LE TEMPS PERDU
vaines otopies des partis révolationnaires , ni des terreurs plus ou moins sincères des partis rétrogrades , appuyé sur on ministère vraiment libéral, il n'ambitionne plus désormais d'autres conquêtes que ces réformes pacifiques qui seules peuvent fonder d'une manière durable le gouvernement de justice, de paix, d'égalité, de liberté civile et religieuse auquel la France ne cesse d'aspirer depuis tout à l'heure un siècle; et, loin de trouver en nous des ennemis systématiques et irréconciliables j il nous trouvera toujoors prêts, sor ce terrain, à nous associer à ses efforts.
Le directeur, Edouard Bertin.
Quel déplorable usage il a fallu que l'Empire restauré fit du pouvoir personnel pour que nous en soyons venu, nous, le ferme partisan du pouvoir non divisé et de la liberté indivisible, à considérer comme une amélioration désirable et réelle le retour an parlementarisme de 1847, cet idéal du Journal des Débats^ qui jamais n'avait été le nôtre et qui ne saurait être qu'une transition I
C'est à ce titre que nous nous y rallions.
Notre idéal, nos lecteurs le connaissent, c'est le gouvernement rationnel tel que nous l'avons souvent défini : — le suffrage universel étant l'Assemblée, celle-ci véritablement nationale; le meeting étant la tribune; la presse étant le bureau ; et le chef du pouvoir exécutif étant le président chargé de maintenir Tordre, de poser les questions et de proclamer les votes.
LE TEMPS PERDl].
10 déeembre 1869.
En aucun temps et en aucun pays, qu'elles eussent lieu sous le régime du cens électoral ou sous le régime du suf-* frage universel, il n'y a Jamais eu d'élections auxquelles ne
488 QUESTIONS DE L'AXNÉE 1869.
pussent être justement reprochés tout au moins des abus de promesses, quand ce ne sont pas des abus d'influence. C*est le vice inhérent au morcellement électoral; ce vice, ne nous lassons pas de le répéter, ne disparaîtra qu'après que Tunité de collège et le bulletin uninominal auront remplacé le morcellement électoral, aussi défectueux sous la forme d'arrondissements, comme en 1846, sous la forme de départements, comme en 1848 après le 24 février, que sous la forme des circonscriptions actuelles.
En décembre 1863, il y a six ans, le rédacteur en chef de la Liberté écrivait dans la Presse, dont il était alors le directeur politique :
u A quoi ont servi sous ia Monarchie de 1830 et sous la République de 1848 ces vives discussions sur la vérification des pouvoirs, sinon à déconsidérer également et* successivement le cens électoral et le suffrage universel, sinon à prouver que là où TËtat est tout, rélecteur n^est rien ou presque rien, que FÉtat se nomme Royauté, République ou Empire?
» Le sentiment général que causent ces immolations solennelles , ces exécutions publiques d^expulsés après un débat personnel et passionné , suivi d'un vote le plus souvent déclaré douteux la première fois , est toujours un sentiment pénible.
» La situation du Corps législatif, entrant ainsi en lutte avec le Corps électoral, est une situation plutôt fausse que digne. La lutte engagée entre le Corps législatif et le Corps électoral n*est bonne ni pour le premier ni pour le second; la sagesse ne consiste pas à susciter ces luttes, mais, au contraire, à les étouffer. »
Ce qu'il pensait en 1863, il n'a pas cessé de le penser en 1869; il pense encore que les vérifications de pouvoirs devraient se borner à examiner si les prescriptions de la loi qui règlent l'ouverture et la durée du scrutin, garantissent le secret et le dépouillement des votes, déterminent la majorité absolue et la majorité relative, ont été strictement observées. Le surplus est chose qui regarde la conscience des électeurs et celle de l'élu. Il n'y a aucun avantage à ce que