LE SENS DE LA SITUATION
2S juin 1869.
La réserve que, dans l'intérêt de la cause qu'elle défend, la Liberté s'est imposée, est attaquée par le Siècle en ces termes :
La Liberté ne souffle mot. Depuis 1* issue du tournoi OUivier- Bancel, elle a perdu le sens de la situation.
a Le sens de la situation 0 , qui, en cette grave et délicate conjoncture, l'a perdu? Est-ce la Liberté? N'est-ce pas le SiècU?
Où la rupture du faisceau qui avait été formé en mai 1863 a-t-elle conduit le Siècle en mai 1869?
Elle l'a conduit à laisser sur le champ de bataille électoral, parmi les morts, M. Carnot, le principal des membres de son conseil de surveillance,. et parmi les blessés trèsgrièvement M. Jules Favre et M. Garnier-Pagès , qui n'ont été sauvés que grâce aux efforts et à l'abnégation des électeurs qui, au premier tour de scrutin, avaient voté pour M. Savart et pour H. Frédérip Lévy; elle l'a conduit à fausser ainsi toutes les situations; elle Ta conduit enfin, et nous avec lui, au bord de deux abîmes jumeaux, l'un se nom-
mant la réaction, Tautre se nommant la révolution; abîmes qai, à une certaine profondeur, se rejoignent, se confondent, et n'en font plus qu*un seul.
C'est à ce double péril qu'il s'agit maintenant d'échapper. Si tt la Liberté ne soufQe mot » , c'est que le silence d'observation et d'attente qu'elle garde lui est impérieusement commandé par la nécessité de réparer sans bruit les fautes que le Siècle a commises avec fracas.
Sans ces fautes, les élections générales du 24 mai eussent fait faire à la liberté un pas considérable et décisif. Si depuis un mois elle a plutôt reculé qu'avancé ^ si des combinaisons piinistérielles qui étaient mûres sont tombées, à qui la responsabilité? Où le Siècle a-t-il vu que la liberté ait jamais rien gagné aux revendications impatientes et violentes? Croit-il encore qu'il sera facile à MM. Bancel et Gambetta de sortir de l'étroite alternative dans laquelle ils se sont enfermés, l'un en se portant contre M. Emile Ollivier, décrété d'indignité, l'autre en se portant contre M. Camot, accusé de modération relative, et condamné comme tel par le scrutin du 24 mai? Si MM. Bancel et Gambetta restent dans les limites de l'opposition constitutionnelle, que penseront d*eux les électeurs qui les ont élus dans la ferme conviction qu'ils les franchiraient; et, s'ils les franchissent, iront-ils jusqu'au bout? Iront-ils jusqu'à se faire arracher de la tribune législative, où il ne leur aura été permis de monter qu'après avoir levé la main droite et juré à haute voix obéissance à la constitution et fidélité à l'Empereur?
Ce que prescrivait de faire « le sens de la situation » , c'est ce que nous avons fait en restant, en 1869, fidèle à la ligne qui avait été tracée, en 1863, aussi heureusement que judicieusement, puisqu'elle avait abouti à ces quatre lois : Tabolition du délit de coalition , l'abolition de la contrainte par corps, Tabolition de l'autorisation préalable à laquelle étaient soumises toute publication de journal politique et