‹ L'ornière; questions de l'année 1869Chapitre 143 sur 149 · LES JOURX AUX ÉTRANGERS ET LES ANNONCES JUDICIAIRES · texte numérisé non relu

LES JOURX AUX ÉTRANGERS ET LES ANNONCES JUDICIAIRES

Si le ministre de Tintérieur n*a pas d'avis sur cette question si simple, qui n*a pas besoin de plus d'une heure d*étude ou de réflexion, sur quelle question en aura-t-il donc un ?

Les barrières mises à la libre introduction en France des journaux étrangers appartiennent à un régime que Ton déclare avoir été abandonné : elles appartiennent au régime de l'Empire autoritaire , elles appartiennent au régime du pouvoir discrétionnaire. Si M. de Forcade la Roquette était le ministre libéral qu'il s'est vanté d'être dans son fameux discours de a la liberté sans vous » , prononcé le 8 décembre 1869, voici quelle eût été sa réponse :

a La censure à laquelle les journaux étrangers étaient soumis a cessé d'exister, car la censure de la presse et la liberté de la presse sont incompatibles dans le même pays. L'une exclut nécessairement l'autre. Depuis le Message du 11 juillet et le Sénatus-consulte du 8 septembre, les journaux étrangers entrent librement. Mais que cette libre introduction n'alarme pas la majorité de cette assemblée I Les journaux imprimés en langues étrangères, en allemand, en anglais, en espagnol, en hollandais, en italien, en portugais, en russe, etc., etc., ne comptent en France qu'un nombre de lecteurs insignifiant et malheureusement trop petit, car il atteste que la connaissance des langues étrangères est extrêmement peu répandue parmi nous. Quant aux journaux imprimés à l'étranger en langue française, comme ils seront toujours devancés pour les informations et les nouvelles par les journaux français imprimés en France, il n'y a pas lieu de craindre qu'ils y comptent jamais beaucoup d'abonnés. La question n'étant qu'un fantôme sur lequel il suffisait de marcher pour qu'il s'évanouit, j'ai marché sur lui : elle a disparu, n

Ainsi eut parlé un ministre sérieux.

496 QUESTIONS DE L'ANIVÉE 1869.

Sur la seconde queslion, M. de Forcade la Roquette a répondu à M. de Dalmas par Tajournenient sous forme de promesse de présentation d*un projet de loi.

Pourquoi un projet de loi, lorsqu'il suffirait de faire paraître au Journal officiel une circulaire aux préfets leur prescrivant expressément de désigner pour l'insertion des annonces judiciaires le journal de chaque opinion politique qui aurait justifié du tirage le plus considérable dans Tannée précédente? C'est ce que M. Crémieux, ancien garde des sceaux et ministre de la justice, a très-judicieusement indiqué, et c'est effectivement ce qu'il y a de plus court et de plus simple à faire. M. de Forcade la Roquette le fera-t-il avant la fin de l'année? Qu'est-ce qui Tempécherait de le faire? Qu'il le fasse, et la question des annonces judiciaires, elle aussi, s'évanouira d'elle-même.

Ce débat fournissant à M. de Forcade la Roquette une nouvelle occasion de se draper dans sa a longanimité n à l'égard de la presse, il n'y a pas manqué, et il ne s'est rassis sur son banc qu'après cette récidive d'inconséquence :

Vous parlez de la liberté de la presse. Eh bien ! nous l'avons maintenant absolue... Oui, nous Favons maintenant absolue, sans procès, pendant trois mois, et TORDRE N'A PAS ÉTÉ TROUBLÉ.

Si , de votre propre aveu , Tordre n'a pas été troublé par la liberté, pourquoi donc n'avez-vous pas été conséquent? Pourquoi donc, après avoir interrompu pendant trois mois les poursuites contre les journaux, les avez-vous reprises?

Mais non , il n'est pas vrai de dire que la liberté absolue ait régné en France pendant trois mois sous votre ministère. La liberté absolue est une chose ; la tolérance absolue en est une autre. Elles n'ont rien de commun entre elles. Sous le régime de la liberté absolue, la presse injurieuse, la presse qui ne se respecte pas, est contenue par la presse sérieuse.

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