‹ L'ornière; questions de l'année 1869Chapitre 144 sur 149 · LES JOURNAUX ÉTRANGERS ET LES ANNONCES JUDICIAIRES · texte numérisé non relu

LES JOURNAUX ÉTRANGERS ET LES ANNONCES JUDICIAIRES

par la presse qui se respecte; sons le régime de la tolérance absolne, la presse injurieuse, la presse qui insulte et ne discute pas, est sans digues, sans contre-poids, caria combattre ce serait risquer de paraître la dénoncer. Alors manque la contradiction.

Ne parlez donc plus de liberté absolue de la presse! Vous n'étiez et vous n^avez pas cessé d*ôtre Tarbitraire!

Ce qui le prouve, c'est cette réponse inconsidérée de H. de Forcade la Roquette :

Pendant trois mois après J'amnistie le gouvernement N'A PAS VOULU recommencer les poursuites , alors que les condamnations étaient effacées ; on a donc fait dans une période assez prolongée rEXPÉRIENCE d'une liberté absolue.

Le gouvernement peut donc à son gré prescrire ou prohiber les poursuites contre la presse! Le gouvernement peut donc & son gré interrompre le cours des lois sous prétexte d'expérience !

Que devient alors la magistrature? Quel est son rôle? Que devient alors la loi? Quel est son caractère? Jamais aveu plus imprudent et plus impudent fut-il fait? Jamais arme plus redoutable fut-elle mise aux mains des défenseurs qui seront appelés & prêter l'appui de leur parole aux écrivains traduits en police correctionnelle & la requête du gouvernement , travesti en ministère public , une toque sur la tète et une toge au corps?

Après cet aven échappé au gouvernement par la bouche de M. le ministre de l'intérieur, il ne lui reste plus qu'à abroger les lois répressives de la presse s'il veut que la justice , s'il veut que la magistrature conservent en France la force morale, le prestige, qui leur sont nécessaires.

Plus loin, dans cette même réponse. If. de Forcade s'exprime ainsi :

NOUS N'AVONS PAS VOULU faire de procès de presse immé-

diatenient après l'amnistie. Cette expérience a été bonne; elle a amené une réaction salutaire dans le pays, surtout dans les classes éclairées du pays.

En voyant les excès de la licence , on a compris que la vraie liberté n*était pas là. Mais ces violences, si elles produisaient d\in côté ces bons effets , elles ont produit aussi des ravages sur des esprits fuciles à séduire et à entraîner.

Quelle que soit la force du gouvernement , et celui-ci a bien prouvé sa force en résistant à ces attaques, en réduisant à Timpuissance tous ceux qui avaient la parole et la menace si hautaines, on ne saurait se dissimuler que ces violences, qui ont un but, tantôt la guerre civile, tantôt la provocation à Tassassinat, ne tombent pas dans certains esprits exaltés ou pervers sans y produire des excitations et soulever des passions dangereuses.

Si les violences de la presse, monsieur le ministre, tombant dans certains esprits exaltés ou pervers, ont pour effet d*y produire des excitations et d*y soulever des passions dangereuses, ces violences, puisqu'elles étaient des périls sociaux, de quel droit, suspendant arbitrairement le cours des lois répressives, les avez-vous laissé commettre impunément?

L'impunité, Monsieur, ne se justifie en ce cas que si elle est une doctrine et une conviction. Lorsqu'elle n'est ni une conviction ni une doctrine, elle est une coupable trahison de ses devoirs ou une l&che défaillance.

Que parlez-vous de « longanimité » I

Cette longanimité, la presse indépendante tout entière la repousse comme une offense.

Ce que demande la presse indépendante, c'est la liberté, c'est l'égalité. Elle demande que les lois barbares qui l'asservissent soient réformées. Elle demande qu'il soit mis fin & l'arbitraire qui pèse sur les journaux , l'arbitraire favorisant les uns , l'arbitraire écrasant les autres. Mais de votre longanimité la presse indépendante n'en veut . pas I

Mais il n'est pas vrai que vous ayez usé de longanimité et que vous ayez été guidé par la pensée de tenter une expérience I

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