LES FRONTIÈRES NATURELLES DE LA FRANGE
La corde de Tare est si fortement tendae qa*il faut qu'elle soit relâchée ou qu'elle se rompe.
Relâchée par qui? Elle ne peut Têtre que par un congrès, ce congrès ayant pour objet spécial le désarmement européen. Si ridée de ce congrès, repoussée aveuglément en 1863, peut être reprise en 1869, avec présomptions suffisantes de succès, soit par la France, soit par toute autre puissance, cette idée n'aura pas de défenseur plus intrépide que nous; mais si cette idée reste ensevelie dans le tombeau où Fa précipitée le refus dédaigneux de lord John Russell, nous resterons, nous aussi, dans la conviction profonde que la France, si elle ne veut pas abdiquer son rang de grande puissance continentale, n'a plus qu'un parti à prendre, c'est de faire ce qu'a fait la Prusse.
Dans l'un des deux plateaux de la balance européenne, la Prusse, jetant résolument et fièrement le poids de son épée, a fait pencher de toute la longueur de ses chaînes la balance de son côté ; qu*à son tour la France jette non moins résolument et non moins fièrement le poids de son épée dans le plateau opposé, et l'équilibre détruit sera rétabli!
Le partage du Rhin par égale moitié entre la France et l'Allemagne sera précisément la réalisation des paroles de Trajan rappelées par M. Jules Amigues (1), car ce sera la justice.
La justice! nous ne demandons rien de plus.
Puisque M. Jules Amigues a cilé Trajan, opposant citation à citation, nous pouvons à notre tour citer ces paroles de Machiavel :
Ce n'est pas le prince prenant les armes le premier qui est la cause de la guerre , mais celui qui le premier a donné roccasion de les prendre.
(!) L*Empîre n'a point pour limîtet an fleuve, maîi It joitice.
TftAiâM.
Jamais paroles D*aaroDt élé plus vraies. Qui a fait revivre, en 1866, le droit de conquête expirant en 1860? Est-ce la France? N'est-ce pas la Prusse?
NousTavouons! le nivellement du Trocadéroet la rognure du jardin du Luxembourg nous préoccupent infiniment moins que la nécessité impérieuse de reculer jusqu'au Rhin la ligne de séparation entre la France et TAllemagne militairement unifiée sous le commandement du roi de Prusse, de telle sorte qu'entre lui et Paris il y ait une distance moins courte et moins facile à franchir. Avec les chemins de fer, dont les Prussiens ont montré qu'ils avaient, au point de vue stratégique, approfondi l'étude, Aix-la-Chapelle, Cologne, Mayence, touchent aux murs de Paris. Oui, nous l'avouons, depuis 1866, depuis que les traités secrets conclus avec la Bavière et le Wurtemberg par la Prusse ont mis en pleine lumière sa pensée ofiensive contre la France, depuis que là publication de la lettre adressée au général de La Marmora, président du conseil, par M. d'Usedom, ministre de Prusse à Florence, le 17 juin 1866, a mis à nu sa diplo* matie souterraine et ténébreuse, nous avons une pensée fixe, c'est celle de reprendre de gré ou de force les forteresses qui devraient nous protéger et qui nous menacent, qui ^ont sur nous, contre nous. Cette pensée fixe qui nous poursuit, c'est celle que les Italiens, avec raison, ne cessèrent d'avoir que le jour où le fameux quadrilatère, dont les canons étaient braqués contre eux, a passé des mains de l'Autriche dans les leurs.
Notre conviction profonde étant qu'il y aurait pour la plus petite rectification de notre frontière nord-est d'aussi grandes résistances à vaincre que pour faire revivre tout entier le traité du 9 février 1801, nous maintenons nos conclusions : Rien à demi.