointaine et nette soudain, une ligne d'un outremer certain au-dessus du niveau des sables, la mer avant son flux. Si des taches blanches plus haut se déplacent, le flot en montant déjà y pourchasse les oiseaux. En se tournant, de l'autre côté, au Ion? de la vallée qui s'étrangle, pour

L'ORNEMENT DR I.A SOLITUDB

que puisse un pont menu l'enjamber, les forêts s'étaient sur des collines, des maisons y surgissent à des détours de sentiers qui serpentent., des voitures stationnent, il y a plus de vie multiple où des gens attablés boivent en parlant.

L'étroit chemin monte à travers un bosquet de hêtres; tu m'y guides jusqu'où, soudain, vers la gauche, des pans de murs branlent, une tour s'arrondit que les lierres accablent, et là, prodige ! un vieil arbre presque mort, les parasites feuilles le surchargent, par-dessus le chemin se courbe et appuie sa cime pesante aux pierres qu'il consolide, tandis que le soutient mieux encore, avec sollicitude, un tronc plus jeune et élancé. Porche de la nature à ces débris, ainsi, fermes du passé, toute la ruine dont l'homme fut chassé accueille la foret, et avec elle vit d'une vie nouvelle plus puissante.

Les ruines, les grands espaces, tu les aimes, et l'air violent des montagnes ou de la mer. Tu fuis la solitude morose des villes trop pleines, tu te réfugies, ô fée, parmi le calme meilleur des champs.

Tant de fois, aux prairies du Nord, avec nonchalance couchés, nous avons suivi, à perte de vue. les épaisses balandres, que des chevaux hélaient au long des berges, remonter le paisible canal; ou bien nous nous sommes embarqués à travers les îles de la Zélande dormeuse surprendre se délasser au soleil de quelque sable à Heur d'eau le sommeil pacifique des phoques épars.

Et par la cruauté apaisante du Midi, les courses

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dans la lumière au bord des fleuves <-u torrents, par les routes blanchies de poussière, ven l'ombrage toujours fugace et moqueur des maigres oliviers. Sites brutaux, je les revois, où brûlent en menaçant 1rs rochers des ruines sous !<• v<»l âpre des vautours! Sur la cime ardue te rappelles-tu l'aigle immense planant par-dessus nos têtes, en pleine chaleur, les ailes ouvertes, tout bleu de se confondre avec l'éclat diaphane des journées?

Comme je t'ai vue alors, ô celle qui pour moi as été longtemps l'unique fée, je te verrai toujours, sans doute, et je t'aime de m'avoir été si bonne, volontiers. Qu'ils le disent, tu n'existes pas! Auprès de moi tu te tiens encore, j'k le sens, j'écoute ta voix chanter; je suis bien sur. tu es là.

O multiple et toujours la mémo, j'ai trouvé ta ressemblance à des portraits de femmes anciennement mortes, tu revêtis les traits d'une héroïne d'aventures dont je n'ai pu, faiblesse ou crainte, conter la vie, c'est vrai. Euide tant de fois songée! et surtout j'ai goûté l'aube de tes regards chaleureux au temps où, de matin en matin, venait s'asseoir, pendant une heure, à mon côté, une D'elle amie des jours présents.

Depuis si long-temps, elle m'a oublié, et moi je n'ai pas ru le souci de la revoir. Maintenant je marcherai par nos anciennes pelouses, je m'arrêterai au bord des allées qu'elle préférait, je la chercherai au Bois chaque jour.

Hélas! est-ce donc la première fois? Ou'ai-je fait.

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toutes ces semaines écoulées, sinon l'appeler de mes regards anxieux et de toute la plainte balbutiée de mes lèvres? Je n'aurais voulu me l'avouer. L'amie s'est évanouie; une autre, et c'est bien elle, a pris la place laissée, et je l'aime à présent, parce que son visage est le même. C'est elle encore, l'étrangère, que d'un sentiment plus âpre et sûr j'aime, que j'aime cette fois, l'ai-je avoué? d'amour. Elle était la fraternelle, la douce consolatrice. L'aurais-je imaginée nue? je ne l'ai pas, une fois, étreinte ou embrassée. Ma claire amie, étoile propice à mon destin brumeux, je vous cherche pour me guider encore, pour me désigner l'avenir de qui m'éprendre.

La trouverai-je?

Au Bois seulement elle m'a permis de la voir. Chez elle, tôt je l'avais pressenti, le bonheur ne souriait pas. Elle ne voulait pas, à mes yeux, déchoir.

Il n'importe. Si, la semaine finie, ses doigts ici ne se sont pas tendus à la rencontre de ma main, j'irai. Il faut que je la voie, lui parler, l'entendre.' Il faut.

Une année déjà! — Voudra-t-elle me revoir? — Si elle avait voulu, après le mois d'absence auquel elle fut, en ce temps-là, contrainte, elle serait bien d'elle-même revenue à nos allées favorites, jel'eusse revue, l'intimité première se fut simplement renouée. Mais moi-même je n'allais plus guères, dès lors, par les chemins attristés de noire Bois qui me parlaient de son absence, el elle a pu, sjms que je l'aie su, y revenir

Mais pourquoi ne m'a-t-elle p.is écrit? Elle voulait, il est vrai, ne me laisser rien de matériel qui attestât plus tard la réalité de sa venue à mon esprit, et se satisfaisait d'illuminer pour, ensuite, brusque i . 1 1 1 1 « % 1 1 1 « * d'un songe, disparaître toute.

Et puis, elle ;i souffert m longtemps sans me parler jamais de sa souffrance. Je n'ai connu sa vie que bien tard et je l'ai plainte d'avoir, ainsi, vécu.

N'ai-je point, aux parois éteintes presque du souvenir, en moi l'image atténuée d'une jeune femme de jadis amaigrie et pensive que je me plaisais à faire, aux recoins obscurs des fêtes «lu monde, causer de sa souffrance et pleurer bien doucement î J'étais si jeune encore et l »i « * 1 1 grave; elle me confiait les aventures de sa douleur. Pauvre «pie la volupté de son rêve d'enfance a désertée, elle était la languissante corolle vouée avant l'heure à se flétrir m la rosée de quelque espoir n'était venue la vivifier. Ce fut lorsque je m'étais le plus isolé sans doute; elle connut peut-être une aube promise d'un juvénile et fervent amour. Elle s'illumina de la douce vision future, oublieuse de sa vie vraie, stérile, glaciale, au foyeren cendres d'un époux vieilli, toujours malade, dégoûtant.

Si ses journées dès lors se vouèrent à embraser de la fortifiante illusion de sa jeunesse fraîche la friche désolée des vains songes amoureux, elle | du moins pure aux ('tendues lassées des brumes que nous aimâmes trop ; elle fut la source de félicité, la fontaine neuve de la vigueur reprise et de nos désirs rénovés. Et la nuit, elle se souvenait d'être ce qu'elle était, tout le charme vernal des eaux, du ciel

l'ornemem de la SOLITUDE s',i

ci de la terre, l'auguste et frêle chanson des brises voluptueuses et rapides, la voix en fête de la lumière.

Elle ne vécut, dès lors, au morne foyer que les

minutes de son oubli, mais, vite, elle savait se ressaisir et elle courait par les allers d'espoir rafraîchir les lèvres d'angoisse et refleurir lès yeux de ses amis anxieux. Ainsi, en dépit de l'apparence qui la liait au chevet d'un moribond que dès toujours elle avait haï, elle vint vers moi par une ^rise matinée d'hiver lucide el nie prodigua le conseil apparemment insoucieux de sa beauté pour attiser en ma vie éteinte les flammes de l'espérance et de l'amour.

Plus jamais ne la revoir! Ali! L'ignoble triomphe du vieux époux, connue il ricane, je l'entends, dans l'ombre où ilesl seul. Quoi! deux jeunes gens forts, épris de la vie autant que d'eux-mêmes, florissants de joie et d'amour, éperdus d'enthousiasme, d'orguei] et d'illusions, ivres de l'avenir propice el des belles heures prochaines, tandis que se morfond en une incessante agonie le misérable qui trouble seul la possibilité du bonheur, quoi! et le moribond n'est point mort, et brusquement L'homme jeune esl emporté, puis la jeune femme, après un surcroît de douleurs et de tortures, est éteinte par le souffle de la mort. Quoi! elle morte, survit à elle morte l'implacable bourreau.

Elle! Son geste m'a désigné les chemins de l'aurore. Des cendres de ma mémoire abolie elle a ranimé une flamme d'aimer et de vouloir. Elle a peuplé ma destinée future de tant de désirs enthousiastes

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