‹ L'ornière; questions de l'année 1869Chapitre 145 sur 149 · LA GUILLOTINE ÉLECTORALE · texte numérisé non relu

LA GUILLOTINE ÉLECTORALE

La vérité, la voici :

Le oours de la répression contre la presse n*a été saspendn, les poursuites n'ont été paralysées que parce quMl y avait dans la transmission ministérielle du 17 juillet deux tendances opposées qui s'équilibraient : Tune libérale, représentée par MM. de Cbasseloup-Laubat et Magne; Tautre très-différente» représentée par vous, ministre de Tintérieur, par le général Le Bœuf, ministre de la guerre, et par l'amiral Rigault de Genouilly, ministre de la marine. Votre prétendue longanimité à Tégard des journaux, qui a duré du 12 juillet jusqu'à la semaine dernière, ce n'a été que la conséquence de la division intestine qui existait au sein du conseil des ministres;- ce n'était que le désarroi enté sur l'arbitraire.

Ne vous en vantez donc pas !

La GUILLOTINE ÉLEGTORaLE.

24 décembre 1869.

Sous le régime du morcellement électoral, le suffrage universel, qui devrait ôtre la liberté des opinion^, n'est que la guerre des opinions. Nous eussions donc compris que le Corps législatif eât fermé systématiquement les yeux sur les moyens, soit d'attaque, soit de défense, plus ou moins abusifs , plus ou moins scrupuleux , employés par les compétiteurs entre eux, par les combattants; car la guerre, c'est toujours ou la force ou la ruse; ce n'est jamais l'équité. Si c'était l'équité, ce ne serait pas la guerre. Mais ce que nous ne comprenons pas, c'est que le Corps législatif ne soit point inexorable pour condamner tout acte d'improbité politique commis par le gouvernement, ne se bornant même pas à

biseaaker les cartes électorales, allant jusqu*à ériger en système la tricherie an jen du suffrage universel.

La réponse de M. de Forcade la Roqaette, ministre de Fintérieur, & M. Tbiers, ancien président du conseil des ministres , est venue prouver une fois de plus que le successeur de If. Pinard n'a pas la conscience de ce qui est légitime et de ce qui ne Test pas en matière de lutte électorale. La fraude ne Tindigne qu'alors qu'elle date de mars 1848 ou qu'elle est commise contre les candidats de ses préfets; dès qu'elle leur est profitable» il la trouve toute simple, toute naturelle, et s'élance avec emportement pour la défendre contre qui l'a attaquée. On voit bien que le ministre de l'intérieur de 1869, M. de Forcade la Roquette, n'a pas été élevé à l'école et dans les principes du ministre de l'intérieur de 1840, M. Charles de Rémusat, le plus honnête homme politique de son temps! Ayez donc été un ministre exemplaire! Soyez donc un écrivain éminent, adonné aux travaux philosophiques les plus sérieux! Soyez donc la notabilité la plus considérable et la plus respectée de votre département! Quoique vous portiez un nom qui a laissé une trace dans l'histoire du premier Empire, votre circonscription électorale subira le supplice de toutes les mutilations qui seront nécessaires pour vous empêcher vous ou votre fils d'être élu ; c'est la guillotine électorale. La fin justifie les moyens ; c'est la souveraineté du but. Et M. de Forcade la Roquette prétend qu'il est libéral ! C'est le jacobin travesti , c'est le jacobin en pantalon doré sur toutes les coutures , l'épée à la cuisse et le ruban de la Légion d'honneur sur la poitrine. Il ne guillotine pas les suspects sur la place de la Révolution ; non, mais il les guillotine sur la place du suffrage universel.

Au juste reproche adressé au gouvernement par H. Thiers d'avoir détaché d'abord le canton de l'Isle-en-Dodon de l'arrondissement de Saint-Gaudens, malgré la nature des choses,

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