LES DISCOURS DU PREMIER DE L'AN
A la Cour de cassation :
« Plus que jamais le sentiment de la justice doit pénétrer dans 9 nos mœurs. C'est la plus sûre garantie de la liberté.
T Dans notre organisation judiciaire, la Cour de cassation en 9 est l'expression la pins élevée , et je n'ai qu'à la féliciter de la » hante sagesse qu'elle apporte dans l'accomplissement de ses 9 devoirs. »
Il nous est Inipossible de ne pas relever, dans les discours que nous venons d'extraire du Journal officiel de V Empire français, trois expressions qui nous paraissent contredites par les faits.
Ces trois expressions, que nous avons soulignées, sont :
U esprit de conciliation qui anime toutes les puissances de l^Eu^ rope;
La vraie liberté ;
Le sentiment de la justice,
Vesprit de concUiatton 1 S'il était vrai qu*il animât toutes les puissances de TEurope, est-ce qu'elles auraient porté Teffectif de leurs armées à des chiffres qu'il n*avait jamais atteint? Soyons sincères ! Ce qui relient T Allemagne, placée sous le commandement militaire de la Prusse; ce qui retient rAutriche, ce qui retient la France, ce n'est pas l'esprit de conciliation, c'est la crainte des risques de la guerre. Sans cette crainte, la Prusse aurait déjà accompli son œuvre d'unification; sans cette crainte, l'Autriche aurait déjà tenté sinon de réparer, du moins de venger sa ^désastreuse défaite de 1866 ; sans cette crainte, la France serait déjà rentrée en possession de ses frontières naturelles, devenues plus que'jamais ses frontières nécessaires.
Ne nous lassons pas de le répéter: sur la rive droite du Rhin, les confédérés du Nord et du Sud sont chez eux; sur la rive gauche* du Rhin, ils sont chez nous.
La vraie liberté! Si ce nom appartient légitimement an régime de tolérance légale qui a succédé en France au régime du pouvoir discrétionnaire, comment alors faut-il qualifier l'opposition à outrance, opposition qui ne reculait devant aucun complot, faite par les bonapartistes pendant qu^ize ans au régime de la royauté restaurée, et pendant dix-huit ans au régime de la royauté constitutionnelle? Si le régime sous lequel nous vivons en France était la liberté vraie, le régime sous lequel vivent les Américains des États- Unis, les Anglais, les Belges, les Suisses serait la libertéfaussef
Est-ce admissible?
Le sentiment de la justice I Comment ce sentiment pénétrerait-il dans nos mœurs, lorsqu'il est journellement méprisé et foulé aux pieds par le gouvernement français? Est-ce qu'il y a égalité devant l'impôt entre le Journal officiel de T Empire français, arbitrairement exempté des droits de timbre et de poste au mépris formel de la loi, gratuitement distribué à 95,000 exemplaires, grftce à un fermage minimum de 550,000 fr. d'annonces, et les journaux contraints de payer au timbre et à la poste 32 fr. 76 cent, par an (9 centimes X i364 jours = 32 fr. 76 cent.) ? Est-ce qu'il y a un seul pays libre dans lequel ait lieu une si monstrueuse iniquité? Est-ce qu'il y a justice, est-ce qu'il y a égalité devant le scrutin entre le candidat officiel, soutenu par toutes les ressources dont dispose une centralisation administrative sans pareille dans le monde entier, et le candidat indépendant, livré à ses très-faibles forces, comparativement ; car tout ce que font en France les partis pour leurs candidats se réduit communément à des articles de journaux? Est-ce que c'est là lutter à armes égales ? Est-ce que ce n'est pas fausser les balances.de la justice et tous les ressorts de l'opinion proclamée souveraine? etc., etc., etc.
Lorsque les paroles sont ainsi contredites par les actes,