LE DROIT DE MANIFESTATION
Dublin, 11 octobre.
Hier une foule énorme, qa*on n'évalue pas à moins de CENT VINGT MILLE personnes, a pris part à un meeting dans lequel a été demandée Tamnistie en faveur des forçats fenians. Aucun désordre n*a eu lieu.
A méditer profondément I
Nous aimons à croire que le projet d'une grande manifestation s'étendant à Paris de la colonne de la Bastille à la grille du Corps législatif a été sagement abandonné ; mais si les conseils de la presse parisienne, presque unanime, étaient restés infructueux, et qu'une journée du 26 octobre 1869 eût lieu à Tinstar de la journée du 15 mai 1848 et du 13 juin 1 849, quelle devrait être la conduite, du gouvernement français, s'il est sincère dans la volonté de désarmer e.i de vaincre la révolution par la liberté?
Notre avis est qu'ayant la sagesse que n'auraient pas eue les manifestateurs , il devrait se borner à imiter l'exemple que vient de lui donner le gouvernement anglais, non-seulement à Londres, ce qui n'avait pas une très-grande signification, mais à Dublin, le foyer du fenianisme, ce qui en avait une très-considérable.
Oh serait le danger à Paris de cette manifestation du 26 octobre , annoncée à l'avance , si l'hôtel de ville , l'bôtel des postes et l'hôtel des télégraphes étaient protégés par des troupes en force suffisante pour défendre victorieusement, en cas d'attaque, ces trois clefs de la France?
Si le 24 février les insurgés n'avaient pu se rendre maîtres ni de l'hôtel de ville, ni de l'hôtel des postes, ni des télégraphes, à quoi leur eât servi de s'être emparés des Tuile* ries, de la Chambre des pairs et de la Chambre des dépotés? — A rien, absolument à rien.
L'insurrection, impuissante dans son triomphe de quelques heures, se fut éteinte d'elle-même^ trop heureuse d'être
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amnistiée par le cabinet qui eût succédé à celui présidé par M. Guizot.
C'est ce dont le prince Louis-Napoléon convint avec nous le lendemain de son élection du 10 décembre 1848, jour ob, ayant bien voulu venir nous voir, rue de Chaillot, dans le petit pavillon Marbeuf, que nous habitions à cette époque, nous lui montrâmes un plan portant la date du 29 avril 1840, et la 3ignature de M. Hyacinthe Pérodeaud, architecte, par qui nous l'avions fait dresser, plan qui réunissait en un seul faisceau inattaquable la présidence du conseil , le ministère des revenus publics, le ministère des services publics, Tadministration des postes , l'administration des télégraphes et Timprimerie du gouvernement.
Nous nous souvenons encore de l'impression que parut produire ce plan sur l'esprit de l'Élu de la veille.
Comment donc se fait-il que , dépensant tous les millions qu'a coûté le raccord du palais des Tuileries avec le palais du Louvre, le Président de la République, devenu l'Empereur des Français, n'ait pas profité de l'immense et précieux espace qu'offrait la place du Carrousel pour y placer et y grouper tous les ministères , l'hôtel des télégraphes, l'hôtel des postes, l'imprimerie du gouvernement, sauf à transporter dans le palais de Versailles tous les trésors du Musée de Paris? Comment donc se fait-il qu'il ait laissé l'administration des Postes , isolée , perdue an milieu de ce labyrinthe de petites rues étroites, où il était si urgent qu'elle ne restât pas? Comment donc se fait-il qu'il ait laissé à l'écart et comme à l'abandon, rue de Grenelle Saint-Germain, l'administration des télégraphes, ce service devenu le plus important de tous les services publics? Comment donc se fait-il qu'il n'ait pas éprouvé le besoin d'avoir à la portée de la main l'imprimerie du gouvernement?
Le problème qu'auraient dû se poser le roi Louis-Philippe et ses ministres, le problème qu'aurait dû se poser le prince
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Louis-Napoléon, Président de la République, le problème qu'aurait dû plus paTticulièrenient encore se poser l'Empereur Napoléon III , était celui-ci :
Rendre impossible à Paris le triomphe d'aucune émeute, d*aucune insurrection, afin de rendre possible et durable en France la jouissance d'une liberté égale à celle de l'Angleterre, de la Belgique et de la Suisse qui l'entourent.
Ce problème, l'Empereur et M. Haussmann l'ont entrevu, l'ont ébauché, lorsque, déclarant une guerre à outrance aux rues étroites et tortueuses , ils ont sillonné Paris en tous sens de larges et longues voies tracées droit, longitudinalement et transversalement, et que sur la plupart de ces voies ils ont substitué le macadam au pavage; mais ce problème, ils ne l'ont pas achevé: il ne le sera qu'après que l'administration des télégraphes et l'administration des postes, ces deux bras du pouvoir central , auront -été rapprochés de sa tête à la distance nécessaire pour agir opportunément, et feront corps avec lui. Présentement, ce ne sont pas deux bras, ce sont deux tronçons.
Dans chaque pays, la liberté a des conditions d'établissement, d'existence et de durée qui lui sont propres. En Angleterre, où il n'y a pas de recrutement obligatoire, couséquemment pas de population exercée au maniement des armes et aguerrie, où surtout il n'y a pas de centralisation, prit-on le pouvoir d'assaut ou par surprise, que l'on ne prendrait rien. Il en est autrement en France : le parti qui s'est emparé de l'hôtel de ville de Paris, de l'hôtel des télégraphes et de l'hôtel des postes, s'est emparé de tout et peut tout. Le 29 juillet 1830 et le 24 février 1848 sont là pour l'attester.
Lorsque l'exercice des droits d'un peuple met en péril l'existence d'un gouvernement, c'est qu'il n'a pas apporté assez de vigilance ou assez de conscience dans l'accomplissement de ses devoirs.
L* ennemi le plus redoutable de la liberté en France, c'est Finsurrection ; Tun des devoirs les plus impérieux du gouvernement français , c'est de distinguer entre elles et de ne jamais les confondre. Le droit de manifestation est inhérent à la liberté; le gouvernement français manquerait donc à ses devoirs s'il y portait atteinte. Mais il y manquerait également s'il le laissait dégénérer en insurrection.
Interdire dispense de veiller; mais veiller dispense d'interdire.
Sans nul doute, interdire est plus facile que de veiller, mais n'est-ce pas abaisser les gouvernements que d'ériger en principe et en maxime qu'ils ne sont capables de remplir que les tâches faciles?
10 octobre 1669.
La gauche vient de faire paraître le manifeste suivant :