LA TACHE DE M. EMILE OLLIVIER
cinq députés de Topposition conditionnelle, dite centre gauche; ensemble, soixante-dix.
Si Ton retranche le nombre 70 du nombre 292, il reste le chiffre 222.
Parmi ces 222 députés il y en a beaucoup d^aveugles , mais 11 y en a aussi beaucoup de clairvoyants, ainsi que Ta prouvé la demande d*interpellations qui a donné naissance au Message du 12 juillet et au sénatus-consulte du 8 septembre, demande d'interpellations que les 116 signataires ont imperturbablement maintenue par lettres successivement écrites, sans qu'il y ait eu une seule défection, une seule défaillance.
Le problème de mathématique parlementaire à résoudre est celui-ci :
Étant donné le nombre 292
Étant retranché le nombre. 40
Étant divisé le nombre restant 252
en deux fractions inégales ,
L'une s'exprimant par le chiffre 116
L'autre s'exprimant par le chiffre 136
comment tirer de ces deux chiffres réunis une majorité libérale de 150 voix au moins, qui soit asse» ferme pour contraindre les minisires du 17 juillet à se retirer et à faire place à un cabinet qui, étant la personnification de la majorité nouvelle, puisse compter résolument sur elle, sans avoir à redouter en aucun cas la coalition des 40 voix de la gauche avec les 80 voix de la droite?
Le problème étant ainsi posé, les 116 devaient-ils attendre que les 136 vinssent à eux, ou devaient-ils, au risque de se scinder, consentir à faire la moitié du chemin , ce qu'ils ont fait en fournissant à MM. du Mirai et Jérôme David l'appoint nécessaire pour être élus vice-présidents, conjointement avec MM. de Talhouêt et Chevandier de Valdrôme?
Le sentiment général et presque unanime est que les 116, assurés du concours provisoire des 40 de la gauche, ensemble 156, auraient dû attendre, immobiles, que 40 voix se détachassent des 136 de la droite et vinssent ainsi former une majorité indépendante et homogène.
Les apparences, nous le reconnaissons, donnent pleinement raison au sentiment général ; mais il faut parfois se défier d'elles. Il se peut que M. Emile Ollivier, pour atteindre à son but, n'ait pas eu Toption entre Tune ou Tautre route; il se peut que, mieux placé que personne pour bien voir, il ait vu ce que d'autres yeux que les siens n'avaient point aperçu ; il se peut qu'il ait reconnu qu'une fraction des 116 avait plus de tendance à aller aux 136 et à M. de Forcade la Roquette, qu'une fraction des 136 n'avait de propension à aller aux 116 et à lui, Emile Ollivier; dans ce cas , ce qui a paru inexplicable , inexcusable , maladroit de sa part, s'expliquerait, se justifierait, et serait au contraire très-habile.
La prudence exige donc qu'on s'abstienne de porter aucun jugement avant le succès ou l'insuccès de l'œuvre entreprise.
Si M. Emile Ollivier parvient à lier le faisceau d'une majorité libérale de 150 membres au moins, et si cette majorité réussit à donner naissance à un cabinet dont l'existence dépende d'elle, que ce cabinet soit un peu plus ou un peu moins libéral, peu importe, pourvu qu'il soit réellement parlementaire, ce sera sans nul doute un grand, un trèsgrand succès , car ce sera la porte à jamais fermée au gouvernement personnel et à toutes les velléités de réaction, peut-être même de coups d'État. Dans ce cas, M. Emile Ollivier, ne s'étant laissé arrêter par la crainte ni des jugements inconsidérés , ni des critiques injustes , ni des calomnies , ni des railleries, aura bien mérité de son pays, qui lui devra la liberté sans révolution. Dans le cas contraire, dans