‹ L'ornière; questions de l'année 1869Chapitre 10 sur 149 · LES FRONTIÈRES NATURELLES DE LA FRANCE · texte numérisé non relu

LES FRONTIÈRES NATURELLES DE LA FRANCE

runification militaire de toute TAllemagne placée sous le commandement da roi de Prusse?

Avec les défiances menaçantes qu'ont révélées en 1867 les traités clandestins que la Prusse victorieuse et déjà ingrate envers la France n*a rien eu de plus pressé que d'imposer en août 1866 au grand duc de Bade, au roi de Bavière et an roi de Wurtemberg, après la lettre de M. dTsedom, minisire de Prusse à Florence, au général La Marmora, datée du 17 juin 1866, est-ce qu'il est possible de laisser sans péril, sans imprudence, nous dirons même sans lâcheté, aux mains de la Prusse si justement dénoncée par Marie-Thérèse (1), les innombrables forteresses offensives qui sont enclavées entre nos frontières actuelles et ce que nous persistons à appeler nos frontières naturelles, n'en déplaise à M. Jules Amigues, à qui il plaît de donner aux mots une autre signification que celle qu'ils ont?

Contre qui donc tendait constamment à se constituer et contre qui donc a définitivement réussi à se constituer l'unité militaire de l'Allemagne? N'était-ce pas et n'est-ce pas manifestement contre la France ?

Si une pensée foncièrement hostile à la France n'avait pas depuis cinquante ans toujours fermenté dans le cœur de l'Allemagne, est-ce que l'Autriche et la Prusse se seraient disputées sans relâche et sans fin, comme elles n'ont cessé de le faire au sein de la Diète germanique, à qui de l'une ou de l'autre aurait le commandement suprême des armées de la Confédération?

Il faut voir les choses telles qu'elles sont, car les illusions

(1) Si on laisM celle politiqoe praifienne gagner eneore du terrain , quelle penpeelife s'offrira à ceni qui viendront après nous, ear, il ne faut pas se fftire illusion , ce systime grandit chsqne jonr.. .

Noos serons renversés, écrasés l'nn après l'antre, si nous ne noua vnisions dans b défensive.

MâaiB-Tnéaisi , 1778.

qui nient le péril ne le suppriment pas, et souvent l'aggravent.

Il y a deux politiques : une qui est celle de nos désirs, et une qui est celle de nos craintes.

La politique de nos désirs, la politique de nos idées, c'est l'union européenne, c'est le désarmement européen, c'est le rasenient de toutes les forteresses européennes, défensives et offensives; c'est l'abaissement successif et la suppression définitive des barrières que les chemins de fer et la naviga-* tion à vapeur auraient déjà dû renverser toutes, et qui sont encore debout; mais cette politique de nos désirs et de nos idées qui a failli prévaloir en 1860, où en est-elle depuis 1866? N'a-t-elle pas été vaincue, chassée, honnie, mise en déroute par la politique opposée, par la politique de nos craintes et de nos répulsions? Est-ce que de toutes parts, en Europe, depuis la bataille de Sadowa, les effectifs militaires de tous les États, loin d'être réduits,' n'ont pas été considé*r^blement augmentés? Est-ce que toutes «les forteresses, celles qui nous menacent et celles qui nous défendent, n'ont pas rivalisé de vitesse à qui seraient le plus promptement mises en bon état de défense ou d'attaque et le plus complètement approvisionnées? Est-ce que des conventions de chemins de fer entre compagnies étrangères qui eussent passé inaperçues et sans objections avant 1866, telles que la convention conclue entre la compagnie française de l'Est et la compagnie belge du Grand-Luxembourg, n'ont pas rencontré en 1869 des résistances aussi inattendues que significatives? Est-ce que les fusils Dreyse n'ont pas provoqué, nécessité, légitimé les fusils Chassepot? Est-ce que les canons allemands et les canons français ne sont pas chargés et prêts à faire feu les uns contre les autres? Est-ce qu'enfin chacun ne sent pas aux pulsations de son pouls et aux défiances opiniâtres de l'industrie et du commerce, que la guerre ne retarde que pour éclater plus sûrement?

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