LE DROIT DE MANIFESTATION
Deites et de Tétat de siège l'occasion et le moyen de le confisquer? Voilà cependant Timprudente et fatale partie qu'allaient jouer les iilstigateurs de la manifestation du 26 octobre, si la presse, presque unanimement, ne s'était en toute h&te coalisée contre eux, et n'avait fait la lumière.
Cette lumière, le manifeste de la gauche la rend encore plus éclatante et plus vive.
Si-, nonobstant l'éclat de cette lumière, l'idée de la manifestation du 26 octobre n'était pas complètement abandonnée, cette absurde tentative aurait un nom : elle s'appellerait la journée des aveugles ; elle s'appellerait la manifestation des Quinze-vingts.
27 octobre 1869.
La journée du 26 octobre a été bonne pour Tordre ; mais Ta-t-elle été aussi pour la liberté? Le croire serait une illusion, le dire serait une erreur.
Les plus redoutables ennemis de la liberté en France, depuis un an, ce ne sont pas les anciens ministres et les journaux qui étaient opposés à la lettre du 19 janvier 1867 et au sénatus-consulte du 8 septembre 1869; ce sont les hommes et les journaux qui, depuis six mois notamment, n*ont qu'une pensée et qu'un but : le déchaînement de la révolution pour arriver au renversement de l'Empire.
Lorsque trois élus du suffrage universel, trois irréconciliables, MM. Bancel, Gambetta, Raspail, annoncent solennellement que tel jour ils prendront l'initiative d'une démonstration qualifiée de a GRAND ACTE n par le Rappel, la Réforme et le Réveil^ et que cette initiative, ils renoncent à la prendre, qu'arrive-t-il? Il arrive que le lendemain ils ont affaibli le parti de la liberté et fortifié le parti de la ré-
sistance à main armée, lequel ne manque pas alors de s'écrier :
a Vous voyez, Sire, que pour faire reculer les fanfarons r> de révolution il suffit qu'ils sachent que, ne vous laissant » pas tromper par le mot mensonger de manifestation paci- » fique, vous êtes fermement résolu à réprimer impitoyable- » ment toute tentative d'insurrection. Ne faites donc aucune » concession. La liberté est une arme dont ils se serviraient » pour vous frapper, ne la lâchez pas ; et si vous avez eu j) déjà Timprudcnce de la laisser glisser de vos mains dans n les leurs , hâtez-vous , hâtez-vous de la leur retirer parla » force ! S'ils résistent, nos canons, nos fusils et nos sabres » sont prêts. »
Assurément MM. Bancel, Gambetta et'Raspail ont prudemment fait de ne pas persister dans leur projet de manifestation ; assurément le Rappel et le Réveil ont en raison de changer de langage ; mais les uns et les autres eussent mieux fait, infiniment mieux fait de ne pas préparer au parti de la résistance éperonnée la victoire qu'il a remportée sans qu'il ait eu même besoin de montrer ses troupes consignées.
Cette victoire sans combat , mais non sans péril pour la liberté, est une leçon. Chère» et pauvre liberté, puisses-tu n'avoir pas à en payer les frais !
Ce serait s'abuser que de s'imaginer que la leçon rendra les irréconciliables moins intolérants et plus circonspects à l'avenir; mais elle donnera aux constants défenseurs de la liberté, à ceux qui l'ont tour à tour défendue, avec la même persistance , contre la révolution et contre la réaction, ces deux sœurs jumelle», le droit de crier plus haut que jamais aux farouches qui ont décrété d'indignité nos candidats et les ont accusés de trahison et de défaillance :
Silence aux fanfarons I