LE DROIT DE MAXIFESTATION
28 octobra 1869.
Nous avons dit aux fanfarons de la révolution la vérité ; disons-la maintenant aux fanfarons de la réaction.
Les premiers n'ont qu'un mot à la bouche : Tout révolutionner.
Les seconds n'ont qu'un mot aux lèvres : Tout mitrailler.
L'avantage que les fanfarons du sabre et du canon tirent de la peur qu'ils font aux fanfarons de la plume et de l'estaminet, est un argument dont il serait imprudent d'exagérer la puissance; car ce serait oublier que l'Empire a pour fondement le suffrage universel, et que la France a pour voisines, avec lesquelles elle est en communication journalière, trois nations: l'Angleterre, la Belgique, la Suisse , qui sont en pleine possession de la liberté.
De 1852 à 1857, de 1857 à 1863 et de 1863 à 1869, les quatre scrutins qui ont eu lieu sont là pour attester l'impuissance du pouvoir discrétionnaire à empêcher les progrès et l'essor de l'opposition libérale. Cet essor, l'Empire, s'il tentait de le comprimer, ne ferait que le rendre plus irrésistible en 1875. Que pourraient les sabreurs contre une majorité constitntionnellement élue et fermement décidée à mettre fiti au régime de l'arbitraire par tons les moyens légaux, même par le rejet du budget et par le refus de l'impôt?
— Rien.
Que les fanfarons de réaction ne s'enorgueillissent donc pas trop de la victoire sans bataille qu'ils ont remportée sur les fanfarons de révolution I
Regardant derrière eux , qu'ils voient les élections générales de 1869 et qu'ils comptent les trois millions cinq cent mille électeurs qui se sont affranchis par un vigoureux effort
896 QUESTIONS DE L'ANMËE 1869.
du servage préfectoral I Regardant -devant eux, qu'ils voient et qu'ils mesurent ce que seront les élections générales de 1875, si d'ici là le gouvernement de 1852 n'a pas fait oublier, par la sagesse de sa conduite et la droiture de sa politique, le coup d'État de 1851 et les fautes de J862, de 1863 et de 1866, ces fautes qui sont : l'expédition et l'occupation du Mexique, l'insurrection de la Pologne encouragée et trahie, l'Italie jetée dans les bras de la Prusse et contractant Talliance qui devait nous rendre nos frontières naturelles et nécessaires du Rhin, mais qui, mal dirigée, a été stérile pour nous et n'a été féconde que pour les' Italiens, à qui elle a donné Venise et le quadrilatère autrichien, et que pour les Prussiens, à qui elle a permis de prendre le Hanovre, le Nassau, la Hesse, etc., et de vassaliser le grandduché de Bade et les trois royaumes de Bavière, de Saxe et de Wurtemberg.
La France éclairée/ la France laborieuse repousse de ses deux mains la révolution qui suscite la réaction, et la réaction qui ramène la révolution; ce qu'elle veut fermement, résolument, c'est la liberté, toute la liberté, sans laquelle le pouvoir, étant l'arbitraire, ne tarde pas à n'être bientôt plus que l'abus et l'instabilité.
Est-ce que la France* voulant la liberté et ne voulant ni réaction ni révolution, est trop exigeante?